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Entretien avec
Mahama Johnson Traoré
Un réalisateur
engagé
Lors du premier
Festival d’Alger en 1969 plusieurs rencontres avec Mahama Johnson
Traoré, Mustapha Alassane, Sembène Ousmane et Djibril Diop nous ont
permis de connaître leurs films et leurs préoccupations centrales
dégagées des contraintes que le Nord imposait alors aux créateurs du
Sud. Traoré est là, quarante ans après, avec la même verve, une
longue expérience accumulée et une filmographie assez conséquente.
Nous l’avons interrogé pendant la tenue du IIe Festival culturel
panafricain pour savoir si la situation s‘était améliorée et si
l’avenir du cinéma d’Afrique est aussi obstruée aujourd’hui qu’il ne
l’était à cette époque lointaine.
Propos
recueillis par Noureddine Touazi
«Je suis né en
1942 à Dakar, Sénégal. Parti à Paris pour des études pour devenir
ingénieur électronicien, je découvre le cinéma lors des travaux
pratiques et je décide de m’orienter vers le Conservatoire du Cinéma
Français pour apprendre les techniques du 7e art. Après plusieurs
stages sur des films, je rentre au pays pour écrire le scénario de
‘’La jeune fille’’, réalisé en 1968 et présenté au Festival
panafricain de 1969 à Alger et au Festival de la francophonie de
Dinard, il obtient le premier prix».
«Ce que je ferai
par la suite tourne autour de la femme, des transformations sociales
et de la politique. ‘’Dieguebi’’ (La femme, 1970) montre l’évolution
de la femme qui devient épouse, prise dans l’engrenage d’un système
social qui change, l’incitant à demander plus à l’homme, le poussant
à gagner plus et celui-ci est forcé pour garder un certain
équilibre, à utiliser de nouvelles stratégies de récupération
jusqu’à des ‘’truanderies’’».
«Avec ‘’L’Enfer
des innocents’’, c’est le favoritisme des élites qui est abordé. Les
fils des gouvernants vont faire des études à l’étranger et rentrent
pour occuper des postes importants et perpétuer la mainmise sur le
pays, d’où la frustration de ceux, très nombreux, qui restent sur le
bas-côté».
«La même année, je
réalise ‘’Lambaaye’’ (Tanit d’argent au Festival de Carthage). Au
début de l’indépendance, on a chassé le Blanc mais on a placé une
oligarchie qui s’est remplie les poches du sous-préfet jusqu’au
sommet de l’Etat. Un jour, un homme se révolte et décide d’aller
voir le gouverneur en se présentant comme un inspecteur d’Etat dont
la visite était attendue. Il entre dans un processus de corruption
d’où échappera, heureusement, la fille du gouverneur dont il entend
faire son épouse».
«Avec ‘’Ndiagaan’’
(Les enfants mendiants, 1972), c’est l’exploitation des enfants des
medersas que je veux dénoncer. Les marabouts, censés enseigner
l’Islam, les utilisent comme mendiants pour leur rapporter du fric
et ils sont relayés par des intégristes qui les récupèrent déjà
préparés pour en faire une armée de réserve. Cette dérive est très
dangereuse. Ce film a été sélectionné dans le cadre de la quinzaine
des réalisateurs à Cannes et a reçu le Grand Prix du jury du
Festival de Taormina en Italie». «En 1972, c’est ‘’Reon Takh’’ (La
ville en dur), où je montre les liens qui persistent entre les
anciens colonisateurs et les dirigeants locaux, leurs intérêts
partagés sont préservés sur place sans qu’ils y soient».
«En 1976,
‘’Cactus’’ dénonce les politiciens véreux qui promettent monts et
merveilles lors de leur déplacement dans les lieux où se déroulent
des élections et qui les oublient après».
«A partir de ce
moment, j’ai réalisé de nombreux documentaires axés sur les
problématiques sociales, les valeurs à préserver face à des
innovations brutales et irresponsables. Je défends par exemple la
médecine traditionnelle qui est complémentaire à la médecine moderne
dont la ‘’logistique’’ pharmaceutique est motivée par le profit, ne
tenant pas compte de la pauvreté endémique des pays du Sud. Je suis
aussi critique du comportement de ces étudiants qui reviennent au
pays pour chercher à trouver une place au soleil».
