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Rapport Baker
Tout le monde
attendait, aux Etats-Unis et ailleurs, la remise du rapport Baker
sur l’Irak. Ce rapport aura nécessité la collaboration de plus de
170 spécialistes à travers trois continents différents ainsi que de
longs mois de travail. Les conclusions de ce rapport, comme l’on
pouvait s’y attendre, sont loin d’être optimistes pour les
Américains. En effet, selon lui, la situation en Irak est grave et
va en se détériorant. Aucune voie ne peut garantir la réussite, mais
«les perspectives peuvent être améliorées». Selon Baker et les
spécialistes qui l’ont aidé à finaliser ce rapport, les défis
irakiens sont complexes. Les violences ne cessent d’augmenter, tant
en fréquence qu’en nombre. Les frictions interreligieuses ne font,
elles, qu’alimenter un climat déjà délétère et dangereux. Pour
Baker, il existe un certain nombre de solutions, dont l’une des plus
importante serait la relance du dialogue avec la Syrie et l’Iran,
voisins de l’Irak, qui pourraient jouer un rôle dans l’apaisement de
la situation et qui pourraient, par leurs influences respectives
(l’Iran sur les chiites et la Syrie sur les sunnites) détendre
quelque peu l’atmosphère. Principalement visé par ces remarques, le
gouvernement américain, qui lui seul serait à même de mettre en
application les recommandations du rapport sur l’Irak. Mais le
président Bush à fait savoir, ce jeudi, qu’il se refuse à tout
dialogue avec les ennemis des Etats-Unis, tels la Syrie et l’Iran.
Toutefois, il estime que si ces deux pays faisaient des efforts
véritables en vue de montrer leur bonne foi (l’Iran devant renoncer
à son programme nucléaire et la Syrie cesser ses manipulations au
Liban), le gouvernement américain pourrait alors envisager leur
participation à des réunions de travail communes. Mais l’attitude
américaine ne va pas vraiment dans le sens d’une résolution rapide
de la situation et ainsi, le drame irakien risque de se prolonger
encore longtemps avec toujours pour victime, la population
irakienne.
Fouzia Mahmoudi
Liban
Qui est
pro-syrien ?
Manifestations
pour la démission du gouvernement Siniora. Non ! Pardon, il convient
de dire manifestations pro-syriennes.
Correspondance
particulière de Beyrouth :
Khalyla Asmar
Il faut même aller
jusqu’à parler du général Aoun comme d’un vulgaire pro-syrien sans
penser qu’il est le leader politique qui a depuis toujours lutté,
corps et âme, contre la présence syrienne au Liban et que ses
partisans ont été sous les coups et les verrous syriens.
Et puis, pour ce
qui est du général, il est bon de poursuivre ses accusations en
mentionnant une alliance avec le Hezbollah, sans jamais clarifier
bien sûr qu’il ne s’agit que d’un accord sur un projet déterminé :
le tracé des frontières entre le Liban et la Syrie et
l’établissement de relations diplomatiques entre ces deux Etats
voisins, la libération des prisonniers libanais détenus en Syrie et
en Israël, le refus de tout retour à la tutelle syrienne,
l’instauration d’un Etat moderne favorisant la société civile et
limitant l’influence des sensibilités confessionnelles. Mais, il
n’est pas possible de traiter de cela puisque l’on a utilisé
l’espace pour rappeler que le Hezbollah est profondément pro-syrien.
Et, là aussi nul n’ose préciser que, si celui-ci a bénéficié ou
bénéficie d’une certaine complaisance du régime syrien pour ce qui
est du transfert d’armes et que les deux s’accordent sur une
intransigeance vis-à-vis de l’Etat d’Israël, nombreux sont les
partisans du Hezbollah qui n’hésitent pas à condamner le régime
syrien en tant que régime autoritaire dur.
Et ce, sans doute,
parce que l’on préfère au sérieux le pimenté qu’est l’alliance
diabolique du Hezbollah avec la République islamique d’Iran. Alors,
certes, il est lié à l’Iran mais ce lien est souvent
particulièrement mal exposé. En effet, Le Hezbollah est ce qu’il est
grâce à un appui financier et logistique de l’Iran. Il est marqué
par la révolution islamique et tourné vers l’Iran comme le sont
presque tous les chiites du monde vers ce seul pays où le chiisme
est la religion majoritaire, avec l’Irak, mais qui a été dominé
pendant des années par une dictature laïque basée sur la communauté
sunnite. Il se réfère à
l’imam Khamenei en
vertu de la walayat al faqih, mais non pas en tant que guide de la
révolution iranienne mais en tant que savant religieux, si tant est
que l’on puisse parler de cela lorsque l’on sait que la majorité de
ses partisans suivent, en réalité, les avis de Sayyed Fadlallah, la
grande autorité religieuse chiite au Liban. En outre, il n’est pas
bien vu d’indiquer ensuite que cette alliance s’estompe, qu’au fur
et à mesure que le Hezbollah «grandit», il se soucie surtout de sa
base libanaise, et qu’il est fort à parier, en conséquence, que
cette alliance deviendra quasiment nulle en cas de restitution de
l’ensemble des territoires libanais de la part de l’Etat d’Israël et
de la fin de la résistance armée. De plus, à ce propos, on oublie
volontairement de faire référence à l’histoire qui a vu la France et
ses alliés accuser l’Egypte d’être derrière les fellagas algériens
pour ne pas pointer du doigt que le cœur du problème est tout
bêtement une situation d’occupation et pour justifier ses exactions.
Et pourtant, tout cela est absent de la presse qui préfère respecter
cette règle de grammaire journalistique qui veut que l’on ne couvre
pas les manifestations sans dire pro-syriennes et que l’on ne
présente pas le Hezbollah sans dire soutenu par l’Iran et la Syrie.
C’est ainsi que
l’on occulte ou pire que l’on considère comme normales les
déclarations actuelles des chefs occidentaux ou des régimes arabes
dictatoriaux mais soumis à la puissance américaine. Le gouvernement
américain soutient coûte que coûte le gouvernement de Siniora –
composé de ceux qui ont commis le péché d’adultère avec la puissance
occupante syrienne. Idem pour la France et les autres Etats
européens. Légitime. Et que plus d’un million de Libanais soient
dans la rue pour demander sa démission, cela ne compte pas.
Toutefois, c’est vrai qu’il y a pire. Il y a le comble de
l’ingérence, comble qui invite à se poser cette question : mais qui
est vraiment pro-syrien ? Puisque le chef de la diplomatie allemande
peut simplement venir appeler la Syrie «à faire tout son possible
pour empêcher la déstabilisation du Liban de manière directe ou
indirecte». On croit rêver, ou plutôt «cauchemarder». Comme lorsque,
parallèlement, pour se débarrasser de la Syrie, on fait appel à une
autre puissance extérieure.
Alors,
concrètement, ce constat fait, plutôt que de se focaliser sur la
Syrie et de s’accuser mutuellement de se compromettre dans des
alliances extérieures pour donner du plaisir à une presse frustrée,
il serait plus sain et plus pertinent de s’aligner, tous, derrière
ce slogan des manifestations actuelles qui dit : «non à l’ingérence
iranienne, non à l’ingérence syrienne, non à l’ingérence
occidentale, non à l’ingérence au Liban !».
K. A.
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