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Arts plastiques

Décès de l’artiste peintre Ali-Khodja Ali

Prix et critique littéraires

Quels fondements pour le jugement esthétique ?

 

 09/02/10

 

Arts plastiques

Décès de l’artiste peintre Ali-Khodja Ali

Homme de raffinement et d’une immense culture, avec Ali Khodja disparaît l’une des plus grandes figures de l’art algérien du vingtième siècle.

Arrière petit-fils du dey d’Alger, discret, peu familier de la course aux vernissages, Ali Khodja qui vient de nous quitter était l’un des tout derniers représentants d’un art bien ancré dans la culture citadine algéroise, la miniature et son corollaire, l’enluminure. Issu d’une famille qui était la figure de proue de la miniature (les Racim étaient ses oncles), il a introduit une touche de modernisme à cet art enraciné dans les traditions musulmanes. Il appartenait à cette catégorie de miniaturistes qui, après les pionniers qu’étaient les Racim, ont forgé une école originale sur laquelle planaient les noms de Temmam, Haminoumna, Ranem, Yelles, Boutaleb et autres, qui étaient imprégnés de la culture algéroise et qui ont su la restituer en y injectant leur immense talent, chacun avec son style particulier. Homme de raffinement et d’une immense culture, avec Ali Khodja disparaît l’une des plus grandes figures de l’art algérien du vingtième siècle.

L’artiste peintre Ali-Khodja Ali est décédé dimanche à l’âge de 87 ans des suites d’une longue maladie, a-t-on appris auprès de ses proches.  Né à Alger le 13 janvier 1923, Ali-Khodja Ali était un miniaturiste et peintre algérien. Après la mort de son père en 1927, il est recueilli par ses oncles maternels dont l’un est le miniaturiste Mohamed Racim.  A partir de 1933, il est élève d’Omar Racim, son autre oncle maternel, au cours pratique de calligraphie et d’enluminure près l’Ecole des beaux-arts d’Alger. Ali-Khodja expose dans plusieurs salons et reçoit en 1942, la «Bourse Sivry», première bourse de la ville d’Alger (section miniature).  En 1947, il participe à une exposition collective en Scandinavie, à Stockholm, Oslo et Copenhague, dans laquelle il présente deux miniatures (Intérieur mauresque, Environs d’Alger) et deux enluminures.  A partir de 1962, il participe aux premières expositions organisées à Alger et en 1963, il devient membre fondateur de l’Union nationale des arts plastiques (UNAP). En 1970, il obtient le grand prix national de peinture et en 1987 il reçoit la médaille du mérite national. Ali-Khodja était également membre du jury international de la première biennale internationale des arts plastiques d’Alger en 1987 et président du jury de la deuxième biennale en 1989. Le défunt a été inhumé lundi au cimetière de Sidi Abderrahmane (Alger) après la prière du Dohr. Un dernier hommage lui a été rendu, avant son inhumation, au palais de la Culture.

Par Nadjib S.

 

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Prix et critique littéraires

Quels fondements pour le jugement esthétique ?

La presse écrite, sans prétendre remplacer les structures et les instances inhérentes à ce genre d’activité, peut aider à une meilleure lisibilité de la production littéraire, à une didactique de la lecture.

Des instances culturelles– publiques ou associatives (fondations) – ont, depuis quelques années, commencé à décerner des prix littéraires à des romanciers, poètes, dramaturges ou nouvellistes. L’idée de récompenser l’effort de création littéraire – au même titre que les autres récompenses touchant le monde de l’art pictural, cinématographique… – est une noble entreprise censée encourager la qualité et la quantité en matière d’investissement esthétique. Cependant, le moins vigilant des observateurs de la scène littéraire et artistique nationale est fondé à se poser la question de savoir que peuvent réellement valoir, sur le plan intellectuel et de travail de création, les prix littéraires décernés par certaines instances culturelles.

