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Mustapha Khelifi, sociologue, consultant et responsable du projet de la chaîne Business

«Pour changer l’ENTV, il faut changer son statut»

Reconstruire le service public de télévision

Une invite au débat

Parution

Terres Noires de Fayçal Ouaret

 

 18/10/06

 

 Mustapha Khelifi, sociologue, consultant et responsable du projet de la chaîne Business

«Pour changer l’ENTV, il faut changer son statut»

Sociologue de formation, après avoir exercé à la Télévision algérienne où il a occupé successivement les fonctions de sous-directeur des ressources humaines, d’assistant du directeur général, chargé de l’organisation et de la communication interne chargé de la chaîne Canal Algérie, Mustapha Khelifi  a été pendant  de longues années un observateur direct du fonctionnement et de l’évolution de la Télévision algérienne. Par ailleurs, il est responsable d’un projet de la chaîne thématique Business qui sera lancée ultérieurement. Il nous livre dans cette interview les questionnements, les défis, les carences ainsi que la reconstruction d’un service public de télévision.

Le Jour d’Algérie : Après avoir été à la tête de certaines responsabilités de la Télévision algérienne, quel regard sociologique portez-vous sur cette mission de service public ?

Mustapha Khelifi : D’après l’analyse que j’ai faite dans l’ouvrage, la télévision en Algérie, comme partout ailleurs, reste un des phénomènes sociaux majeurs du XXIe siècle. La télévision constitue un outil de proximité. Même si les téléspectateurs n’interviennent pas beaucoup, ils reçoivent en revanche pas mal d’informations, de loisirs et d’éléments de formation générale.

 

Impulsée par l’action populaire d’octobre 1988 et l’ouverture démocratique, la télévision offrait un canal d’expression, un support de débats d’idées, une grille intéressante qui incarnait la phase de transition de la classe politique et de la société civile, puis progressivement, le programme est devenu amorphe pour le grand public. Comment expliquez-vous cela ?

Dire que le programme est devenu amorphe, je ne pense pas partager votre avis, mais je dirais que la période d’octobre 1988 et du début des années quatre-vingt-dix, a été une des périodes particulières qu’a vécues la télévision algérienne. La télévision devait s’ouvrir et elle s’inscrivait dans un cadre d’ouverture politique, économique et socioculturelle et cela bien entendu n’a pas duré. 

 

Quelles sont les raisons qui ont présidé, selon vous, au repli de la télévision ?

Ce n’est pas la télévision qui a changé, mais c’est toute la société qui a basculé d’une ère de débats démocratiques, d’expression et d’effervescence à une ère de crainte. Une période qui était un tournant pour l’Algérie dans son ensemble. Passant d’une société régie et régentée par le système du parti d’Etat, elle a basculé dans un système qui aspirait à la construction d’une démocratie. La télévision, donc, s’est inscrite dans cette perspective. Tout était nouveau pour le téléspectateur algérien. Puis, il y a eu des événements qui ont freiné l’ensemble de la société algérienne. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a eu dérive politique et sociale et que le pays a connu une phase de stagnation politique et économique. Le secteur de l’audiovisuel n’est pas en reste, il ne peut se développer tout seul. C’est cela qui a fait que la télévision s’est repliée. Il y a aussi des événements majeurs comme le terrorisme qui avait changé quelque peu la donne de la télévision. C’est ce qui a fait que le service public a été mis entre parenthèses.

 

Dans votre ouvrage Reconstruire le service public de télévision, vous passez en revue l’évolution de la télévision et les textes régissant le secteur de l’information y compris l’audiovisuel. Comment voyez-vous la restructuration d’une télévision publique ?

 Il faut qu’il y ait une réflexion approfondie sur la communication audiovisuelle en Algérie. Quelle politique audiovisuelle avons-nous besoin pour l’Algérie ? Quelle est la stratégie à adopter dans l’ère de la mondialisation ?  Quelle serait le rôle confié à la télévision publique algérienne ? Et quels sont les moyens à mettre en œuvre pour que la télévision puisse exercer réellement sa mission de service public. Ce sont autant de questionnements et de défis qui se posent à notre télévision publique.

 

Pouvez-vous être plus exhaustif ?

Oui. Il faut élaborer un canevas sur les plans organisationnel, structurel, éditorial, financement, la question des compétences et celle liée aux relations avec ses partenaires que sont l’Etat, le téléspectateur et le marché.

 

Donc, vous plaidez pour un redéploiement ou  plutôt une redéfinition de la télévision publique ?

