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La
justice du plus fort
De toutes les
réactions à chaud suscitées par la condamnation à mort de Saddam, la
plus révélatrice est celle de l’un des avocats français du dictateur
déchu.
Répondant aux
questions d’un journaliste sur les ondes d’une radio
périphérique(1), c’est sur le ton de l’indignation que Maître
Philippe Ludau a révélé les dessous d’une parodie de justice dont le
verdict fut décidé à la Maison Blanche, avant l’occupation de
l’Irak. Voici quelques extraits de l’entretien :
«Bush et son staff
avaient le choix entre deux options : soit cribler de balles Saddam
à la première occasion pendant l’opération d’invasion, soit
organiser un procès à l’issue duquel sera prononcée une condamnation
infamante sans recours possible et évitant, bien sûr, d’évoquer les
périodes du grand amour entre les maîtres de la Maison-Blanche et le
sanguinaire dictateur.
C’est la deuxième
option qui a été retenue. Les magistrats ont été formés en Amérique
et encadrés par la CIA, spécialement pour ce procès. Ce sont des
enquêteurs de la CIA qui ont fourni les éléments de base des
dossiers. Tous les dictateurs méritent la mort. Mais le procès de
Saddam restera une tâche noire dans les annales judiciaires du monde
civilisé. Et, notez la bien, je considère que les Etats-Unis
n’appartiennent pas au monde civilisé».
Le journaliste
l’interrompt : - «Votre confrère, maître Clément, affirme que les
juges ont travaillé en toute indépendance».
Maître Philippe
Ludau réplique ! - «Mon confrère Clément est responsable de ce qu’il
dit. Il de doit pas maîtriser le dossier. Moi j’affirme qu’il ne
peut y avoir des juges indépendants en pays occupé. Des défenseurs
de Saddam ont été assassinés, d’autres agressés et menacés de mort,
d’autres encore interdits de plaider. Des témoins ont été persécutés
par la CIA… L’ONU a dénoncé l’illégalité du procès. La présidente de
l’Union européenne a lancé un appel pour un moratoire contre le
verdict qui, dans les pays arabes est réservé aux criminels du droit
commun. Le moratoire ne suffit pas…» Ce ne sont là que quelques
passages de cet entretien que nous vous livrons.
Voici donc le
«beau» visage de la plus grande démocratie du monde. Sur des
dizaines de carnages, la CIA a fabriqué un dossier de telle sorte
qu’il ne soit pas fait allusion à l’Angleterre et à la France, qui
filaient le grand amour avec Saddam.
Et là, nous
revenons obligatoirement au rôle de madame Carla Del Ponte et à
l’utilité du Tribunal pénal international. Tous les dictateurs
méritent la mort, soit. Mais la civilisation occidentale a créé des
structures et voté des lois universelles pour une justice
indépendante et équitable. Quand des avocats sont assassinés et
d’autres dénoncent, avec preuves, la subordination, le doute n’a
plus sa place. Bush a réclamé la tête de Saddam par voie judiciaire.
Des magistrats lui ont donné satisfaction en violant toutes les
lois. Sans réaction de Mme Carla Del Ponte… Forcément, nous
accordons crédit aux propos de juristes comme M. Philippe Ludau et
nous partageons leur indignation. Le procès de Saddam, c’est la
victoire de la force et du crime contre la justice et toutes les
valeurs humaines. Quant à Saddam, personne ne le regrettera. Le
monde arabe en est plein.
Mahdi H.
Haut
Etats-Unis
Les démocrates
ébranlent le pouvoir à Bush
nLe récent
déferlement des démocrates à la Chambre des représentants et au
Sénat américain fait espérer beaucoup d’Américains ainsi qu’ une
large partie de la communauté internationale un changement notable
dans la politique extérieure du pays. Néanmoins, pour ceux qui
s’intéresseront de plus près aux fondements des deux partis
Démocrates et Républicains pourront noter que si sur la forme un
nombre important de points de vues divergent dans le fond c’est
Blanc Bonnet et Bonnet blanc.
La vie politique
américaine est marquée par l’alternance du pouvoir entre les deux
principaux partis
politiques : le
parti démocrate et le parti républicain. Aujourd’hui, la différence
entre les deux partis semble négligeable et ne peut s’expliquer par
un simple clivage droite-gauche.
Du reste, même si
les analogies sont parfois frappantes, les idéaux républicains et
démocrates divergent sur de nombreux points. En effet, les
républicains sont favorables à la réduction des dépenses publiques
et à celles des taxes aux entreprises, et ils sont adeptes de l’ultra-libéralisme.
Les Démocrates prônent quant à eux une amélioration de la politique
sociale, du soutien aux salariés face au patronat, en d’autres
termes ils se posent en champion de
l’Etat-providence.
Tout repose encore à l’heure actuelle sur le degré d’ingérence de
l’Etat fédéral dans la politique des Etats-Unis.
