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Projection en avant-première d'Indigènes
Les
Algérois ont énormément apprécié
Avant
21h00, les premiers invités commencent à affluer et
prendre place dans la salle Algeria, rue Didouche
Mourad, Alger. Jeunes, vieux, adolescents, ils sont
venus nombreux pour voir Indigènes.
Une
demi-heure plus tard, les agents sont obligés de
refouler plusieurs personnes, même munies d’invitation
car il n’y a plus de place. Ils quitteront les lieux
difficilement, déçus. A la fin de la projection, à 23 h
environ, nous avons interrogé quelques spectateurs pour
recueillir leurs appréciations. «C’est un film qui rend
hommage à de jeunes algériens qui avaient contribué à la
libération de la France et n’ont pas eu la
reconnaissance tant méri-tée ! J’ignorais cela»,
raconte avec émotion Nesrine, 16 ans, les larmes aux
yeux. Pourquoi ces larmes ? «Ces gens sont morts pour la
France et on les a jamais reconnus.» Sarah, étudiante en
droit est aussi tout émue, elle est venue voir le film
avec sa mère. «Il est génial ! Il nous apprend beaucoup
de vérités et insiste sur le sacrifice des Algériens
pour libérer la France». Karim, 35 ans, journaliste, a
également adoré la projection.
«Indigènes vulgarise et explore l’histoire avec ses
multiples facettes, ce qui nous permet d’avancer. Il
permet aussi de dépassionner les relations entre la
France et l’Algérie surtout après la loi du 23 février
qui a déclenché une grande polémique dans les deux
pays». Miraoui Smaïl, 71 ans mais qui en fait beaucoup
moins, indique que
Indigènes met en valeur le courage, la bravoure et les
valeurs des Algériens qui ont pris les armes pour
libérer la France, il retrace avec finesse des moments
forts de l’histoire que ce moudjahid a vécu pendant la
Révolution algérienne, en 1954. «Nous avons vécu les
mêmes scènes, partagé les mêmes peurs. Ce que nous,
moudjahiddine, avons fait pour notre pays était
dangereux mais ce que ces jeunes ont fait est grandiose.
Ces braves ont commencé le combat, nous l’avons
poursuivi», dit-il. Rachid Bouchareb visiblement n’a pas
déçu.
Un
peu d’histoire entre rires et larmes
Indigènes retrace l’histoire de jeunes Africains,
Algériens, Marocains, entre autres, qui ont été enrôlés
de force en 1943 comme tirailleurs dans l’armée
française pour libérer la mère-patrie «la France» de
l’occupation nazie. Surnommés «indigènes», ils ne se
sont pas engagés avec gaieté de cœur, mais les
conditions précaires de vie les y ont obligés. Un film
où l’image prend plus de place que la parole, c’est la
parole elle-même, on voit plus que l’on entend. Des
scènes fortes en émotion, des séquences qui secouent,
des petits détails qui bousculent, qui nous font
tressaillir de douleur et qui font pleurer. Sans le
vouloir, on plonge avec les acteurs, on partage leur
peur, on vit leur mort, on assiste à leurs confidences.
Bouchareb montre tout et ne rate rien. Indigènes, c’est
aussi des moments d’amour, d’amitié, de rire et de
solidarité. Bouchareb nous fait rire et pleurer et
parfois il nous projette face à nous-mêmes, face à
l’histoire. Jamel Debbouze n’a pas un rôle comique,
détrompez-vous, il a le rôle d’un jeune qui s’engage
dans l’armée, sans rien savoir, sans rien comprendre,
sans rien connaître, un homme qui cède à la fatalité, au
pessimisme, qui se contente de la situation de colonisé
mais il réussit avec brio à nous faire éclater de rire,
par ses mots, sa façon de parler, son interprétation.
