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Arts plastiques
Décès de
l’artiste peintre Ali-Khodja Ali
Homme de
raffinement et d’une immense culture, avec Ali Khodja disparaît
l’une des plus grandes figures de l’art algérien du vingtième
siècle.
Arrière petit-fils
du dey d’Alger, discret, peu familier de la course aux vernissages,
Ali Khodja qui vient de nous quitter était l’un des tout derniers
représentants d’un art bien ancré dans la culture citadine
algéroise, la miniature et son corollaire, l’enluminure. Issu d’une
famille qui était la figure de proue de la miniature (les Racim
étaient ses oncles), il a introduit une touche de modernisme à cet
art enraciné dans les traditions musulmanes. Il appartenait à cette
catégorie de miniaturistes qui, après les pionniers qu’étaient les
Racim, ont forgé une école originale sur laquelle planaient les noms
de Temmam, Haminoumna, Ranem, Yelles, Boutaleb et autres, qui
étaient imprégnés de la culture algéroise et qui ont su la restituer
en y injectant leur immense talent, chacun avec son style
particulier. Homme de raffinement et d’une immense culture, avec Ali
Khodja disparaît l’une des plus grandes figures de l’art algérien du
vingtième siècle.
L’artiste peintre
Ali-Khodja Ali est décédé dimanche à l’âge de 87 ans des suites
d’une longue maladie, a-t-on appris auprès de ses proches. Né à
Alger le 13 janvier 1923, Ali-Khodja Ali était un miniaturiste et
peintre algérien. Après la mort de son père en 1927, il est
recueilli par ses oncles maternels dont l’un est le miniaturiste
Mohamed Racim. A partir de 1933, il est élève d’Omar Racim, son
autre oncle maternel, au cours pratique de calligraphie et
d’enluminure près l’Ecole des beaux-arts d’Alger. Ali-Khodja expose
dans plusieurs salons et reçoit en 1942, la «Bourse Sivry», première
bourse de la ville d’Alger (section miniature). En 1947, il
participe à une exposition collective en Scandinavie, à Stockholm,
Oslo et Copenhague, dans laquelle il présente deux miniatures
(Intérieur mauresque, Environs d’Alger) et deux enluminures. A
partir de 1962, il participe aux premières expositions organisées à
Alger et en 1963, il devient membre fondateur de l’Union nationale
des arts plastiques (UNAP). En 1970, il obtient le grand prix
national de peinture et en 1987 il reçoit la médaille du mérite
national. Ali-Khodja était également membre du jury international de
la première biennale internationale des arts plastiques d’Alger en
1987 et président du jury de la deuxième biennale en 1989. Le défunt
a été inhumé lundi au cimetière de Sidi Abderrahmane (Alger) après
la prière du Dohr. Un dernier hommage lui a été rendu, avant son
inhumation, au palais de la Culture.
Par Nadjib S.
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Prix et critique littéraires
Quels
fondements pour le jugement esthétique ?
La presse écrite,
sans prétendre remplacer les structures et les instances inhérentes
à ce genre d’activité, peut aider à une meilleure lisibilité de la
production littéraire, à une didactique de la lecture.
Des instances
culturelles– publiques ou associatives (fondations) – ont, depuis
quelques années, commencé à décerner des prix littéraires à des
romanciers, poètes, dramaturges ou nouvellistes. L’idée de
récompenser l’effort de création littéraire – au même titre que les
autres récompenses touchant le monde de l’art pictural,
cinématographique… – est une noble entreprise censée encourager la
qualité et la quantité en matière d’investissement esthétique.
Cependant, le moins vigilant des observateurs de la scène littéraire
et artistique nationale est fondé à se poser la question de savoir
que peuvent réellement valoir, sur le plan intellectuel et de
travail de création, les prix littéraires décernés par certaines
instances culturelles.
La question mérite
d’être posée aussi bien aux structures publiques (Bibliothèque
nationale, HCA, ministère de la Culture) qu’aux associations,
fondations ou clubs privés. Hormis les comités de lecture ad hoc,
dont on ignore souvent l’envergure et la composition, le processus
de lecture critique – via la presse, l’Université ou une quelconque
instance reconnue en la matière – demeure souvent le grand absent.