La question mérite d’être posée aussi bien aux structures publiques (Bibliothèque nationale, HCA, ministère de la Culture) qu’aux associations, fondations ou clubs privés. Hormis les comités de lecture ad hoc, dont on ignore souvent l’envergure et la composition, le processus de lecture critique – via la presse, l’Université ou une quelconque instance reconnue en la matière – demeure souvent le grand absent. Ce processus qui permet, sous d’autres cieux, de faire apparaître, en dehors bien sûr de la promotion publicitaire, au grand jour les écrits littéraires (poésie, roman, théâtre, nouvelle…) reste à inventer chez nous. A de rares exceptions, les prix littéraires ont paradoxalement tendance à précéder le travail de critique.

Aujourd’hui, et devant l’absence d’instances académiques idoines et de revues spécialisées en critique littéraire, le flux des productions livresques  ne rencontre pas un filtre qui puisse conduire à une décantation basée uniquement sur la valeur intrinsèque de l’ouvrage selon des canons esthétiques et qualitatifs établis d’après les spécificités culturelles du pays et les valeurs de la culture universelle.

La presse écrite, sans prétendre remplacer les structures et les instances inhérentes à ce genre d’activité, peut aider à une meilleure lisibilité de la production littéraire, à une didactique de la lecture.

La profusion des écrits littéraires, même si elle peut renseigner d’une manière approchée sur l’état de «santé culturelle» d’un pays, ne peut s’inscrire dans la durée de l’histoire littéraire que par un travail de sélection, de classification et de promotion des œuvres. Il est tout à fait évident qu’un premier travail d’«élagage» s’effectue par une sorte de décantation naturelle qui fait émerger le «bon goût» du moment, selon l’expression classique. Cependant, une intervention de l’élite intellectuelle composée d’universitaires et d’hommes de culture permet de baliser les idées, de consacrer des tendances et, souvent, de faire émerger des courants.

Cette intervention, généralement non institutionnalisée, se fait dans le monde moderne par le moyen de la presse écrite, de la radio, de la télévision, des colloques et des écrits universitaires.  Ce que l’on nomme tout simplement la critique littéraire a une fonction culturelle, idéologique et esthétique certaine. Son histoire – même si elle remonte sur le plan formel aux heures de gloire de la renaissance littéraire européenne – ne se confond pas toujours avec l’histoire de la création littéraire elle-même. Des décalages temporels, parfois considérables, séparent l’œuvre de son analyse critique.

L’un des plus prestigieux critiques littéraires du 19e siècle, Sainte-Beuve, avait, dans ses deux ouvrages intitulés «Portraits» et «Causeries du lundi», assis une méthode toute classique de l’analyse des œu-vres littéraires de son époque et des créations plus anciennes. Taraudé par le destin du classicisme et l’agitation du romantisme, il conclut que le premier a valeur de consentement et le second d’inquiétude devant le siècle. Dans une critique acerbe de Lamartine, Sainte-Beuve renie le courant romantique, lequel, dit-il, ne sied qu’à la jeunesse.

Evolution des «gisements» de la critique

Albert Thibaudet rappelle que la naissance de la corporation critique a lieu en fonction de celle de deux autres corporations, inexistantes avant le 19e siècle, celle des professeurs et celle des journalistes. Dans son ouvrage intitulé «Physiologie de la Critique» (1930), il distingue trois niveaux de critique : «La critique des honnêtes gens, ou critique spontanée, est faite par le public lui-même, ou plutôt par la partie éclairée du public et par des interprètes immédiats. La critique des professionnels est faite par des spécialistes dont le métier est de lire des livres, de tirer de ces livres une certaine doctrine commune, d’établir entre les livres de tous les temps et de tous les lieux une espèce de société. La critique des artistes est faite par les écrivains eux-mêmes, lorsqu’ils réfléchissent sur leur art, considèrent dans l’atelier même ces œuvres que la critique des honnêtes gens voit dans les salons  et que la critique professionnelle examine, discute, même restaure, dans les musées».  Une intéressante histoire de la critique nous est offerte par le prestigieux ouvrage de Roger Fayolle intitulé «La Critique» (1964). L’auteur y retrace l’histoire de cette discipline et replace certains célèbres critiques (Sartre, Max-Pol Fouchet, Maurice Nadeau, Pierre-Henri Simon…) dans les rôles qui sont les leurs.

