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Appelé
le «Beverly Hills» algérois
Sidi Yahia détrône
Hydra
Le drame qui se joue
dans ce quartier aux allures européennes est celui de ceux qui, loin
de posséder les moyens de ce permettre le luxe de l’endroit, ne font
que le traverser, entrer dans les magasins et parfois à de rares
occasions, se permettre de s’asseoir à l’une des nombreuses
terrasses pour commander un verre d’eau plate qui leur sera
évidemment compté à…50 DA.
Il y a déjà dix ans, ce
quartier et plus précisement le boulevard Saïd Hamdine était l’un
des endroits les plus cotés d’Alger. A l’époque, le terrorisme
faisait rage et certaines denrées ne se trouvaient pas encore sur le
marché algérien. Sidi Yahia était l’un des rares endroits où l’on
pouvait à coup sûr trouver des produits importés quels qu’ils
soient. C’est à cette période d’ailleurs qu’une séléction naturelle
quant à la clientele de ce lieu a commencé à s’établir. En effet,
les produits proposés étant très chers, seuls ceux qui en avaient
les moyens pouvaient se les permettre. D’autre part, de par son
positionement particulier peu servi par les transports publics,
seuls ceux qui y avaient à faire y allaient, les simples passants
étaient rares et habitaient en général dans les environs, donc à
Hydra qui était déjà à l’époque le quartier huppé de la capitale.
Aujourd’hui néanmoins un grand nombre de personnes très hétéroclytes
s’y retrouvent. Certains habitant Ben Aknoun, Chéraga ou encore Dély
Ibrahim font une véritable trotte juste pour aller déguster un café
dans un des nombreux cafés de Sidi Yahia. La clientèle de ces cafés
a par ailleurs tout à fait interêt à bien déguster les cafés qu’elle
commande jusqu’au bout car leurs prix varient entre 100 et 200 DA
(selon les… goûts). Ces prix exorbitants ou qui le semblent pour des
personnes habituées à des prix plus raisonnbales et surtout au
portefuille moins garni sont faits justement dans le but d’écrémer
en quelque sorte la clientèle de ces endroits. Seule l’élite (dont
la caractéritique est pour beaucoup, l’argent) peut se permettre de
venir consommer dans ces cafés et ces restaurants qui nous feraient
presque payer en euros un thé à la menthe pourvu qu’il soit servi
dans une tasse en porcelaine (et encore cela est loin d’être sûr).
Mais le drame qui se joue dans ce quartier aux allures européennes
est celui de ceux qui, loin de posséder les moyens de ce permettre
le luxe de l’endroit, ne font que le traverser, entrer dans les
magasins et parfois à de rares occasions, se permettre de s’asseoir
à l’une des nombresues terrasses pour commander un verre d’eau plate
qui leur sera évidemment compté à…50 DA. Cela peut paraître
surréaliste mais pour beaucoup le seul fait d’être aperçu ou même
entr’aperçu à Sidi Yahia est déjà un signe de réussite sociale en
soi. Acheter un vêtement à Sidi yahia, même au double de son prix,
n’est pas une perte pour les accros de ce quatrier, car si leur
portefeuille en pâtit, leur réputation, elle, en est grandie. En
effet, lorsque l’on dévoile le vêtement en question en public, il
est pour eux tellement bon et surtout valorisant de pouvoir dire sur
un ton détaché (que l’on tentera de rendre le plus naturel possible
malgré le trou béant porté au budget mensuel) qu’on se l’est offert
à Sidi Yahia lors d’une balade. Et à
30 000 DA la veste en
cuir, on aura intérêt à l’apprécier, car elle pourrait même
constituer, le cas échéant, un héritage familial. Mais il n’y a pas
que la gastronomie (?) et les vêtements à Sidi Yahia. Il y a aussi
les meubles. Des meubles dont les prix vous tombent dessus comme une
massue pour vous assommer. Le prix standard est à la limite presque
raisonnable pour un salon (sans rires) 250 000 DA. Il est même rare
dans ses magasins de trouver un meuble qui soit à moins de 100 000
DA. Toutefois, il est à signaler que même si l’ont peut trouver de
très jolis meubles à Sidi Yahia, les connaisseurs vous diront que
c’est surtout à Déli Ibrahim et à Chéraga que les plus avisés iront
faire leurs emplettes. Mais que les plus fortunés ne s’inquiètent
pas, les prix sont tout aussi exorbitants là-bas et il ne risquent
pas de retrouver leur salon parmi le mobilier d’un simple
fonctionnaire (du moment qu’il est honnête). En effet, le point
nodal de Sidi Yahia est cette obsession d’une certaine catégorie de
personnes aisée qui ne veut surtout pas côtoyer les «misérables» des
bas quartiers. Les caves ne sont pas les bienvenus à Sidi Yahia mais
paradoxalement, ce sont eux qui sont présents en plus grand nombre.