Abdelkader (Roschdy Zem) l’ambitieux, le sergent
algérien qui croit qu’il faut se surpasser pour que ses
supérieurs reconnaissent ses efforts, un leurre. Il perd
ses copains, il les voit mourir et il vivra toute sa vie
comme un solitaire. Il n’y a pas de héros, des jeunes
soldats, qui participent à une guerre à laquelle ils
n’étaient pas préparés, dont ils ignoraient tout. Ils
affrontent l’injustice, le mépris, la solitude, la mort
avec courage et bravoure. Il n’y a pas de héros, ils le
sont tous à leur façon. Jamel Debbouze, Samy Nacéri,
Roschdy Zem et Sami Bouajila sont les principaux acteurs
de l’histoire. A la fin, le réalisateur tient à rappeler
que les pensions militaires de ces braves soldats de
l’armée d’Afrique furent gelées en 1950, pourtant ils
vivaient sur le sol français. Plusieurs années après
avoir été rendu, l’arrêt du Conseil d’Etat qui oblige la
France à les rétablir dans leurs droits légitimes, à
l’égal de leurs compagnons européens, n’est toujours pas
appliqué. Emu par le film, le Président français Jacques
Chirac a cédé et a décrété, tout de suite après, la mise
à niveau des pensions des anciens combattants issus des
ex-colonies françaises avec celles des nationaux de la
Métropole.
Un
acquis pour Racid Bouchareb et pour tous ces hommes dont
il rapporte l’histoire. Pour ceux qui n’ont pas eu
l’occasion de le voir, une projection quotidienne est
organisée à la salle Algeria, à partir de 13h00. Les
billets d’entrée sont à 100 et à 150 DA
B.
I.
Conférence de presse de Bouchareb
«Un
film sur le 8 mai 1945»
Après
Indigènes, Rachid Bouchareb compte bientôt réaliser un
deuxième film sur la Révolution algérienne. «Le tournage
devrait se faire à Sétif, je l’espère. Actuellement,
nous sommes en phase de documentation, ce film sera la
deuxième volet d’Indigènes», affirme-t-il lors de la
conférence de presse qu’il a animée, hier à l’hôtel
Sofitel, au lendemain de la projection de son film
Indigènes en avant-première. «Si l’Etat algérien pouvait
aider dans le financement, je ferais un film chaque
année sur l’Algérie, il faut avoir les moyens pour cela.
J’ai parlé à des producteurs algériens et ils m’ont dit
que la situation est catastrophique !». Rachid Bouchareb
ne sera pas prolixe, il se contentera de répondre aux
questions posées. Sur le tournage du film Indigènes, il
dira
qu’une
partie devait être tournée en Algérie et une autre au
Maroc mais pour des considérations matérielles cela ne
s’est pas produit. «Des aides promises qui devaient nous
parvenir de l’Algérie ne sont pas arrivées, nous
devrions agir rapidement et s’adapter aux moyens dont
nous disposons, c’est ainsi que le film a été tourné
entièrement au Maroc, ce n’était pas prévu, le cinéma
est comme ça», explique-t-il, sous-entendant qu’il n’y a
pas d’autres considérations. «Le film a quand même coûté
15 millions d’euros !». Bouchareb ajoute qu’il attaque
les films qui l’emballent et le sujet de la Deuxième
Guerre mondiale l’a vraiment emballé. «Je savais qu’il
allait provoquer un choc, il y a des gens qui ont
pleuré, c’est ce que je voulais. Indigènes est
l’histoire de 500 000 jeunes qui se sont engagés dans
cette guerre, ce sont des hommes qui m’ont raconté leurs
histoires, c’est leurs témoignages que j’ai apportés
dans un film, il n’y a point de fiction». Quant au choix
du titre, il dira que c’est la seule appellation qui a
été donnée à ces hommes et qui existent dans les
archives françaises. Indigènes sorti le 6 septembre en
France se vend déjà dans une dizaine de pays.
«Aujourd’hui, en France, on est prêt à faire des films
sur la colonisation. Mais la presse française ne joue
pas le jeu, il faut rebondir sur le sujet et ne pas le
mettre aux oubliettes car c’est le travail d’association
qui milite depuis 20 ans qui est occulté», déclare-t-il,
rappelant que son film est une coproduction française,
belge et marocaine.
