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Arctic Sea
Les
motifs du détournement pas encore convaincants
La
thèse selon laquelle le bateau battant pavillon maltais
avait à son bord des missiles sol-air russes vient
d’être battue en brèche.
Près
d’un mois après la libération du cargo Arctic Sea par le
patrouilleur russe Ladny, les motifs qui ont conduit à
son détournement par les huit pirates n’ont pas encore
été à ce jour élucidés. La thèse selon laquelle le
bateau battant pavillon maltais avait à son bord des
missiles sol-air russes destinés à l’Iran vient d’être
battue en brèche par le parquet russe qui affirme
officiellement que les enquêteurs n’ont pas trouvé autre
chose que la cargaison de bois. Une cargaison, faut-il
le rappeler, d’une valeur de 1,5 million d’euros
destinée au port de Béjaïa. «Non, affirme Sergeï Lavrov,
le ministre russe des Affaires étrangères, l’Arctic Sea
ne transportait pas de missiles sol-air S 300, à
destination de l’Iran. Non, répète le ministre, il n’y a
pas une once de vérité dans ce qu’ont écrit plusieurs
médias occidentaux.» Mais dans l’hypothèse où l’Arctic
Sea aurait transporté des missiles, certains
observateurs estiment que les autorités russes n’auront
pas intérêt à reconnaître les faits, car cela risquerait
de ternir leur image. C’est le quotidien autrichien
Salzburger Nachrichten qui le 4 septembre a fait état,
d’après des sources sûres, que le bateau avait à son
bord des missiles sol-air S-300 à destination de l’Iran.
Pour cette publication, l’expéditeur de la cargaison
n’est autre qu’un groupe mafieux russe ayant tissé des
liens avec l’armée. Selon le même quotidien, le FSB
(Service fédéral de sécurité de la Fédération de
Russie), successeur du KGB et ses homologues des pays
occidentaux auraient été prévenus par les services
secrets israéliens. Ces derniers auraient pris
connaissance du chargement des armes au niveau du port
de Kaliningrad au bord de la Baltique au début de l’été.
La disparition de l’Arctic Sea a été révélée pour la
première fois par Mikhaïl Voïtenko, rédacteur en chef du
journal maritime Sovfrakht du 8 août dernier. Ce dernier
a décidé pour assurer sa sécurité de s’expatrier pour
quelques mois en attendant que les choses se calment, il
a soutenu que les gens travaillant dans l’intérêt de
l’Etat lui en voulaient d’avoir ébruité l’affaire. La
Russie, actuellement, veut sortir du monopole sur les
investigations en y associant 5 pays. Ainsi, un groupe
d’instruction a été formé par l’Estonie, la Finlande, la
Lettonie, Malte et la Suède, qui a reçu mandat pour
enquêter sur le détournement du cargo. Alger aurait reçu
du parquet russe une demande de renseignements détaillés
sur l’Arctic Sea qui avait coutume d’amarrer dans le
port de Béjaïa. Si cette information s’avérait vraie,
cela peut vouloir dire que les Russes soupçonnent ou ont
la certitude que le navire a subi des transformations.
Mais la disparition du cargo aurait été plus le résultat
d’une propagande qu’elle ne ressort à la réalité puisque
à en croire les autorités maritimes suédoises, maltaises
et finlandaises le cargo n’a «jamais disparu». Ainsi,
dans un communiqué, l’Autorité Maritime Maltaise (MMA) a
publié un communiqué selon lequel ces trois pays ont
toujours su où se trouvait le navire mais ont décidé de
ne rendre publique aucune information sensible pour ne
pas mettre en danger la vie et la sécurité des personnes
à bord ainsi que l’intégrité du navire.
L’Arctic
Sea, retrouvé le 17 août au large du Cap Vert, a été
détourné le 24 juillet par huit pirates dont des
Russes, des Lettons et des Estoniens. Il avait quitté la
Finlande le 23 juillet avec 15 marins russes à bord à
destination de l’Algérie. On le donnait comme n’ayant
plus donné de nouvelles depuis le 31 juillet, au moment
où il quittait la Manche.
