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Nomination

L’écrivain Younous Tawfik au Jour d’Algérie

«Les Américains ont assassiné la civilisation en Mésopotamie»


 

 15/11/06

 

 Nomination

Le nouveau Chef du gouvernement palestinien, Mouhammad Shabir ne reconnaîtra vraisemblablement pas, pas plus que son prédécesseur Ismaïl Haniyeh, l’Etat d’Israël. C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre le numéro 2 du bureau politique du Hamas, Moussa Abou Marzouk. C’est ainsi un nouvel échec de la politique palestinienne qui espérait voir la situation entre Israël et l’Autorité palestinienne s’améliorer après l’éviction de l’ancien Chef du gouvernement. Or, il est certain que tous les pourparlers et toutes les négociations entre les deux Etats resteront stériles tant que le gouvernement palestinien refusera de reconnaître la légitimité de l’Etat israélien. Pour Mahmoud Abbas, les choses ne s’améliorent pas et il se retrouve encore une fois en porte-à-faux par rapport à son gouvernement, lui disant une chose et son Premier ministre une autre. Le gouvernement palestinien restera par ailleurs largement dominé par le Hamas qui le compose à plus de deux tiers.

Les Israéliens ont, pour leur part, immédiatement réagi à la démission de Haniyeh en disant que la nomination d’un nouveau Premier ministre ne mènerait pas forcément à l’ouverture de négociations entre les deux gouvernements. Pour les hauts dirigeants israéliens, les Palestiniens doivent d’abord modifier fondamentalement leur idéologie avant d’espérer ouvrir de véritables discussions avec l’Etat hébreu. Mais pour les Palestiniens, la démission de Haniyeh était surtout le moyen de convaincre les Occidentaux à lever le blocus économique qui leur a été imposé après la victoire du Hamas aux dernières législatives. Reste à savoir si cette manœuvre aboutira sur le résultat escompté ou si cela n’aura finalement servi à rien et si ce n’est pas à un renouvellement global de l’Autorité palestinienne auquel il faudrait enfin songer.

Fouzia Mahmoudi

 

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L’écrivain Younous Tawfik au Jour d’Algérie

«Les Américains ont assassiné la civilisation en Mésopotamie»

Younous Tawfiq est l'un des nombreux Irakiens qui ont été forcés à l'exil. Parti en Italie en 1979 pour faire des études en lettres italiennes et la littérature comparée en se spécialisant dans la civilisation islamique et la culture divine chez Dante, il y est resté, fuyant la guerre irako-iranienne. Après avoir peiné pour s'intégrer dans la société italienne, il est devenu une personnalité incontournable en histoire islamique, en histoire culturelle et artistique de l'Orient en général et irakienne en particulier. Il s'imposa comme interlocuteur incontournable sur ce registre.

 

Entretien réalisée par

Salah Bey

 

Le Jour d’Algérie : Est-ce «La streniera» qui a fait de vous l’homme de culture arabe le plus célèbre sur la place de Rome ?

En quelque sorte, si vous le voulez. Mais c’est plutôt l’écriture de la poésie qui m’a propulsé sur la planète culture ici à Rome. L’histoire de «L’étrangère» qui incarne le vécu d’une immigrée ayant lutté, prenant son mal et sa dignité en patience, pour résister et réussir entre les deux bleus, de la mer et du ciel, fascinants de l’Italie. Des regards tellement touchants, tellement émotionnels en ce sens qu’elle n’a pas laissé insensibles les Italiens qu’on dit durs de caractère. C’est une histoire vraie que j’étais surpris de la voire consacrée douze fois meilleure œuvre littéraire en 1996 avant d’être traduite en plusieurs langues européennes.

 

Les œuvres suivantes ne manquaient pas d’égal succès ?

Oui en effet, j’ai ensuite écrit en 2002 l’histoire «cité Iram» qui parle de la terre de la civilisation séculaire du grand «cham» arabique. Une année après, c’est-à-dire en 2003, année de la grande blessure faite par la chute de Baghdad et sa mise en ruines par l’armée des coalisés, j’ai produit «l’Irak de Saddam» qui devient une référence sur la tyrannie du commandeur du pays de l’Euphrate. En 2004, j’ai écrit «L’Islam, du califat au fanatisme religieux» que je voulais une réponse aux attaques occidentales contre une religion de paix, d’égalité et de fraternité. Une religion tolérante faussée par les faux adeptes et les mauvaises fois. Déformée par les ignares, les analphabètes et les bornés de tous bords. L’œuvre sur l’Islam a connu également un succès retentissant, car elle est perçue comme une réaction d’un musulman vivant dans une société occidentale encerclé d’idées préconçues et d’une xénophobie aggravée d’une islamophobie sans précédent. Certains intellectuels nous interpellent pour répondre à certains outrages à l’endroit de l’Islam et les musulmans : «Où sont les musulmans modérés ?», pour répondre aux accusations attirés par les Ben Laden et acolytes, Al Zarkaoui et consorts. «Y a-t-il des musulmans modérés pour se manifester ?», nous disent-ils verbalement ou dans leurs écrits. Mon livre, venu en pleine vague de chasse aux musulmans suite aux attentat du

