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Au Soudan, le pantalon dérange
Loubna, femme courage
L’article 152 du code pénal soudanais promulgué en 1991,
deux ans après l’arrivée au pouvoir du président actuel
Omar El-Béchir, prévoit une peine maximale de 40 coups
de fouet pour quiconque commet un acte indécent, un acte
qui viole la moralité publique ou porte des vêtements
indécents.
Au
Soudan, ce n’est pas le hidjab qui pose problème mais le
pantalon. Mme Loubna Ahmed Al-Hussein, journaliste
soudanaise et employée dans un organisme de l’ONU, a été
jetée en prison pour le port d’un pantalon «indécent».
La sentence est tombée après que la jeune femme eut
refusé de payer une amende de 500 livres soudanaises
(150 euros). La sentence a été rendue lundi par un
tribunal de Khartoum, lequel a dû certainement tenir
compte du combat de cette militante féministe pour
l’abolition de l’article 152 du code pénal soudanais
promulgué en 1991, deux ans après l’arrivée au pouvoir
du président actuel Omar El-Béchir. L’article prévoit
une peine maximale de 40 coups de fouet pour quiconque
«commet un acte indécent, un acte qui viole la moralité
publique ou porte des vêtements indécents». Loubna Ahmed
Al-Hussein a donc choisi d’aller purger un mois de
prison que de payer l’amende qui lui permet d’échapper à
la flagellation. Ses avocats ont tenté en vain de la
convaincre de se plier au verdict du tribunal. Loubna
avait été arrêtée par la police début juillet lors d’une
réception dans un restaurant de la capitale soudanaise
en même temps que 12 autres femmes habillées
«indécemment», soit d’un pantalon large et d’une longue
blouse. Dix de ces femmes ont obéi à la police qui les a
convoquées pour recevoir chacune 10 coups de fouet.
Loubna Ahmed Al-Hussein a échappé à ce sort parce
qu’elle avait contesté les charges et entamé une
campagne publique pour l’abolition de cette loi. Les
journalistes venus assister à la séance du tribunal
n’ont pu avoir accès à la salle d’audience. Ce sont des
témoins qui les ont renseignés sur le déroulement du
procès. Loubna était arrivée en fin de matinée vêtue de
la «tarha» foulard traditionnel soudanais recouvrant la
tête et les épaules. Suite à son refus de payer
l’amende, Loubna a été emmenée directement à la prison
pour femmes d’Omdurman, la ville jumelle de Khartoum, au
confluent des deux Nil. Une centaine de personnes
environ, la majorité des femmes, se sont massées devant
le tribunal de Khartoum, en signe de soutien à la jeune
femme. Les manifestants brandissaient des pancartes et
scandaient des slogans favorables à la libération de
Loubna et à l’abolition de la flagellation. Les
photographes et les caméramen ont été empêchés par les
forces de l’ordre déployés devant le tribunal de filmer
la manifestation. Des islamistes ont infiltré aux cris
d’«Allah Akbar» le rassemblement avant de s’en prendre
aux supporters de Loubna. Les policiers sont intervenus,
ont dispersé la foule et asséné des coups de bâton à des
manifestants. 48 femmes ont été arrêtées puis relâchées.
Selon des témoins, certaines d’entre elles ont été
blessées. Au moment de son arrestation, Loubna écrivait
des chroniques pour le journal Al-Sahafa (La Presse) et
travaillait à la section médias de la mission des
Nations unies au Soudan (Unmis). Elle a quitté ce poste
pour ne pas bénéficier de l’immunité diplomatique. Cette
affaire a fait réagir la communauté internationale mais
les médias soudanais n’en ont pipé mot. Tous ont passé
sous silence le fait que Loubna milite contre la
flagellation des femmes instaurée en vertu de la charia
islamique en vigueur dans le nord du Soudan. Un
rédacteur en chef d’un important journal, dont
l’identité n’a pas été révélée, a déclaré à l’AFP que
les médias ne sont pas autorisés à mentionner le nom de
Loubna tout en indiquant que le dossier «embêtait» les
autorités. Loubna n’est pas allée jusqu’à rejeter la
charia mais elle soutient que l’article incriminé viole
la Constitution soudanaise. L’organisation de défense
des droits de l’Homme, Amnesty International, a exhorté
ce week-end les autorités soudanaises à abroger la loi.
Selon cette organisation, telle qu’elle est rédigée «il
est impossible de savoir ce qui est décent ou indécent»,
ce qui laisse place à l’arbitraire des policiers, ajoute
l’organisation, qualifiant cette loi de
«discriminatoire».
Par
Larbi Graïne et agences
Dernière minute
La
journaliste soudanaise Loubna Ahmed al-Hussein,
incarcérée pour avoir porté un pantalon jugé «indécent»,
a été libérée hier, a annoncé le président de l’Union
des journalistes soudanais.