N.T.
Du symposium au
colloque
Du premier
symposium centré sur le cinéma africain, il n’en est ressorti que la
fondation de la Fespaci (Fédération panafricaine des cinéastes) et
la création du Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la
télévision de Ouagadougou), une association des réalisateurs du
continent et un festival pour montrer leur production. C’est peu de
choses en comparaison des promesses faites. Les résolutions sont
restées lettre morte car on n’avait pas saisi, à l’époque, la
complexité économique du cinéma qui demeure une industrie avec des
moyens importants, des infrastructures modernes et un public moins
conditionné à l’idéologie imaginaire de l’Occident. Des banques qui
investissent, l’Etat qui construit des structures, les réalisateurs
formés et des liens éprouvés entres tous les acteurs de cet art.
Quand on sait le coût du billet pour aller d’un endroit de l’Afrique
à un autre et la paralysie des bureaucraties locales on voit mal un
cinéaste en quête de sous faire aboutir son projet. Quand on sait
que certains moyens financiers se trouvent à un endroit, le matériel
à un autre et la technique quelque part ou nulle par, obligeant les
créateurs à chercher de l’argent dans un de ces fonds multiples au
nord avec des contraintes des obligations et un moral à continue
variable. Le colloque organisé au nom du 2e Festival culturel
panafricain d’Alger a vu de très nombreux cinéastes, hommes et
femmes, exprimer leurs espoirs et leurs déceptions quant à la
situation actuelle du cinéma en Afrique, aux difficultés sans
nombre qu’ils rencontrent a toutes les étapes de confection et de
finition de leurs œuvres, au chantage exercé par certains fonds
d’aide qui maintiennent un certain type de néocolonialisme bon
teint et aussi paternaliste que l’ancien. Leur langage c’est du
concret, de l’incisif et une maîtrise de la problématique
cinématographique, de la langue fleurie 1969 on est passé au
fleuret. Réaliste et lucide avec une pointe d’espérance. Cette
rencontre a au moins l’avantage d’avoir concrétisé quelques
initiatives. D’abord, la prise en charge du projet de réalisation de
4 longs métrages et 4 courts métrages que les organisateurs
souhaitent voir se produire dans d’autres pays et surtout la tenue
des assises du cinéma africain en 2010 à Alger ce qui était au
programme du symposium de 1969. A bon entendeur….
N.T.
Notre cinéma,
bloqué par les instances économiques internationales
«Effectivement, je
maintiens cette affirmation. Il n’y a pas de cinéma africain, il y a
des cinéastes, beaucoup maintenant, et beaucoup de femmes
réalisateurs, mais pas de cinéma dans le sens où nos films
n’existent que par la grâce de l’étranger. Il n’y a pas d’industrie,
pas d’infrastructures. Les rares pays comme l’Algérie, le Sénégal,
la Guinée qui ont essayé de les créer ont été rappelés à l’ordre par
les instances économiques internationales. En venant en Algérie, je
m’attendais à trouver au moins deux milles salles et il n’y en a que
quelques dizaines. La question se pose. Pourquoi en Algérie, comme
d’ailleurs dans tous les pays africains, on ne va jamais jusqu’au
bout, même du ratage qui permet de se corriger ? La raison est, à
mon avis, partagée par tous, l’absence de volonté politique car le
constat est fait et est bien connu. Tout le monde sait que la
cinématographie crée des films, produit du travail, engendre des
espaces de liberté et de solidarité fait vivre tout un pan de la
société».
N.T.
Chacun son camp
«En 1982, j’ai été
nommé directeur général de la SNPC (Société nationale de production
cinématographique) et à ce titre, j’ai initié la première
coproduction Sud-Sud. J’ai signé à Alger un accord dans ce sens. L’ONCIC
m’a fourni le matériel, m’a donné des techniciens. J’ai concrétisé
avec le SATPEC (Tunisie) un accord qui m’assure la partie
post-production (mixage, montage, le labo et le tirage des copies).
