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Festival du film amazigh

Le cinéma attire de nouveau le public

3e édition des Journées du film francophone

La Suisse ouvre le bal, le Canada clôture

 

 Lecture

Récit d’enfance

Une guerre dans la guerre
 

 18/03/10

 

Festival du film amazigh

Le cinéma attire de nouveau le public

Avec une moyenne de neuf films de long métrage par année depuis l’année 2003, l’avenir de ce créneau porte peu d’espoir.

Les activités du Festival culturel national annuel du film amazigh se poursuivent avec la projection de plus d’une dizaine de films dont 8 retenus pour la compétition en vue d’obtenir le prix de la meilleure production qui sera primée par l’Olivier d’or.

En effet, les films intitulés «Le message du mur» de Mourad  Hamer, «Tin Hinane légende  touarègue» de Rabie Ben Mokhtar, «1,2,3 viva l’Algérie» de Krim Ouldoulhad, «Tito titrit» de Mohamd Abazi , «Tamoukit»  de Ahmed Baïdou, «Les cinéastes de la liberté» de Saïd Mehdaoui, «Tin Hinane» de Yahia Mozahem , «Tera Tmara» de Ahmed Djenadi ont été projetés devant un public moyen sous l’œil critique du jury. Pour le volet du panorama, le petit théâtre et la grande salle de spectacle de la maison de la culture Mouloud-Mammeri ont accueilli les cinéphiles pour la projection de «Lemhana Igoujiline» de Nassima Boumraou, «Ahegguer di Djerdjer» de Yacine Mohandi, «Aïn Meziab» de Rabah Belili et Ben Arab Chafia, «Tughaled Ttarka» de Hammar Mokrane, «Tacacit Tazugaght» de Aliane Abdenour et «Le dernier moulin d’Akfadou» de Mouloud Karbache. Dans la soirée de mercredi, la Roumanie, en sa qualité d’invité d’honneur de la dixième édition du cinéma amazigh, a présenté quatre films roumains au bonheur du public nombreux à venir découvrir les productions cinématographiques de ce pays. Les projections ont été suivies d’une table ronde animée par  des hommes et des femmes venus de Roumanie. Notons par ailleurs que dans l’après-midi de mardi, Ahmed Bedjaoui, cinéaste et conseiller au ministère de la Culture, a animé une conférence sur le cinéma algérien en général. Dans son allocution, il  a révélé qu’avec une moyenne de neuf films de long métrage par année depuis l’année 2003, l’avenir de ce créneau porte peu d’espoir, tout en rappelant les péripéties depuis l’indépendance à nos jours. Comme solution au manque de production, le conférencier a proposé le retour à l’ancienne méthode de fonctionnement des salles de cinéma, notamment par le soutien financier.  Néanmoins, Ahmed Bedjaoui a terminé son intervention par une note d’espoir pour l’avenir du cinéma algérien, car, selon lui, «toutes les conditions sont réunies pour une véritable relance de la production cinématographique».         

Par Hamid Messir

 

3e édition des Journées du film francophone

La Suisse ouvre le bal, le Canada clôture

l18 œuvres  incluant courts et  longs métrages ainsi que le documentaire seront au programme de cette troisième édition. L’édition 2010 des Journées du film francophone, prévues du 19 au 25 mars, tend à prendre de l’importance  en Algérie puisque le nombre de pays participants ne cesse de s’allonger. Le programme  de la 3e édition de cette manifestation, dédiée au 7e art, a été dévoilé lors d’une conférence de presse  tenue avant- hier à la salle Frantz-Fanon de Riad El Feth par le responsable des affaires publiques et des relations avec la presse à l’ambassade du Canada, Salim Aggar. En tout et pour tout, 18 œuvres incluant  tous les genres, du court au long métrage en passant par le documentaire, seront à l’affiche.

Il convient de souligner que les Journées du film francophone est une manifestation conjointement  organisée par les ambassades du Canada, Cameroun, France, Grèce, Maroc, Roumanie, Sénégal, Serbie, Suisse et Tunisie.

