|
Mustapha
Belahcène, interprète chaâbi
Sur les traces
du Cardinal
Entre El Anka et
lui, c’est une vieille histoire. Pourtant les deux gars ne se sont
jamais connus ni croisés. Il n’était pas d’ailleurs possible puisque
la venue au monde de Mustapha Belahcène n’a eu lieu que trois ans
après la disparition du Cardinal. El Relizani pouvait-il s’attendre
à un tel cheminement au bout de quelques années ? Un interprète qui,
au fil des ans, a réussi à bousculer les «grosses pointures» dans le
genre chaâbi.
N’empêche que pour
définir une passion, il faut bien se garder des facteurs du temps ou
de l’âge. Car si actuellement, il y a un interprète qui rappelle
(hormis Mehdi Tamache) le défunt El Hadj, c’est bel et bien et sans
conteste lui. Un jeune de 25 ans, né très loin d’Alger. Encore plus
loin des cercles fermés d’une musique que d’aucuns veulent en faire
une chasse gardée. Là où la chanson chaâbie, à vrai dire, ne
s’abreuve pas dans son terreau originel : Relizane. Pas de Casbah,
ni de Kahwet Malakoff, encore moins de conservatoire ! Absolument
rien de tout cela. Mais en face, ou plutôt dedans de ce petit Anka
brûle une passion pour le maître chaâbi de tous les temps. Nourri
dès sa prime enfance aux sources de la chanson chaâbie, et pétri
dans la pâte d’une famille portée sur la musique, Mustapha ne
s’attendait pas qu’il allait être propulsé si vite sur la scène
artistique. Comme beaucoup d’artistes, il est issu d’une famille où
la musique faisait quasiment office de religion.
Père, frère,
oncle…avec à la clé quelques amis de la famille. Tous ne juraient
que par la guitare, le mandole ou la derbouka. La graine plantée
dans les fins fonds du jeune Mustapha, n’a pas tardé à lever. «Je
suivais mon père dans les soirées qu’il animait ici et là à Relizane
(…). A la maison on écoutait beaucoup et plusieurs musiques, le
chaâbi, Abdelhalim Hafed (…). Si mon père a été derrière ma passion
pour le chaâbi, c’était surtout avec mon oncle que j’ai appris à
manier l’instrument, la guitare», nous confie l’artiste qui ne cache
pas d’ailleurs, même s’il n’en fait pas tout un pataquès, ce qu’il
appelle un don divin.
Les premières
armes affûtées à Relizane alors qu’il n’avait que vingt ans. De fil
en aiguille, il gravit vite les échelons pour porter les galons d’un
véritable interprète de chaâbi. Sa renommée allait grandissant, on
ne pouvait ignorer ni mettre une sourdine à celui qui sera l’un des
meilleurs adeptes d’El Hadj. Mustapha participe en 1999 à son
premier festival de chaâbi que la ville des Roses, Blida, organise
régulièrement au profit des jeunes talents. Là, «El Relizani» comme
on l’appelle ici à Alger, met le paquet et s’impose au fil des
prestations qu’il donne à travers certaines villes notamment lors de
ses haltes à Alger. Première place, premier prix et déjà les feux se
braquent, massifs, sur lui. En 2001, à Koléa, il récidive et rafle
la mise d’un autre festival pour revenir une année plus tard à Blida
où le wali subjugué par son talent, lui offre un joli mandole qu’il
garde comme un bambin, qui garde son jouet, jalousement.
Tout compte fait,
les cinquante kilomètres qui séparent Blida de la capitale, n’ont
pas été très distants. Les mélomanes chaâbis apprécient cette
nouvelle figure qui ne tarde pas d’ailleurs, à s’affirmer, voire
faire de l’ombre à certains interprètes confirmés. El Relizani
pouvait-il s’attendre à un tel cheminement au bout de quatre ou cinq
années de travail ? En tout cas, il a bien réussi son pari pour se
ranger aux côtés des Hassan Kaouène, Mehdi Tamache, Kamel Bourdib,
Kamel Fardjallah et tous ceux qui ne jurent que par le Cardinal, El
Hadj M’Hamed El Anka.
Amine Goutali
Haut
Copyright 2003
Le Jour d'Algérie. Conception
M.Merkouche
|