|
Procès
de l’ancien président Irakien
Saddam : Peine
de mort par pendaison
Saddam Hussein,
reconnu coupable de crimes contre l’humanité par le haut tribunal
irakien, a été condamné hier à la peine de mort par pendaison. Au
moment du verdict, Saddam Hussein a d’abord refusé de se lever,
comme le lui avait ordonné le président du tribunal. Deux huissiers
l’ont alors levé et il est resté debout pendant tout l’énoncé.
A l’énoncé de ce
verdict, l’ancien président s’est écrié «Allahou Akbar !» (Dieu est
le plus grand!) et «Vive la nation ! ». Saddam Hussein a ensuite
clairement fait savoir qu’il souhaitait faire face à un peloton
d’exécution plutôt que d’être pendu.
Aouad Ahmed al
Bandar, juge de l’ancien tribunal révolutionnaire et Barzan Ibrahim
al Tiktiti, demi-frère du président déchu qui dirigeait les services
secrets, ont également été condamnés à la peine capitale, tandis que
l’ancien vice-président Taha Yassine Ramadan s’est vu infliger la
prison à perpétuité. Trois autres membres du défunt parti Baas
écopent de 15 ans de réclusion et un quatrième a été acquitté. Tous
étaient jugés pour le massacre de 148 chiites à Doudjaïl, après une
tentative d’assassinat contre Saddam Hussein, en 1982. Ce procès, le
premier de l’ancien raïs, s’était ouvert le 19 octobre 2005. Les
cinq juges ont rendu leur verdict à la majorité simple. Hier, au
début de l’audience, l’un des avocats de Saddam Hussein, l’ancien
ministre de la Justice américain Ramsey Clark, avait remis au
président du tribunal Raouf Adbul-Rahman une note dénonçant le
procès de son client comme une parodie de justice. Le juge l’avait
alors expulsé de la salle en lui disant en anglais : «Sortez !».
Après cette condamnation, l’appel est automatique. L’affaire doit
maintenant être examinée par un panel de neuf juges. Si la peine de
mort est confirmée, elle devra être appliquée dans les 30 jours.
Hors les murs du
tribunal, la sécurité avait été renforcée à Bagdad en prévision de
l’annonce de ce verdict, avec notamment un couvre-feu qui concernait
aussi bien les piétons que les véhicules. Cependant, après
l’audience, des affrontements ont éclaté dans le quartier
majoritairement sunnite d’Azamiyah, dans le nord de la capitale. Les
policiers devaient répondre à des tirs de mitrailleuses.
L’armée irakienne
était déjà en état d’alerte samedi, à la veille du verdict. Le
ministère de la Défense a annulé, dès vendredi, toutes les
permissions dans l’attente du verdict. Selon la chaîne de télévision
d’Etat Irakiya, un couvre-feu a été maintenu à Bagdad et dans deux
provinces «sensibles». Mais une source proche du cabinet du Premier
ministre a dit que sa durée n’était pas encore déterminée. Alors que
le couvre-feu entrait en vigueur à Bagdad, des tirs au mortier ont
fait sept morts et 20 blessés dans la soirée dans le quartier d’Adhamiya,
à l’ouest, a-t-on appris de source proche du ministère de
l’Intérieur. Dans le cadre des mesures de sécurité, l’aéroport de
Bagdad a été fermé. Le porte-parole du tribunal, Raed Djouhi, a
laissé planer le doute sur la date de l’énoncé du verdict en
déclarant à la Télévision nationale : «Le procès est bouclé, mais si
les juges trouvent une raison de reporter, alors ce sera reporté»,
avait-il déjà annoncé. Le Premier ministre Nouri al Maliki, qui a
dit espérer que Saddam recevra le châtiment qu’«il mérite», a lancé
un appel au calme et a exhorté les Irakiens «à manifester leur joie
d’une façon qui ne mette pas en cause la sécurité». «Nous appelons
le peuple irakien au calme et à la discipline, a-t-il ajouté. Le
principal avocat de Saddam, Khalil al Doulaïmi, avait demandé un
report du verdict, qui viendra selon lui à point nommé pour
conforter le Président américain George Bush avant les élections de
mi-mandat aux Etats-Unis, demain. L’avocat a également mis en garde
contre un bain de sang si l’ancien président était condamné à la
peine capitale. En attendant, Saddam sera à nouveau au tribunal
demain, pour la reprise d’un autre procès, concernant le génocide de
Kurdes dans les années 1980. Il pourrait aussi être poursuivi dans
une dizaine d’autres affaires. Ce premier procès de Saddam Hussein a
débuté il y a un an devant un tribunal irakien auquel les Etats-Unis
n’ont pas ménagé leur «aide». En jugeant l’ancien président, accusé
d’avoir tué et torturé pour se maintenir son pouvoir, les autorités
espéraient unir les communautés disparates d’Irak.
