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Festival du
film amazigh
Le cinéma
attire de nouveau le public
Avec une moyenne
de neuf films de long métrage par année depuis l’année 2003,
l’avenir de ce créneau porte peu d’espoir.
Les activités du
Festival culturel national annuel du film amazigh se poursuivent
avec la projection de plus d’une dizaine de films dont 8 retenus
pour la compétition en vue d’obtenir le prix de la meilleure
production qui sera primée par l’Olivier d’or.
En effet, les
films intitulés «Le message du mur» de Mourad Hamer, «Tin Hinane
légende touarègue» de Rabie Ben Mokhtar, «1,2,3 viva l’Algérie» de
Krim Ouldoulhad, «Tito titrit» de Mohamd Abazi , «Tamoukit» de
Ahmed Baïdou, «Les cinéastes de la liberté» de Saïd Mehdaoui, «Tin
Hinane» de Yahia Mozahem , «Tera Tmara» de Ahmed Djenadi ont été
projetés devant un public moyen sous l’œil critique du jury. Pour le
volet du panorama, le petit théâtre et la grande salle de spectacle
de la maison de la culture Mouloud-Mammeri ont accueilli les
cinéphiles pour la projection de «Lemhana Igoujiline» de Nassima
Boumraou, «Ahegguer di Djerdjer» de Yacine Mohandi, «Aïn Meziab» de
Rabah Belili et Ben Arab Chafia, «Tughaled Ttarka» de Hammar Mokrane,
«Tacacit Tazugaght» de Aliane Abdenour et «Le dernier moulin d’Akfadou»
de Mouloud Karbache. Dans la soirée de mercredi, la Roumanie, en sa
qualité d’invité d’honneur de la dixième édition du cinéma amazigh,
a présenté quatre films roumains au bonheur du public nombreux à
venir découvrir les productions cinématographiques de ce pays. Les
projections ont été suivies d’une table ronde animée par des hommes
et des femmes venus de Roumanie. Notons par ailleurs que dans
l’après-midi de mardi, Ahmed Bedjaoui, cinéaste et conseiller au
ministère de la Culture, a animé une conférence sur le cinéma
algérien en général. Dans son allocution, il a révélé qu’avec une
moyenne de neuf films de long métrage par année depuis l’année 2003,
l’avenir de ce créneau porte peu d’espoir, tout en rappelant les
péripéties depuis l’indépendance à nos jours. Comme solution au
manque de production, le conférencier a proposé le retour à
l’ancienne méthode de fonctionnement des salles de cinéma, notamment
par le soutien financier. Néanmoins, Ahmed Bedjaoui a terminé son
intervention par une note d’espoir pour l’avenir du cinéma algérien,
car, selon lui, «toutes les conditions sont réunies pour une
véritable relance de la production cinématographique».
Par Hamid
Messir
3e édition des Journées du film francophone
La Suisse ouvre
le bal, le Canada clôture
l18 œuvres
incluant courts et longs métrages ainsi que le documentaire seront
au programme de cette troisième édition. L’édition 2010 des Journées
du film francophone, prévues du 19 au 25 mars, tend à prendre de
l’importance en Algérie puisque le nombre de pays participants ne
cesse de s’allonger. Le programme de la 3e édition de cette
manifestation, dédiée au 7e art, a été dévoilé lors d’une conférence
de presse tenue avant- hier à la salle Frantz-Fanon de Riad El Feth
par le responsable des affaires publiques et des relations avec la
presse à l’ambassade du Canada, Salim Aggar. En tout et pour tout,
18 œuvres incluant tous les genres, du court au long métrage en
passant par le documentaire, seront à l’affiche.
Il convient de
souligner que les Journées du film francophone est une manifestation
conjointement organisée par les ambassades du Canada, Cameroun,
France, Grèce, Maroc, Roumanie, Sénégal, Serbie, Suisse et Tunisie.
