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Entretien avec Mahama Johnson Traoré

Un réalisateur engagé

Tizi Ouzou

Allaoua enflamme son public

Festival de danses arabo-africaines

Tombée de rideau

Le bill’Art du jour

Rêves d’africaine

 

 16/07/09

 

Entretien avec Mahama Johnson Traoré

Un réalisateur engagé

Lors du premier Festival d’Alger en 1969 plusieurs rencontres avec Mahama Johnson Traoré, Mustapha Alassane, Sembène Ousmane et Djibril Diop nous ont permis de connaître leurs films et leurs préoccupations centrales dégagées des contraintes que le Nord imposait alors aux créateurs du Sud. Traoré est là, quarante ans après, avec la même verve, une longue expérience accumulée et une filmographie assez conséquente. Nous l’avons interrogé pendant la tenue du IIe Festival culturel panafricain pour savoir si la situation s‘était améliorée et si l’avenir du cinéma d’Afrique est aussi obstruée aujourd’hui qu’il ne l’était à cette époque lointaine.

 

Propos recueillis par Noureddine Touazi

 

«Je suis né en 1942 à Dakar, Sénégal. Parti à Paris pour des études pour devenir ingénieur électronicien, je découvre le cinéma lors des travaux pratiques et je décide de m’orienter vers le Conservatoire du Cinéma Français pour apprendre les techniques du 7e art. Après plusieurs stages sur des films, je rentre au pays pour écrire le scénario de ‘’La jeune fille’’, réalisé en 1968 et présenté au Festival panafricain de 1969 à Alger et au Festival de la francophonie de Dinard, il obtient le premier prix».

«Ce que je ferai par la suite tourne autour de la femme, des transformations sociales et de la politique. ‘’Dieguebi’’ (La femme, 1970) montre l’évolution de la femme qui devient épouse, prise dans l’engrenage d’un système social qui change, l’incitant à demander plus à l’homme, le poussant à gagner plus et celui-ci est forcé pour garder un certain équilibre, à utiliser de nouvelles stratégies de récupération jusqu’à des ‘’truanderies’’».

«Avec ‘’L’Enfer des innocents’’, c’est le favoritisme des élites qui est abordé. Les fils des gouvernants vont faire des études à l’étranger et rentrent pour occuper des postes importants et perpétuer la mainmise sur le pays, d’où la frustration de ceux, très nombreux, qui restent sur le bas-côté».

«La même année, je réalise ‘’Lambaaye’’ (Tanit d’argent au Festival de Carthage). Au début de l’indépendance, on a chassé le Blanc mais on a placé une oligarchie qui s’est remplie les poches du sous-préfet jusqu’au sommet de l’Etat. Un jour, un homme se révolte et décide d’aller voir le gouverneur en se présentant comme un inspecteur d’Etat dont la visite était attendue. Il entre dans un processus de corruption d’où échappera, heureusement, la fille du gouverneur dont il entend faire son épouse».

«Avec ‘’Ndiagaan’’ (Les enfants mendiants, 1972), c’est l’exploitation des enfants des medersas que je veux dénoncer. Les marabouts, censés enseigner l’Islam, les utilisent comme mendiants pour leur rapporter du fric et ils sont relayés par des intégristes qui les récupèrent déjà préparés pour en faire une armée de réserve. Cette dérive est très dangereuse. Ce film a été sélectionné dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs à Cannes et a reçu le Grand Prix du jury du Festival de Taormina en Italie». «En 1972, c’est ‘’Reon Takh’’ (La ville en dur), où je montre les liens qui persistent entre les anciens colonisateurs et les dirigeants locaux, leurs intérêts partagés sont préservés sur place sans qu’ils y soient».

«En 1976, ‘’Cactus’’ dénonce les politiciens véreux qui promettent monts et merveilles lors de leur déplacement dans les lieux où se déroulent des élections et qui les oublient après».