Je plaide pour une dynamique de la télévision sur la base d’une redéfinition de la télévision publique en termes de conditions susmentionnées. Pour rappel, il y a la télévision classique, initiée par la BBC durant les années quarante, selon le triptyque, informer, éduquer et divertir et il y a la définition initiée en Europe, c’est-à-dire une télévision qui soit l’expression et l’emblème de chaque pays pour assurer la promotion de la culture nationale dans toute sa diversité et sa richesse. En clair, pour moi, le service public de la télévision doit être avant tout un vecteur de  cohésion sociale.

 

Mais pour l’instant, le service public n’est pas encore redéfini…

 Une réflexion est engagée dans ce sens, mais je ne sais pas si on a abouti à une redéfinition de la notion du service public acceptée par tout le monde. Et là, je m’interroge si nous sommes obligés de calquer notre grille sur la norme européenne. L’Algérie en tant que pays émergent doit donc repenser la mission du service public selon ses spécificités, ses règles et conditions, ses préoccupations, ses ambitions et ses objectifs.

 

La Télévision algérienne souffre d’une résistance au changement au moment où nombre de pays voisins disposent de plusieurs chaînes privées. A quoi, selon vous, obéit cette logique de verrouillage  du champ de l’audiovisuel ?

 Moi, je ne dis pas verrouillage, à partir du moment où nous recevons d’autres chaînes. Je vous cite un exemple : l’information relative à la disparition du fils de Ali Benhadj n’a pas été médiatisée par la Télévision algérienne, mais a été relevée dans les chaînes privées arabes. Par ailleurs, je ne suis pas contre le lancement de chaînes privées, mais je me pose la question si le privé a les capacités d’ouvrir une chaîne.

 

Est-ce que les textes en vigueur sur l’audiovisuel empêchent la création de chaînes privées ?

 Non, le dispositif législatif actuel n’empêche pas la création de chaînes audiovisuelles, mais il y a eu un blocage politique par rapport aux événements que nous avons connus pendant  la période des années quatre-vingt dix. Mais aujourd’hui l’Etat refuse. Même la loi  de 1990 sur l’information est gelée actuellement. Il estime, selon son expression, qu’il est trop tôt pour  aller vers l’ouverture de chaînes TV privées.

 

Pourquoi selon vous ?

Je ne saurai vous répondre, mais cela est dans l’intérêt de la télévision  publique algérienne ; qu’elle s’organise, se consolide pour faire face à la concurrence des chaînes que l’Algérien zappe.

 

Nous constatons que l’audimat algérien a sensiblement baissé par rapport aux années précédentes…

 Je ne partage pas votre avis, car selon le dernier sondage de l’Office des statistiques de l’Institut Abassacom, la Télévision algérienne caracole en termes d’audience. Elle reste la plus suivie par les Algériens, par rapport aux 24 chaînes arabes et  27 chaînes francophones. Selon le sondage de Abassacom, 47% des téléspectateurs algériens restent fidèles à l’Entv.

 

A quel niveau, selon vous, résident les carences, sinon où situez-vous les faiblesses de la Télévision algérienne quant au choix de la grille du programme, les besoins des téléspectateurs, la qualité des émissions, etc. ?

Justement, l’un des socles du service public de la télévision est l’innovation et la mutabilité. La Télévision algérienne souffre de l’inadaptation de son statut, son fonctionnement et son organisation. Il doit dès lors s’adapter en permanence aux évolutions de la société, des technologies et aux exigences d’une télévision publique et non d’Etat. Il faudra améliorer le programme et répondre aux besoins de toutes les couches de la société, c’est cela la mission du service public. Cela étant, je dis que la Télévision algérienne s’améliore au fil des années et elle est en concurrence avec d’autres chaînes. Je dois vous signaler aussi que quatre autres chaînes thématiques seront lancées. Il s’agit des chaînes, Amazighe, Connaissances, Divertissement et sports et Business.

Propos recueillis

Hacène K.