C’est ‘’Thiaroye 44’’, dont le sujet concerne le massacre des
soldats sénégalais qui voulaient retrouver leurs familles et avaient
réclamé quelques indemnités. Tout était prêt, la date de tournage
fixée au 1er novembre. Aussitôt, on me limoge de la direction de la
SNPC et le projet a été remis à d’autres et est devenu ‘’Camp
Thiaroye’’ et connu sous cette appellation depuis. Mon traitement
n’a pas plu aux dirigeants car le lien fait avec l’Algérie était
embarrassant pour certains. Mais ce qui a fortement dérangé ces
gens, c’est le fait que les soldats liquidés par l’armée française
ont refusé de repartir combattre la Révolution algérienne. C’était
un camp de transit et non une halte pour une démobilisation
organisée».
N. T.
Traoré
satisfait du Panaf
«Je plaide pour
une structure dotée financièrement au départ avec des
administrateurs compétents qui doivent fructifier cet investissement
à destination du cinéma. Ce n’est pas à l’Etat de gérer mais il
contrôle l’activité de cette structure. En aval, les réalisateurs
doivent être impliqués et appelés aussi à la suivre de près. Toute
tentative de corruption est ainsi maîtrisée». «Je suis plutôt
satisfait de ce PANAF de 2009, car il a pris l’initiative de
coproduire des longs métrages et les courts métrages, mais qu’il
persiste dans cette voie et ne s’arrête pas au début du chemin, que
cela devienne une activité permanente et y associer d’autres pays
qui ont les moyens même si c’est limité, de participer à mettre sur
pieds des coproductions nombreuses bien dotées ; construire des
salles pour y ramener le public, permettre aux populations d’avoir
accès aux films africains».
N. T.
Tizi Ouzou
Allaoua
enflamme son public
La vedette de la
chanson Kabyle moderne, Mohamed Allaoua, a enflammé lundi soir le
stade Oukil-Ramdane de la ville de Tizi Ouzou en donnant un
spectacle dans le cadre des festivals panafricain et arabo-africain
de danse folklorique.
En effet, devant
près de 10 000 personnes le chanteur, très attendu depuis l’annonce
de sa venue, a offert près de deux heures de bonheur à ses fans
jeunes et moins jeunes.
Allaoua acclamé
dès le coup d’envoi de la soirée est monté sur scène vers 23 heures
sous un tonnerre d’applaudissement dans un stade plein à craquer.
Comme à l’accoutumée, Ould Ali El Hadi, commissaire du Festival, n’a
pas manqué d’honorer l’artiste en offrant un burnous à celui qui
vient de décrocher en France le disque d’or. Puis c’est l’entame
d’une belle soirée pour les milliers de personnes qui ont eu la
chance d’accéder au stade, car le terrain réservé par les
organisateurs aux familles et les tribunes étaient bondés. Aami Moh,
Adyoughal ssar Tammourt, Assed ghouri, Lynda, Ouagueni et bien
d’autres titres du riche répertoire de Allaoua ont été interprétés
en chœur avec une foule hystérique qui ne savait plus si elle devait
danser ou chanter avec son idole. Ambiance bon enfant au milieu d’un
impressionnant déploiement de policiers et d’organisateurs du
festival qui s’est montré à la hauteur de la situation. La soirée
s’annonçait longue et festive pour les milliers de fans. Le gala se
devait d’être le meilleur à tout point de vue, de l’avis de nombreux
présents au stade Oukil-Ramdane, malgré l’orage qui s’est abattu en
début de soirée mais qui, finalement, a été bénéfique pour la
pelouse après la chaleur caniculaire de la journée. Allaoua fait
partie de ces artistes qui ont réussi à rassembler par leurs
spectacles des jeunes et moins jeunes dans une parfaite communion et
a offert du bonheur à tous les présents en cette soirée du PANAF qui
restera mémorable dans les annales et de la ville et de l’artiste et
pourrait bien être un exemple à suivre pour que Tizi Ouzou renoue
avec l’ambiance de convivialité d’antan. Merci l’artiste !
