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Waciny Laredj lors d’un Café littéraire du XIe Sila
«La langue
utilisée dans un roman n’est qu’un moyen d’expression»
«Le roman arabe :
état des lieux», a été le thème de l’espace culturel «café
littéraire», animé avant-hier en marge du Salon international du
livre d’Alger (Sila), par des participants qui ont passé en revue
des œuvres d’auteurs des pays du Golfe, du Moyen-Orient et du
Maghreb.
Parmi les auteurs
d’expression française, les conférenciers s’accordent à dire que les
œuvres des écrivains arabes appartiennent au roman arabe et non au
roman français. Prenant la parole, l’écrivain Waciny Laredj a
indiqué que «la littérature algérienne utilise la langue française,
mais à l’intérieur de l’objet linguistique, on ressent une certaine
algérianité, à l’image des œuvres de Mouloud Feraoun ou celles de
Mohamed Dib qui, explique-t-il, a intégré, à travers sa trilogie et
ses autres romans, des formules que seuls des Algériens ont la
capacité de comprendre, et cela peut être démontré lorsque ses
œuvres sont traduites vers la langue arabe, où les lecteurs
constatent que certaines expressions sont typiques au dialecte
tlemcénien».
Relevant une sorte
d’«interpénétration linguistique» dans le français de la majorité
des auteurs algériens d’expression française, l’orateur estime que
le classement des romans ne «doit pas s’appuyer uniquement sur des
bases linguistiques», ajoutant que la langue «n’est pas un critère
suffisant» pour pouvoir classer une œuvre dans une catégorie de
romans.
Pour sa part,
l’écrivain irakien d’expression italienne, M. Younis Tawfik a,
également, souligné que la langue d’écriture d’un écrivain, qu’il
soit arabe ou étranger, «n’est qu’un moyen d’expression et non un
critère de classement», citant comme exemple l’œuvre d’Assia Djebar
qui, a-t-il dit, «traite des sujets relatifs à l’Algérie avec une
langue étrangère, sans pour autant classer ses œuvres dans le roman
français».
Evoquant son cas
personnel, M. Tawfik a classé ses œuvres dans le «roman arabe»,
«même si elles sont écrites en langue italienne, à partir du moment
qu’elles s’inspirent de la pensée et de la situation arabes».
Il a ajouté que la
langue italienne représente pour lui un moyen visant à «imposer» sa
culture aux lecteurs italiens et relever le défi de «démontrer sa
capacité d’écriture dans une langue étrangère». Par ailleurs, les
participants à cette rencontre ont évoqué le parcours du roman
arabe, à travers les différentes étapes de l’histoire, passant par
l’époque ottomane, les deux guerres mondiales pour arriver aux
guerres du Golfe et au conflit israélo-palestinien.
Ils ont tenu a
signaler que «le roman arabe existe depuis la nuit des temps» et
qu’il a «traité une multitude de sujets dont certains constituaient
des tabous, pas uniquement à partir de l’année 1914, date de
l’apparition du roman égyptien «Zeineb» de Mohamed Hassanaïne Haïkal.
Les participants ont indiqué aussi que les systèmes de gouvernance
de l’époque, par leur «caractère dictateur et monopolisateur» ont
causé l’étouffement de plusieurs oeuvres», à l’instar de «Tabaii el
istibdad» d’El Kaouakibi et «Erraoud el Atter» du Cheikh Ennefzaoui.
Les intervenants ont conclu que la naissance du roman arabe a «bien
démarré mais vécu une cassure en milieu du chemin, due
essentiellement à la censure».
Synthèse H. K.
Projeté hier devant la presse
Le film Barakat
n’a pas tenu toutes ses promesses
Projeté hier à la
salle El Mouggar devant la presse, le film Barakat de la
réalisatrice Djamila Sahraoui n’a pas tenu toutes ses promesses sur
le plan fond. Absentes lors de cette séance de projection, les
scénaristes Djamila Sahraoui et Cécile Vargaftig ont confié
l’animation débat au co-producteur Lotfi Bouchouchi qui a tenté,
tant bien que mal, de convaincre les journalistes présents de la
qualité et de la justesse du produit franco-algérien sorti, faut-il
souligner, dans les salles de cinéma en France, il y a quelques
mois. D’une durée de 94 mn, le film est tourné dans certaines
localités de la wilaya de Tipasa (Aïn Sbaâ, Chenoua). Si sur le plan
technique (prises de vue, son, éclairage, musique), l’œuvre se
révèle une réussite, le «cinéspectateur» algérien ne se retrouve que
peu dans la trame du film qui traite sur fond de terrorisme des
années quatre vingt-dix, le conflit de générations, l’indifférence,
le machisme tout en mettant en relief le courage de la femme, selon
M. Lotfi Bouchouchi. Présentée avec un sous-titrage (pour les
passages en arabe), l’œuvre fait appel à des comédiens
protagonistes, en l’occurrence Rachida Brakni et Fettouma Bouamari
pour camper des personnages dont le dialogue est débité à 80 % en
langue française. C’est ce qui explique en partie le financement du
film dont 75% ont été assurés par le producteur français, laissera
entendre M. Lotfi Bouchouchi, rappelant le coût de l’œuvre, évalué à
1,2 million d’euros. Quant à l’histoire du film dont nombre de
séquences «flirtent» avec le surréalisme, la trame a pour cadre la
période des années 1990 où, Amel, médecin urgentiste, constate la
disparition de son mari journaliste. Elle décide de partir à sa
recherche avec Khadidja, infirmière énergique et gouailleuse qui,
dans sa jeunesse, s’est illustrée dans les combats pour
l’Indépendance. Au fil d’un périple incertain et périlleux, les deux
femmes vont se découvrir l’une l’autre. Elles prennent le risque
d’affronter le maquis. Le hic est que le fil conducteur de
l’histoire n’est guère perceptible dans l’œuvre, l’aspect
dramaturgique et émotionnel est absent et le décalage par rapport à
la réalité est criant parfois. Ce qui n’est pas sans galvauder peu
ou prou l’histoire, à travers des scènes censées constituer un
témoignage pour la postérité. Même si le cas d’espèce, présenté dans
le film, «épouse mal la réalité de la douleur vécue», il n’en
demeure pas moins, selon le conférencier qu’il existe une lecture à
partir «d’un événement historique permettant de mettre en relief
l’ambivalence, les contraintes et les contrariétés qui prévalent au
sein d’une société». Soumis à un feu nourri de questions,
M. Bouchouchi
défend le produit, en concédant toutefois que certaines séquences
sont exagérées, soit dans le parler, certains faits invraisemblables
ou encore le choix des effets vestimentaires.
Hacène K.
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