Mais, depuis, le
pays a plongé dans la guerre civile et, loin de servir de catharsis,
le procès a plutôt exacerbé les rancœurs entre communautés. Trois
avocats de la défense ont été tués et un juge d’origine kurde a
démissionné en dénonçant des ingérences politiques. Samedi, les
forces spéciales irakiennes, soutenues par des conseillers
américains, ont effectué une nouvelle incursion dans le vaste
quartier chiite de Sadr City, dans l’est de la capitale, où de
précédentes opérations ont donné lieu à de vives tensions entre
Bagdad et Washington.
Trois suspects ont
été arrêtés au cours de cette opération qui visait «une cellule
coupable d’enlèvements et de meurtres au sein d’un mouvement armé
illégal», précise l’état-major américain dans un communiqué. «Les
forces irakiennes ont essuyé des tirs d’armes légères et de
roquettes antichars en provenance d’éléments hostiles lorsqu’elles
ont quitté l’objectif. Les forces irakiennes ont riposté en
direction de cibles clairement identifiées pour neutraliser la
menace avant de reprendre leur chemin vers leur base», ajoute-t-il.
Les Etats-Unis
pressent le Premier ministre irakien Nouri al Maliki de démanteler
l’armée du Mahdi, milice soupçonnée d’entretenir des «escadrons de
la mort» fidèle à l’imam chiite radical Moktada Sadr, qui contrôle
Sadr City. Or, le mouvement de Sadr est l’un des piliers
parlementaires de la coalition au pouvoir. Soucieux de manifester
son indépendance au terme d’une semaine de frictions avec
Washington, le Chef du gouvernement a sommé l’armée américaine de
lever les barrages qui paralysaient Sadr City depuis la disparition
du soldat américain d’origine irakienne, enlevé le 23 octobre dans
le centre de la capitale. A Bagdad encore, un journaliste de la
télévision privée irakienne al-Sharqiya, Ahmed Rachid, a été tué
samedi alors qu’il circulait dans un quartier de Bagdad. Il s’agit
du 128e professionnel des médias à trouver la mort en Irak depuis le
début du conflit, en mars 2003, selon un décompte de l’AFP basé sur
les chiffres de Reporters sans frontières (RSF). Face à la violence
qui ensanglante quotidiennement leur pays, de plus en plus
d’Irakiens fuient à l’étranger, selon le Haut-Commissariat aux
réfugiés (HCR), qui estime qu’actuellement quelque 2 000 Irakiens
arrivent chaque jour en Syrie et un millier en Jordanie. Le HCR
estime que près de 1,6 million d’Irakiens ont été déplacés à
l’intérieur de leur pays et que plus de 1,8 million sont réfugiés
hors de leur pays.
Redouane A.
Haut
Réactions au verdict qui secoue l’Irak
Les chiites
saluent, les Occidentaux partagés
Alors que les
Etats-Unis font semblant de ne pas trop afficher leur satisfaction,
l’ONU, Amnesty International et la France ont réitéré leur
opposition à la peine de mort. Washington s’attend, en tous cas, à
des semaines difficiles en Irak dans le proche avenir.