Ce processus qui permet, sous d’autres cieux, de faire apparaître,
en dehors bien sûr de la promotion publicitaire, au grand jour les
écrits littéraires (poésie, roman, théâtre, nouvelle…) reste à
inventer chez nous. A de rares exceptions, les prix littéraires ont
paradoxalement tendance à précéder le travail de critique.
Aujourd’hui, et
devant l’absence d’instances académiques idoines et de revues
spécialisées en critique littéraire, le flux des productions
livresques ne rencontre pas un filtre qui puisse conduire à une
décantation basée uniquement sur la valeur intrinsèque de l’ouvrage
selon des canons esthétiques et qualitatifs établis d’après les
spécificités culturelles du pays et les valeurs de la culture
universelle.
La presse écrite,
sans prétendre remplacer les structures et les instances inhérentes
à ce genre d’activité, peut aider à une meilleure lisibilité de la
production littéraire, à une didactique de la lecture.
La profusion des
écrits littéraires, même si elle peut renseigner d’une manière
approchée sur l’état de «santé culturelle» d’un pays, ne peut
s’inscrire dans la durée de l’histoire littéraire que par un travail
de sélection, de classification et de promotion des œuvres. Il est
tout à fait évident qu’un premier travail d’«élagage» s’effectue par
une sorte de décantation naturelle qui fait émerger le «bon goût» du
moment, selon l’expression classique. Cependant, une intervention de
l’élite intellectuelle composée d’universitaires et d’hommes de
culture permet de baliser les idées, de consacrer des tendances et,
souvent, de faire émerger des courants.
Cette
intervention, généralement non institutionnalisée, se fait dans le
monde moderne par le moyen de la presse écrite, de la radio, de la
télévision, des colloques et des écrits universitaires. Ce que l’on
nomme tout simplement la critique littéraire a une fonction
culturelle, idéologique et esthétique certaine. Son histoire – même
si elle remonte sur le plan formel aux heures de gloire de la
renaissance littéraire européenne – ne se confond pas toujours avec
l’histoire de la création littéraire elle-même. Des décalages
temporels, parfois considérables, séparent l’œuvre de son analyse
critique.
L’un des plus
prestigieux critiques littéraires du 19e siècle, Sainte-Beuve,
avait, dans ses deux ouvrages intitulés «Portraits» et «Causeries du
lundi», assis une méthode toute classique de l’analyse des œu-vres
littéraires de son époque et des créations plus anciennes. Taraudé
par le destin du classicisme et l’agitation du romantisme, il
conclut que le premier a valeur de consentement et le second
d’inquiétude devant le siècle. Dans une critique acerbe de
Lamartine, Sainte-Beuve renie le courant romantique, lequel, dit-il,
ne sied qu’à la jeunesse.
Evolution des
«gisements» de la critique
Albert Thibaudet
rappelle que la naissance de la corporation critique a lieu en
fonction de celle de deux autres corporations, inexistantes avant le
19e siècle, celle des professeurs et celle des journalistes. Dans
son ouvrage intitulé «Physiologie de la Critique» (1930), il
distingue trois niveaux de critique : «La critique des honnêtes
gens, ou critique spontanée, est faite par le public lui-même, ou
plutôt par la partie éclairée du public et par des interprètes
immédiats. La critique des professionnels est faite par des
spécialistes dont le métier est de lire des livres, de tirer de ces
livres une certaine doctrine commune, d’établir entre les livres de
tous les temps et de tous les lieux une espèce de société. La
critique des artistes est faite par les écrivains eux-mêmes,
lorsqu’ils réfléchissent sur leur art, considèrent dans l’atelier
même ces œuvres que la critique des honnêtes gens voit dans les
salons et que la critique professionnelle examine, discute, même
restaure, dans les musées». Une intéressante histoire de la
critique nous est offerte par le prestigieux ouvrage de Roger
Fayolle intitulé «La Critique» (1964). L’auteur y retrace l’histoire
de cette discipline et replace certains célèbres critiques (Sartre,
Max-Pol Fouchet, Maurice Nadeau, Pierre-Henri Simon…) dans les rôles
qui sont les leurs.
