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Ouverture du
colloque sur l’entreprise coloniale et les luttes de libération
L’Afrique
saura-t-elle relever le défi de la décolonisation ?
Des voix se sont
élevées hier d’Alger, à l’ouverture du colloque sur le colonialisme,
pour dénoncer l’ordre mondial, politique et économique. Traoré
Aminata et Jacques Vergès ont soutenu que le combat contre le
colonialisme se poursuit car ce dernier se présente aujourd’hui sous
de nouvelles formes, plus dangereuses et destructrices.
«Ce continent
n’est pas maudit, il a surtout été pillé dans le cadre d’un
développement extraverti qui a servi les destructeurs. Aujourd’hui,
il n’y a pas que des crises écologique, alimentaire ou énergétique
qui menacent la planète mais également une crise morale et politique
dont nous devons parler. Nous devons parler de ce système et de sa
véritable nature». C’est par ces mots chargés de colère et de
passion que Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture au Mali,
entame son intervention. Elle tire à boulets rouges sur les
puissances mondiales et leurs systèmes politique et économique.
«Face à un monde globalisé et cynique, je vois aujourd’hui des pays
africains qui, entre deux réunions, sont soumis au FMI, à la Banque
mondiale et à l’Union européenne. Des pays qui ont du mal à se
réunir, à discuter autour d’une table et à se concerter !»,
dit-elle. Aminata Traoré dénonce «le paradis du développement» que
les pays africains ont pris «en camisole de force», prôné par les
pays industrialisés mais qui, en réalité, piétine nos intérêts. «Il
n’y a pas eu de développement en Afrique !», soutient-elle avant de
lancer : «Nous sommes faibles parce que nous avons plus confiance en
eux qu’en nous-mêmes ! Ils naviguent à vue, nous devons réagir, nous
devons développer la créativité politique et artistique de nos pays
sinon nous paierons cher les erreurs d’aujourd’hui». L’intervenante,
qui refuse de parler en termes de continent, explique que ces forces
mondiales n’ont pas le choix puisqu’elles sont contraintes de puiser
leurs ressources stratégiques en Afrique et en Asie. «C’est là que
nous devons réagir. Immédiatement ! Nous devons exploiter leurs
failles comme la crise mondiale actuelle». Evoquant la situation
actuelle, Aminata Traoré déplore avec amertume que les pays
africains n’aient pas réussi à créer un marché économique. «J’en
deviens malade ! Nous sommes inondés par les restes des autres pays,
même les beignets sont importés de Chine ! C’est terrible !».
L’ex-ministre, qui a démissionné de son poste pour retrouver sa
liberté de parole, militante altermondialiste, ne donne pas de
remède, elle conclut fermement : «Le défi est considérable. Nous
devons le relever et commencer par changer le regard que nous
portons sur nous-mêmes».
La torture
légitimée
Prenant la parole
à son tour, l’imminent avocat français, Jaques Vergès, rappelle que
l’entreprise coloniale occidentale a commencé au 19e siècle et
qu’elle a été soutenue par des chercheurs, des scientifiques et
philosophes, avant d’être mise en pratique par les politiques. Il
cite quelques noms comme Darwin, Herbert Spencer et Alexis de
Tocqueville qui, dans leurs écrits, qualifiaient les autres peuples
de «populations barbares», de «sous hommes» ou «d’indigènes». Il
ajoute qu’au moment où les puissances mondiales combattaient le
nazisme, paradoxalement, elles colonisaient des pays libres et
réprimaient violemment les populations colonisées. Deux poids, deux
mesures. «Après la Seconde Guerre mondiale, la France a massacré 200
000 Malgaches parce qu’ils ont revendiqué leur indépendance»,
dit-il, affirmant que c’était un génocide parmi d’autres commis en
Algérie, Vietnam, Afrique noire. L’orateur va plus loin dans son
analyse en abordant la publication du mémorandum de la torture (par
l’administration Obama en avril passé), un document qui autorisait
des pratiques de torture entre 2002 et 2005 et qui décrit les
méthodes de torture mises en œuvre par les services secrets
américains à l’encontre de détenus accusés de terrorisme. Ce mémo
détaille les dix méthodes censées faciliter l’interrogatoire, telles
que la mise à nu du détenu, sa privation de sommeil, son
enchaînement ou le port de couches-culottes. Ce qu’avait révélé la
guerre en Irak et le supplice subi par les détenus irakiens dans les
prisons américaines. «Cette présentation fait de la torture une
technique seulement ! Une technique qui est aujourd’hui légitimée
par les juges qui signent de tels documents et des médecins qui
assistent aux séances de torture ! L’internationale de la torture
est née», lance-t-il, accusant au passage les nouvelles démocraties
européennes (la Pologne et la Roumanie…) qui jouent le jeu et
offrent leurs territoires pour accueillir ces détenus internationaux
qui seront torturés. Dans le même sillage, Jacques Vergès dénoncera
le rôle du la Cour pénale internationale qu’il qualifie de «négrophage»
car elle ne poursuit que des président africains et se penche du
côté des puissances occidentales. «On peut faire triompher la
justice, mais il faut avoir de l’audace. Alors ayons de l’audace !»,
conclut-il. Les deux intervenants ont été fortement applaudis. Le
colloque qui accueille 21 participants étrangers se tient au Palais
de la Culture, Alger, jusqu’au 16 juillet.