Des cris de joie à
l’annonce de la condamnation à mort de Saddam Hussein. Nous sommes
dans le quartier de Sadr City, bastion des chiites à Bagdad, la
capitale irakienne et fief de Moqtada Sadr. «La foule, elle n’a pas
oublié le massacre de 148 villageois chiites à Doujaïl en 1982. Une
manifestation d’opposant au raïs irakien a également eu lieu à
Nadjaf, la capitale spirituelle des chiites en Irak», souligne une
agence occidentale. Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a
estimé hier que la condamnation à mort de Saddam Hussein marquait la
fin d’«une période noire». «Le verdict d’aujourd’hui rend justice
aux familles de Doujaïl et à toutes celles qui ont subi l’injustice
du dictateur», a affirmé M. Maliki dans une déclaration à la
télévision publique Iraqia. A partir de Genève, le haut-commissaire
de l’ONU chargée des droits de l’homme, Louise Arbour, a appelé hier
le gouvernement irakien à observer un moratoire de l’exécution du
l’ancien président Saddam Hussein et des autres co-accusés condamnés
à mort à Bagadad.
Dans une
déclaration publiée à Genève, Mme Arbour indique que «ceux qui ont
été condamnés aujourd’hui doivent avoir la possibilité d’épuiser
toutes les voies de recours, et quelle que soit l’issue de l’appel,
j’espère que le gouvernement (irakien) va prononcer un moratoire des
exécutions». Mme Arbour a demandé aux autorités irakiennes que «soit
pleinement respecté le droit de recours des personnes accusées et
condamnées aujourd’hui par le Haut Tribunal pénal». Pour sa part,
l’ambassadeur américain en Irak, Zalmay Khalizad, a qualifié les
condamnations prononcées hier d’«importante étape» pour le peuple
irakien même s’il va devoir faire face à «des jours difficiles dans
les semaines à venir». «Ce jour est une étape importante pour
l’Irak, qui vient de franchir un nouveau pas vers la construction
d’une société libre fondée sur le respect de la loi», a estimé M.
Zalmay Khalilzad dans un communiqué. «Un ancien dictateur craint par
des millions de personnes, qui a fait massacrer ses propres
compatriotes sans pitié ni souci de justice, qui les a entraînés en
guerre contre les pays voisins, a été traduit en justice dans son
propre pays»,
a-t-il souligné.
Cependant, M. Khalilzad a prévu que les Irakiens allaient faire face
à des temps difficiles dans les prochaines semaines. La condamnation
à mort de l’ancien président irakien Saddam Hussein a été
immédiatement saluée hier par Londres et Washington, tandis que
l’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty
International mettait en doute l’impartialité du procès. En Europe,
seule la Suède avait également réagi hier matin, se disant
satisfaite que l’ancien dictateur irakien ait eu à répondre de ses
crimes tout en regrettant la peine de mort. Londres a été la
première capitale à réagir. «Je salue le fait que Saddam Hussein et
les autres accusés ont été présentés devant la justice et ont eu à
rendre compte de leurs crimes», a déclaré la ministre britannique
Margaret Beckett quelques minutes après l’énoncé du verdict à
Bagdad.
En revanche,
l’Organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty
International a déploré cette condamnation, et jugé que le procès
avait été «une affaire glauque, marquée par de graves failles qui
remettent en question la capacité du tribunal, tel qu’il est établi
actuellement, à administrer une justice juste, en conformité avec
les standards internationaux». Selon Malcolm Stuart, directeur du
programme pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, «ce procès
aurait dû être une contribution majeure à l’établissement de la
justice et de l’autorité de la loi en Irak, et à assurer la vérité
et la responsabilité des immenses violations des droits de l’Homme
perpétrées par le régime de Saddam Hussein».
Pour sa part, la
France a rappelé hier son opposition à la peine de mort et annonce
qu’elle consultera ses partenaires européens pour faire connaître
cette position au gouvernement irakien. «En ce qui concerne la peine
de mort, la France et, au-delà, l’Union européenne, ont une position
constante en faveur de son abolition universelle», dit un communiqué
du ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy. Le Quai
d’Orsay ne condamne pas explicitement la sentence irakienne mais dit
en «prendre acte». «Cette décision appartient au peuple irakien»,
écrit le ministre. «J’espère que cette décision n’entraînera pas de
nouvelles tensions et que les Irakiens, quelle que soit leur
appartenance communautaire, sauront faire preuve de retenue»,
conclut-il. Au Nigeria, la plus haute institution islamique a elle
aussi mis en doute l’impartialité du tribunal. Quant à l’actuel
président irakien, Jalal Talabani, il s’est refusé à tout
commentaire, qui selon lui «pourrait être vu comme une ingérence
dans les affaires de la cour», puisque les condamnés peuvent encore
faire appel. La Chine s’est également refusée à tout commentaire
dans une affaire intérieure à l’Irak.
