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Ouverture du colloque sur l’entreprise coloniale et les luttes de libération

L’Afrique saura-t-elle relever le défi de la décolonisation ?

Expo au Bardo

Quand Lucy rencontre Tin Hinan

Le bill’Art du jour

Les afro- américains d'Afrique

 

 14/07/09

 

Ouverture du colloque sur l’entreprise coloniale et les luttes de libération

L’Afrique saura-t-elle relever le défi de la décolonisation ?

Des voix se sont élevées hier d’Alger, à l’ouverture du colloque sur le colonialisme, pour dénoncer l’ordre mondial, politique et économique. Traoré Aminata et Jacques Vergès ont soutenu que le combat contre le colonialisme se poursuit car ce dernier se présente aujourd’hui sous de nouvelles formes, plus dangereuses et destructrices.

«Ce continent n’est pas maudit, il a surtout été pillé dans le cadre d’un développement extraverti qui a servi les destructeurs. Aujourd’hui, il n’y a pas que des crises écologique, alimentaire ou énergétique qui menacent la planète mais également une crise morale et politique dont nous devons parler. Nous devons parler de ce système et de sa véritable nature». C’est par ces mots chargés de colère et de passion que Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture au Mali, entame son intervention. Elle tire à boulets rouges sur les puissances mondiales et leurs systèmes politique et économique. «Face à un monde globalisé et cynique, je vois aujourd’hui des pays africains qui, entre deux réunions, sont soumis au FMI, à la Banque mondiale et à l’Union européenne. Des pays qui ont du mal à se réunir, à discuter autour d’une table et à se concerter !», dit-elle.  Aminata Traoré dénonce «le paradis du développement» que les pays africains ont pris «en camisole de force», prôné par les pays industrialisés mais qui, en réalité, piétine nos intérêts. «Il n’y a pas eu de développement en Afrique !», soutient-elle avant de lancer : «Nous sommes faibles parce que nous avons plus confiance en eux qu’en nous-mêmes ! Ils naviguent à vue, nous devons réagir, nous devons développer la créativité politique et artistique de nos pays sinon nous paierons cher les erreurs d’aujourd’hui». L’intervenante, qui refuse de parler en termes de continent, explique que ces forces mondiales n’ont pas le choix puisqu’elles sont contraintes de puiser leurs ressources stratégiques en Afrique et en Asie. «C’est là que nous devons réagir. Immédiatement ! Nous devons exploiter leurs failles comme la crise mondiale actuelle».  Evoquant la situation actuelle, Aminata Traoré déplore avec amertume que les pays africains n’aient pas réussi à créer un marché économique. «J’en deviens malade ! Nous sommes inondés par les restes des autres pays, même les beignets sont importés de Chine ! C’est terrible !».  L’ex-ministre, qui a démissionné de son poste pour retrouver sa liberté de parole, militante altermondialiste, ne donne pas de remède, elle conclut fermement : «Le défi est considérable. Nous devons le relever et commencer par changer le regard que nous portons sur nous-mêmes».

La torture légitimée

Prenant la parole à son tour, l’imminent avocat français, Jaques Vergès, rappelle que l’entreprise coloniale occidentale a commencé au 19e siècle et qu’elle a été soutenue par des chercheurs, des scientifiques et philosophes, avant d’être mise en pratique par les politiques. Il cite quelques noms comme Darwin, Herbert Spencer et Alexis de Tocqueville qui, dans leurs écrits, qualifiaient les autres peuples de «populations barbares», de «sous hommes» ou «d’indigènes». Il ajoute qu’au moment où les puissances mondiales combattaient le nazisme, paradoxalement, elles colonisaient des pays libres et réprimaient violemment les populations colonisées. Deux poids, deux mesures. «Après la Seconde Guerre mondiale, la France a massacré 200 000 Malgaches parce qu’ils ont revendiqué leur indépendance», dit-il, affirmant que c’était un génocide parmi d’autres commis en Algérie, Vietnam, Afrique noire.  L’orateur va plus loin dans son analyse en abordant la publication du mémorandum de la torture (par l’administration Obama en avril passé), un document qui autorisait des pratiques de torture entre 2002 et 2005 et qui décrit les méthodes de torture mises en œuvre par les services secrets américains à l’encontre de détenus accusés de terrorisme. Ce mémo détaille les dix méthodes censées faciliter l’interrogatoire, telles que la mise à nu du détenu, sa privation de sommeil, son enchaînement ou le port de couches-culottes. Ce qu’avait révélé la guerre en Irak et le supplice subi par les détenus irakiens dans les prisons américaines.  «Cette présentation fait de la torture une technique seulement ! Une technique qui est aujourd’hui légitimée par les juges qui signent de tels documents et des médecins qui assistent aux séances de torture ! L’internationale de la torture est née», lance-t-il, accusant au passage les nouvelles démocraties européennes (la Pologne et la Roumanie…) qui jouent le jeu et offrent leurs territoires pour accueillir ces détenus internationaux qui seront torturés. Dans le même sillage, Jacques Vergès dénoncera le rôle du la Cour pénale internationale qu’il qualifie de «négrophage» car elle ne poursuit que des président africains et se penche du côté des puissances occidentales. «On peut faire triompher la justice, mais il faut avoir de l’audace. Alors ayons de l’audace !», conclut-il. Les deux intervenants ont été fortement applaudis. Le colloque qui accueille 21 participants étrangers se tient au Palais de la Culture, Alger, jusqu’au 16 juillet.     