 

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Reconstruire le service public de télévision

Une invite au débat

Algérie : Reconstruire le service public de  télévision, est l’intitulé  de l’ouvrage  du sociologue Mustapha Khelifi, paru chez Image Editions. Scindé en quatre parties, l’ouvrage est une somme de réflexions adressées aussi aux politiques, ceux qui «gouvernent, ceux dans l’opposition, ainsi que les professionnels de la communication audiovisuelle», souligne l’auteur dans une note introductive. Un rappel historique sur la récupération de la Radio et la Télévision ainsi que l’évolution de cette dernière depuis l’Indépendance sont mis en avant dans la première partie du livre qui se veut un constat. Dans la deuxième partie, Mustapha Khelifi, qui a été un observateur direct du fonctionnement et de l’évolution de la télévision, notamment lors de la dernière décennie, évoque l’ouverture du champ audiovisuel et la problématique de la notion du service public dans certains Etats européens, avant de réserver la troisième partie à la télévision algérienne, caractérisée par l’ambivalence entre service public et télévision d’Etat.  Dès lors, plusieurs questionnements gravitent autour de la communication et son adaptation à l’heure des défis et enjeux mondiaux. Les intentions gouvernementales relatives à la régulation de la communication audiovisuelle, à travers la promulgation de la loi de 1990 relative à l’information, la tentative du Président Zeroual de redynamiser le système de communication en Algérie et l’importance de la communication dans la gestion des affaires de l’Etat et de la société sont les principales questions énumérées dans ce chapitre. «Ainsi, écrira l’auteur, la loi 90-07 relative à l’information a été mise au placard et personne en l’état actuel des choses n’en tient compte même si cette loi n’a été ni modifiée ni abrogée ni remplacée». Quand bien même la loi n’interdit pas la création de nouvelles chaînes de télévision privée,  il y a comme «une complicité installée autour de cette loi : n’en parlons pas et faisons comme si elle n’a jamais existé», commente le sociologue. En effet, la loi permettant l’ouverture du champ audiovisuel au privé est supplantée par la décision politique, fera remarquer le sociologue qui insistera dans la dernière partie sur la redéfinition de la mission de service public de télévision qui doit s’inscrire dans le processus d’une Algérie résolument orientée vers la construction d’une société démocratique. Pour ce faire, la télévision doit jouir d’un cadre organisationnel, structurel et financier efficient outre la refonte du système de gestion des ressources humaines.

H. K.

 

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Terres Noires de Fayçal Ouaret

Après Ocres, un amour d’Etienne Dinet, Fayçal Ouaret vient de faire publier un second roman Terres Noires, à travers lequel il exhume des personnages historiques réels pour développer une fiction dont la trame se veut romantique.

Fayçal Ouaret nous entraîne, à travers son dernier roman Terres Noires, journal de Pauline Roland à Sétif, paru chez Editions Alpha, dans des découvertes superposées de la biographie de Pauline Roland, une déportée de France qui effectua un «séjour forcé à Sétif en 1852, à la suite d’une condamnation.

Les strates de l’histoire qui se veut imaginaire, mais dont le séjour est bien réel, gravitent autour de l’hagiographie républicaine de la colonisation, l’édification de Sétif, des curiosités mutuelles entre peuples, etc.». Simple et bouleversante, émouvante, romantique et politique, la saga de Fayçal Terres Noires prolonge ses discrètes investigations architecturales, historiques et littéraires dans la veine de son roman intitulé «Ocres, un amour d’Etienne Dinet», paru en 2002 chez les Editions Barzakh. L’auteur exhume une tranche de vie du séjour d’une bannie, en l’occurrence Pauline Roland. Cette dernière foula le sol algérien dans un exil injuste avec le statut d’une déchue. «Elle était accusée d’avoir pris position avec la révolte populaire ayant secoué la France au lendemain du coup d’Etat du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte. Vingt ans plus tard, en 1871, la révolte de Mokrani mit fin à un demi-siècle de paix dans la région», est-il noté dans le synopsis. Les relations sociales sont revisitées dans une «coupe transversale»  pour faire une lecture à travers les interstices de communautés où colons, armée et indigènes participent à une histoire.

Des personnages qui composent les pages d’un récit, très fouillé par l’auteur qui, d’abord, met la lumière sur «l’héroïne, ensuite sur l’ambiance politique qui prévalait au milieu dans la seconde moitié du XIXe siècle en Algérie, la colonisation ordinaire et le développement urbain de Sétif».

Le travail documentaire de l’auteur de ce roman est une fresque autour du support du personnage de Pauline Roland et ce qui l’entoure. Des archives qui ont donné de la matière et servi de prétexte à Fayçal Ouaret, cet architecte qui propose, finalement au lecteur, une écriture audacieuse et passionnante sur la genèse de la ville des Hauts Plateaux.

La sociologue Stéphanie Cartier qui a préfacé le roman-récit de 158 pages, écrira que la noria de personnages proposés par l’auteur est un prétexte  pour contribuer à une exploration réfléchie de notre histoire commune, susceptible de stimuler le lecteur pour en savoir plus sur les différents publics naturels ayant marqué cette période de colonisation qui appelle des questions supplémentaires.

Hacène K.

 

 

 

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