R. I.
Les
condamnations
Voici les
peines infligées par le Haut tribunal pénal irakien aux huit accusés
qui comparaissaient à Bagdad pour le massacre de 148 chiites à
Doujaïl en 1982.
Saddam Hussein,
ancien président de l’Irak,
condamné à la mort par pendaison.
Barzan Ibrahim,
demi-frère de Saddam Hussein et chef des services de renseignement
irakiens à l’époque du massacre, condamné à la mort par pendaison.
Awad Hamed
al-Bandar, ancien chef du
tribunal révolutionnaire irakien, condamné à la mort par pendaison.
Taha Yassin
Ramadan, ancien
vice-président irakien, condamné à l’emprisonnement à perpétuité.
Abdullah Kazim
Ruwayyid, ancien responsable
du parti Baas, condamné à 15 ans d’emprisonnement.
Mizhar Abdullah
Ruwayyid, ancien responsable
du parti Baas, condamné à 15 ans d’emprisonnement.
Ali Dayih Ali,
ancien responsable du parti Baas, condamné à 15 ans
d’emprisonnement.
Mohammed Azawi
Ali, ancien responsable du parti Baas, reconnu non-coupable et
relâché.
Haut
Le Sheriff a dit
Il fallait s’y
attendre depuis que les Américains ont décidé de confier le procès
aux Irakiens eux-mêmes : Saddam Hussein doit mourir et servir
d’exemple inoubliable aux yeux de ses compatriotes, des Arabes et du
monde entier. La décision est d’autant plus facile à prendre qu’elle
émane du vainqueur qui occupe militairement le pays après avoir
renversé le régime Saddam, ce dernier ayant été, après tout, un chef
d’Etat dont la brutalité et l’autorité ne font l’ombre d’aucun
doute; ce qui fait de lui un dictateur indéfendable pour avoir
soumis son peuple à la terreur et réduit ses capacités humaines et
matérielles.
Le reste du monde
regarde, donc, sans rien pouvoir faire ou dire sur ce procès. Mais
même si les formes sont mises et les précautions prises, ce sont
pourtant les Etats-Unis qui ont fait juger et condamner Saddam.
La constance des
Etats-Unis se confirme ainsi, après que l’opération de l’arrestation
de l’ancien président irakien eut été orchestrée de la manière la
plus humiliante et la plus dégradante pour lui. Mais derrière cela,
il y a une logique bien plus machiavélique qui anime Washington et
elle est assurément inspirée de la rue américaine, elle-même, en
grande majorité hostile à cette guerre qui a replongé le pays dans
les horreurs et les incertitudes de la guerre du Viêt-Nam. Car
l’ordre du jour principal pour la Maison-Blanche est le retrait de
ses troupes. On le sait inéluctable. On peut même dire qu’il est
urgent, si l’on y greffe les enjeux électoraux aux Etats-Unis et
l’escalade au Moyen-Orient que provoque le maintien de l’armée US en
Irak. Après l’élimination d’Abou Moussab Zarqaoui, l’organisation
fort contestable des élections, la formation d’un gouvernement
fantoche et l’adoption d’une nouvelle Constitution, la suite de
cette course contre la montre ne pouvait être que la condamnation de
Saddam. Mais en le condamnant à la mort, Washington risque de mettre
le feu aux poudres, si bien que son retrait effectif n’en sera
qu’ajourné. Est-ce vraiment une erreur tactique ?
Nabil Benali
Haut
Invasion de l’Irak
Bush «arrogant
et stupide» ?
Il a provoqué la
fitna entre les chiites et les sunnites pour justifier la
prolongation de la présence de l’armée américaine, c’est une erreur.
