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La justice du plus fort

Etats-Unis

Les démocrates ébranlent le pouvoir à Bush


 

 12/11/06

 

 La justice du plus fort

De toutes les réactions à chaud suscitées par la condamnation à mort de Saddam, la plus révélatrice est celle de l’un des avocats français du dictateur déchu.

Répondant aux questions d’un journaliste sur les ondes d’une radio périphérique(1), c’est sur le ton de l’indignation que Maître Philippe Ludau a révélé les dessous d’une parodie de justice dont le verdict fut décidé à la Maison Blanche, avant l’occupation de l’Irak. Voici quelques extraits de l’entretien :

«Bush et son staff avaient le choix entre deux options : soit cribler de balles Saddam à la première occasion pendant l’opération d’invasion, soit organiser un procès à l’issue duquel sera prononcée une condamnation infamante sans recours possible et évitant, bien sûr, d’évoquer les périodes du grand amour entre les maîtres de la Maison-Blanche et le sanguinaire dictateur.

C’est la deuxième option qui a été retenue. Les magistrats ont été formés en Amérique et encadrés par la CIA, spécialement pour ce procès. Ce sont des enquêteurs de la CIA qui ont fourni les éléments de base des dossiers. Tous les dictateurs méritent la mort. Mais le procès de Saddam restera une tâche noire dans les annales judiciaires du monde civilisé. Et, notez la bien, je considère que les Etats-Unis n’appartiennent pas au monde civilisé».

Le journaliste l’interrompt : - «Votre confrère, maître Clément, affirme que les juges ont travaillé en toute indépendance».

Maître Philippe Ludau réplique ! - «Mon confrère Clément est responsable de ce qu’il dit. Il de doit pas maîtriser le dossier. Moi j’affirme qu’il ne peut y avoir des juges indépendants en pays occupé. Des défenseurs de Saddam ont été assassinés, d’autres agressés et menacés de mort, d’autres encore interdits de plaider. Des témoins ont été persécutés par la CIA… L’ONU a dénoncé l’illégalité du procès. La présidente de l’Union européenne a lancé un appel pour un moratoire contre le verdict qui, dans les pays arabes est réservé aux criminels du droit commun. Le moratoire ne suffit pas…» Ce ne sont là que quelques passages de cet entretien que nous vous livrons.

Voici donc le «beau» visage de la plus grande démocratie du monde. Sur des dizaines de carnages, la CIA a fabriqué un dossier de telle sorte qu’il ne soit pas fait allusion à l’Angleterre et à la France, qui filaient le grand amour avec Saddam.

Et là, nous revenons obligatoirement au rôle de madame Carla Del Ponte et à l’utilité du Tribunal pénal international. Tous les dictateurs méritent la mort, soit. Mais la civilisation occidentale a créé des structures et voté des lois universelles pour une justice indépendante et équitable. Quand des avocats sont assassinés et d’autres dénoncent, avec preuves, la subordination, le doute n’a plus sa place. Bush a réclamé la tête de Saddam par voie judiciaire. Des magistrats lui ont donné satisfaction en violant toutes les lois. Sans réaction de Mme Carla Del Ponte… Forcément, nous accordons crédit aux propos de juristes comme M. Philippe Ludau et nous partageons leur indignation. Le procès de Saddam, c’est la victoire de la force et du crime contre la justice et toutes les valeurs humaines. Quant à Saddam, personne ne le regrettera. Le monde arabe en est plein.   

Mahdi H.

 

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Etats-Unis

Les démocrates ébranlent le pouvoir à Bush

nLe récent déferlement des démocrates à la Chambre des représentants et au Sénat américain fait espérer beaucoup d’Américains ainsi qu’  une large partie de la communauté internationale un changement notable dans la politique extérieure du pays. Néanmoins, pour ceux qui s’intéresseront de plus près aux fondements des deux partis Démocrates et Républicains pourront noter que si sur la forme un nombre important de points de vues divergent dans le fond c’est Blanc Bonnet et Bonnet blanc.

La vie politique américaine est marquée par l’alternance du pouvoir entre les deux principaux partis

politiques : le parti démocrate et le parti républicain. Aujourd’hui, la différence entre les deux partis semble négligeable et ne peut s’expliquer par un simple clivage droite-gauche.

Du reste, même si les analogies sont parfois frappantes, les idéaux républicains et démocrates divergent sur de nombreux points. En effet, les républicains sont favorables à la réduction des dépenses publiques et à celles des taxes aux entreprises, et ils sont adeptes de l’ultra-libéralisme. Les Démocrates prônent quant à eux une amélioration de la politique sociale, du soutien aux salariés face au patronat, en d’autres termes ils se posent en champion de

l’Etat-providence. Tout repose encore à l’heure actuelle sur le degré d’ingérence de l’Etat fédéral dans la politique des Etats-Unis.

