Culture

Retour

 16/01/14

 

Entretien avec le poète Kacem Issad :

«Mon recueil de poésie est un hymne à la liberté»

Kacem Issad est un jeune poète très talentueux qui ne ménage aucun effort pour partager ses idées avec les lecteurs afin d’opérer un changement positif dans les mentalités. D’origine kabyle, Kacem habite depuis toujours à Oran avec sa petite famille. La distance entre Oran et la Kabylie n’a fait que nourrir son amour pour la langue amazighe, ses origines berbères et son identité algérienne. Passionné de culture et d’histoire de nos ancêtres, Kacem Issad s’est attribué un rôle important et a choisi une mission noble, ses poèmes étant le moyen pour les transmettre aux gens. Il partage avec nous sa passion et ses ambitions de poète.

 

Le Jour d’Algérie : Quand avez-vous découvert votre passion pour la poésie ?

Kacem Issad : Cette  passion pour la poésie habitait mon âme et mon cœur de révolté depuis toujours. Mais il y a de cela deux ans et demi, j’ai décidé d’écrire mon premier recueil de poèmes afin de contribuer à faire bouger les choses, à faire diluer les stéréotypes et faire sortir notre histoire (l’histoire réelle de l’Afrique du Nord) du tiroir de l’oubli. Mon recueil de poésie est un hymne à la liberté.

 

Qui vous a inculqué cet amour de la poésie et de la littérature ?

Je tiens à informer que je suis né dans une famille de bibliophiles, une famille imprégnée de culture et de littérature. Mon grand-père paternel (sa photo figure sur la couverture du recueil de poèmes), mon père et mon oncle étaient de grands consommateurs de livres de tous genres et de poésie. Ils m’ont automatiquement transmis cet amour. Quant à l’encouragement, je l’ai reçu de ma mère, la lumière de ma vie et de ma famille.

 

Pourquoi avez-vous choisi la langue française ?

La langue française est un butin de guerre. Mais je ne voulais pas cibler une catégorie bien précise. Par contre, je voulais toucher le plus grand nombre de personnes possible, les  francophones  bien sûr, les berbérophones et les arabophones, outre les personnes qui vivent au-delà de nos frontières.

 

Qui des poètes francophones vous inspire ou vous a le plus influencé ?

Les poètes francophones qui m’ont inspiré sont sans aucun doute Arthur Rimbaud et Paul Verlaine. Mais ma plus grande inspiration m’est venue des grands poètes d’expression amazighe (la poésie berbère) à l’image de Si Mohand ou Mhand, cheikh Oulhoucine, Ait Menguellet, Lounes Matoub, Slimane Azem, Idir. C’est cette poésie là qui a forgé ma personnalité et consolidé mes convictions.

 

Comptez-vous écrire en langue amazighe ?

Oui, c’est mon plus grand souhait. Mais mon désir, mon vœu le plus cher est que ma langue, la langue de mes ancêtres, la langue de cette terre plus que millénaire, la langue berbère  devienne officielle et que cette léthargie identitaire qui ronge mon pays l’Algérie en particulier et le Maghreb en général soit bannie définitivement de notre environnement.

 

Quand avez-vous commencé à écrire votre recueil ?  

Il y a deux ans et demi, j’ai commencé à écrire mon recueil de poèmes «Tout simplement, Moi». J’ai été inspiré dans ce recueil de ma vie quotidienne et de ce qui l’entoure de bien et de mal. Oui c’est mon premier recueil et je souhaite qu’il fasse appel à beaucoup d’autres. Je suis une personne ambitieuse et passionnée et je n’impose pas de limites. J’aime traiter les sujets qui touchent directement à notre société, notre identité et notre histoire. Amin Maalouf a dit: «Rien n’est plus dangereux que de chercher à rompre le cordon maternel qui relie un homme à sa langue lorsqu’il est rompu, ou gravement perturbé, cela se répercute désastreusement sur l’ensemble de la personnalité».

 

Quel genre d’entraves rencontre un jeune poète pour éditer un recueil, sachant que le premier a été édité en France ?

Malheureusement dans notre pays il y a beaucoup d’entraves en commençant par les contraintes liées à la publication. Les éditeurs ne font pas confiance aux jeunes auteurs. De plus, nous (les jeunes auteurs) rencontrons d’autres problèmes liés à la distribution et à la médiatisation. En résumé, les jeunes auteurs se retrouvent seuls, abandonnés à leur propre sort. Je pense que notre pays dispose de beaucoup de moyens pour encourager les jeunes talents et créateurs mais malheureusement ils sont utilisés à d’autres fins. Chez nous en valorise les œuvres étrangères aux dépens des œuvres algériennes. On aime glorifier les au-tres aux dépens des nôtres.

 

Y a-t-il des espaces de rencontres entre les passionnés et les professionnels de la littérature ?

A ma connaissance dans la wilaya d’Oran (là ou j’habite) il n’y a pas d’espace de rencon-tres littéraires. Et c’est vraiment dommage pour la capitale de l’Ouest. Pourquoi ne pas créer  des cafés littéraires ou philosophiques, des concours de poésies et de nouvelles, d’écriture de pièces théâtrales… (dans les trois langues française, tamazight et arabe), des clubs d’auteurs dans chaque wilaya afin de s’enrichir mutuellement. Pourquoi ne pas s’entraider dans les salons du livre lors de dédicaces et de participer à des échanges littéraires ou, mieux encore, faire des émissions télévisées ou radiophoniques où on n’invitera que les nouveaux auteurs pour leur donner la possibilité de s’exprimer et faire valoir leurs œuvres et programmer des rencontres avec les professionnels de la littérature et des hommes de culture à l’exemple de Djouhar Amhis Ouksel, Hadj Miliani, Abdennour Adesselam, Tassadit Yacine, Mohand Akli Haddadou, Mohamed Bensalah, Yasmina Khadra, Youcef Merahi, Belkacem Ahcene-Dajaballah, Amin Zaoui, Youcef Meriche...

 

Quels sont vos projets d’avenir et vos ambitions de poète ?

Je viens de finaliser un autre recueil de poèmes qui s’intitule «Mes pensées». Il est quelque peu différent du premier et je suis en train de préparer un essai sur la société maghrébine en plus d’un recueil de nouvelles.

 

Un dernier mot...

J’encourage les lecteurs à lire mes poèmes et d’essayer d’intercepter les messages qui en découlent. La vie est une pièce théâtrale où chacun de nous joue un rôle. Ce rôle peut être principal, secondaire ou d’un simple figurant. C’est à nous de choisir. Je dédie ce recueil de poèmes à mon défunt  père et à tous mes ancêtres.

Propos recueillis par

Abla Selles

Haut

 

Copyright 2003-2011 Le Jour d'Algérie.