«A partir de ce moment, j’ai réalisé de nombreux documentaires axés sur les problématiques sociales, les valeurs à préserver face à des innovations brutales et irresponsables. Je défends par exemple la médecine traditionnelle qui est complémentaire à la médecine moderne dont la ‘’logistique’’ pharmaceutique est motivée par le profit, ne tenant pas compte de la pauvreté endémique des pays du Sud. Je suis aussi critique du comportement de ces étudiants qui reviennent au pays pour chercher à trouver une place au soleil».    

N.T.

 

Du symposium au colloque

Du premier symposium centré sur le cinéma africain, il n’en est ressorti que la fondation de la Fespaci (Fédération panafricaine des cinéastes) et la création du Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), une association des réalisateurs du continent et un festival pour montrer leur production. C’est peu de choses en comparaison des promesses faites. Les résolutions sont restées lettre morte car on n’avait pas saisi, à l’époque, la complexité économique du cinéma qui demeure une industrie avec des moyens importants, des infrastructures modernes et un public moins conditionné à l’idéologie imaginaire de l’Occident. Des banques qui investissent, l’Etat qui construit des structures, les réalisateurs formés et des liens éprouvés entres tous les acteurs de cet art. Quand on sait le coût du billet pour aller d’un endroit de l’Afrique à un autre et la paralysie des bureaucraties locales on voit mal un cinéaste en quête de sous faire aboutir son projet. Quand on sait que certains moyens financiers se trouvent à un endroit, le matériel à un autre et la technique quelque part ou nulle par, obligeant les créateurs à chercher de l’argent dans un de ces fonds multiples au nord avec des contraintes des obligations et un moral à continue variable. Le colloque organisé au nom du 2e Festival culturel panafricain d’Alger a vu de très nombreux cinéastes, hommes et femmes, exprimer leurs espoirs et leurs déceptions quant à la situation actuelle du cinéma en Afrique, aux difficultés sans nombre  qu’ils rencontrent a toutes les étapes de confection et de finition de leurs œuvres, au chantage exercé par certains fonds d’aide qui maintiennent un certain  type de néocolonialisme bon teint et aussi paternaliste que l’ancien. Leur langage c’est du concret, de l’incisif et une maîtrise de la problématique cinématographique, de la langue fleurie 1969 on est passé au fleuret. Réaliste et lucide avec une pointe d’espérance. Cette rencontre a au moins l’avantage d’avoir concrétisé quelques initiatives. D’abord, la prise en charge du projet de réalisation de 4 longs métrages et 4 courts métrages  que les organisateurs souhaitent voir se produire dans d’autres pays et surtout la tenue des assises du cinéma africain en 2010 à Alger ce qui était  au programme du symposium de 1969. A bon entendeur….

N.T.

 

Notre cinéma, bloqué par les instances économiques internationales

«Effectivement, je maintiens cette affirmation. Il n’y a pas de cinéma africain, il y a des cinéastes, beaucoup maintenant, et beaucoup de femmes réalisateurs, mais pas de cinéma dans le sens où nos films n’existent que par la grâce de l’étranger. Il n’y a pas d’industrie, pas d’infrastructures. Les rares pays comme l’Algérie, le Sénégal, la Guinée qui ont essayé de les créer ont été rappelés à l’ordre par les instances économiques internationales. En venant en Algérie, je m’attendais à trouver au moins deux milles salles et il n’y en a que quelques dizaines. La question se pose. Pourquoi en Algérie, comme d’ailleurs dans tous les pays africains, on ne va jamais jusqu’au bout, même du ratage qui permet de se corriger ? La raison est, à mon avis, partagée par tous, l’absence de volonté politique car le constat est fait et est bien connu. Tout le monde sait que la cinématographie crée des films, produit du travail, engendre des espaces de liberté et de solidarité fait vivre tout un pan de la société».         

N.T.

