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En hommage à Mostefa Ben Debbagh
L’art de la
petite facture
A l’occasion du
centenaire de la naissance de l’artiste Mostefa ben Debbagh, le
Musée national des beaux-arts a organisé, mercredi dernier, le
vernissage d’une exposition plastique réunissant une soixantaine de
tableaux de miniature, enluminure et pièces.
L’art appliqué est
depuis mercredi dernier mis en valeur grâce au niveau du musée
national des beaux-arts. Jusqu’à la fin du mois en cours, le public
pourra découvrir une collection réunissant une soixantaine d’œuvres
(miniatures, enluminures et pièces d’ornement) réalisées par le
plasticien, le regretté Mostefa Ben Debbagh et ses disciples,
Zakaria Morceli, Ali Kerbouhe, Abderrezak Mezouane, Dokhmane ainsi
que le peintre nonagénaire Abderrahmane Sahouli et le calligraphe
Abdelhamid Skander qui ont tenu à rendre hommage à l’artiste et
pédagogue qui nous a quittée le 22 janvier dernier, à l’âge de 99
ans et 9 mois.
Le nom de cet
artiste émérite restera gravé à l’Ecole supérieure des beaux-arts où
il enseignait jusqu’à la fin des années quatre-vingt. Ses élèves
retiendront pour toujours sa large contribution et sa persévérance
dans la perpétuation de l’art arabo-musulman que résume
principalement l’enluminure, la miniature et la décoration obéissant
à des principes d’un programme ornemental aussi stylisé que raffiné.
Ce natif de la Casbah dont le père était ciseleur, entra à l’école
Sarrouy avant d’émigrer pour un temps avec ses parents en Tunisie.
De retour à Alger, le grand maître Abderrahmane Dalachi le prend à
l’essai avant de découvrir ses aptitudes artistiques. Mostefa Ben
Debbagh poursuit sa formation à l’Ecole des beaux-arts située,
alors, au quartier de la Marine. Les professeurs Soupireau et
Langlois lui apprirent la fabrication de la céramique et le style
persan duquel il puisait plus tard sa philosophie. A 20 ans, il
s’installa dans un atelier (à la rue Danfreville) et put s’attirer
une clientèle inestimable, à l’image d’ailleurs des artisans Omar
Racim, Cherrad dit Sefti, Mohamed Kechkoul qui enseignèrent plus
tard à l’école des beaux arts, respectivement la calligraphie, la
reliure et l’art de la décoration. Les oeuvres de Mostefa Ben
Debbagh regroupent dans leurs formes et leur contexte une
philosophie basée sur le symbolisme. Cela signifie que l’artiste ne
se limite pas à décliner dans ses œuvres les éléments abstraits dans
le seul but esthétique, sinon de leur conférer une acception tels le
sens de la flore, la faune en sus du choix des couleurs qui
servaient d’aplat aux entrelacs floraux et autres inscriptions
épigraphiques. Une liberté imaginative qui nourrissait ses thèmes et
ce, à travers le travail de décoration sur des supports comme le
bois et le verre, particulièrement. Lors d’une de nos rencontres
avec Ammi Mustapha, l’artiste tenait à nous égrener des bribes de
souvenance et les conditions de travail dans lesquelles il évoluait.
«Nous étions accrochés à cette activité artisanale par besoin mais,
au fil du temps, nous cultivions la passion et l’amour pour cet
art». De maîtres artisans, ils étaient passés artistes peintres au
même titre d’ailleurs que Mohamed Kechkoul, Omar Benghemad, Ahmed
Hamimoumna, Mohamed Bouakkaz dit Sfaksi et bien d’autres qui
s’illustraient dans l’art de la petite facture : la miniature. A
l’époque, dans les années vingt, les artisans foisonnaient dans
l’ancienne médina, mais l’administration coloniale tenait à se
débarrasser de cette corporation d’artisans disposés en enfilade à
travers le dédale de la Casbah. Refusant de baisser les bras, il
conjugua ses efforts à ceux des Ben Jelloul et Tamzali et Hadj
Zouaoui, Mostefa Ben Debbagh dans le but de créer dans les années
trente, l’Association nord-africaine des arts artisanaux,
dénomination que l’administration remplaça plus tard, par
l’Association des artisans musulmans algériens. Cet engouement pour
l’art musulman que l’administration coloniale affublait d’art
indigène constituait une forme d’expression culturelle et
identitaire plus proche des Algériens. Outre les expositions
internationales auxquelles il prit part dans les années vingt,
trente, quarante, cinquante et soixante notamment à Marseille,
Chicago, New Castle, Budapest, Mostefa Ben Debbagh fut nommé
officier à l’académie française. Membre de l’Association des
artistes algériens et orientalistes, Ammi Mostafa ne s’arrêta pas
là. Il donna un souffle nouveau aux activités artisanales qui
tendaient à disparaître. Plus, il réussit à ouvrir des ateliers
destinés aux métiers manuels pour femmes. Après la Seconde Guerre
mondiale, l’artiste acharné continua à perpétuer ce legs ancestral
des arts appliqués, dans l’école des Beaux-arts, assurant ainsi la
relève pour la génération des Fateh Chergou, Adjaout, Ali Kerbouche,
Saïd Bouarour, Abderrezak Mezouane, Khaled Sadi pour ne citer que
ceux-là. Une carrière bien remplie pour l’artiste, un des maillons
fort des arts appliqués en Algérie. La directrice du Musée,
Mme Dalila Orfali,
a tenu à souligner que le musée se redéploie. A cet effet, elle
envisage de consacrer un espace destiné à accueillir les arts
appliqués.
H. K.
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