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Appelé le «Beverly Hills» algérois

Sidi Yahia détrône Hydra

 

 07/11/06

 

 Appelé le «Beverly Hills» algérois

Sidi Yahia détrône Hydra

Le drame qui se joue dans ce quartier aux allures européennes est celui de ceux qui, loin de posséder les moyens de ce permettre le luxe de l’endroit, ne font que le traverser, entrer dans les magasins et parfois à de rares occasions, se permettre de s’asseoir à l’une des nombreuses terrasses pour commander un verre d’eau plate qui leur sera évidemment compté à…50 DA.

Il y a déjà dix ans, ce quartier et plus précisement le boulevard Saïd Hamdine était l’un des endroits les plus cotés d’Alger. A l’époque, le terrorisme faisait rage et certaines denrées ne se trouvaient pas encore sur le marché algérien. Sidi Yahia était l’un des rares endroits où l’on pouvait à coup sûr trouver des produits importés quels qu’ils soient. C’est à cette période d’ailleurs qu’une séléction naturelle quant à la clientele de ce lieu a commencé à s’établir. En effet, les produits proposés étant très chers, seuls ceux qui en avaient les moyens pouvaient se les permettre. D’autre part, de par son positionement particulier peu servi par les transports publics, seuls ceux qui y avaient à faire y allaient, les simples passants étaient rares et habitaient en général dans les environs, donc à Hydra qui était déjà à l’époque le quartier huppé de la capitale. Aujourd’hui néanmoins un grand nombre de personnes très hétéroclytes s’y retrouvent. Certains habitant Ben Aknoun, Chéraga ou encore Dély Ibrahim font une véritable trotte juste pour aller déguster un café dans un des nombreux cafés de Sidi Yahia. La clientèle de ces cafés a par ailleurs tout à fait interêt à bien déguster les cafés qu’elle commande jusqu’au bout car leurs prix varient entre 100 et 200 DA (selon les… goûts). Ces prix exorbitants ou qui le semblent pour des personnes habituées à des prix plus raisonnbales et surtout au portefuille moins garni sont faits justement dans le but d’écrémer en quelque sorte la clientèle de ces endroits. Seule l’élite (dont la caractéritique est pour beaucoup, l’argent) peut se permettre de venir consommer dans ces cafés et ces restaurants qui nous feraient presque payer en euros un thé à la menthe pourvu qu’il soit servi dans une tasse en porcelaine (et encore cela est loin d’être sûr). Mais le drame qui se joue dans ce quartier aux allures européennes est celui de ceux qui, loin de posséder les moyens de ce permettre le luxe de l’endroit, ne font que le traverser, entrer dans les magasins et parfois à de rares occasions, se permettre de s’asseoir à l’une des nombresues terrasses pour commander un verre d’eau plate qui leur sera évidemment compté à…50 DA. Cela peut paraître surréaliste mais pour beaucoup le seul fait d’être aperçu ou même entr’aperçu à Sidi Yahia est déjà un signe de réussite sociale en soi. Acheter un vêtement à Sidi yahia, même au double de son prix, n’est pas une perte pour les accros de ce quatrier, car si leur portefeuille en pâtit, leur réputation, elle, en est grandie. En effet, lorsque l’on dévoile le vêtement en question en public, il est pour eux tellement bon et surtout valorisant de pouvoir dire sur un ton détaché (que l’on tentera de rendre le plus naturel possible malgré le trou béant porté au budget mensuel) qu’on se l’est offert à Sidi Yahia lors d’une balade. Et à