R.N.
La question du jour
Des
fièvres pour une rentrée
Finalement, comme on pouvait s’y attendre, le craindre
ou l’espérer, la rentrée sera chaude. Fiévreuse même.
Mais elle ne le sera pas parce que la conjonction des
dépenses liées à la rentrée scolaire et celles dues à
l’Aïd est un mélange particulièrement explosif, qui ne
manquerait pas, croit-on savoir, de produire tous ses
effets. Elle ne le sera pas non plus parce que Saïd Sadi
compte y apporter son grain de sel en publiant un livre
comportant des révélations terribles sur le passé de
harkis de certains gros bonnets, ce qui à lui seul est
de nature à mettre le feu aux poudres. A eux trois ces
éléments constituent un cocktail Molotov
particulièrement inflammable en effet, qui, en d’autres
circonstances, aurait pu embraser la scène. Mais c’était
compter sans une autre fièvre, qui n’entend pas selon
toute apparence se laisser ravir la vedette : la grippe
«porcine».
Il
semble bien que ce soit elle qui polarisera l’attention
de l’opinion, refoulant à l’arrière-scène tous les
autres motifs de laisser éclater les mécontentements
habituels ou saisonniers. Et pour cause, ce sont les
enfants qu’elle menace en tout premier lieu. Si elle
était appelée à se transformer en épidémie, c’est par
leur biais qu’elle passerait. Or, qu’elle s’apprête à
attaquer, personne n’en doute. Elle commence déjà, en
France notamment où elle a provoqué des fermetures de
classes, à faire des siennes.
Le
cas est sans précédent dans l’histoire par la
mobilisation qu’il suscite. Le monde entier est sur le
pied de guerre pour circonscrire une épidémie déclarée
voilà des semaines, et dont on savait qu’elle allait
frapper à nouveau, et en grand, dès que les écoles
rouvriraient leurs portes.
En
Occident, on ne compte plus les cas, parce que la grippe
s’étant déjà répandue, cela n’est plus possible.
Néanmoins, la parade est fin prête, les accessoires
aussi, l’on n’attend plus que le moment idoine pour
lancer les grandes opérations. C’est une guerre, d’un
genre spécial, que l’on va mener. Comme dans toute
guerre, il y aura des morts : en particulier des enfants
et les plus fragiles d’entre les adultes, ces deux
catégories constituant les cibles de prédilection de
l’ennemi à réduire.
Nous
n’en sommes pas au même point ici. L’on continue en
Algérie, comme dans toute la région, du moins à ce qu’il
semble, à compter les personnes atteintes
individuellement. Ce qui n’est pas pour étonner, étant
donné d’une part, que la grippe a pris un certain temps
avant de s’y déclarer, et de l’autre que, par manque de
visas notamment, les populations de cette région ont
moins d’opportunités de voyager à l’étranger. Les
autorités sanitaires, à ma connaissance, n’ont pas
encore parlé de foyer local de propagation, mais il va
de soi que c’est déjà le cas. Et le pays n’a encore
enregistré aucun décès. Toutefois, le ministre de
l’Education a déjà fait savoir que la fermeture des
écoles est une option envisageable.
Le
scénario le plus probable, c’est celui de la pandémie se
répandant comme un feu de brousse, entraînant les
désordres, les pa-niques, et les inconvénients qu’on
imagine. La fermeture des écoles semble difficilement
évitable.
Dans
des circonstances aussi exceptionnelles, la rentrée la
plus explosive peut très bien se révéler la plus
paisible, socialement et politiquement parlant. Les
brûlots eux-mêmes courent le risque de ne pas produire
les effets qu’on en escompte. Néanmoins, s’ils tiennent
leurs promesses, ce ne sera pour eux que partie remise.
La grippe ne va pas tenir l’affiche éternellement après
tout. Il arrivera bien un moment où elle commencera à
refluer, à plier bagage. Pour laisser place à d’autres
fièvres, qui ne s’en prennent pas aux enfants quant à
elles.
Bien
entendu, on peut toujours penser que les choses se
passent différemment, que bien loin de neutraliser ces
autres fièvres, la grippe «porcine» s’y ajoute au
contraire, comme l’huile sur le feu, comme le petit
chouia qui fera que la mayonnaise non seulement ne rate
pas, mais prenne au contraire à un degré inespéré,
magnifiquement, prodigieusement. Cette tournure des
événements n’est pas à écarter, en particulier si la
grippe provoque plus de décès qu’il n’est raisonnable.
Sait-on jamais ? N’a-t-on pas déjà mis en garde le
gouvernement contre toute incurie de sa part, que
certains considèrent d’ores et déjà comme
inéluctable.
Par
Mohamed Habili
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