Par Irane
Belkhedim.
Programmée à 9h du
matin, la journée d’hier n’a commencé qu’aux environs de 12h ! Les
organisateurs ont expliqué que de nombreux invités, participants
étrangers et africains sont arrivés à Alger par avion le même jour
et que la manifestation ne pouvait être inaugurée sans eux. Une
défaillance des organisateurs !
I. B.
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Expo au Bardo
Quand Lucy
rencontre Tin Hinan
Nous les avons
comptés : une trentaine de pas séparent les squelettes de Lucy et
de Tin Hinan au Musée national du Bardo d’Alger. L’expo «Afrique,
terre des origines» se tient donc au Bardo, dans le cadre du
Festival culturel panafricain. Elle a été inaugurée par Mme Khalida
Toumi, ministre de la Culture, en présence du ministre éthiopien de
la Culture. Lucy est dans une cage de verre au milieu de la salle.
Sur les murs tout autour d’elle, des visiteurs lisent attentivement
les affiches explicatives ou regardent les photographies du site où
a été découverte l’australopithecus afransis, le 30 novembre 1974.
En cet automne de
1974, une équipe de chercheurs internationale est installée dans le
triangle des Afars, une vallée située à environ 70 kilomètres de
Addis-Abeba, capitale de l’Ethiopie. Le soir, Yves Coppens, Donald
Johason et Maurice Taieb avaient écouté la chanson «Lucy in the sky
with diamond», des Beatles. Eurêka ! Les trois hommes viennent de
trouver un tas d’ossements au milieu des sables et de la terre, tout
près de la rivière Awash. Les chercheurs vont essayer de
reconstituer le squelette de l’hominidé sur place. Les 52 fragments
osseux trouvés constituent environ 40% d’un squelette entier. Une
datation au carbone fera osciller son «âge» entre 3,2 et 3,4
millions d’années ce qui faisait d’elle, à l’époque, la doyenne de
l’humanité. Ses découvreurs vont l’appeler Lucy en référence à la
chanson des Beatles. Pour les Ethiopiens, son nom est plutôt
Danikenesh qui veut dire «tu es merveilleuse».
Les trente petits
pas d’un homme entre les sarcophages de Lucy et de Tin Hinan,
résument le grand pas de l’humanité, car la reine du désert algérien
a vécu entre le 4e et le 5e siècles après Jésus Christ. Par un
curieux hasard, les deux femmes vont êtres réunies sous le même toit
en cet été de l’an 2009. Tin Hinan, d’une taille de plus de 1m70,
est beaucoup plus grande que la petite Lucy qui fait à peine 1m20,
pour un poids de 20-25 kg. Lucy qui vivait dans une savane, avant la
désertification de la région, est morte anonyme, très tôt, à l’âge
de vingt ans.
«Depuis 1974,
d’autres fossiles plus anciens ont été découverts, mais peu sont
aussi complets», lit- on sur une affiche de l’exposition «Afrique,
terre des origines». Ainsi, Lucy n’est pas la doyenne de
l’humanité.
Dans le générique
du documentaire vidéo projeté au Bardo, nous lisons : «Planet Earth,
miracle of universe» (la planète Terre, miracle de l’univers). En
effet, la vie est un miracle, que l’on soit créationniste ou
évolutionniste.
Kader B.
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Le bill’Art du jour
Les afro-
américains d'Afrique
Dans les années
1970, certains, en Occident avaient, un peu ironiquement, surnommé
le Liberia comme étant «une colonie noire américaine en Afrique». Le
drapeau libérien est une «bannière étoilée» à une seule (grande)
étoile. Sa monnaie aujourd’hui le dollar libérien, était jusqu’à
très récemment, le dollar américain. Quel lien y a-t-il entre le
Liberia et les Etats-Unis d’Amérique ? Revenons un peu en arrière !
Lincoln vient d’abolir l’esclavage. Dans la foulée
anti-esclavagiste, certains décident de «rapatrier» en Afrique des
descendants d’esclaves. Ces afro-américains seront débarqués sur la
côte ouest du continent dans une région qu’on va appeler le Liberia,
en référence à la liberté retrouvée. Mais ces «africains libérés»,
de culture plutôt américaine, vont paraître, à tort ou à raison,
comme des nostalgiques de l’Amérique. Le Liberia est le seul pays du
continent noir qui n’a jamais été colonisé (l’Ethiopie a été
colonisée huit années). Mais, il n’est pas le plus développé,
économiquement parlant, en Afrique. De ce constat on pourrait faire
une conclusion comme ça «à chaud» : les modèles de développement,
même ceux qui ont fait leurs preuves ailleurs, ne conviennent pas
automatiquement à l’Afrique. Aussi, il faudrait prendre en compte
les spécificités de chaque pays et de chaque société. La donne
culturelle, jusqu’à nos jours négligée, est peut-être le sésame de
l’Afrique pour un développement économique et industriel par l’homme
et pour l’homme, différent de celui de la société de consommation
où le profit est le seul objectif. Pour plus d’informations sur ce
système inhumain, lisez «Les Raisins de la colère» de John
Steinbeck !
K. B.
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