Les films
proposés aux cinéphiles seront projetés non seulement à Alger mais
également à Constantine et Oran et ce, dans le cadre d’un
partenariat avec le Ciné-club de Constantine et le Centre culturel
français d’Oran. Pour sa part, l’ambassade du Canada à Alger compte
étendre cette manifestation pour atterrir, à la fin du mois d’avril,
à la capitale des Hamadites, Béjaïa. Ainsi donc, la soirée
inaugurale de cette troisième édition sera entamée par la projection
d’un film suisse. C’est le film «Home» qui ouvrira le bal de ces
journées. C’est en fait un long métrage francophone réalisé en
2008 par Ursula Meier et plusieurs fois récompensé. Fort d’un
grand succès commercial dans le monde entier, le film en question
relate l’histoire d’une famille qui vit dans une maison située en
bordure d’une autoroute abandonnée. La mise en service de
l’autoroute qui n’était qu’une projection s’est réellement
concrétisée. La famille n’a depuis pas retrouvé la tranquillité
d’autrefois, tant l’ouverture de cette autoroute n’a fait
qu’ébranler son quotidien rendu insupportable. C’est un film
saisissant à ne pas rater. D’autres films, non moins intéressants,
seront également projetés au courant de ces journées qui
s’étaleront sur une semaine. Il y aura la projection de «Chroniques
afghanes», un documentaire canadien réalisé en 2007 par Dominic
Morissette. Pour le long métrage dramatique, il est prévu la
projection du «Silence de la forêt» de Didier Ouenangaré, «Bassek
Ba Kobhio», suivie de «Roman de gare», un film policier de Claude
Lelouche et «Carbone Ennemi public n°1», une coproduction
gréco-française réalisée en 2008 par Nikolas Koutsikas et Stéphen
Poulle, «Le Papier» du Roumain Radu Muntean (2006), l«Affaire de
cœur» un film serbe de Miroslav Aleksic Rwanda et le documentaire
«Slam» de Pascal Tessaud (2007). A la salle Cosmos sont programmés
les films «Max et Co», un film suisse de Samuel et Frédéric
Guillaume (2008), «Les Naufragés de Carthage I et II» de Abdelkader
Belhadi, réalisé en 2006 et, enfin, un peu de fiction avec
«Formidable» du Belge Dominique Standaert (2005). En ce qui concerne
le documentaire, la journée du 24 mars lui sera consacrée avec la
projection de «Marie», «Haïti» et «Coiffeur» du réalisateur
algérien Mehdi Benboubakeur qui fera ainsi l’exclusivité avec
une production algéro-canadienne. Le Maroc sera, quant à lui,
présent avec «La Symphonie» de Kamal Kamal. La manifestation sera
clôturée le 25 mars avec la projection du film subversif «Making
of» du réalisateur tunisien Nouri Bouzid. La soirée de clôture verra
également la projection de «C’est pas moi, je le jure!» un film
canadien produit en 2008 par Philippe Falardeau.
«La clôture de
cette manifestation par le Canada s’explique par le fait qu’il est
le pays qui préside actuellement l’Organisation internationale de la
francophonie (OIF). La Suisse, elle, aura l’honneur d’ouvrir le bal
puisqu’elle sera la prochaine présidente de l’organisation à la
faveur du 13e Sommet de la francophonie qui sera tenu à Montreux
(Suisse) du 22 au 24 octobre de l’année en cours», a rassuré M.
Lajos Arendas, consul du Canada à Alger.
Yazid M.
Lecture
Récit
d’enfance
Une guerre dans
la guerre
La méfiance de
Kaddour s’avéra fondée. L’automne obscurcissait le ciel maintenant
et je n’étais toujours pas de retour. A ses demandes d’explications,
Malika répondait qu’il n’était pas question de se séparer de moi.
Kaddour alla voir Tahar pour se plaindre : Comment une femme
osait-elle prendre un enfant ainsi, au mépris de la parole donnée?
L’enfant appartient à sa mère, répliqua doucement oncle Tahar.
Kaddour : Je ne
suis pas un étranger pour lui. C’est mon neveu, le fils de mon
frère, il est comme mon propre fils. Ensuite, j’agis conformément
aux vœux de son père, que Dieu ait son âme, c’est lui-même qui me
l’a confié…
Tahar : Dieu ait
son âme ! Il est entre les mains de Dieu…
Kaddour : Ne
sommes-nous plus en terre d’islam ?
Tahar : L’islam
n’admet que ce qui est juste.
Kaddour : L’islam
se trouve là où se trouve l’intérêt de l’enfant, n’est-ce pas ?
Tahar : C’est
juste.
Kaddour : Et dis
moi, par Dieu, que deviendra-t-il lorsque Malika se sera remariée ?
La question
destabilisa mon oncle Tahar.
- Je vais la
raisonner, promit-il. Dieu indiquera le bon chemin…
Malika résista à
l’offensive : elle fit savoir à qui voulait l’entendre que, son
enfant près d’elle, il ne serait pas question de remariage. Me
remarier ? Pourquoi aurais-je besoin d’un homme pour me soutenir ?
Grâce à Dieu, j’ai ma famille. Mon homme, c’est mon fils que vous
voulez me prendre.
Mais Kaddour
revint à la charge.
- Une femme qui
préfère la solitude au mariage, est-elle dans la voie prônée par
l’islam ?
- Comment ça, la
solitude ? Elle n’est pas seule, sa famille la protège, dit mon
oncle Tahar, pas très convaincu, qui reprenait néanmoins les
arguments soufflés par Malika. Le mariage n’est-il pas une question
de mektoub ?
- Oui, et que
répondriez-vous lorsque quelqu’un de bonne famille viendra justement
lui demander sa main ? Rejetteriez-vous sa demande ? Ou bien
accepteriez-vous ce que Dieu commande, en confiant l’enfant à ses
soins ? Ou encore, viendriez-vous me demander de reprendre l’enfant
que vous refusez de me donner aujourd’hui ?
- Nous
expliquerons à tout prétendant que cette pauvre créature, veuve de
son état, élève son enfant dans la voie de Dieu, et par Sa volonté,
répliqua mon oncle Tahar.