En son temps déjà,
Albert Thibaudet a distingué une critique qui évalue et apprécie –
pour abaisser ou pour exalter – et une critique qui scrute et
mesure, pour mieux connaître. Selon les termes de Roland Barthes, on
peut parler de critique de «lancée» et critique de structure.
Quels que soient
les supports matériels de l’expression de la critique (revues,
journaux,TV, ouvrages universitaires) et malgré la différence de
niveau pédagogique qui les caractérise, la critique littéraire a
fini par constituer une discipline à part entière, presque un corps
de métier dont les sources et les ressources philosophiques se sont
grandement diversifiées au cours de la deuxième moitié du 20e
siècle. Structuralisme, psychanalyse, sociologie sont quelques-unes
des disciplines extérieures auxquelles a fait appel la critique
littéraire. L’expression «nouvelle critique» désigne moins une
école qu’une tendance commune, «un même type de recherche qui
choisit de privilégier l’œuvre, non pas à la façon d’un sanctuaire
dont on se tient à distance par impuissance ou par respect, mais
comme le lieu même de l’enquête ou, à tout le moins, son point de
départ obligé», selon «La Littérature en France de 1945 à 1968»
(Bordas, 1982). Cette nouvelle tendance puise dans la linguistique,
la psychanalyse et dans le marxisme (à l’exemple de Lucien
Goldman). Jacques Lacan, Roland Barthes, Marthe Robert, Tzvetan
Todorov, Gerard Genette, Julia Kristeva… sont autant d’analystes qui
ont donné à la critique littéraire un souffle et un horizon nouveaux
qui l’amène à appréhender les œuvres littéraires sous le regard des
sciences humaines aussi diversifiées que la sémiologie, l’histoire,
la psychanalyse, la sociologie…etc. En Algérie, des efforts
méritoires ont été déployés par des individus ou des équipes de
chercheurs pour décrypter avec des moyens modernes les œu-vres
littéraires algériennes. Pendant les années 1980, Dalila Morsly,
Christiane Achour, Beidha Chikhi, Boualem Souibès, Zineb Ali Benali,
Denise Louanchi, Nadjet Khedda, Mourad Yellès Chaouche, …etc. ont
initié des travaux de critique littéraire relatifs aux textes de
Mohamed Dib, Kateb Yacine,
Mouloud Feraoun,
Assia Djebar, …C’est un véritable capital en matière d’investigation
et de recherche universitaires qui permet de situer les œuvres
littéraires algériennes dans le contexte de l’imaginaire national,
de l’inconscient collectif et de la psychologie individuelle.
La revue «Kalim»,
qui était éditée par l’OPU (Office des Publications Universitaires),
était une véritable tribune de recherche et de critique littéraires.
Nous pouvons apprécier déjà des titres d’études comme : «Le mythe de
la ‘’ville nouvelle’’ dans le discours utopique dibien», «Structures
du récit dans ‘’Cours sur la rive sauvage’’», «Nedjma: Quête
d’identité et découverte d’altérité» et «Loin de Nedjma : de la
locution à la fiction poétique». Nous pouvons, néanmoins, nous
poser la question de savoir quel est le rôle de la critique
littéraire dans un pays où l’acte de lecture n’est pas consacré
comme principe de formation et de culture et où l’enseignement de la
littérature est réduit à la portion congrue. Comme le souligne
Antoine Compagnon, professeur à l’université de Columbia, «la
critique littéraire est inséparable de l’enseignement de la
littérature. Elle sert à légitimer cet enseignement et elle fournit
des pédagogies. Elle permet de parler de la littérature autrement
que par jugements de valeur. Elle est dépendante de la littérature
comme institution scolaire».
Les voies de la
nouvelle
La littérature
algérienne de langue française a produit des nouvellistes de grande
valeur, mais qui ne se sont jamais contentés de ce titre. Ce sont
généralement aussi – parfois souvent – des poètes ou des romanciers.
Le métier de nouvelliste ne peut-il pas exister tout seul sans autre
appendice ? En tout cas, dans notre jeune histoire littéraire
d’après l’indépendance, de fortes vocations se sont affirmées dans
l’écriture de la nouvelle. Lorsqu’on cite Mouloud Achour, c’est
d’abord au nouvelliste qu’on pense. Avec «Le Survivant et autres
nouvelles», «Héliotropes» et d’autres titres s’étalant sur plus de
vingt-cinq, cet auteur a su pénétrer profondément ce genre et en
maîtriser les principaux ressorts.