M. Alberto
Fernandez, l’une des pièces maîtresses du département d’Etat aux
Affaires du Moyen-Orient, était parmi les «faucons» qui clamaient
partout avec des convictions inébranlables que l’invasion de l’Irak
ferait du Moyen-Orient un modèle de société libérale, tolérante,
prospère. Quand des intellectuels arabes, et parmi eux des
pro-occidentaux lui opposaient la noire réalité du terrain, il
souriait et leur rétorquait avec un regard pointu et d’un ton
hautain : «Oui, nous commettons beaucoup d’erreurs en Irak.
L’important sera le résultat final, patientez un peu».
Bush a favorisé la
partition de l’Irak, c’est une erreur. Il a autorisé les agents du
Mossad de liquider physiquement les scientifiques irakens, c’est une
erreur. Il a provoqué la fitna entre les chiites et les sunnites
pour justifier la prolongation de la présence de l’armée américaine,
c’est une erreur. Six cents cinquante mille à sept cent mille civils
assassins gratuitement en trois ans, c’est une erreur. Et,
soudainement, sans que rien la laissait prévoir, voici le même
Alberto Fernandez qui prend un virage en tête d’épingle. Virage
mortel, s’il en est. Une sortie surprenante qui exprime un désaveu
catégorique de l’invasion de Bagdad et sa destruction.
-«Dans l’affaire
de l’Irak, les Américains ont été arrogants et stupides».
Entendez par
«Américains» Bush, Rumsfeild, Cheney, Rice, Perle et toute l’armée
de conseillers de la Maison-Blanche, tous de la Maison-Blanche, tous
les mem-bres du congrès… tous ceux qui ont planifié, exécuté et
soutenu l’occupation de l’Irak qui était en projet sous le règne de
Bush père, juste après la guerre Irak-Iran où Saddam était un soldat
américain adulé par la presse occidentale à gros tirage qui le
considérait comme le dirigeant le plus démocrate du monde arabe (ne
riez pas SVP). Franchement, si nous attendions une espèce de
méa-culpa de quelques membres de l’entourage immédiat de Bush, ce
n’était pas de Fernandez Alberto dont nous avons suivi le
considérable travail médiatique en vue de vendre la vision de Bush
sur le futur «florissant» de l’Irak, malgré la guerre civile et les
crimes inadmissibles des mercenaires américains contre les
populations civiles. Sur les plateaux TV, le Fernandez se
distinguait par son assurance, son arrogance et ses réponses
stupides aux questions des journalistes et des écrivains arabes de
gauche et de droite qui critiquaient l’occupation de l’Irak et le
projet de partition. Aucune profondeur dans ses analyses. Seulement
des accusations contre les pourfendeurs des méthodes buschéiennes
qui ont dépassé de très loin celles d’Hitler en Pologne. Qu’est-il
donc arrivé pour qu’un tel faucon qu’on croyait du groupe des plus
irréductibles prenne un virage mortel à 90° ? D’aucuns mettent ce
brusque revirement sur le compte de l’agression du Liban pilotée par
Bush et Rice.
Expliquons-nous
:Avant le déclenchement du bombardement aveugle de Beyrouth, Rice
avait négocié le soutien des monarques arabes, Moubarek, Fouad
Siniora et le patriarche Nasrallah Safaïre le maronite. Rice, très
confiante en la puissance de Tsahal, était certaine qu’en moins
d’une semaine, la branche armée de Hezbollah ne serait plus qu’un
mauvais souvenir. C’est sur la base de cette prévision que les
monarques arabes, Moubarek, Siniora et Safaïre s’étaient engagés de
couvrir politiquement l’invasion du Liban , Tsahal étant habitué
d’occuper les pays de la région en deux jours tout au plus. La
neutralisation du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais était
voulue autant par l’axe américano-sioniste que par les monarchies
pétrolières et l’Egypte. La fin du conflit au Moyen-Orient selon les
termes et les conditions imposés par la Maison- Blanche à la
communauté internationale ne saurait être envisagée qu’à ce prix.
