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Nomination
Le nouveau Chef du
gouvernement palestinien, Mouhammad Shabir ne reconnaîtra
vraisemblablement pas, pas plus que son prédécesseur Ismaïl Haniyeh,
l’Etat d’Israël. C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre le numéro
2 du bureau politique du Hamas, Moussa Abou Marzouk. C’est ainsi un
nouvel échec de la politique palestinienne qui espérait voir la
situation entre Israël et l’Autorité palestinienne s’améliorer après
l’éviction de l’ancien Chef du gouvernement. Or, il est certain que
tous les pourparlers et toutes les négociations entre les deux Etats
resteront stériles tant que le gouvernement palestinien refusera de
reconnaître la légitimité de l’Etat israélien. Pour Mahmoud Abbas,
les choses ne s’améliorent pas et il se retrouve encore une fois en
porte-à-faux par rapport à son gouvernement, lui disant une chose et
son Premier ministre une autre. Le gouvernement palestinien restera
par ailleurs largement dominé par le Hamas qui le compose à plus de
deux tiers.
Les Israéliens
ont, pour leur part, immédiatement réagi à la démission de Haniyeh
en disant que la nomination d’un nouveau Premier ministre ne
mènerait pas forcément à l’ouverture de négociations entre les deux
gouvernements. Pour les hauts dirigeants israéliens, les
Palestiniens doivent d’abord modifier fondamentalement leur
idéologie avant d’espérer ouvrir de véritables discussions avec
l’Etat hébreu. Mais pour les Palestiniens, la démission de Haniyeh
était surtout le moyen de convaincre les Occidentaux à lever le
blocus économique qui leur a été imposé après la victoire du Hamas
aux dernières législatives. Reste à savoir si cette manœuvre
aboutira sur le résultat escompté ou si cela n’aura finalement servi
à rien et si ce n’est pas à un renouvellement global de l’Autorité
palestinienne auquel il faudrait enfin songer.
Fouzia Mahmoudi
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L’écrivain Younous Tawfik au Jour d’Algérie
«Les Américains
ont assassiné la civilisation en Mésopotamie»
Younous Tawfiq est
l'un des nombreux Irakiens qui ont été forcés à l'exil. Parti en
Italie en 1979 pour faire des études en lettres italiennes et la
littérature comparée en se spécialisant dans la civilisation
islamique et la culture divine chez Dante, il y est resté, fuyant la
guerre irako-iranienne. Après avoir peiné pour s'intégrer dans la
société italienne, il est devenu une personnalité incontournable en
histoire islamique, en histoire culturelle et artistique de l'Orient
en général et irakienne en particulier. Il s'imposa comme
interlocuteur incontournable sur ce registre.
Entretien
réalisée par
Salah Bey
Le Jour
d’Algérie : Est-ce «La streniera» qui a fait de vous l’homme de
culture arabe le plus célèbre sur la place de Rome ?
En quelque sorte,
si vous le voulez. Mais c’est plutôt l’écriture de la poésie qui m’a
propulsé sur la planète culture ici à Rome. L’histoire de
«L’étrangère» qui incarne le vécu d’une immigrée ayant lutté,
prenant son mal et sa dignité en patience, pour résister et réussir
entre les deux bleus, de la mer et du ciel, fascinants de l’Italie.
Des regards tellement touchants, tellement émotionnels en ce sens
qu’elle n’a pas laissé insensibles les Italiens qu’on dit durs de
caractère. C’est une histoire vraie que j’étais surpris de la voire
consacrée douze fois meilleure œuvre littéraire en 1996 avant d’être
traduite en plusieurs langues européennes.
Les œuvres
suivantes ne manquaient pas d’égal succès ?
Oui en effet, j’ai
ensuite écrit en 2002 l’histoire «cité Iram» qui parle de la terre
de la civilisation séculaire du grand «cham» arabique. Une année
après, c’est-à-dire en 2003, année de la grande blessure faite par
la chute de Baghdad et sa mise en ruines par l’armée des coalisés,
j’ai produit «l’Irak de Saddam» qui devient une référence sur la
tyrannie du commandeur du pays de l’Euphrate. En 2004, j’ai écrit
«L’Islam, du califat au fanatisme religieux» que je voulais une
réponse aux attaques occidentales contre une religion de paix,
d’égalité et de fraternité. Une religion tolérante faussée par les
faux adeptes et les mauvaises fois. Déformée par les ignares, les
analphabètes et les bornés de tous bords. L’œuvre sur l’Islam a
connu également un succès retentissant, car elle est perçue comme
une réaction d’un musulman vivant dans une société occidentale
encerclé d’idées préconçues et d’une xénophobie aggravée d’une
islamophobie sans précédent. Certains intellectuels nous
interpellent pour répondre à certains outrages à l’endroit de
l’Islam et les musulmans : «Où sont les musulmans modérés ?», pour
répondre aux accusations attirés par les Ben Laden et acolytes, Al
Zarkaoui et consorts. «Y a-t-il des musulmans modérés pour se
manifester ?», nous disent-ils verbalement ou dans leurs écrits. Mon
livre, venu en pleine vague de chasse aux musulmans suite aux
attentat du
11-Septembre, se
veut, non pas comme un réflexe pour répondre coup pour coup,
assimilé à la réaction pavlovienne irréfléchie, mais une réponse
intelligente. Une mise au point, voulant apporter par l’argumentaire
à travers l’histoire que l’Islam tolérant n’est pas fait que de
guerre, mais la paix est sa principale devise et que tout fanatisme
n’est qu’un acte isolé, fusse-t-il exprimé par des groupes ou des
sectes. Le livre a été traduit de l’italien en six langues.