Par
Larbi Graïne
La question du jour
La
crise, l’An 1
Une
année maintenant que la vénérable Lehman Brothers a
succombé suite à tout ce qu’elle avait absorbé comme
produits toxiques, et toujours pas de signe indubitable
que la crise est désormais derrière nous. Les plus
optimistes se gardent maintenant de parler d’autre chose
que de stabilisation. Qui plus est, sur un mode inusité
jusque-là : ce n’est pas en effet que les indicateurs
aient amorcé leur remontée, mais ceci seulement que leur
dégradation se poursuit sur un rythme moins rapide que
précédemment.
Du
moins, disent-ils cependant, la réaction en chaîne qui
devait se produire avec le naufrage de l’insubmersible
Lehman Brothers a pu être jugulée grâce à l’intervention
massive des pouvoirs publics, dont on veut bien concéder
maintenant qu’elle peut avoir du bon. Il reste alors à
nous expliquer pourquoi le sauvetage réussi du système
financier ne s’est pas traduit, une année plus tard, par
la reprise de toute l’économie. Autrement dit, comment
se fait-il que les banques, qui ont renoué avec les
bénéfices, sont toujours peu disposées à jeter à leur
tour la bouée de sauvetage à l’économie réelle ? La
réponse à cette question est au moins en deux temps.
Primo,
la financiarisation de l’économie est aujourd’hui telle
que les banques ne sont plus obligées de passer par les
entreprises pour faire des affaires. L’arbitrage –
vocable sonnant bien mieux que spéculation – entre les
différents marchés, par les soins de leurs traders, leur
fait engranger suffisamment et bien plus rapidement des
bénéfices sans qu’elles aient besoin de traiter avec des
entreprises dont elles ne sont pas sûres qu’elles
tiendront effectivement leurs engagements. Elles sont
d’autant plus réticentes à agir comme des banques à
l’ancienne que les grandes entreprises, dans lesquelles
elles ont souvent des intérêts, sont entrées depuis des
années dans l’ère de l’autofinancement, grâce notamment
aux profits qu’elles réalisent à travers le monde. Et
si, d’aventure, un besoin en financement se fait sentir
chez l’une ou l’autre, c’est au marché financier qu’elle
s’adressera, non aux banques. De sorte que celles-ci ne
reçoivent des appels au secours que de la part des
petites et moyennes entreprises, dont elles n’ont cure.
D’où l’aggravation ou, dans le meilleur des cas, la
persistance du chômage alors qu’elles-mêmes se portent
déjà beaucoup mieux.
Secundo, on convient que seule une réforme du système
financier international constitue une véritable solution
à la crise, la garantie que celle-ci ne se reproduira
pas. Soit. Mais que fait-on en ce sens ? On s’attaque
aux effets non aux causes. En fait, au maillon faible de
la chaîne, au trader, qui n’est aussi bien rémunéré que
parce qu’il fait faire de tels profits à ses employeurs,
et à leurs actionnaires, que tous sont déjà tirés
d’affaire alors même que la crise n’est toujours pas
surmontée. Les politiques s’en prennent à lui, le
stigmatisent, affectent de tomber des nues à l’annonce
de ses rémunérations, sans proposer d’autre remède que
leur étalement dans le temps, quand on sait parfaitement
qu’il n’est qu’un rouage dans le système. Comme tout
rouage, il est bien entendu essentiel.
S’entendre sur une réforme de fond n’est sans doute pas
facile. Il est clair que ce n’est pas lors de la réunion
de Pittsburgh qu’on y parviendra. Mais comme il faudra
tout de même sortir avec des résultats donnant
l’impression qu’on s’attaque au cœur du problème, c’est
sans doute le trader qui va se retrouver sur la
sellette. Dans ce procès on sait déjà qui va tenir le
rôle de l’accusateur, doublé de celui de l’avocat de la
veuve et de l’orphelin, c’est la France et son acolyte,
l’Allemagne. Le Royaume-Uni se chargera de la défense du
diable, compte tenu du fait que la City ne réalise pas
moins que le quart de son PIB. Il se gardera d’être la
dupe d’un arrangement qui aura pour effet le départ,
vers d’autres places – la France, l’Allemagne ? – des
traders les plus performants, dont il a présentement une
belle collection. Et le rôle du sage, de l’arbitre, qui
profitera à coup sûr du compromis auquel on finira par
aboutir, ne reviendra à nul autre qu’aux Etats-Unis, ou
plutôt à Wall Street, l’épicentre d’où est parti le
séisme qui, il y a tout juste un an, ébranla le monde.
Par
Mohamed Habili
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