 

Chacun son camp

«En 1982, j’ai été nommé directeur général de la SNPC (Société nationale de production cinématographique) et à ce titre, j’ai initié la première coproduction Sud-Sud. J’ai signé à Alger un accord dans ce sens. L’ONCIC m’a fourni le matériel, m’a donné des techniciens. J’ai concrétisé avec le SATPEC (Tunisie) un accord qui m’assure la partie post-production (mixage, montage, le labo et le tirage des copies). C’est ‘’Thiaroye 44’’, dont le sujet concerne le massacre des soldats sénégalais qui voulaient retrouver leurs familles et avaient réclamé quelques indemnités. Tout était prêt, la date de tournage fixée au 1er novembre. Aussitôt, on me limoge de la direction de la SNPC et le projet a été remis à d’autres et est devenu ‘’Camp Thiaroye’’ et connu sous cette appellation depuis. Mon traitement n’a pas plu aux dirigeants car le lien fait avec l’Algérie était embarrassant pour certains. Mais ce qui a fortement dérangé ces gens, c’est le fait que les soldats liquidés par l’armée française ont refusé de repartir combattre la Révolution algérienne. C’était un camp de transit et non une halte pour une démobilisation organisée».

N. T.

 

Traoré satisfait du Panaf

«Je plaide pour une structure dotée financièrement au départ avec des administrateurs compétents qui doivent fructifier cet investissement à destination du cinéma. Ce n’est pas à l’Etat de gérer mais il contrôle l’activité de cette structure. En aval, les réalisateurs doivent être impliqués et appelés aussi à la suivre de près. Toute tentative de corruption est ainsi maîtrisée». «Je suis plutôt satisfait de ce PANAF de 2009, car il a pris l’initiative de coproduire des longs métrages et les courts métrages, mais qu’il persiste dans cette voie et ne s’arrête pas au début du chemin, que cela devienne une activité permanente et y associer d’autres pays qui ont les moyens même si c’est limité, de participer à mettre sur pieds des coproductions nombreuses bien dotées ; construire des salles pour y ramener le public, permettre aux populations d’avoir accès aux films africains».        

N. T.

 

Tizi Ouzou

Allaoua enflamme son public

La vedette de la chanson Kabyle moderne, Mohamed Allaoua, a enflammé lundi soir le stade Oukil-Ramdane de la ville de Tizi Ouzou en donnant un spectacle dans le cadre des festivals panafricain et arabo-africain de danse folklorique.

En effet, devant près de 10 000 personnes le chanteur, très attendu depuis l’annonce de sa venue, a offert près de deux heures de bonheur à ses fans jeunes et moins jeunes.

Allaoua acclamé dès le coup d’envoi de la soirée est monté sur scène vers 23 heures sous un tonnerre d’applaudissement dans un stade plein à craquer. Comme à l’accoutumée, Ould Ali El Hadi, commissaire du Festival, n’a pas manqué d’honorer l’artiste en offrant un burnous à celui qui vient de décrocher  en France le disque d’or. Puis c’est l’entame d’une belle soirée pour les milliers de personnes qui ont eu la chance d’accéder au stade, car le terrain réservé par les organisateurs aux familles et les tribunes étaient bondés. Aami Moh, Adyoughal ssar Tammourt, Assed ghouri, Lynda, Ouagueni et bien d’autres titres du riche répertoire de Allaoua ont été interprétés en chœur avec une foule hystérique qui ne savait plus si elle devait danser ou chanter avec son idole. Ambiance bon enfant au milieu d’un impressionnant déploiement de policiers et d’organisateurs du festival qui s’est montré à la hauteur de la situation. La soirée s’annonçait longue et festive pour les milliers de fans. Le gala se devait d’être le meilleur à tout point de vue, de l’avis de nombreux présents au stade Oukil-Ramdane, malgré l’orage qui s’est abattu en début de soirée mais qui, finalement, a été bénéfique  pour la pelouse après la chaleur caniculaire de la journée.  Allaoua fait partie de ces artistes qui ont réussi à rassembler par leurs spectacles des jeunes et moins jeunes dans une parfaite communion et a offert du bonheur à tous les présents en cette soirée du PANAF qui restera mémorable dans les annales et de la ville et de l’artiste et pourrait bien être un exemple à suivre pour que Tizi Ouzou renoue avec l’ambiance de convivialité d’antan. Merci l’artiste !