Après «l’Irak
de Saddam», vous semblez penché plus vers l’œuvre politique en
écrivant «L’exilé». Est-ce autobiographique ?
En 2005, j’ai
produit «L’exilé» qui est une biographie inédite de mon frère cadet
qui a fui aussi le pays à la veille de son internement par les
forces baâthistes. Un internement qui signifiait sa condamnation aux
travaux forcés ou sa mort. C’est une histoire réelle qui retrace le
dialogue de sourds entre mon frère aîné, partisan du régime Saddam,
et mon frère cadet qui est un franc opposant et il ne s’en cache
pas, il le dit à haute voix.
A vrai dire, c’est
l’histoire de toutes les familles irakiennes, que le régime a pu
contrôler en opposant les frères aux parents ou les frères entre
eux, vivant dans une malheureuse cohabitation, sous un difficile
arbitrage de ma mère et moi-même qui les a certes empêchés de
s’entretuer mais pas de se haïr. Mon jeune frère subissait alors de
fortes pressions jusqu’au jour où il fut vendu par son propre frère
qui l’a par la suite aidé à s’enfuir en l’alertant contre la menace
de son interception. Il a quitté clandestinement le pays via le
Kurdistan jusqu’en Hollande puis se réfugier en France en passant
par la Turquie, la Grèce et l’Albanie. Cette œuvre a permis selon
les critiques, la naissance d’un nouveau style de narration des
faits réels en s’impliquant en tant que commentateur en dehors des
scènes avant de choisir un personnage fondamental de la réalité
telle ma mère, mon père, le voisin ou l’ami, qui sont, tour à tour,
témoins du sempiternel affrontement. C’est en quelque sorte comme un
miroir réfléchissant de l’amère réalité du quotidien irakien sous
Saddam.
Que pensez-vous
de l’Irak de l’après-Saddam ?
L’Irak
d’aujourd’hui est touché dans sa grandeur, blessé et meurtri. Tout y
est permis. Il est regrettable de dire que plusieurs forces ont
choisi l’Irak pour y solder leurs comptes en faisant sur cette terre
des civilisations un espace de confrontations et de guerres. Les
voisins, l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Koweït, en plus des USA, des
Britanniques et Israël, tous sont complices dans l’effroyable drame
que vit l’Irak aujourd’hui. Ruiné, l’Irak n’est hélas pas mieux loti
que sous le régime du baâth de Saddam, transformé par la grâce de
ces mêmes forces du mal, en tyrannie. Les Irakiens observent
aujourd’hui impuissants que ce qui se passe est un complot ourdi
perpétré sur injonction des frères ennemis, Koweitiens et Saoudiens,
qui ont fait le lit de l’occupation américano-britannique après
l’avoir fragilisé par deux guerres, prélude à cette odieuse
invasion. Les autres pays arabes ne bougent même pas le petit doigt.
Le monde arabe s’est désolidarisé avec le peuple irakien qui meurt
tous les jours et ne daigne pas s’opposer à son déchirement et son
émiettement comme ils l’ont fait du temps du tyran avant 2003 pour
opprimer ce même peuple au destin incertain.
Aviez-vous
cette liberté d’expression en tant que citoyen d’un pays allié des
USA avant l’arrivée de Romano Prodi et la gauche au pouvoir, un
coalisé de tous les temps de ce que vous appelez les forces du mal ?
Oui, j’écris tout
en gardant ma ligne à la Une des plus grands titres italiens, tels
Il messagero (de gauche), «l’Unità» (démocrate de gauche) ou «Il
Giornale» (de Berlusconi). Les Italiens sont des hommes de dialogue
épris des valeurs démocratiques. Ils nous permettent de nous
exprimer librement, mieux ils nous invitent pour animer des plateaux
télévisuels autour justement la question irakienne et/ou les droits
de l’homme en général. Le débat est le menu quotidien des chaînes
italiennes nationales ou de proximités.
Vous faites la
vedette semble-t-il des télévisions italiennes ?
Régulièrement.