En son temps déjà, Albert Thibaudet a distingué une critique qui évalue et apprécie – pour abaisser ou pour exalter – et une critique qui scrute et mesure, pour mieux connaître. Selon les termes de Roland Barthes, on peut parler de critique de «lancée» et critique de structure.

Quels que soient les supports matériels de l’expression de la critique (revues, journaux,TV, ouvrages universitaires) et malgré la différence de niveau pédagogique qui les caractérise, la critique littéraire a fini par constituer une discipline à part entière, presque un corps de métier dont les sources et les ressources philosophiques se sont grandement diversifiées au cours de la deuxième moitié du 20e siècle. Structuralisme, psychanalyse, sociologie sont quelques-unes des disciplines extérieures auxquelles a fait appel la critique littéraire.  L’expression «nouvelle critique» désigne moins une école qu’une tendance commune, «un même type de recherche qui choisit de privilégier l’œuvre, non pas à la façon d’un sanctuaire dont on se tient à distance par impuissance ou par respect, mais comme le lieu même de l’enquête ou, à tout le moins, son point de départ obligé», selon «La Littérature en France de 1945 à 1968» (Bordas, 1982). Cette nouvelle tendance puise dans la linguistique, la psychanalyse et dans le marxisme (à l’exemple de Lucien Goldman).  Jacques Lacan, Roland Barthes, Marthe Robert, Tzvetan Todorov, Gerard Genette, Julia Kristeva… sont autant d’analystes qui ont donné à la critique littéraire un souffle et un horizon nouveaux qui l’amène à appréhender les œuvres littéraires sous le regard des sciences humaines aussi diversifiées que la sémiologie, l’histoire, la psychanalyse, la sociologie…etc.  En Algérie, des efforts méritoires ont été déployés par des individus ou des équipes de chercheurs pour décrypter avec des moyens modernes les œu-vres littéraires algériennes. Pendant les années 1980, Dalila Morsly, Christiane Achour, Beidha Chikhi, Boualem Souibès, Zineb Ali Benali, Denise Louanchi, Nadjet Khedda, Mourad Yellès Chaouche, …etc. ont initié des travaux de critique littéraire relatifs aux textes de Mohamed Dib, Kateb Yacine,

Mouloud Feraoun, Assia Djebar, …C’est un véritable capital en matière d’investigation et de recherche universitaires qui permet de situer les œuvres littéraires algériennes dans le contexte de l’imaginaire national, de l’inconscient collectif et de la psychologie individuelle.

La revue «Kalim», qui était éditée par l’OPU (Office des Publications Universitaires), était une véritable tribune de recherche et de critique littéraires. Nous pouvons apprécier déjà des titres d’études comme : «Le mythe de la ‘’ville nouvelle’’ dans le discours utopique dibien», «Structures du récit dans ‘’Cours sur la rive sauvage’’»,  «Nedjma: Quête d’identité et découverte d’altérité» et «Loin de Nedjma : de la locution à la fiction poétique».  Nous pouvons, néanmoins, nous poser la question de savoir quel est le rôle de la critique littéraire dans un pays où l’acte de lecture n’est pas consacré comme principe de formation et de culture et où l’enseignement de la littérature est réduit à la portion congrue. Comme le souligne Antoine Compagnon, professeur à l’université de Columbia, «la critique littéraire est inséparable de l’enseignement de la littérature. Elle sert à légitimer cet enseignement et elle fournit des pédagogies. Elle permet de parler de la littérature autrement que par jugements de valeur. Elle est dépendante de la littérature comme institution scolaire».  

Les voies de la nouvelle

La littérature algérienne de langue française a produit des nouvellistes de grande valeur, mais qui ne se sont jamais contentés de ce titre. Ce sont généralement aussi – parfois souvent – des poètes ou des romanciers. Le métier de nouvelliste ne peut-il pas exister tout seul sans autre appendice ? En tout cas, dans notre jeune histoire littéraire d’après l’indépendance, de fortes vocations se sont affirmées dans l’écriture de la nouvelle. Lorsqu’on cite Mouloud Achour, c’est d’abord au nouvelliste qu’on pense. Avec «Le Survivant et autres nouvelles», «Héliotropes» et d’autres titres s’étalant sur plus de vingt-cinq, cet auteur a su pénétrer profondément ce genre et en maîtriser les principaux ressorts.