11-Septembre, se veut, non pas comme un réflexe pour répondre coup pour coup, assimilé à la réaction pavlovienne irréfléchie, mais une réponse intelligente. Une mise au point, voulant apporter par l’argumentaire à travers l’histoire que l’Islam tolérant n’est pas fait que de guerre, mais la paix est sa principale devise et que tout fanatisme n’est qu’un acte isolé, fusse-t-il exprimé par des groupes ou des sectes. Le livre a été traduit de l’italien en six langues.

 

Après «l’Irak de Saddam», vous semblez penché plus vers l’œuvre politique en écrivant «L’exilé». Est-ce autobiographique ?

En 2005, j’ai produit «L’exilé» qui est une biographie inédite de mon frère cadet qui a fui aussi le pays à la veille de son internement par les forces baâthistes. Un internement qui signifiait sa condamnation aux travaux forcés ou sa mort. C’est une histoire réelle qui retrace le dialogue de sourds entre mon frère aîné, partisan du régime Saddam, et mon frère cadet qui est un franc opposant et il ne s’en cache pas, il le dit à haute voix.

A vrai dire, c’est l’histoire de toutes les familles irakiennes, que le régime a pu contrôler en opposant les frères aux parents ou les frères entre eux, vivant dans une malheureuse cohabitation, sous un difficile arbitrage de ma mère et moi-même qui les a certes empêchés de s’entretuer mais pas de se haïr. Mon jeune frère subissait alors de fortes pressions jusqu’au jour où il fut vendu par son propre frère qui l’a par la suite aidé à s’enfuir en l’alertant contre la menace de son interception. Il a quitté clandestinement le pays via le Kurdistan jusqu’en Hollande puis se réfugier en France en passant par la Turquie, la Grèce et l’Albanie. Cette œuvre a permis selon les critiques, la naissance d’un nouveau style de narration des faits réels en s’impliquant en tant que commentateur en dehors des scènes avant de choisir un personnage fondamental de la réalité telle ma mère, mon père, le voisin ou l’ami, qui sont, tour à tour, témoins du sempiternel affrontement. C’est en quelque sorte comme un miroir réfléchissant de l’amère réalité du quotidien irakien sous Saddam.

 

Que pensez-vous de l’Irak de l’après-Saddam ?

L’Irak d’aujourd’hui est touché dans sa grandeur, blessé et meurtri. Tout y est permis. Il est regrettable de dire que plusieurs forces ont choisi l’Irak pour y solder leurs comptes en faisant sur cette terre des civilisations un espace de confrontations et de guerres. Les voisins, l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Koweït, en plus des USA, des Britanniques et Israël, tous sont complices dans l’effroyable drame que vit l’Irak aujourd’hui. Ruiné, l’Irak n’est hélas pas mieux loti que sous le régime du baâth de Saddam, transformé par la grâce de ces mêmes forces du mal, en tyrannie. Les Irakiens observent aujourd’hui impuissants que ce qui se passe est un complot ourdi perpétré sur injonction des frères ennemis, Koweitiens et Saoudiens, qui ont fait le lit de l’occupation américano-britannique après l’avoir fragilisé par deux guerres, prélude à cette odieuse invasion. Les autres pays arabes ne bougent même pas le petit doigt. Le monde arabe s’est désolidarisé avec le peuple irakien qui meurt tous les jours et ne daigne pas s’opposer à son déchirement et son émiettement comme ils l’ont fait du temps du tyran avant 2003 pour opprimer ce même peuple au destin incertain.

 

Aviez-vous cette liberté d’expression en tant que citoyen d’un pays allié des USA avant l’arrivée de Romano Prodi et la gauche au pouvoir, un coalisé de tous les temps de ce que vous appelez les forces du mal ?

Oui, j’écris tout en gardant ma ligne à la Une des plus grands titres italiens, tels Il messagero (de gauche), «l’Unità» (démocrate de gauche) ou «Il Giornale» (de Berlusconi). Les Italiens sont des hommes de dialogue épris des valeurs démocratiques. Ils nous permettent de nous exprimer librement, mieux ils nous invitent pour animer des plateaux télévisuels autour justement la question irakienne et/ou les droits de l’homme en général. Le débat est le menu quotidien des chaînes italiennes nationales ou de proximités.

 

Vous faites la vedette semble-t-il des télévisions italiennes ?