Les films  proposés aux cinéphiles seront projetés  non seulement à Alger mais également à Constantine et  Oran et ce, dans le cadre d’un partenariat avec le Ciné-club de Constantine et le Centre culturel français d’Oran. Pour sa part, l’ambassade du Canada  à Alger compte étendre cette manifestation pour atterrir, à la fin du mois d’avril, à la capitale des Hamadites, Béjaïa. Ainsi donc, la soirée inaugurale de cette troisième édition sera entamée par la projection d’un film suisse. C’est le  film «Home» qui ouvrira le bal de ces journées. C’est  en fait un long métrage francophone réalisé en 2008  par Ursula Meier et  plusieurs fois récompensé. Fort d’un grand succès commercial dans le monde entier, le film en question relate l’histoire d’une famille qui vit dans une maison située  en bordure d’une autoroute abandonnée. La mise en service de l’autoroute qui n’était qu’une projection s’est réellement concrétisée. La famille n’a depuis pas retrouvé  la tranquillité  d’autrefois, tant l’ouverture de cette autoroute  n’a fait qu’ébranler son quotidien rendu insupportable. C’est un film saisissant à ne  pas rater. D’autres films, non moins  intéressants, seront également  projetés  au courant  de ces journées qui s’étaleront sur une semaine. Il y aura la projection de «Chroniques  afghanes», un documentaire canadien réalisé  en 2007 par  Dominic Morissette. Pour le long métrage  dramatique, il est prévu la projection  du «Silence de la forêt» de Didier Ouenangaré, «Bassek Ba Kobhio», suivie de «Roman de gare», un film policier de Claude Lelouche et «Carbone Ennemi public n°1»,  une coproduction gréco-française réalisée en 2008 par Nikolas Koutsikas et Stéphen Poulle, «Le Papier» du Roumain Radu Muntean (2006), l«Affaire de cœur» un film serbe de Miroslav Aleksic Rwanda  et  le documentaire «Slam» de Pascal Tessaud (2007). A la salle Cosmos  sont programmés les films «Max et Co», un film suisse de Samuel et Frédéric Guillaume (2008), «Les Naufragés de Carthage  I et II» de Abdelkader Belhadi, réalisé en 2006 et, enfin, un peu de  fiction avec «Formidable» du Belge Dominique Standaert (2005). En ce qui concerne le documentaire, la journée du  24 mars lui sera consacrée avec la projection de  «Marie», «Haïti» et  «Coiffeur» du réalisateur algérien  Mehdi  Benboubakeur qui fera ainsi l’exclusivité  avec une  production algéro-canadienne. Le Maroc sera, quant à lui, présent avec «La Symphonie» de Kamal Kamal. La manifestation sera clôturée  le 25 mars   avec la projection du film subversif «Making of» du réalisateur tunisien Nouri Bouzid. La soirée de clôture verra également la projection de «C’est pas moi, je le jure!» un film canadien  produit en 2008 par Philippe Falardeau.

«La  clôture de cette manifestation par le Canada s’explique par le fait qu’il est le pays qui préside actuellement l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). La Suisse, elle, aura l’honneur d’ouvrir le bal puisqu’elle sera la  prochaine présidente de l’organisation à la faveur du 13e  Sommet de la francophonie qui sera tenu à Montreux (Suisse) du 22 au 24 octobre de l’année en cours», a rassuré M. Lajos Arendas, consul du Canada à Alger. 

Yazid M.

 

Lecture

Récit d’enfance

Une guerre dans la guerre

La méfiance de Kaddour s’avéra fondée. L’automne obscurcissait le ciel maintenant et je n’étais toujours pas de retour. A ses demandes d’explications, Malika répondait qu’il n’était pas question de se séparer de moi.  Kaddour alla voir Tahar pour se plaindre : Comment une femme osait-elle prendre un enfant ainsi, au mépris de la parole donnée? L’enfant appartient à sa mère, répliqua doucement oncle Tahar.

Kaddour : Je ne suis pas un étranger pour lui. C’est mon neveu, le fils de mon frère, il est comme mon propre fils. Ensuite, j’agis conformément aux vœux de son père, que Dieu ait son âme, c’est lui-même qui me l’a confié…

Tahar : Dieu ait son âme ! Il est entre les mains de Dieu…

Kaddour : Ne sommes-nous plus en terre d’islam ?

Tahar : L’islam n’admet que ce qui est juste.

Kaddour : L’islam se trouve là où se trouve l’intérêt de l’enfant, n’est-ce pas ?

Tahar : C’est juste.

Kaddour : Et dis moi, par Dieu, que deviendra-t-il lorsque Malika se sera remariée ?

La question destabilisa mon oncle Tahar.

- Je vais la raisonner, promit-il. Dieu indiquera le bon chemin…

Malika résista à l’offensive : elle fit savoir à qui voulait l’entendre que, son enfant près d’elle, il ne serait pas question de remariage. Me remarier ? Pourquoi aurais-je besoin d’un homme pour me soutenir ? Grâce à Dieu, j’ai ma famille. Mon homme, c’est mon fils que vous voulez me prendre.

Mais Kaddour revint à la charge.

- Une femme qui préfère la solitude au mariage, est-elle dans la voie prônée par l’islam ?

- Comment ça, la solitude ? Elle n’est pas seule, sa famille la protège, dit mon oncle Tahar, pas très convaincu, qui reprenait néanmoins les arguments soufflés par Malika. Le mariage n’est-il pas une question de mektoub ?

- Oui, et que répondriez-vous lorsque quelqu’un de bonne famille viendra justement lui demander sa main ? Rejetteriez-vous sa demande ? Ou bien accepteriez-vous ce que Dieu commande, en confiant l’enfant à ses soins ? Ou encore, viendriez-vous me demander de reprendre l’enfant que vous refusez de me donner aujourd’hui ?

- Nous expliquerons à tout prétendant que cette pauvre créature, veuve de son état, élève son enfant dans la voie de Dieu, et par Sa volonté, répliqua mon oncle Tahar.