30 000 DA la veste en cuir, on aura intérêt à l’apprécier, car elle pourrait même constituer, le cas échéant, un héritage familial. Mais il n’y a pas que la gastronomie (?) et les vêtements à Sidi Yahia. Il y a aussi les meubles. Des meubles dont les prix vous tombent dessus comme une massue pour vous assommer. Le prix standard est à la limite presque raisonnable pour un salon  (sans rires) 250 000 DA. Il est même rare dans ses magasins de trouver un meuble qui soit à moins de 100 000 DA. Toutefois, il est à signaler que même si l’ont peut trouver de très jolis meubles à Sidi Yahia, les connaisseurs vous diront que c’est surtout à Déli Ibrahim et à Chéraga que les plus avisés iront faire leurs emplettes. Mais que les plus fortunés ne s’inquiètent pas, les prix sont tout aussi exorbitants là-bas  et il ne risquent pas de retrouver leur salon parmi le mobilier d’un simple fonctionnaire (du moment qu’il est honnête). En effet, le point nodal de Sidi Yahia est cette obsession d’une certaine catégorie de personnes aisée qui ne veut surtout pas côtoyer les «misérables» des bas quartiers. Les caves ne sont pas les bienvenus à Sidi Yahia mais paradoxalement, ce sont eux qui  sont présents en plus grand nombre. Des nouveaux riches, en quelque sorte, qui ne veulent qu’une chose : dépenser leur argent et que cela se voit. Pour eux, Sidi Yahia est un paradis sur  terre. Paradis auquel ils ont néanmoins parfois du mal à s’acclimater. En effet, l’une des caractéristiques de Sidi Yahia c’est que c’est l’un des rares quartiers d’Alger où l’on s’addressera à vous immédaitdment et en premier lieu en français ; et pour certains, s’exprimer en français n’est pas toujours chose aisée. Mais pour survivre à Sidi Yahia c’est une règle incontournable; alors les plus retissants s’y mettent. Seuls à y échapper, les étrangers en nombre important dans ce quartier de la capitale. Parler une langue étrangère (le français étant considéré malgré tout comme une langue d’ici) est du plus bel effet à Sidi Yahia. Que ce soit l’anglais ou l’arabe (l’arabe du Golfe et du Proche-Orient étant très nettement différenciable de celui parlé ici), ceux qui le parlent sont traités avec plus d’égard. Mais cette déférence n’a rien à voir avec une quelconque tradition d’hospitalité mais plutôt avec le fait que ces derniers peuvent payer en devises et qu’ils peuvent même, le cas échéant, être bernés sur les prix à cause des taux de change.

C’est donc une atmosphère très particulière qui règne  autour de ce quartier. Les premiers à s’en rendre compte sont ceux qui y travaillent. Qu’ils soient vendeurs ou serveurs, ils ne se font aucune illusion sur le vrai visage de Sidi Yahia et le glamour que certains prêtent à ce quartier n’est pour eux qu’une mascarade. Halim, un jeune homme de 24 ans, employé dans un magasin de meubles, se rend bien compte des artifices  de son lieu de travail. «Dès que les gens entrent dans la quatrier, ils se sentent pousser des ailes et du moment qu’ils ont de l’argent les commerçants feront tout pour les conforter dans cette idée». Ce jeune homme à la peau et aux yeux clairs (cela fait bien à Sidi Yahia) semble lassé mais est surtout devenu cynique : «Tout le monde fait semblant ici d’appartenir à une sorte d’élite mais la vérité c’est que la plupart de nos clients sont des nouveaux riches qui ont beaucoup d’argent à dépenser». Pour ce jeune homme, le plus important est d’aller dans le sens du poil du client même s’il s’exprime mal ou qu’il a mauvais goût. S’il a de l’argent il sera traité comme un ambassadeur. Il nous confie même qu’il arrive aux commérçants de guetter les voitures des clients pour voir si ce sont de «bons morceaux». «Je préfère avoir pour client un type en 4x4 qui me prendra une salle à manger de 100 briques plutôt qu’un intellectuel qui viendrait seulement pour regarder. D’ailleurs on préfère décourager ce genre de clientèle. Ici, on aime les gens qui dépensent de l’argent, pas ceux qui admirent les meubles». En effet, dans un autre magasin, les vendeurs en grande discussion ne prennent même pas la peine de se retourner pour des clients qu’ils ne jugent pas interressants. Par ailleurs, certains magasins de meubles, comme certaines bijouteries, ont une clientèle bien définie qui dépense en masse chez eux et n’ont pas besoin de notre menue monnaie.

Ainsi, pour ceux qui veulent du rêve, Sidi Yahia est idéal, à condition de ne pas trop gratter  la surface car son vernis s’effrite très vite. Mais vu de l’exterieur, cette artère (pardon, ce quartier) peut revêtir un aspect très attirant et même assez envoûtant avec toutes ses magnifiques devantures, ses terrasses de cafés et de restaurants ainsi que toutes les enseignes de grandes entreprises nationales et étrangères qui ont un siège là-bas.

Fouzia Mahmoudi

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