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Hocine Saâdi, producteur-réalisateur

«Rien n’est fait pour encourager le documentaire»

 

 02/12/06

 

 Hocine Saâdi, producteur-réalisateur

«Rien n’est fait pour encourager le documentaire»

Diplômé en sciences politiques et relations internationales, Hocine Saâdi a exercé pendant huit ans dans la presse en tant que journaliste. Rapidement motivé pour le documentaire de création, il commence par le portrait documentaire avec un film primé lors de plusieurs rencontres, «J’ai combattu Hitler» (26 mn), enchaîne une coréalisation avec Pierre Matiohote «Célestin, moine de tebherine» (90 mn), il sera aussi producteur du documentaire «Billal» primé en Italie (26 mn) et coproduit un documentaire «Algérienne» avec la RTBF sur la torture des femmes pendant la guerre de libération

(90 mn). Son dernier documentaire, «Citoyennes», (52 mn) vient juste d’être révélé à la critique. Hocine Saâdi vient aussi d’obtenir son diplôme international de producteur de documentaire de création délivré par Eurodoc.

 

Pourquoi en Algérie, un réalisateur homme s’intéresse-t-il à montrer des femmes à l’écran ?

Pourquoi pas ! Mais en fait, ce n’est pas les femmes en elles-mêmes, mais leur travail remarquable qui finalement va aider notre société à sortir des clichés classiques que nous subissons à partir d’un âge très jeune et que notre environnement (famille, école, quartier) alimente d’une façon mécanique. La vérité c’est que le succès et la réussite ont leur conjugaison au féminin

 

Comment fut tourné «Citoyennes» ?

C’est une idée que j’ai eu après le tournage du film documentaire «Algériennes» où j’ai mieux compris le rôle de la femme pendant la révolution, mais j’ai aussi été déçu autant que ses moudjahidates qui, à l’indépendance devaient rentrer chez elles pour fin de mission alors que le moment de les faire participer dans la construction du pays était idéal… mais bon, «Citoyennes» est venu comme une petite riposte à ce sentiment et j’ai décidé de filmer les femmes algériennes aujourd’hui, non pas raconter leurs problèmes mais quelles sont les solutions qu’elles apportent pour leur épanouissement et aussi pour servir d’exemple à toutes les femmes qui ont de l’ambition

 

Au fait, le titre, c’est parce que les femmes filmées sont de vraies citoyennes ou se battent-elles pour le devenir ?

Tout genre de soumission nous empêche d’exercer notre citoyenneté. On peut être un homme aussi et devoir se battre pour devenir citoyen. Il faut arriver à comprendre que nous sommes une seule population avec des objectifs de développement pour notre pays où il faut rassembler toutes les énergies positives qui aideront à cela, sans préjugés ni discrimination.

 

Aujourd’hui, en 2006, le débat sur la femme dans la société s’est estompé par rapport à la décennie passée. Est-ce parce qu’il y a eu évolution positive ou juste parce que l’espace de débat s’est réduit ?

En ce qui me concerne, je trouve que la femme a continué à jouer son rôle même en pleine crise lors de la dernière décennie et beaucoup de femmes manifestent jusqu’au jour d’aujourd’hui devant l’Observatoire des droits de l’homme. Durant les dix dernières années, nous avions l’impression que rien n’a changé. Nous nous sommes réveillés maintenant pour découvrir que le nombre de filles dépassait celui des garçons à l’université, par exemple. Pour moi, la résistance n’est pas une illustration, mais c’est un état d’esprit et l’avenir le prouvera. Il faut parler maintenant d’adhésion de la femme non du rôle.

 

Est-ce ainsi que vous expliquez, par exemple, que la promotion de votre documentaire s’est surtout accomplie grâce aux médias privés ?

C’est vrai que le moment le plus important c’est d’assister avec un public à la projection d’un film qui nous a coûté du temps, de la réflexion et de la complicité avec le sujet et voir les différentes réactions quelles qu’elles soient. Pour arriver à tout cela, il faut une presse qui puisse en même temps promouvoir et critiquer le film et je pense maintenant que c’est l’unique canal que peut trouver un producteur indépendant.

 

Vous êtes sur les génériques de plusieurs courts et longs métrages. Est-il plus facile en Algérie de produire du documentaire ou de la fiction ?

Je vais parler du documentaire de création qui malheureusement ne trouve pas preneur en Algérie, car nous vivons une confusion de style et de format. Beaucoup ne font pas la différence entre le reportage et le documentaire, qui, pour moi doit être essentielle dans une société, sinon nous serons toujours à la merci des réflexions des autres et nous continuerons à nous voir dans leurs films et à leur manière. Cela doit cesser et pour cela il faut créer des aides au documentaire qui finalement marqueront notre identité à travers le temps et les générations comme nous le souhaitons nous-mêmes.

 

Vous venez de produire et réaliser «Citoyennes» et les critiques ont été assez favorables. Cet accueil est du certes au documentaire lui-même, mais ne pensez-vous pas que c’est parce que la demande est très forte aussi ?

Il n’y a aucune demande mais c’est vraiment de l’engagement et ce n’est pas de la langue de bois. C’est tout. J’ajouterais qu’aujourd’hui la TV algérienne n’a aucune grille de documentaires et aura beaucoup de mal à monter financièrement sur un projet de documentaire, nous avons fait plusieurs tentatives et ça ne marche toujours pas.

 

On s’attend à voir d’autres documentaires signés par vous...

Actuellement je suis au développement d’un docu-fiction sur les essais nucléaires français à Reggane mais je suis au tout début de l’écriture et en pleine recherche de financement pour le développement ou directement trouver un co-producteur très patient

Pourtant l’audiovisuel rapporte…

Dans des conditions normales, oui. Mais en l’absence de mécanisme de montage financier, de salles et de diffuseurs, la réponse est non. Aujourd’hui, la médiocrité est liée à tous cela, car quand on donne un peu d’argent à un producteur pour un film, il va essayer d’en garder le maximum car l’opportunité est rare. Malheureusement, une fois le produit à l’écran, tout se voit et se remarque, ce ne sont pas les exemples qui manquent.

 

quand verra-t-on votre documentaire sur le petit écran ?

Sincèrement je ne sais pas. J’avais déjà remis trois documentaires à la programmation et à Canal Algérie, mais je n’ai jamais eu de réponse. Ça doit être un petit oubli de leur part, rien de bien méchant…            

Entretien réalisé par Nabil Benali

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