Des nouveaux riches, en quelque sorte, qui ne veulent qu’une chose :
dépenser leur argent et que cela se voit. Pour eux, Sidi Yahia est
un paradis sur terre. Paradis auquel ils ont néanmoins parfois du
mal à s’acclimater. En effet, l’une des caractéristiques de Sidi
Yahia c’est que c’est l’un des rares quartiers d’Alger où l’on s’addressera
à vous immédaitdment et en premier lieu en français ; et pour
certains, s’exprimer en français n’est pas toujours chose aisée.
Mais pour survivre à Sidi Yahia c’est une règle incontournable;
alors les plus retissants s’y mettent. Seuls à y échapper, les
étrangers en nombre important dans ce quartier de la capitale.
Parler une langue étrangère (le français étant considéré malgré tout
comme une langue d’ici) est du plus bel effet à Sidi Yahia. Que ce
soit l’anglais ou l’arabe (l’arabe du Golfe et du Proche-Orient
étant très nettement différenciable de celui parlé ici), ceux qui le
parlent sont traités avec plus d’égard. Mais cette déférence n’a
rien à voir avec une quelconque tradition d’hospitalité mais plutôt
avec le fait que ces derniers peuvent payer en devises et qu’ils
peuvent même, le cas échéant, être bernés sur les prix à cause des
taux de change.
C’est donc une
atmosphère très particulière qui règne autour de ce quartier. Les
premiers à s’en rendre compte sont ceux qui y travaillent. Qu’ils
soient vendeurs ou serveurs, ils ne se font aucune illusion sur le
vrai visage de Sidi Yahia et le glamour que certains prêtent à ce
quartier n’est pour eux qu’une mascarade. Halim, un jeune homme de
24 ans, employé dans un magasin de meubles, se rend bien compte des
artifices de son lieu de travail. «Dès que les gens entrent dans la
quatrier, ils se sentent pousser des ailes et du moment qu’ils ont
de l’argent les commerçants feront tout pour les conforter dans
cette idée». Ce jeune homme à la peau et aux yeux clairs (cela fait
bien à Sidi Yahia) semble lassé mais est surtout devenu cynique :
«Tout le monde fait semblant ici d’appartenir à une sorte d’élite
mais la vérité c’est que la plupart de nos clients sont des nouveaux
riches qui ont beaucoup d’argent à dépenser». Pour ce jeune homme,
le plus important est d’aller dans le sens du poil du client même
s’il s’exprime mal ou qu’il a mauvais goût. S’il a de l’argent il
sera traité comme un ambassadeur. Il nous confie même qu’il arrive
aux commérçants de guetter les voitures des clients pour voir si ce
sont de «bons morceaux». «Je préfère avoir pour client un type en
4x4 qui me prendra une salle à manger de 100 briques plutôt qu’un
intellectuel qui viendrait seulement pour regarder. D’ailleurs on
préfère décourager ce genre de clientèle. Ici, on aime les gens qui
dépensent de l’argent, pas ceux qui admirent les meubles». En effet,
dans un autre magasin, les vendeurs en grande discussion ne prennent
même pas la peine de se retourner pour des clients qu’ils ne jugent
pas interressants. Par ailleurs, certains magasins de meubles, comme
certaines bijouteries, ont une clientèle bien définie qui dépense en
masse chez eux et n’ont pas besoin de notre menue monnaie.
Ainsi, pour ceux qui
veulent du rêve, Sidi Yahia est idéal, à condition de ne pas trop
gratter la surface car son vernis s’effrite très vite. Mais vu de
l’exterieur, cette artère (pardon, ce quartier) peut revêtir un
aspect très attirant et même assez envoûtant avec toutes ses
magnifiques devantures, ses terrasses de cafés et de restaurants
ainsi que toutes les enseignes de grandes entreprises nationales et
étrangères qui ont un siège là-bas.
Fouzia Mahmoudi
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