Régulièrement. Parfois je fais le tour des plateaux. Je ne suis pas le seul d’ailleurs. Il y a aussi d’autres intellectuels, établis en Italie ou pas, qui interviennent pour enrichir les débats et parler ouvertement, même à propos des forces italiennes alliées et la nécessité de son retrait. Le débat a apporté ses fruits en aidant l’opinion publique interne à prendre conscience de l’ampleur du drame provoqué par la force militaire guerrière et aventurière du tandem GB-USA. Le dernier vote, comme vous le savez, a sanctionné les libéraux avec à leur tête l’indétrônable Berlusconi qui a le monopole d’un empire médiatique et audiovisuel lui appartenant, et qui ne fait paradoxalement pas de censure.

 

Comment apercevez-vous la condamnation à mort du président déchu Saddam Hussein ?

J’ai dit dans un récent article paru sur «Il Messagero» que la condamnation de Saddam a été décidée dès les premiers jours, voire dès le jour où son jugement s’est vu commandé et mis en scène pour faire diversion autour de certaines démarches d’envergure entreprises en Irak, telle la construction de bases militaires autour de zones pétrolifères ou le pillage organisé des vestiges historiques. Une réelle mise à sac du patrimoine irakien. Le jugement est un show théâtral complaisant envers les Américains essentiellement. Il n’est pas juridiquement fondé, si bien qu’il faut admettre que Saddam devait répondre de ses actes contre le peuple irakien mais devant une juridiction irakienne indépendante.

 

Et que pensez-vous de sa condamnation à mort ?

La question qu’il faut se poser est celle de savoir si la condamnation à mort met fin au régime Saddam. Est-ce qu’elle met fin au cycle infernal de la violence ? Cela, au moment où l’on croit que l’Occident croit que nous sommes libérés du joug de Saddam. Qu’ils regardent ce qu’a fait de nous l’invasion programmée. Voilà, après avoir assassiné la civilisation humaine en Mésopotamie, nous nous retrouvons en proie aux différentes sortes de pillages et à toutes les atrocités. Tout est piégé en Irak d’aujourd’hui : les engins, les routes, les maisons, les institutions, les commissariats et même les mosquées et les mausolées. Personnellement, je suis contre la condamnation à mort par principe, car le peuple irakien a beaucoup souffert des condamnations à mort de son régime. A mon avis, ils ont utilisé la loi pour se venger, un point c’est tout ! A mon avis, une perpétuité lui aurait suffi.

 

Qui se venge de quoi ?

La vengeance est dirigée contre les sunnites et à une certaine mesure elle est contre tous les Irakiens. Je peux vous dire que le but de cette sentence est politique. Ce verdict a des visées politiques qui renvoient d’abord vers l’intérêt US. Il voulait dire que les Américains, qui ont essuyé un cuisant échec et qu’après leur enlisement ils ont réalisé un grand succès par le biais d’un jugement juste.

 

Comment voyez-vous l’Irak de demain ?

Je suis désolé de le dire, l’Irak connaîtra, dans les deux prochaines années, plus de violence qu’avant, car la condamnation de Saddam va raviver les hostilités, surtout si sa condamnation devient exécutoire. Elle aura lieu entre factions religieuses d’une part et entre baâthistes et nationalistes de l’autre. Ce précédent arabe va enfoncer les antagonistes qui vont, chacun de son côté, court-circuiter la réconciliation nationale. Après deux ans, il peut connaître la stabilité mais pas la fin de l’occupation, car les Américains, avides de sources énergétiques, ne sont pas venus pour quitter de sitôt «la caverne d’Ali Baba» qu’ils essayaient de fragiliser avant de la pirater.

 

Mais l’opinion publique a donné son verdict en exprimant un vote-sanction contre l’administration Bush. La politique extérieure va certainement changer en conséquence, n’est-ce pas ?

Sous Bush, ou un autre prétendant à la Maison-Blanche, l’Administration américaine ne basculera jamais d’un extrême à un autre. La politique d’occupation va changer, comme par le passé, de fusil d’épaule seulement, pour la simple raison que c’est l’Amérique qui a besoin de la réserve mondiale de pétrole et pas le citoyen Bush, après 2008. Ce qui va se passer, c’est qu’ils vont substituer les forces US par des forces irakiennes dans les rues, tel un mur de sécurité et vont se replier dans des bases qu’ils vont construire autour des zones pétrolifères parce qu’ils n’ont pas du tout l’intention de partir.

 

Comment avez-vous réagi en tant qu’intellectuels de la communauté musulmane face aux propos du pape Benoît XVI ?

Les propos du pape étaient plus vexatoires que les caricatures blasphématoires des provocateurs danois qui n’ont pas de respect pour l’autre. Car il n’y a pas pire que de transformer l’Islam en symbole du terrorisme et de la violence. Ça a laissé une profonde blessure et une résignation qu’il faut atténuer avec l’ouverture, la modération et le dialogue. Car si ces gens connaissaient le vrai Islam, pas celui des charlatans, ils n’oseront jamais attaquer les musulmans ou les injurier.

S. B.

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