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Conférence de
Jean-Claude Kaufmann au CCF d’Alger
Comment se
retrouver dans une société sans repères ?
Directeur de
recherche au Centre national de recherche scientifique, France,
Jean-Claude Kaufmann a animé jeudi après-midi une conférence ayant
pour thème «L’invention de soi, une théorie de l’identité». Il nous
livre ainsi la complexité de l’Homme et des sociétés dans lesquelles
il évolue. «Aujourd’hui, nous sommes condamnés à produire le sens de
notre vie», lâche-t-il. Une tâche exténuante.
Dès de début de
son intervention, il tient à préciser que ses théories concernent
beaucoup plus la société européenne qu’il a étudiée et qu’il connaît
bien. «Le citoyen européen ne sait plus qui il est aujourd’hui, il
est condamné à produire un sens à son existence», affirme-t-il
d’emblée, ajoutant que ce n’est pas chose facile dans une société
qui a perdu ses repères.
Qui a perdu ses
repères, justement parce que chacun donne lui-même un sens à sa vie.
Il étaie ses dires à coups d’anecdotes. Il raconte l’exemple de
Walter, un Français ordinaire, qui n’est pas forcément fana de foot
mais qui ne rate jamais les matches de l’équipe de France. Il reste
scotché à sa télévision. «Lorsque l’équipe française remporte un
match, il est fou de joie, il oublie tout et c’est l’extase ! Qu’est
ce qu’il lui arrive ? Il devient soudainement Français ! Mais si son
équipe perd, c’est une catastrophe ! Il ne s’en remet pas ! Walter
m’avait confié qu’il se disait qu’il n’a pas perdu un sou, que les
joueurs raflent des millions et qu’ils n’ont rien à faire de leur
défaite, mais ça ne marche pas ! Il se sent toujours mal !»,
souligne Kaufmann.
Une situation qui
s’explique facilement lorsqu’on voit la vie de Walter : c’est un
homme divorcé et qui vit seul. D’une certaine façon, la victoire de
l’équipe de France couvre ses échecs et lui fait oublier son
dé-sarroi. «Les gens qui ont rejoint le Front national, parti de Le
Pen, ne sont pas des extrémistes, ce sont des petits commerçants,
des paysans…, pour qui les affaires ne marchent plus et qui veulent
entendre des réponses rassurantes», indique l’orateur. Evoquant au
passage la crise des banlieues qui a secoué la France en 2006, il
donne une toute autre version des faits.
Sans se perdre
dans les méandres de l’identité nationale, des problèmes de
l’immigration, de l’obscurantisme islamiste, des non-sens, il
préfère apporter des réponses pratiques qui dénote de sa
connaissance de la société dans laquelle il vit. Ces propos sont
simples et sains. «Ces jeunes réclamaient de l’estime de soi,
disaient non au mépris».
A méditer. Il
enchaîne : «Autrefois, le pauvre acceptait son sort, son destin, le
pauvre d’aujourd’hui a l’impression que les gens le regardent avec
mépris et cela est insupportable ! Même si les passants sont
indifférents, il a cette impression là ! Les choses ont profondément
changé et nous ne savons plus où nous allons», affirme-t-il
encore.
En effet, délivré
des cadres traditionnels, l’individu moderne tombe en panne quand il
ne croit plus à sa propre histoire. Son analyse ouvre sur la
question identitaire. L’identité est devenue une notion
omniprésente, tant dans les sciences humaines que dans le débat
social.
«J’ai fait
d’énormes recherches sur l’identité, j’ai lu beaucoup d’ouvrages
pour faire un seul constat : l’identité n’existe pas ! Ce n’est pas
une chose figée mais mouvante et variable qui évolue avec le temps»,
déclare-t-il.
Il faut préciser
que la méthodologie de Jean-Claude Kaufmann repose essentiellement
sur ce qu’il appelle l’entretien compréhensif. Il s’agit donc
d’interviews ou d’entretiens semi-directifs qui sont ensuite
analysés et interprétés par le sociologue. «Les propos recueillis
dans les entretiens ne doivent être considérés ni comme la vérité à
l’état pur, ni comme une déformation systématique de cette dernière.
Ils sont complexes, souvent contradictoires, truffés de
dissimulations et de mensonges.
Mais ils sont
aussi d’une extraordinaire richesse, permettant justement par leurs
contradictions d’analyser le processus identitaire, donnant des
pistes (les phrases récurrentes) pour repérer des processus sociaux
sous-jacents». D’ailleurs, dans sa conférence il raconte beaucoup
d’anecdotes de ses entretiens.
Par Irane
Belkhedim
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Conférence de presse de Djamel Allam
«Mon album est
un signe d’espoir»
«Je suis heureux
de vous annoncer la naissance officielle de mon album, le fruit de
trois ans de travail. Un signe d’espoir». C’est par ces mots que le
chanteur algérien Djamal Allam a ouvert la conférence de presse
qu’il a animée hier matin au Théâtre de verdure, Alger, en présence
de nombreux journalistes et artistes, pour présenter son dernier
album «Le youyou des anges», sorti en mai 2008. «La réalisation de
cet album a été une aventure humaine extraordinaire ! C’est la
première fois que se réunissent autour de moi autant d’amis et
d’artistes!», dit-il. En effet, Cheb Khaled, Fellag, Sid Ahmed
Agoumi et même Mohamed Lamine, ce dernier, «a appris le berbère en
cinq minutes» y ont aussi participé. «Au début, Khaled
N’avait pas
l’intention de chanter, en écoutant la chanson ‘’Hachemi’’, il
changea d’avis et exprima le souhait de l’interpréter avec moi»,
ajoute l’artiste. Le titre du CD compte dix morceaux : «Hachemi», «Ghori»,
«Dassine», «Muhend», «Harraga», «A yemma», «Tamurt», «Ay agellid», «Taghit»
et «Agressé dès ma naissance». La plupart des chansons rendent
hommage à des artistes algériens, «aux aînés», comme à El hachemi
Guerouabi, Djamel Amrani, Hmed Malek, Alaoua Zerouki, Farid Ali, et
Cheikh Sadek Lebjaoui…. L’enregistrement de l’album a été réalisé
dans trois studios, à Alger, Paris et Montréal. Sa production a
nécessité le parrainage des institutions culturelles publiques et le
soutien d’une dizaine de sponsors et mécènes. Hier, l’on nous a fait
écouter quelques extraits. «Ghori» commence avec le bruit des vagues
et les cris des mouettes et s’achève sur une mélodie rock. «Dassine»
est un tendre slow. Aussi, l’album comporte deux chansons
instrumentales : «Harraga» et «Taghit». «J’avais demandé à
l’écrivain Boudjedra et au chanteur Meskoud de m’écrire un texte
pour ‘’harraga’’ mais ils ne l’ont pas fait, cela n’a pas été
facile. J’ai préféré alors laisser la parole aux instruments de
musique», indique-t-il. Evoquant le choix du titre, il affirme que
youyou renvoie à la traditionnelle expression féminine en Algérie et
même dans d’autres pays du monde. En revanche, les anges c’est une
toute autre histoire. «A l’époque de la révolution algérienne,
j’avais vu en Yougoslavie, sur un album, un moujahid algérien qui
di-sait que s’il mourrait il irait au paradis et qu’il serait
entouré d’anges. C’est ce qu’évoque ce mot pour moi», explique
Djamal Allam. Au passage, il parlera de la situation artistique et
économique du pays qui n’est guère reluisante. Il soulignera, dans
ce sens, qu’il reste beaucoup à faire.
I. B.
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