Par HAMID M.

 

Festival de danses arabo-africaines

Tombée de rideau

La quatrième édition du Festival arabo-africain  s’est achevée mardi par la tenue d’une sympathique cérémonie de clôture à la grande salle de spectacle de la maison de la culture Mouloud-Mammeri, en présence de plus de 24 troupes venues des pays arabes et africains à l’occasion de cette manifestation.  Incontestablement, la délégation de la Palestine occupée est la plus applaudie durant la cérémonie qui a vu défiler toutes les troupes sur scène pour être primées après une semaine de spectacles à Tizi Ouzou et dans pratiquement toutes les grandes agglomérations de la wilaya, notamment au niveau des villes côtières où ces troupes ont réussi à drainé des foules nombreuses pour découvrir les richesses de la culture africaine et arabe. Ceux qui étaient présents à la cérémonie ont longuement exprimé leur solidarité avec les représentants de la Palestine qui ont participé à cette édition après une absence forcée lors de la dernière édition de ce festival,   faute d’autorisation de quitter les territoires occupés par l’armée du Tsahal. Une belle ambiance régnait cet après-midi à la salle de la maison de la culture pour rendre hommage et remercier tous les participants et organisateurs qui n’ont ménagé aucun effort pour réussir l’événement. En effet, cette quatrième édition  du Festival arabo-africain de danse est de loin la meilleure de toutes les éditions précédentes et sur tous les plans à commencer par le nombre élevé des spectateurs qui, chaque soir, remplissaient les tribunes du stade Oukil-Ramdane ou à travers les 21 daïras  pour assister aux spectacles et l’organisation qui a gagné en expérience comparativement aux trois éditions passées. Ce sentiment de satisfaction est d’ailleurs partagé par le commissaire du festival, Ould Ali El Hadi qui, en la circonstance, a tenu à remercier tous les présents en donnant rendez-vous à la prochaine édition. En somme, le Festival arabo-africain  qui s’inscrivait  cette année dans le sillage du PANAF a bel et bien réussi à mettre de l’ambiance dans une ville qui, peu à peu, commence à retrouver son époque d’antan.         

HAMID M.

 

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Le bill’Art du jour

Rêves d’africaine

Que produisent les pays africains hormis le pétrole et les danses folkloriques ? Rien. Ce rien qui tue. Qui noie, qui étouffe et qui nous suit comme une malédiction. Les Africains indépendants continuent, comme sous le joug colonial, de subir le monde, les changements climatique, énergétique et économique. Le présent, comme le futur et le passé, s’est fait sans nous ! Nous n’avons aucune participation active dans le processus économique, politique, culturel, social à l’échelle mondiale. Le soleil des indépendances nous a brûlés vifs ! Marre de trimballer avec moi, là où je vais, cette Afrique des nomades, des hommes des déserts et des tribus nudistes ! Des femmes voilées et je ne sais quelle autre bêtise. Et si nous inventions de nouveaux concepts, économique, culturel ou politique ?

Et si nous inventions notre monde, à nous, Africains ? Pourquoi l’on se contente aujourd’hui du rêve, du rêve seulement ?

Des rêves qui ne peuvent avoir un sens s’ils ne sont pas concrétisés. Je suis Algérienne, donc Africaine de naissance. Mais je suis convaincue, au fond, que je n’ai rien d’une Africaine en dehors de ma nationalité. Je bois du nescafé ou du coca-cola, je porte des jeans ou des treillis d’outre mer, mes yeux sont rivés sur les chaînes étrangères et mes lectures sont souvent des auteurs occidentaux. Je ne sais pas ce que veut dire être Africain. Difficile de l’être parce que l’Afrique, la vraie, pas celle du pétrole ou de l’uranium, celle qui a bercé l’humanité, n’existe plus !     

I. B.

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