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LA QUESTION DU JOUR Par  Mohamed Habili 17/01/2016


Atavisme


On aurait du mal à le croire aujourd’hui, mais avant que les troubles n’éclatent en Lybie, qui plus tard serviraient de prétexte à l’intervention franco-britannique, avec les conséquences que l’on sait, le régime de Kaddafi était non seulement dans les meilleurs termes avec les Occidentaux, les Européens notamment, mais il était courtisé par eux. Cependant aucun Etat européen n’aura fait autant que l’Italie de Berlusconi pour s’assurer l’amitié de Kaddafi. Il faut dire que la géographie aussi bien que l’histoire la prédisposaient plus que n’importe quel autre pays à se féliciter de ce que la Libye soit redevenue fréquentable après avoir été pendant des années mise au ban des nations par suite de l’affaire du Lockerbie. L’Italie était allée jusqu’à faire acte de repentance pour ses fautes commises par le passé envers la Libye, geste conforté par le versement d’une indemnité, au grand déplaisir de la France qui n’entendait pas accorder à l’Algérie la même satisfaction. Il était clair que pour elle l’Italie était ce faisant beaucoup moins motivée par le désir d’obtenir le pardon des Libyens pour les souffrances qu’elle leur avait infligées par impérialisme que par celui de mieux faire ressortir sa différence d’avec elle. C’est parce qu’elle était contrainte et forcée que l’Italie a fini par lâcher l’ami Kaddafi pour soutenir la révolution faite contre lui. L’intervention franco-britannique a réduit à néant l’avance qu’elle avait prise sur tout le monde dans la Libye post-Lockerbie.
Les responsables italiens ne sont jamais allés jusqu’à dire que leur pays en a été l’autre victime, en plus du régime de Kaddafi, mais c’était seulement parce qu’ils ne voulaient pas paraître des gens pour qui l’intérêt national étroit prédominait sur toute autre considération. Mais maintenant qu’il n’est plus possible de s’aveugler sur l’ampleur des dégâts causés par l’intervention franco-britannique, il n’est plus question pour l’Italie de laisser la France, ou qui que ce soit d’autre, agir en Libye comme en terrain conquis, ou comme si elle-même était chose négligeable. Du même coup, le temps est venu pour elle de dire toute son «incompréhension» de cette même intervention, une façon encore diplomatique de ravaler celle-ci au niveau d’une manifestation tardive d’un atavisme appelé jadis la politique de la canonnière. Tout s’était passé en 2011 comme si les deux pays au passé colonialiste le plus chargé avaient retrouvé leurs anciens réflexes dès lors que les circonstances s’y étaient prêtées. Or c’est elle, l’Italie, le pays européen le mieux placé pour rafler la mise en Libye – un voisin, qui plus est, disposé à lui servir de digue face à la poussée migratoire en provenance du Sahel – qui en a le plus pâti. En pleine Deuxième Guerre mondiale, la Grande-Bretagne s’appliquait à nuire aux intérêts de la France partout où cela était possible, en Syrie et au Liban tout particulièrement. Entre puissances impérialistes de jadis toutes les occasions étaient bonnes pour se tailler mutuellement des croupières dans les pays placés sous leur dépendance. C’est à une politique de ce genre que l’Italie se croit victime en Libye. Est-ce parce qu’elle a demandé pardon aux Libyens, et que ce faisant elle a ouvert une nouvelle page avec eux ? Une page où évidemment elle aurait eu la meilleure part si la France et la Grande-Bretagne n’avaient pas saisi la première occasion de remettre les compteurs à zéro. On peut dès lors la comprendre quand elle s’inscrit en faux contre toute nouvelle intervention en Libye qui se fasse sans la demande expresse des Libyens.


 


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