Djamal Amrani a, lui aussi, tenté une intéressante expérience avec particulièrement «Le Dernier crépuscule» (SNED-1978). La génération de l’indépendance s’est également illustrée avec deux importants recueils de nouvelles : «Les Rets de l’oiseleur» de Tahar Djaout (ENAL-1984) et «La Ceinture de l’ogresse» de Rachid Mimouni (Laphomic-1990). Parmi les écrivains algériens de la génération de la guerre de Libération, certains noms célèbres voient leurs productions de nouvelles quelque peu escamotées par les autres genres dans lesquelles ils ont fort excellé. Nous pensons d’abord à Mohamed Dib qui a réellement touché à tous les genres d’écriture (roman, conte, nouvelle, poésie, théâtre) et à Mouloud Mammeri qui, outre ses productions romanesques, théâtrales et d’études d’anthropologie culturelle, avait publié dans des diverses revues des nouvelles qui ne seront rassemblées qu’en 1995 par les éditions Bouchène sous le titre «Escales», un nom qui se trouve être le titre de l’une des nouvelles contenues dans ce recueil. L’esthétique et l’architecture des nouvelles de Mammeri ne sont pas très loin de celles qui fondent ses œuvres romanesques : la condition humaine, le sens du tragique, la recherche de l’authenticité et de l’identité. Mohamed Dib, quant à lui, imprime les traits réalistes de sa première trilogie romanesque à un grand nombre de ses nouvelles réunis sous les titres «Au Café» (Gallimard-1955) et «Le Talisman» (Le Seuil-1966). A propos de ce dernier livre, les éditeurs notent : «Situées dans les temps de guerre ou de paix, parfois dans un temps hors du temps, les nouvelles de Mohamed Dib ont tour à tour la précision amère du néoréalisme, l’ambiguïté d’un univers concret mais ensorcelé (…), le mystère d’un déchiffrement symbolique. Le témoin minutieux de La Grande maison, le poète visionnaire de Qui se souvient de la mer joue ici une grande variété d’écritures mais c’est une même tendresse qui partout enveloppe les êtres, la terre, le sens suspendu de la vie».  Il faut avouer que certains textes d’auteurs algériens tiennent beaucoup de la technique d’écriture de la nouvelle sans pour autant que la critique littéraire ne les aient pris pour tels. L’exemple le plus frappant est «Les Jours de Kabylie» de Mouloud Feraoun qui tiennent à la fois du récit, de la chronique et de la nouvelle. De même, la sottie allégorique de Mouloud Mammeri intitulée «La Cité du soleil», jointe en annexe à l’entretien que l’auteur a eu avec Tahar Djaout en 1987 (Editions Laphomic) présente certaines caractéristiques de la nouvelle sans qu’elle en soit vraiment une. Elle demeure plutôt une farce ou une sottie comme a bien voulu la dénommer l’auteur. Signalons également le travail de Christiane Achour consigné dans un livre publié en 2005 aux éditions Métailié sous le titre simple mais expressif : «Des nouvelles d’Algérie». Ce recueil rassemble un certain nombre de nouvelles d’auteurs célèbres ou modestement connus (Mammeri, Tahar Djaout, Aziz Chouaki,…). En tout, ce sont vingt-quatre auteurs qui ont essayé de dire ici l’Algérie à leur façon et qui ont en commun un instrument d’expression, la nouvelle.  Il n’en demeure pas moins que le vrai travail de critique de la nouvelle n’a pas encore bénéficié de toute l’attention de l’Université ou des autres instances qui se donnent pour mission la critique littéraire. Cette catégorie littéraire souffre même d’un déficit de vulgarisation. Elle est très peu prise en charge par l’enseignement moyen et secondaire bien qu’un certain nombre de nouvelles, particulièrement celles de M. Dib, se prêtent de façon idéale à ce genre d’exercice.  

Par Saâd Taferka  

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