B.
I.
Objet d’un mandat d’arrêt vieux de 9 ans
Arezki Aït Larbi fait appel au parquet d’Alger
Dans
un communiqué diffusé hier, le journaliste Arezki Aït
Larbi, correspondant du Figaro à Alger, a demandé «au
parquet d’Alger d’instruire la police, qui invoque un
mandat d’arrêt caduc vieux de neuf ans, de mettre un
terme au blocage de son passeport». «Cette violation de
mon droit à quitter le territoire national entrave,
depuis plus de cinq mois, le libre exercice de ma
profession», a-t-il tenu à préciser, tout en réaffirmant
sa «disponibilité pour un procès contradictoire, qui
confrontera les propos considérés diffamatoires par la
partie civile et le ministère public, dit-il, aux
témoignages des victimes qui avaient subi des sévices au
pénitencier de Lambèse, et que j’avais cités dans mon
article publié en 1994» et cela malgré la prescription
des faits pour lesquels il a été condamné par défaut, en
1997. Ainsi et en s’adressant à l’opinion publique à
travers ledit communiqué, le journaliste Aït Larbi
revient sur les prémices de cette affaire, en déclarant
qu’en date du 03 mai 2006, et après avoir déposé, auprès
de la daïra de Chéraga (wilaya d’Alger), un dossier pour
le renouvellement de son passeport, il a été informé un
mois plus tard par un fonctionnaire, que le passeport
est bloqué par la police, pour, semble-t-il, une affaire
de diffamation enregistrée auprès du tribunal d’Alger.
«Par le biais de mon avocat, j’ai déposé, le 14 juin
2006, une requête au parquet général exprimant ma
disponibilité à répondre de cette mystérieuse affaire,
pour laquelle je n’ai été ni convoqué, ni informé»,
lit-on sur le communiqué. Ce n’est que le 04 octobre
2006 que l’avocat de Arezki Aït Larbi a pu, à travers le
procès-verbal qui lui a été remis, apprendre à ce
dernier «qu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt
lancé le 04 août 1997, par le juge d’instruction de la
1ère chambre du tribunal d’Alger et qu’il a été condamné
par défaut, le 10 décembre 1997, à une peine de six mois
de prison ferme». L’affaire, comme l’explique le
journaliste, est liée à «une plainte en diffamation
déposée par un directeur central de l’application des
peines, au ministère de la Justice». Ce dernier, a-t-il
ajouté, avait été «mis en cause dans un témoignage
relatant les sévices infligés à des prisonniers du
pénitencier de Lambèse dans les années 1980 et publié,
en avril 1994, dans l’hebdomadaire l’Evénement».
Déplorant par ailleurs le fait que «le mandat d’arrêt du
juge d’instruction, pourtant caduc après le jugement par
défaut, est toujours en vigueur dans les fichiers de la
police», le journaliste ne cache pas ses appréhensions
que ce mandat risque d’être utilisé, «légalement», pour
son arrestation, après avoir servi au blocage de son
passeport. Il s’interroge par conséquent sur les causes
qui ont amené le juge d’instruction à avoir «opté pour
un mandat d’arrêt (une première en matière de «délit de
presse» !), au lieu de lui adresser une simple
convocation». Il se demande aussi «pourquoi le jugement
le condamnant par défaut à six mois de prison ferme ne
lui a jamais été notifié pour lui permettre de faire
opposition. Et encore sur le fait qu’il n’a pas été
inquiété ni en se faisant délivrer en 2000 un passeport
en moins d’une semaine après le dépôt du dossier ni en
quittant à plusieurs reprises le territoire national».
Il s’étonne enfin qu’il soit le seul journaliste à être
exclu de la «procédure qui visait à accorder aux
journalistes condamnés une grâce spéciale, que le
président de la République allait promulguer à
l’occasion de la fête de l’Indépendance en juillet
2006».
Habiba Ghrib
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