- Alors, vous
diriez non ! Vous prendriez la responsabilité de laisser une des
vôtres vivre dans la liberté ?
- Elle vivra
dissimulée et non en liberté ! Contrôle donc tes paroles, si Kaddour…
- Soit. Avez-vous
seulement les moyens pour pourvoir à l’éducation de l’enfant ?
Pensez donc à plus tard, aux problèmes n’en déplaise à Dieu, et
pensez à la charge supplémentaire que cela représente déjà pour
vous. Tant d’enfants vous entourent, et une bouche supplémentaire à
nourrir, par Dieu, je te le dis, Tahar, le calcul que tu fais ne
profite à personne.
Kaddour était,
relativement à Tahar, aisé et instruit, il savait se faire
persuasif ; mais ma mère ne s’en laissa pas conter malgré les
tensions que cette situation générait au sein de sa propre famille
depuis que Tahar avait fini par douter de son bon droit. Elle usa
sans retenue de ses larmes, cria son désespoir sur tous les tons, et
menaça finalement de se donner la mort – pardonne-moi d’en parler si
froidement, maman…
Kaddour dut alors
recourir à un subterfuge, le même que Malika avait utilisé contre
lui : il laissa penser qu’il renonçait à son idée de s’occuper de
moi, mais qu’en échange, ma mère devait me laisser passer le reste
de l’automne avec lui.
- Cela fera du
bien à cet enfant, assura-t-il. Dès l’hiver, il sera de retour ; pas
d’inquiétude à vous faire ; c’est promis.
Trop content de
voir cette pénible histoire se dénouer d’une manière ou d’une autre,
Tahar s’abstint de faire jurer Kaddour sur le Coran. Malika devina
la ruse, mais elle-même n’avait pas juré d’aucune manière
lorsqu’elle m’avait fait venir auprès d’elle; la pression devenait
trop forte, elle céda, espérant, en désespoir de cause, que j’allais
partir pour seulement quelques temps.
Aussitôt arrivé à
Bozouima, dans ma belle gandoura blanche, qui avait coûté sa petite
fortune à ma mère, la question du vêtement ressurgissait. Djoher se
mit à hurler :
- Mais que
signifie cette horrible gandoura toute rêche ? Où sont la culotte,
la chemise, et tous les beaux habits qu’on t’a achetés ? Etc.
L’automne passa
avec ses rumeurs. Malika serait coupable d’avoir «maltraité» ce
pauvre et innocent enfant que j’étais. Non contente de m’avoir
revêtu d’un «vil sac de blé, ramassé on ne sait où», elle avait
«vendu» mes vêtements, ma précieuse culotte et mon gilet tout neuf,
ainsi que mes belles chaussures – qui auraient, en fait,
mystérieusement disparu au profit d’une simple paire de sandales –
pour se payer allez savoir quoi, sans doute des «parfums afin de
séduire, parmi les célibataires qui rôdent dans les parages, quelque
prétendant pour lequel elle doit soupirer dans ses rêves lubriques
». Pire, j’aurais été mal nourri chez elle, j’aurais maigri ; ma
tête pullulait de poux, j’étais sale, j’avais la gale, et mon regard
hagard, mon absence de concentration, la difficulté que j’éprouvais
désormais à comprendre les questions que l’on me posait, ou à y
répondre, tout cela indiquait clairement qu’il y avait eu
maltraitance. Malika était une mère indigne qui de ce fait n’avait
plus le droit de garder son enfant auprès d’elle.
L’hiver arrivé, je
n’étais toujours pas de retour chez ma mère. La situation s’était
inversée, à présent c’est à Malika de faire des réclamations.
Tahar vint voir
Kaddour. Au lieu du diplomate avec lequel il avait négocié
auparavant, il trouva devant lui un homme ombrageux, décidé,
intransigeant : l’enfant était le sien, son intérêt était d’être
auprès de lui, inutile de discuter plus longtemps.
- C’est un
manquement à la parole donnée, observa Tahar.
- Il ne s’agit
plus de ma parole mais de ma conscience, répliqua sèchement Kaddour.
Les deux familles
entrèrent en conflit. Un autre conflit, d’abord assimilé à du
banditisme, avait pris une ampleur inattendue. Nous étions en 1956 ;
entrée dans sa deuxième année, la guerre accaparait les esprits.
Troubles, confusion, violences indiquaient clairement le basculement
dans une autre époque.
Malika imagina
alors d’aller se plaindre auprès du tribunal de Messrara ; puis, ne
voyant venir aucune réponse, les autorités coloniales ayant sans
doute d’autres occupations, elle changea de stratégie et fit
parvenir sa plainte, par l’intermédiaire d’un parent, à ces
moudjahidine dont on commençait à parler partout. Elle la renouvela
trois fois, avant que les maquisards en viennent à s’informer sur
Kaddour. Qui est-il ce paysan ? Peut-il nous servir ? On leur dit :
un homme important, un notable désargenté – mais qui peut être utile
à la Cause…
En souvenir(s)
de soi, de Aïssa Khelladi
(A suivre)
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