Il y eut
l’impondérable !
Qui pouvait
imaginer qu’une poignée de résistants libanais tiendrait plus d’une
semaine face à la logistique américaine et à la barbarie sioniste ?
Qui pouvait
prévoir ou imaginer que, refusant la défaite, Bush cautionnerait la
destruction sauvage de toutes les infrastructures socio-économiques
du Liban, comme en Irak et en Palestine ? N’étant pas parvenu à
l’élimination du Hezbollah libanais et du Hamas palestinien, il
avait décidé de punir les citoyens désarmés et de les affamer pour
leur soutien aux symboles du patriotisme sincère et dévoué à la
cause nationale. Fouad Siniora avait pleuré en public parce que Rice
l’avait ridiculisé en autorisant Olmert de raser le Liban. Par
contre, le patriarche maronite Safaïre s’était déplacé aux
Etats-Unis pour tenter d’obtenir l’arrêt des bombardements aveugles
de son pays. Ce à quoi Dick Chenee aurait répondu froidement : «Vous
nous avez demandé de vous libérer de l’armée syrienne, nous l’avons
fait et nous vous avons donné un gouvernement à votre mesure. Nous
vous avons demandé de désarmer Hezbollah. Vous avez promis et vous
n’avez rien fait. Nous avons confié cette mission à Olmert en plus
de celle d’éliminer Hamas. S’il devra raser Gaza, la Cisjordanie et
le Liban, nous le couvrirons contre le monde entier. Vous n’aviez
qu’à respecter vos engagements. Hezbollah et Hamas bloquent le plan
de Bush pour le Moyen-Orient. Ils doivent disparaître à n’importe
quel prix. Le Liban sera reconstruit mieux qu’avant. Ne nous
demandez pas plus et ne comptabilisez pas vos cadavres sur notre
compte. L’opération a reçu l’aval de votre gouvernement, de votre
Eglise et de Moubarek».
Peu de journaux
occidentaux ont évoqué ce dialogue ahurissant entre l’homme de
l’Eglise et le tueur. Sans prétendre être dans le secret des dieux
US de la guerre, nous constatons que ce sont quelques jours après la
rencontre du patriarche maronite avec le bras droit de Bush que M.
Alberto Fernandez a ouvert les yeux sur les noirs desseins US au
Moyen-Orient.
Il faut dire que
la destruction totale des infrastructures de base du Liban (ami de
l’Occident) a ébranlé toutes les chancelleries pro et
anti-américaines, car ne s’inscrivant dans aucune stratégie lisible.
Faire du mal pour le mal ? Punir la population libanaise pour ne pas
avoir crié assez fort son rejet du terrorisme «islamiste» que
symbolise le Hezbollah aux yeux de Bush et de ses coalisés ? Il est
très important de noter que M. Fernandez, par sa déclaration
imprévisible, vient de donner raison à tous les intellectuels arabes
qui tiennent des discours «irréalistes et idiots» et qu’il avait
ouvertement méprisés au cours des nombreux débats qu’il a eus avec
eux avant la fin de l’agression de l’axe américano-sioniste contre
le Liban. Prenons acte de cette évolution positive d’un
ex-irréductible partisan de la Bushrie connexion en Irak et en
Palestine où la liquidation du Hamas se poursuit sauvagement dans
l’indifférence de l’opinion mondiale. Et surtout prenons au sérieux
le Fernandez quand il nous annonce une imminente vague de règlements
de comptes au sein de la confrérie bushienne. Nous croyons que
lui-même payera chèrement d’avoir dit une vérité qui conforte les
critiques des démocrates à quelques jours du vote. Les Américains
arrogants et stupides seulement en Irak ? Pas du tout.
La Palestine, les
territoires arabes occupés en 1967, l’Afghanistan, l’Iran, etc.,
sont des points chauds où Bush et son équipe se comportent avec
arrogance et stupidité, entraînant l’UE sur la même voie, en voulant
imposer une paix taillée à la mesure des nazi sionistes.
Attendons les
résultats des élections !
Mehdi H.
Haut
Copyright 2003
Le Jour d'Algérie. Conception
M.Merkouche
|