Par HAMID M.
Festival de danses arabo-africaines
Tombée de
rideau
La quatrième
édition du Festival arabo-africain s’est achevée mardi par la tenue
d’une sympathique cérémonie de clôture à la grande salle de
spectacle de la maison de la culture Mouloud-Mammeri, en présence de
plus de 24 troupes venues des pays arabes et africains à l’occasion
de cette manifestation. Incontestablement, la délégation de la
Palestine occupée est la plus applaudie durant la cérémonie qui a vu
défiler toutes les troupes sur scène pour être primées après une
semaine de spectacles à Tizi Ouzou et dans pratiquement toutes les
grandes agglomérations de la wilaya, notamment au niveau des villes
côtières où ces troupes ont réussi à drainé des foules nombreuses
pour découvrir les richesses de la culture africaine et arabe. Ceux
qui étaient présents à la cérémonie ont longuement exprimé leur
solidarité avec les représentants de la Palestine qui ont participé
à cette édition après une absence forcée lors de la dernière édition
de ce festival, faute d’autorisation de quitter les territoires
occupés par l’armée du Tsahal. Une belle ambiance régnait cet
après-midi à la salle de la maison de la culture pour rendre hommage
et remercier tous les participants et organisateurs qui n’ont ménagé
aucun effort pour réussir l’événement. En effet, cette quatrième
édition du Festival arabo-africain de danse est de loin la
meilleure de toutes les éditions précédentes et sur tous les plans à
commencer par le nombre élevé des spectateurs qui, chaque soir,
remplissaient les tribunes du stade Oukil-Ramdane ou à travers les
21 daïras pour assister aux spectacles et l’organisation qui a
gagné en expérience comparativement aux trois éditions passées. Ce
sentiment de satisfaction est d’ailleurs partagé par le commissaire
du festival, Ould Ali El Hadi qui, en la circonstance, a tenu à
remercier tous les présents en donnant rendez-vous à la prochaine
édition. En somme, le Festival arabo-africain qui s’inscrivait
cette année dans le sillage du PANAF a bel et bien réussi à mettre
de l’ambiance dans une ville qui, peu à peu, commence à retrouver
son époque d’antan.
HAMID M.
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Le bill’Art du jour
Rêves
d’africaine
Que produisent les
pays africains hormis le pétrole et les danses folkloriques ? Rien.
Ce rien qui tue. Qui noie, qui étouffe et qui nous suit comme une
malédiction. Les Africains indépendants continuent, comme sous le
joug colonial, de subir le monde, les changements climatique,
énergétique et économique. Le présent, comme le futur et le passé,
s’est fait sans nous ! Nous n’avons aucune participation active dans
le processus économique, politique, culturel, social à l’échelle
mondiale. Le soleil des indépendances nous a brûlés vifs ! Marre de
trimballer avec moi, là où je vais, cette Afrique des nomades, des
hommes des déserts et des tribus nudistes ! Des femmes voilées et je
ne sais quelle autre bêtise. Et si nous inventions de nouveaux
concepts, économique, culturel ou politique ?
Et si nous
inventions notre monde, à nous, Africains ? Pourquoi l’on se
contente aujourd’hui du rêve, du rêve seulement ?
Des rêves qui ne
peuvent avoir un sens s’ils ne sont pas concrétisés. Je suis
Algérienne, donc Africaine de naissance. Mais je suis convaincue, au
fond, que je n’ai rien d’une Africaine en dehors de ma nationalité.
Je bois du nescafé ou du coca-cola, je porte des jeans ou des
treillis d’outre mer, mes yeux sont rivés sur les chaînes étrangères
et mes lectures sont souvent des auteurs occidentaux. Je ne sais pas
ce que veut dire être Africain. Difficile de l’être parce que
l’Afrique, la vraie, pas celle du pétrole ou de l’uranium, celle qui
a bercé l’humanité, n’existe plus !
I. B.
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