Par Irane Belkhedim. 

 

Programmée à 9h du matin, la journée d’hier n’a commencé qu’aux environs de 12h ! Les organisateurs ont expliqué que de nombreux invités, participants étrangers et africains sont arrivés à Alger par avion le même jour et que la manifestation ne pouvait être inaugurée sans eux. Une défaillance des organisateurs !    

I. B.

 

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Expo au Bardo

Quand Lucy rencontre Tin Hinan

Nous les avons comptés : une trentaine de pas séparent  les squelettes de Lucy et de Tin Hinan au Musée national du Bardo d’Alger. L’expo «Afrique, terre des origines» se tient donc au Bardo, dans le cadre du Festival culturel panafricain. Elle a été inaugurée par Mme Khalida Toumi, ministre de la Culture, en présence du ministre éthiopien de la Culture. Lucy est dans une cage  de verre au milieu de la salle. Sur les murs tout autour d’elle, des visiteurs lisent attentivement les affiches explicatives ou regardent les photographies du site où a été découverte l’australopithecus afransis, le 30 novembre 1974.

En cet automne de 1974, une équipe de chercheurs internationale est installée dans le triangle des Afars, une vallée située à environ 70 kilomètres de Addis-Abeba, capitale de l’Ethiopie. Le soir, Yves Coppens, Donald Johason et Maurice Taieb avaient écouté la chanson «Lucy in the sky with diamond», des Beatles. Eurêka ! Les trois hommes viennent de trouver un tas d’ossements au milieu des sables et de la terre, tout près de la rivière Awash. Les chercheurs vont essayer de reconstituer le squelette de l’hominidé sur place. Les 52 fragments osseux trouvés constituent environ 40% d’un squelette entier. Une datation au carbone fera osciller son «âge» entre 3,2 et 3,4 millions d’années ce qui faisait d’elle, à l’époque, la doyenne de l’humanité. Ses découvreurs vont l’appeler Lucy en référence à la chanson des Beatles. Pour les Ethiopiens, son nom est plutôt Danikenesh qui veut dire «tu es merveilleuse».

Les trente petits pas d’un homme entre les sarcophages de Lucy et de Tin Hinan, résument le grand pas de l’humanité, car la reine du désert algérien a vécu entre le 4e et le 5e siècles après Jésus Christ. Par un curieux hasard, les deux femmes vont êtres réunies sous le même toit en cet été de l’an 2009. Tin Hinan, d’une taille de plus de 1m70, est beaucoup plus grande que la petite Lucy qui fait à peine 1m20, pour un poids de 20-25 kg. Lucy qui vivait dans une savane, avant la désertification de la région, est morte anonyme, très tôt, à l’âge de vingt ans.

«Depuis 1974, d’autres fossiles plus anciens ont été découverts, mais peu sont aussi complets», lit- on sur une affiche de l’exposition «Afrique, terre des origines».  Ainsi, Lucy n’est pas la doyenne de l’humanité.

Dans le générique du documentaire vidéo projeté au Bardo, nous lisons : «Planet Earth, miracle of universe» (la planète Terre, miracle de l’univers). En effet, la vie est un miracle, que l’on soit créationniste ou évolutionniste.           

Kader B.

 

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Le bill’Art du jour

Les afro- américains d'Afrique

Dans les années 1970, certains, en Occident avaient, un peu ironiquement,  surnommé le Liberia comme étant «une colonie noire américaine en Afrique». Le drapeau libérien est une «bannière étoilée» à une seule (grande) étoile. Sa monnaie aujourd’hui le dollar libérien, était jusqu’à très récemment, le dollar américain. Quel lien y a-t-il entre le Liberia et les Etats-Unis d’Amérique ?  Revenons un peu en arrière ! Lincoln vient d’abolir l’esclavage. Dans la foulée anti-esclavagiste, certains décident de «rapatrier» en Afrique des descendants d’esclaves. Ces afro-américains seront débarqués sur la côte ouest du continent dans une région qu’on va appeler le Liberia, en référence à la liberté retrouvée. Mais ces «africains libérés», de culture plutôt américaine, vont paraître, à tort ou à raison, comme des nostalgiques de l’Amérique. Le Liberia est le seul pays du continent noir qui n’a jamais été colonisé (l’Ethiopie a été colonisée huit années). Mais, il n’est pas le plus développé, économiquement parlant, en Afrique. De ce constat on pourrait faire une conclusion comme ça  «à chaud» : les modèles de développement, même ceux qui ont fait leurs preuves ailleurs, ne conviennent pas automatiquement à l’Afrique. Aussi, il faudrait prendre en compte les spécificités de chaque pays et de chaque société. La donne culturelle, jusqu’à nos jours négligée, est peut-être le sésame de l’Afrique pour un développement économique et industriel par l’homme et pour l’homme, différent  de celui de la société de consommation où le profit est le seul objectif.  Pour plus d’informations sur ce système  inhumain, lisez «Les Raisins de la colère» de John Steinbeck ! 

K. B.

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