Djamal Amrani a,
lui aussi, tenté une intéressante expérience avec particulièrement
«Le Dernier crépuscule» (SNED-1978). La génération de l’indépendance
s’est également illustrée avec deux importants recueils de
nouvelles : «Les Rets de l’oiseleur» de Tahar Djaout (ENAL-1984) et
«La Ceinture de l’ogresse» de Rachid Mimouni (Laphomic-1990). Parmi
les écrivains algériens de la génération de la guerre de Libération,
certains noms célèbres voient leurs productions de nouvelles quelque
peu escamotées par les autres genres dans lesquelles ils ont fort
excellé. Nous pensons d’abord à Mohamed Dib qui a réellement touché
à tous les genres d’écriture (roman, conte, nouvelle, poésie,
théâtre) et à Mouloud Mammeri qui, outre ses productions
romanesques, théâtrales et d’études d’anthropologie culturelle,
avait publié dans des diverses revues des nouvelles qui ne seront
rassemblées qu’en 1995 par les éditions Bouchène sous le titre
«Escales», un nom qui se trouve être le titre de l’une des nouvelles
contenues dans ce recueil. L’esthétique et l’architecture des
nouvelles de Mammeri ne sont pas très loin de celles qui fondent ses
œuvres romanesques : la condition humaine, le sens du tragique, la
recherche de l’authenticité et de l’identité. Mohamed Dib, quant à
lui, imprime les traits réalistes de sa première trilogie romanesque
à un grand nombre de ses nouvelles réunis sous les titres «Au Café»
(Gallimard-1955) et «Le Talisman» (Le Seuil-1966). A propos de ce
dernier livre, les éditeurs notent : «Situées dans les temps de
guerre ou de paix, parfois dans un temps hors du temps, les
nouvelles de Mohamed Dib ont tour à tour la précision amère du
néoréalisme, l’ambiguïté d’un univers concret mais ensorcelé (…), le
mystère d’un déchiffrement symbolique. Le témoin minutieux de La
Grande maison, le poète visionnaire de Qui se souvient de la mer
joue ici une grande variété d’écritures mais c’est une même
tendresse qui partout enveloppe les êtres, la terre, le sens
suspendu de la vie». Il faut avouer que certains textes d’auteurs
algériens tiennent beaucoup de la technique d’écriture de la
nouvelle sans pour autant que la critique littéraire ne les aient
pris pour tels. L’exemple le plus frappant est «Les Jours de
Kabylie» de Mouloud Feraoun qui tiennent à la fois du récit, de la
chronique et de la nouvelle. De même, la sottie allégorique de
Mouloud Mammeri intitulée «La Cité du soleil», jointe en annexe à
l’entretien que l’auteur a eu avec Tahar Djaout en 1987 (Editions
Laphomic) présente certaines caractéristiques de la nouvelle sans
qu’elle en soit vraiment une. Elle demeure plutôt une farce ou une
sottie comme a bien voulu la dénommer l’auteur. Signalons également
le travail de Christiane Achour consigné dans un livre publié en
2005 aux éditions Métailié sous le titre simple mais expressif :
«Des nouvelles d’Algérie». Ce recueil rassemble un certain nombre de
nouvelles d’auteurs célèbres ou modestement connus (Mammeri, Tahar
Djaout, Aziz Chouaki,…). En tout, ce sont vingt-quatre auteurs qui
ont essayé de dire ici l’Algérie à leur façon et qui ont en commun
un instrument d’expression, la nouvelle. Il n’en demeure pas moins
que le vrai travail de critique de la nouvelle n’a pas encore
bénéficié de toute l’attention de l’Université ou des autres
instances qui se donnent pour mission la critique littéraire. Cette
catégorie littéraire souffre même d’un déficit de vulgarisation.
Elle est très peu prise en charge par l’enseignement moyen et
secondaire bien qu’un certain nombre de nouvelles, particulièrement
celles de M. Dib, se prêtent de façon idéale à ce genre
d’exercice.
Par Saâd
Taferka
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