Parfois je fais le tour des plateaux. Je ne suis pas le seul
d’ailleurs. Il y a aussi d’autres intellectuels, établis en Italie
ou pas, qui interviennent pour enrichir les débats et parler
ouvertement, même à propos des forces italiennes alliées et la
nécessité de son retrait. Le débat a apporté ses fruits en aidant
l’opinion publique interne à prendre conscience de l’ampleur du
drame provoqué par la force militaire guerrière et aventurière du
tandem GB-USA. Le dernier vote, comme vous le savez, a sanctionné
les libéraux avec à leur tête l’indétrônable Berlusconi qui a le
monopole d’un empire médiatique et audiovisuel lui appartenant, et
qui ne fait paradoxalement pas de censure.
Comment
apercevez-vous la condamnation à mort du président déchu Saddam
Hussein ?
J’ai dit dans un
récent article paru sur «Il Messagero» que la condamnation de Saddam
a été décidée dès les premiers jours, voire dès le jour où son
jugement s’est vu commandé et mis en scène pour faire diversion
autour de certaines démarches d’envergure entreprises en Irak, telle
la construction de bases militaires autour de zones pétrolifères ou
le pillage organisé des vestiges historiques. Une réelle mise à sac
du patrimoine irakien. Le jugement est un show théâtral complaisant
envers les Américains essentiellement. Il n’est pas juridiquement
fondé, si bien qu’il faut admettre que Saddam devait répondre de ses
actes contre le peuple irakien mais devant une juridiction irakienne
indépendante.
Et que
pensez-vous de sa condamnation à mort ?
La question qu’il
faut se poser est celle de savoir si la condamnation à mort met fin
au régime Saddam. Est-ce qu’elle met fin au cycle infernal de la
violence ? Cela, au moment où l’on croit que l’Occident croit que
nous sommes libérés du joug de Saddam. Qu’ils regardent ce qu’a fait
de nous l’invasion programmée. Voilà, après avoir assassiné la
civilisation humaine en Mésopotamie, nous nous retrouvons en proie
aux différentes sortes de pillages et à toutes les atrocités. Tout
est piégé en Irak d’aujourd’hui : les engins, les routes, les
maisons, les institutions, les commissariats et même les mosquées et
les mausolées. Personnellement, je suis contre la condamnation à
mort par principe, car le peuple irakien a beaucoup souffert des
condamnations à mort de son régime. A mon avis, ils ont utilisé la
loi pour se venger, un point c’est tout ! A mon avis, une perpétuité
lui aurait suffi.
Qui se venge de
quoi ?
La vengeance est
dirigée contre les sunnites et à une certaine mesure elle est contre
tous les Irakiens. Je peux vous dire que le but de cette sentence
est politique. Ce verdict a des visées politiques qui renvoient
d’abord vers l’intérêt US. Il voulait dire que les Américains, qui
ont essuyé un cuisant échec et qu’après leur enlisement ils ont
réalisé un grand succès par le biais d’un jugement juste.
Comment
voyez-vous l’Irak de demain ?
Je suis désolé de
le dire, l’Irak connaîtra, dans les deux prochaines années, plus de
violence qu’avant, car la condamnation de Saddam va raviver les
hostilités, surtout si sa condamnation devient exécutoire. Elle aura
lieu entre factions religieuses d’une part et entre baâthistes et
nationalistes de l’autre. Ce précédent arabe va enfoncer les
antagonistes qui vont, chacun de son côté, court-circuiter la
réconciliation nationale. Après deux ans, il peut connaître la
stabilité mais pas la fin de l’occupation, car les Américains,
avides de sources énergétiques, ne sont pas venus pour quitter de
sitôt «la caverne d’Ali Baba» qu’ils essayaient de fragiliser avant
de la pirater.
Mais l’opinion
publique a donné son verdict en exprimant un vote-sanction contre
l’administration Bush. La politique extérieure va certainement
changer en conséquence, n’est-ce pas ?
Sous Bush, ou un
autre prétendant à la Maison-Blanche, l’Administration américaine ne
basculera jamais d’un extrême à un autre. La politique d’occupation
va changer, comme par le passé, de fusil d’épaule seulement, pour la
simple raison que c’est l’Amérique qui a besoin de la réserve
mondiale de pétrole et pas le citoyen Bush, après 2008. Ce qui va se
passer, c’est qu’ils vont substituer les forces US par des forces
irakiennes dans les rues, tel un mur de sécurité et vont se replier
dans des bases qu’ils vont construire autour des zones pétrolifères
parce qu’ils n’ont pas du tout l’intention de partir.
Comment
avez-vous réagi en tant qu’intellectuels de la communauté musulmane
face aux propos du pape Benoît XVI ?
Les propos du pape
étaient plus vexatoires que les caricatures blasphématoires des
provocateurs danois qui n’ont pas de respect pour l’autre. Car il
n’y a pas pire que de transformer l’Islam en symbole du terrorisme
et de la violence. Ça a laissé une profonde blessure et une
résignation qu’il faut atténuer avec l’ouverture, la modération et
le dialogue. Car si ces gens connaissaient le vrai Islam, pas celui
des charlatans, ils n’oseront jamais attaquer les musulmans ou les
injurier.
S. B.
Haut
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M.Merkouche
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