Les Républicains,
plus encore que les Démocrates, sont extrêmement méfiants quant au
pouvoir de l’Etat fédéral. Ils sont également plus portés sur les
questions d’ordre religieux, et défendent une Amérique puritaine et
traditionaliste, par rapport aux volontés progressistes des
Démocrates. Ainsi, les Républicains prônent la défense des valeurs
familiales, du respect du drapeau, et sont opposés à l’avortement.
Les Démocrates, sans être opposés aux valeurs familiales,
privilégient le libre choix de l’individu et souhaitent le soutien
de l’État aux classes défavorisées.
Pourtant, il ne
semble pas juste de synthétiser leurs idées et leurs programmes de
la sorte. En effet, le Parti démocrate ne serait certainement pas
considéré comme un parti de gauche en Europe. En réalité la
complexité de la politique américaine et les différences notables
avec le système européen empêche toute comparaison. Simplement les
Démocrates sont, semble-t-il, plus modérés, et les Républicains plus
conservateurs. Néanmoins, l’absence de gauche réelle aux Etats-Unis
est un état de fait vérifié. Du reste, les différences entre les
deux partis ont de plus en plus tendance à disparaître. Ainsi,
Clinton a-t-il brisé un mythe en étant le président démocrate qui a
réalisé des coupes budgétaires dans le domaine social. Le programme
républicain n’est, quant à lui, plus aussi catégorique quant à une
éventuelle baisse des impôts. Les discussions sur l’abolition de la
peine de mort au niveau fédéral ne semblent plus d’actualité, le
droit à l’avortement est menacé dans de nombreux Etats de l’Union,
enfin, Démocrates et Républicains sont résolument libéraux.
Aujourd’hui dans le cas actuel les différences eux semblent
cependant plus marquées que d’habitude. Premier responsable, l’Irak.
Ce dossier brûlant a, à lui seul, cristallisé toutes les inquiétudes
et tout le ressentiments du peuple américains. Mais comme l’a
toutefois, fort justement, fait remarquer le président américain,
les Démocrates n’ont aucun véritable projet concernant cette guerre
qui continuera, avec les Républicains ou avec les Démocrates à la
tête du pays. Mais concrètement, ce qui va changer dans les plus
hautes sphères de l’Etat, c’est que, désormais majoritaires au sein
de la Chambre des représentants, ce sont les démocrates qui
détiennent l’initiative pour le vote du budget. Le Sénat peut tout
de même amender ou rejeter ses propositions. La Chambre des
représentants peut également élire le président des États-Unis, si
aucune majorité ne peut être trouvée au sein des grands électeurs.
Dans ce cas, chaque délégation d’État dispose d’une voix.
Aujourd’hui, la composition exacte de la Chambre des représentants
est de 196 représentants républicains et de 229 représentants
démocrates et ce, jusqu’en 2009.
Le rôle du Sénat
est, quant à lui, de voter les lois fédérales. Mais il conseille
également, dans une certaine mesure, le gouvernement, et en ratifie
certaines des nominations. Ainsi,
- il donne son
accord à la nomination des secrétaires (ministres) nommés par le
président.
- donne son accord
à la nomination des juges à la Cour suprême des États-Unis
d’Amérique
- donne son accord
à la nomination d’ambassadeurs et hauts fonctionnaires fédéraux
-autorise à la
majorité des deux-tiers (ce qui représente 67 sénateurs sur 100) la
ratification des traités par le président
- vote
l’«impeachment» à la majorité des deux tiers sur mise en accusation
de la Chambre des représentants.
Prenant conscience
de cette nouvelle force avec la quelle il devra cohabiter, malgré
lui, encore deux années, qui lui sembleront, à n’en pas douter, bien
longues, le président américain George W. Bush, sitôt les résultats
connus, a mis de l’eau dans son vin et tend la main aux démocrates
qu’il n’avait cessé d’invectiver (parfois brutalement) durant la
campagne électorale. Celle avec laquelle il devra par ailleurs
travailler le plus étroitement n’est autre que Nancy Pelosi, la
nouvelle présidente de la Chambre des représentants qui n’a eu de
cesse, durant des mois, d’insulter le président. Toutefois, cette
dernière, après la victoire de son camp, ne désire plus que
travailler de la façon la plus constructive possible avec George W.
Bush, qu’elle a traité d’incompétent, de menteur et d’être
dangereux. Aujourd’hui, les deux partis, républicain et démocrate,
semblent toutefois obligés de partager ensemble l’exercice du
pouvoir et devraient mettre (en apparence du moins) en veille leurs
animosités réciproques pour le bien du pays. Mais l’avantage est
passé largement et sans conteste du côté démocrate, qui laisse
désormais le président américain à la tête d’un pays qu’il ne dirige
plus vraiment.
Fouzia Mahmoudi
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