|
Hocine Saâdi, producteur-réalisateur
«Rien n’est
fait pour encourager le documentaire»
Diplômé en
sciences politiques et relations internationales, Hocine Saâdi a
exercé pendant huit ans dans la presse en tant que journaliste.
Rapidement motivé pour le documentaire de création, il commence par
le portrait documentaire avec un film primé lors de plusieurs
rencontres, «J’ai combattu Hitler» (26 mn), enchaîne une
coréalisation avec Pierre Matiohote «Célestin, moine de tebherine»
(90 mn), il sera aussi producteur du documentaire «Billal» primé en
Italie (26 mn) et coproduit un documentaire «Algérienne» avec la
RTBF sur la torture des femmes pendant la guerre de libération
(90 mn). Son
dernier documentaire, «Citoyennes», (52 mn) vient juste d’être
révélé à la critique. Hocine Saâdi vient aussi d’obtenir son diplôme
international de producteur de documentaire de création délivré par
Eurodoc.
Pourquoi en
Algérie, un réalisateur homme s’intéresse-t-il à montrer des femmes
à l’écran ?
Pourquoi pas !
Mais en fait, ce n’est pas les femmes en elles-mêmes, mais leur
travail remarquable qui finalement va aider notre société à sortir
des clichés classiques que nous subissons à partir d’un âge très
jeune et que notre environnement (famille, école, quartier) alimente
d’une façon mécanique. La vérité c’est que le succès et la réussite
ont leur conjugaison au féminin
Comment fut
tourné «Citoyennes» ?
C’est une idée que
j’ai eu après le tournage du film documentaire «Algériennes» où j’ai
mieux compris le rôle de la femme pendant la révolution, mais j’ai
aussi été déçu autant que ses moudjahidates qui, à l’indépendance
devaient rentrer chez elles pour fin de mission alors que le moment
de les faire participer dans la construction du pays était idéal…
mais bon, «Citoyennes» est venu comme une petite riposte à ce
sentiment et j’ai décidé de filmer les femmes algériennes
aujourd’hui, non pas raconter leurs problèmes mais quelles sont les
solutions qu’elles apportent pour leur épanouissement et aussi pour
servir d’exemple à toutes les femmes qui ont de l’ambition
Au fait, le
titre, c’est parce que les femmes filmées sont de vraies citoyennes
ou se battent-elles pour le devenir ?
Tout genre de
soumission nous empêche d’exercer notre citoyenneté. On peut être un
homme aussi et devoir se battre pour devenir citoyen. Il faut
arriver à comprendre que nous sommes une seule population avec des
objectifs de développement pour notre pays où il faut rassembler
toutes les énergies positives qui aideront à cela, sans préjugés ni
discrimination.
Aujourd’hui, en
2006, le débat sur la femme dans la société s’est estompé par
rapport à la décennie passée. Est-ce parce qu’il y a eu évolution
positive ou juste parce que l’espace de débat s’est réduit ?
En ce qui me
concerne, je trouve que la femme a continué à jouer son rôle même en
pleine crise lors de la dernière décennie et beaucoup de femmes
manifestent jusqu’au jour d’aujourd’hui devant l’Observatoire des
droits de l’homme. Durant les dix dernières années, nous avions
l’impression que rien n’a changé. Nous nous sommes réveillés
maintenant pour découvrir que le nombre de filles dépassait celui
des garçons à l’université, par exemple. Pour moi, la résistance
n’est pas une illustration, mais c’est un état d’esprit et l’avenir
le prouvera. Il faut parler maintenant d’adhésion de la femme non du
rôle.
Est-ce ainsi
que vous expliquez, par exemple, que la promotion de votre
documentaire s’est surtout accomplie grâce aux médias privés ?
C’est vrai que le
moment le plus important c’est d’assister avec un public à la
projection d’un film qui nous a coûté du temps, de la réflexion et
de la complicité avec le sujet et voir les différentes réactions
quelles qu’elles soient. Pour arriver à tout cela, il faut une
presse qui puisse en même temps promouvoir et critiquer le film et
je pense maintenant que c’est l’unique canal que peut trouver un
producteur indépendant.
Vous êtes sur
les génériques de plusieurs courts et longs métrages. Est-il plus
facile en Algérie de produire du documentaire ou de la fiction ?
Je vais parler du
documentaire de création qui malheureusement ne trouve pas preneur
en Algérie, car nous vivons une confusion de style et de format.
Beaucoup ne font pas la différence entre le reportage et le
documentaire, qui, pour moi doit être essentielle dans une société,
sinon nous serons toujours à la merci des réflexions des autres et
nous continuerons à nous voir dans leurs films et à leur manière.
Cela doit cesser et pour cela il faut créer des aides au
documentaire qui finalement marqueront notre identité à travers le
temps et les générations comme nous le souhaitons nous-mêmes.
Vous venez de
produire et réaliser «Citoyennes» et les critiques ont été assez
favorables. Cet accueil est du certes au documentaire lui-même, mais
ne pensez-vous pas que c’est parce que la demande est très forte
aussi ?
Il n’y a aucune
demande mais c’est vraiment de l’engagement et ce n’est pas de la
langue de bois. C’est tout. J’ajouterais qu’aujourd’hui la TV
algérienne n’a aucune grille de documentaires et aura beaucoup de
mal à monter financièrement sur un projet de documentaire, nous
avons fait plusieurs tentatives et ça ne marche toujours pas.
On s’attend à
voir d’autres documentaires signés par vous...
Actuellement je
suis au développement d’un docu-fiction sur les essais nucléaires
français à Reggane mais je suis au tout début de l’écriture et en
pleine recherche de financement pour le développement ou directement
trouver un co-producteur très patient
Pourtant
l’audiovisuel rapporte…
Dans des
conditions normales, oui. Mais en l’absence de mécanisme de montage
financier, de salles et de diffuseurs, la réponse est non.
Aujourd’hui, la médiocrité est liée à tous cela, car quand on donne
un peu d’argent à un producteur pour un film, il va essayer d’en
garder le maximum car l’opportunité est rare. Malheureusement, une
fois le produit à l’écran, tout se voit et se remarque, ce ne sont
pas les exemples qui manquent.
quand
verra-t-on votre documentaire sur le petit écran ?
Sincèrement je ne
sais pas. J’avais déjà remis trois documentaires à la programmation
et à Canal Algérie, mais je n’ai jamais eu de réponse. Ça doit être
un petit oubli de leur part, rien de bien méchant…
Entretien
réalisé par Nabil Benali
Haut
Copyright 2003
Le Jour d'Algérie. Conception
M.Merkouche
|