- Alors, vous diriez non ! Vous prendriez la responsabilité de laisser une des vôtres vivre dans la liberté ?

- Elle vivra dissimulée et non en liberté ! Contrôle donc tes paroles, si Kaddour…

- Soit. Avez-vous seulement les moyens pour pourvoir à l’éducation de l’enfant ? Pensez donc à plus tard, aux problèmes n’en déplaise à Dieu, et pensez à la charge supplémentaire que cela représente déjà pour vous. Tant d’enfants vous entourent, et une bouche supplémentaire à nourrir, par Dieu, je te le dis, Tahar, le calcul que tu fais ne profite à personne.

Kaddour était, relativement à Tahar, aisé et instruit, il savait se faire persuasif ; mais ma mère ne s’en laissa pas conter malgré les tensions que cette situation générait au sein de sa propre famille depuis que Tahar avait fini par douter de son bon droit. Elle usa sans retenue de ses larmes, cria son désespoir sur tous les tons, et menaça finalement de se donner la mort – pardonne-moi d’en parler si froidement, maman…

Kaddour dut alors recourir à un subterfuge, le même que Malika avait utilisé contre lui : il laissa penser qu’il renonçait à son idée de s’occuper de moi, mais qu’en échange, ma mère devait me laisser passer le reste de l’automne avec lui.

- Cela fera du bien à cet enfant, assura-t-il. Dès l’hiver, il sera de retour ; pas d’inquiétude à vous faire ; c’est promis.

Trop content de voir cette pénible histoire se dénouer d’une manière ou d’une autre, Tahar s’abstint de faire jurer Kaddour sur le Coran. Malika devina la ruse, mais elle-même n’avait pas juré d’aucune manière lorsqu’elle m’avait fait venir auprès d’elle; la pression devenait trop forte, elle céda, espérant, en désespoir de cause, que j’allais partir pour seulement quelques temps.

Aussitôt arrivé à Bozouima, dans ma belle gandoura blanche, qui avait coûté sa petite fortune à ma mère, la question du vêtement ressurgissait. Djoher se mit à hurler :

- Mais que signifie cette horrible gandoura toute rêche ? Où sont la culotte, la chemise, et tous les beaux habits qu’on t’a achetés ? Etc.

 

L’automne passa avec ses rumeurs. Malika serait coupable d’avoir «maltraité» ce pauvre et innocent enfant que j’étais. Non contente de m’avoir revêtu d’un «vil sac de blé, ramassé on ne sait où», elle avait «vendu» mes vêtements, ma précieuse culotte et mon gilet tout neuf, ainsi que mes belles chaussures – qui auraient, en fait, mystérieusement disparu au profit d’une simple paire de sandales – pour se payer allez savoir quoi, sans doute des «parfums afin de séduire, parmi les célibataires qui rôdent dans les parages, quelque prétendant pour lequel elle doit soupirer dans ses rêves lubriques ». Pire, j’aurais été mal nourri chez elle, j’aurais maigri ; ma tête pullulait de poux, j’étais sale, j’avais la gale, et mon regard hagard, mon absence de concentration, la difficulté que j’éprouvais désormais à comprendre les questions que l’on me posait, ou à y répondre, tout cela indiquait clairement qu’il y avait eu maltraitance. Malika était une mère indigne qui de ce fait n’avait plus le droit de garder son enfant auprès d’elle.

 

L’hiver arrivé, je n’étais toujours pas de retour chez ma mère. La situation s’était inversée, à présent c’est à Malika de faire des réclamations.

Tahar vint voir Kaddour. Au lieu du diplomate avec lequel il avait négocié auparavant, il trouva devant lui un homme ombrageux, décidé, intransigeant : l’enfant était le sien, son intérêt était d’être auprès de lui, inutile de discuter plus longtemps.

- C’est un manquement à la parole donnée, observa Tahar.

- Il ne s’agit plus de ma parole mais de ma conscience, répliqua sèchement Kaddour.

Les deux familles entrèrent en conflit. Un autre conflit, d’abord assimilé à du banditisme, avait pris une ampleur inattendue. Nous étions en 1956 ; entrée dans sa deuxième année, la guerre accaparait les esprits. Troubles, confusion, violences indiquaient clairement le basculement dans une autre époque.

 

Malika imagina alors d’aller se plaindre auprès du tribunal de Messrara ; puis, ne voyant venir aucune réponse, les autorités coloniales ayant sans doute d’autres occupations, elle changea de stratégie et fit parvenir sa plainte, par l’intermédiaire d’un parent, à ces moudjahidine dont on commençait à parler partout. Elle la renouvela trois fois, avant que les maquisards en viennent à s’informer sur Kaddour. Qui est-il ce paysan ? Peut-il nous servir ? On leur dit : un homme important, un notable désargenté – mais qui peut être utile à la Cause…

 

En souvenir(s) de soi, de Aïssa Khelladi

(A suivre)

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