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Rapport Baker

Liban

Qui est pro-syrien ?

 

 09/12/06

 

Rapport Baker

Tout le monde attendait, aux Etats-Unis et ailleurs, la remise du rapport Baker sur l’Irak. Ce rapport  aura nécessité la collaboration de plus de 170 spécialistes à travers trois continents différents ainsi que de longs mois de travail. Les conclusions de ce rapport, comme l’on pouvait s’y attendre, sont loin d’être optimistes pour les Américains. En effet, selon lui, la situation en Irak est grave et va en se détériorant. Aucune voie ne peut garantir la réussite, mais «les perspectives peuvent être améliorées». Selon Baker et les spécialistes qui l’ont aidé à finaliser ce rapport, les défis irakiens sont complexes. Les violences ne cessent d’augmenter, tant en fréquence qu’en nombre. Les frictions interreligieuses ne font, elles, qu’alimenter un climat déjà délétère et dangereux. Pour Baker, il existe un certain nombre de solutions, dont l’une des plus importante serait la relance du dialogue avec la Syrie et l’Iran, voisins de l’Irak, qui pourraient jouer un rôle dans l’apaisement de la situation et qui pourraient, par leurs influences respectives (l’Iran sur les chiites et la Syrie sur les sunnites) détendre quelque peu l’atmosphère. Principalement visé par ces remarques, le gouvernement américain, qui lui seul serait à même de mettre en application les recommandations du rapport sur l’Irak. Mais le président Bush à fait savoir, ce jeudi, qu’il se refuse à tout dialogue avec les ennemis des Etats-Unis, tels la Syrie et l’Iran. Toutefois, il estime que si ces deux pays faisaient des efforts véritables en vue de montrer leur bonne foi (l’Iran devant renoncer à son programme nucléaire et la Syrie cesser ses manipulations au Liban), le gouvernement américain pourrait alors envisager leur participation à des réunions de travail communes. Mais l’attitude américaine ne va pas vraiment dans le sens d’une résolution rapide de la situation et ainsi, le drame irakien risque de se prolonger encore longtemps avec toujours pour victime, la population irakienne.

Fouzia Mahmoudi

 

Liban

Qui est pro-syrien ?

Manifestations pour la démission du gouvernement Siniora. Non ! Pardon, il convient de dire manifestations pro-syriennes.

 

Correspondance particulière de Beyrouth :

Khalyla Asmar

 

 

Il faut même aller jusqu’à parler du général Aoun comme d’un vulgaire pro-syrien sans penser qu’il est le leader politique qui a depuis toujours lutté, corps et âme, contre la présence syrienne au Liban et que ses partisans ont été sous les coups et les verrous syriens.

Et puis, pour ce qui est du général, il est bon de poursuivre ses accusations en mentionnant une alliance avec le Hezbollah, sans jamais clarifier bien sûr qu’il ne s’agit que d’un accord sur un projet déterminé : le tracé des frontières entre le Liban et la Syrie et l’établissement de relations diplomatiques entre ces deux Etats voisins, la libération des prisonniers libanais détenus en Syrie et en Israël, le refus de tout retour à la tutelle syrienne, l’instauration d’un Etat moderne favorisant la société civile et limitant l’influence des sensibilités confessionnelles. Mais, il n’est pas possible de traiter de cela puisque l’on a utilisé l’espace pour rappeler que le Hezbollah est profondément pro-syrien. Et, là aussi nul n’ose préciser que, si celui-ci a bénéficié ou bénéficie d’une certaine complaisance du régime syrien pour ce qui est du transfert d’armes et que les deux s’accordent sur une intransigeance vis-à-vis de l’Etat d’Israël, nombreux sont les partisans du Hezbollah qui n’hésitent pas à condamner le régime syrien en tant que régime autoritaire dur.

Et ce, sans doute, parce que l’on préfère au sérieux le pimenté qu’est l’alliance diabolique du Hezbollah avec la République islamique d’Iran. Alors, certes, il est lié à l’Iran mais ce lien est souvent particulièrement mal exposé. En effet, Le Hezbollah est ce qu’il est grâce à un appui financier et logistique de l’Iran. Il est marqué par la révolution islamique et tourné vers l’Iran comme le sont presque tous les chiites du monde vers ce seul pays où le chiisme est la religion majoritaire, avec l’Irak, mais qui a été dominé pendant des années par une dictature laïque basée sur la communauté sunnite. Il se réfère à

l’imam Khamenei en vertu de la walayat al faqih, mais non pas en tant que guide de la révolution iranienne mais en tant que savant religieux, si tant est que l’on puisse parler de cela lorsque l’on sait que la majorité de ses partisans suivent, en réalité, les avis de Sayyed Fadlallah, la grande autorité religieuse chiite au Liban. En outre, il n’est pas bien vu d’indiquer ensuite que cette alliance s’estompe, qu’au fur et à mesure que le Hezbollah «grandit», il se soucie surtout de sa base libanaise, et qu’il est fort à parier, en conséquence, que cette alliance deviendra quasiment nulle en cas de restitution de l’ensemble des territoires libanais de la part de l’Etat d’Israël et de la fin de la résistance armée. De plus, à ce propos, on oublie volontairement de faire référence à l’histoire qui a vu la France et ses alliés accuser l’Egypte d’être derrière les fellagas algériens pour ne pas pointer du doigt que le cœur du problème est tout bêtement une situation d’occupation et pour justifier ses exactions. Et pourtant, tout cela est absent de la presse qui préfère respecter cette règle de grammaire journalistique qui veut que l’on ne couvre pas les manifestations sans dire pro-syriennes et que l’on ne présente pas le Hezbollah sans dire soutenu par l’Iran et la Syrie.

C’est ainsi que l’on occulte ou pire que l’on considère comme normales les déclarations actuelles des chefs occidentaux ou des régimes arabes dictatoriaux mais soumis à la puissance américaine. Le gouvernement américain soutient coûte que coûte le gouvernement de Siniora – composé de ceux qui ont commis le péché d’adultère avec la puissance occupante syrienne. Idem pour la France et les autres Etats européens. Légitime. Et que plus d’un million de Libanais soient dans la rue pour demander sa démission, cela ne compte pas. Toutefois, c’est vrai qu’il y a pire. Il y a le comble de l’ingérence, comble qui invite à se poser cette question : mais qui est vraiment pro-syrien ? Puisque le chef de la diplomatie allemande peut simplement venir appeler la Syrie «à faire tout son possible pour empêcher la déstabilisation du Liban de manière directe ou indirecte». On croit rêver, ou plutôt «cauchemarder». Comme lorsque, parallèlement, pour se débarrasser de la Syrie, on fait appel à une autre puissance extérieure.

Alors, concrètement, ce constat fait, plutôt que de se focaliser sur la Syrie et de s’accuser mutuellement de se compromettre dans des alliances extérieures pour donner du plaisir à une presse frustrée, il serait plus sain et plus pertinent de s’aligner, tous, derrière ce slogan des manifestations actuelles qui dit : «non à l’ingérence iranienne, non à l’ingérence syrienne, non à l’ingérence occidentale, non à l’ingérence au Liban !».

K. A.

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