Les Républicains, plus encore que les Démocrates, sont extrêmement méfiants quant au pouvoir de l’Etat fédéral. Ils sont également plus portés sur les questions d’ordre religieux, et défendent une Amérique puritaine et traditionaliste, par rapport aux volontés progressistes des Démocrates. Ainsi, les Républicains prônent la défense des valeurs familiales, du respect du drapeau, et sont opposés à l’avortement. Les Démocrates, sans être opposés aux valeurs familiales, privilégient le libre choix de l’individu et souhaitent le soutien de l’État aux classes défavorisées.

Pourtant, il ne semble pas juste de synthétiser leurs idées et leurs programmes de la sorte. En effet, le Parti démocrate ne serait certainement pas considéré comme un parti de gauche en Europe. En réalité la complexité de la politique américaine et les différences notables avec le système européen empêche toute comparaison. Simplement les Démocrates sont, semble-t-il, plus modérés, et les Républicains plus conservateurs. Néanmoins, l’absence de gauche réelle aux Etats-Unis est un état de fait vérifié. Du reste, les différences entre les deux partis ont de plus en plus tendance à disparaître. Ainsi, Clinton a-t-il brisé un mythe en étant le président démocrate qui a réalisé des coupes budgétaires dans le domaine social. Le programme républicain n’est, quant à lui, plus aussi catégorique quant à une éventuelle baisse des impôts. Les discussions sur l’abolition de la peine de mort au niveau fédéral ne semblent plus d’actualité, le droit à l’avortement est menacé dans de nombreux Etats de l’Union, enfin, Démocrates et Républicains sont résolument libéraux. Aujourd’hui dans le cas actuel les différences eux semblent cependant plus marquées que d’habitude. Premier responsable, l’Irak. Ce dossier brûlant a, à lui seul, cristallisé toutes les inquiétudes et tout le ressentiments du peuple américains. Mais comme l’a toutefois, fort justement, fait remarquer le président américain, les Démocrates n’ont aucun véritable projet concernant cette guerre qui continuera, avec les Républicains ou avec les Démocrates à la tête du pays. Mais concrètement, ce qui va changer dans les plus hautes sphères de l’Etat, c’est que, désormais majoritaires au sein de la Chambre des représentants, ce sont les démocrates qui détiennent l’initiative pour le vote du budget. Le Sénat peut tout de même amender ou rejeter ses propositions. La Chambre des représentants peut également élire le président des États-Unis, si aucune majorité ne peut être trouvée au sein des grands électeurs. Dans ce cas, chaque délégation d’État dispose d’une voix. Aujourd’hui, la composition exacte de la Chambre des représentants est de 196 représentants républicains et de 229 représentants démocrates et ce, jusqu’en 2009.

Le rôle du Sénat est, quant à lui, de voter les lois fédérales. Mais il conseille également, dans une certaine mesure, le gouvernement, et en ratifie certaines des nominations. Ainsi,

- il donne son accord à la nomination des secrétaires (ministres) nommés par le président.

- donne son accord à la nomination des juges à la Cour suprême des États-Unis d’Amérique

- donne son accord à la nomination d’ambassadeurs et hauts fonctionnaires fédéraux

-autorise à la majorité des deux-tiers (ce qui représente 67 sénateurs sur 100) la ratification des traités par le président

- vote l’«impeachment» à la majorité des deux tiers sur mise en accusation de la Chambre des représentants.

Prenant conscience de cette nouvelle force avec la quelle il devra cohabiter, malgré lui, encore deux années, qui lui sembleront, à n’en pas douter, bien longues, le président américain George W. Bush, sitôt les résultats connus, a mis de l’eau dans son vin et tend la main aux démocrates qu’il n’avait cessé d’invectiver (parfois brutalement) durant la campagne électorale. Celle avec laquelle il devra par ailleurs travailler le plus étroitement n’est autre que Nancy Pelosi, la nouvelle présidente de la Chambre des représentants qui n’a eu de cesse, durant des mois, d’insulter le président. Toutefois, cette dernière, après la victoire de son camp, ne désire plus que travailler de la façon la plus constructive possible avec George W. Bush, qu’elle a traité d’incompétent, de menteur et d’être dangereux. Aujourd’hui, les deux partis, républicain et démocrate, semblent toutefois obligés de partager ensemble l’exercice du pouvoir et devraient mettre (en apparence du moins) en veille leurs animosités réciproques pour le bien du pays. Mais l’avantage est passé largement et sans conteste du côté démocrate, qui laisse désormais le président américain à la tête d’un pays qu’il ne dirige plus vraiment.

Fouzia Mahmoudi

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