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L’immigration
clandestine à Ghazaouet
Le phénomène prend
une ampleur sans précédent
Des centaines de jeunes
«harraga» risquent chaque jour leur vie à bord de petites
embarcations, ou de canots pneumatiques (Zodiac).
Si certains d’entre eux
réussissent dans leur folle équipée et téléphonent à leur famille
une fois arrivés sur les côtes espagnoles, d’autres, par contre,
n’arrivent jamais à destination et sont considérés comme disparus.
Les 13 jeunes candidats à l’immigration clandestine, qui viennent
d’être interceptés au large de Ghazaouet en cette fin de week-end,
par les garde-côtes, n’ont certes pas vu leur rêve se réaliser mais
ont la chance d’être toujours en vie et en bonne santé. Ces «harraga»,
dont la plupart sont originaires de la ville portuaire de Ghazaouet
et sa région, ont pris le départ à partir de la plage de Sidna
Youchaâ. Après leur interpellation, ils ont été reconduits jusqu’au
port de Ghazaouet où ils ont été remis aux services de la Sûreté de
daïra. On a appris également que les éléments de la brigade de
gendarmerie de Ghazaouet qui ont reçu des renforts pour la
circonstance et qui agissaient sur la base de renseignements, ont
fait avorter une autre tentative d’immigration clandestine, toujours
à partir de Sidna Youchaâ, au cours de la semaine dernière. On n’a
pas d’autres précisions, si ce n’est que les candidats à la «hedda»
étaient au nombre de 27. Le littoral de la daïra de Ghazaouet,
distant des côtes espagnoles de seulement 120 kilomètres, est devenu
un lieu de tentation qui aveugle les candidats à l’immigration
clandestine qui y converge de presque toutes les régions d’Algérie.
Déboursant pour le voyage généralement plus de
100 000 DA par personne,
ils tentent ainsi leur chance, à partir des nombreuses plages et
criques de la région, presque chaque jour, dans des embarcations
«bourrées» de jeunes dont l’âge varie entre 18 et 32 ans, voire un
peu plus. Les plages de Sidna Youchaâ, Ziatène, Aânina (Fontanita),
Oued Abdellah, Aïn El Guessab ou Bekhata enregistrent ainsi de
nombreux départs vers un ailleurs qu’ils espèrent meilleur. Bien
souvent cependant, ils disparaissent au fond de cette Méditerranée
aux tempêtes violentes et souvent imprévisibles. Jusqu’à présent,
aucun sociologue ne s’est penché sur le phénomène de la «hedda» qui
fait de plus en plus d’émules parmi les jeunes et moins jeunes.
Tous veulent l’aventure, de l’adolescent à peine pubère au père de
famille d’un certain âge. On a même parlé, récemment dans les rues
de Ghazaouet, d’un père et de son fils qui ont essayé de rejoindre
ensemble les côtes espagnoles. Dans ce cas précis, on ne sait pas
qui du père ou du fils a accompagné l’autre ? Ceci dit, les services
de sécurité, tous corps confondus, commencent à se spécialiser dans
ce phénomène nouveau, d’où l’échec de nombreuses tentatives. La ruée
des «harraga» vers les côtes de Ghazaouet serait due, aux dires de
la vox populi, à la réussite de nombreuses traversées vers la
péninsule ibérique, d’une part, et à l’expérience des guides, ou
passeurs qui proposent leurs «services» et qui sont pour la plupart
des connaisseurs de la mer, d’autre part. Moyennant d’importantes
sommes d’argent, des individus organisent ainsi la traversée du
golfe de Ghazaouet jusqu’en Espagne, souvent en suivant
discrètement, du moins durant les premières miles, le navire
espagnol de voyageurs faisant la navette entre Ghazaouet et Alméria,
à bord d’embarcations avec lesquelles ils retournent vers leur point
de départ si, bien entendu, ils ne décident pas de rester, eux
aussi, en Espagne. Dans la région de Ghazaouet, les passeurs sont
cependant peu nombreux et opèrent plutôt du côté de Oued Bennayed et
Beider. Ceci dit, les candidats à l’émigration préfèrent ceux en qui
ils ont confiance puisqu’ils prennent la mer avec eux à ceux qui se
sont spécialisés dans l’escroquerie.
Lebbad Youcef
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