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Mustapha Khelifi, sociologue, consultant et responsable du
projet de la chaîne Business
«Pour changer
l’ENTV, il faut changer son statut»
Sociologue de
formation, après avoir exercé à la Télévision algérienne où il a
occupé successivement les fonctions de sous-directeur des ressources
humaines, d’assistant du directeur général, chargé de l’organisation
et de la communication interne chargé de la chaîne Canal Algérie,
Mustapha Khelifi a été pendant de longues années un observateur
direct du fonctionnement et de l’évolution de la Télévision
algérienne. Par ailleurs, il est responsable d’un projet de la
chaîne thématique Business qui sera lancée ultérieurement. Il nous
livre dans cette interview les questionnements, les défis, les
carences ainsi que la reconstruction d’un service public de
télévision.
Le Jour
d’Algérie : Après avoir été à la tête de certaines responsabilités
de la Télévision algérienne, quel regard sociologique portez-vous
sur cette mission de service public ?
Mustapha Khelifi :
D’après l’analyse que j’ai faite dans l’ouvrage, la télévision en
Algérie, comme partout ailleurs, reste un des phénomènes sociaux
majeurs du XXIe siècle. La télévision constitue un outil de
proximité. Même si les téléspectateurs n’interviennent pas beaucoup,
ils reçoivent en revanche pas mal d’informations, de loisirs et
d’éléments de formation générale.
Impulsée par
l’action populaire d’octobre 1988 et l’ouverture démocratique, la
télévision offrait un canal d’expression, un support de débats
d’idées, une grille intéressante qui incarnait la phase de
transition de la classe politique et de la société civile, puis
progressivement, le programme est devenu amorphe pour le grand
public. Comment expliquez-vous cela ?
Dire que le
programme est devenu amorphe, je ne pense pas partager votre avis,
mais je dirais que la période d’octobre 1988 et du début des années
quatre-vingt-dix, a été une des périodes particulières qu’a vécues
la télévision algérienne. La télévision devait s’ouvrir et elle
s’inscrivait dans un cadre d’ouverture politique, économique et
socioculturelle et cela bien entendu n’a pas duré.
Quelles sont les raisons qui ont
présidé, selon vous, au repli de la télévision ?
Ce n’est pas la
télévision qui a changé, mais c’est toute la société qui a basculé
d’une ère de débats démocratiques, d’expression et d’effervescence à
une ère de crainte. Une période qui était un tournant pour l’Algérie
dans son ensemble. Passant d’une société régie et régentée par le
système du parti d’Etat, elle a basculé dans un système qui aspirait
à la construction d’une démocratie. La télévision, donc, s’est
inscrite dans cette perspective. Tout était nouveau pour le
téléspectateur algérien. Puis, il y a eu des événements qui ont
freiné l’ensemble de la société algérienne. Vous n’êtes pas sans
savoir qu’il y a eu dérive politique et sociale et que le pays a
connu une phase de stagnation politique et économique. Le secteur de
l’audiovisuel n’est pas en reste, il ne peut se développer tout
seul. C’est cela qui a fait que la télévision s’est repliée. Il y a
aussi des événements majeurs comme le terrorisme qui avait changé
quelque peu la donne de la télévision. C’est ce qui a fait que le
service public a été mis entre parenthèses.
Dans votre
ouvrage Reconstruire le service public de télévision, vous passez en
revue l’évolution de la télévision et les textes régissant le
secteur de l’information y compris l’audiovisuel. Comment voyez-vous
la restructuration d’une télévision publique ?
Il faut qu’il y
ait une réflexion approfondie sur la communication audiovisuelle en
Algérie. Quelle politique audiovisuelle avons-nous besoin pour
l’Algérie ? Quelle est la stratégie à adopter dans l’ère de la
mondialisation ? Quelle serait le rôle confié à la télévision
publique algérienne ? Et quels sont les moyens à mettre en œuvre
pour que la télévision puisse exercer réellement sa mission de
service public. Ce sont autant de questionnements et de défis qui se
posent à notre télévision publique.
Pouvez-vous
être plus exhaustif ?
Oui. Il faut
élaborer un canevas sur les plans organisationnel, structurel,
éditorial, financement, la question des compétences et celle liée
aux relations avec ses partenaires que sont l’Etat, le
téléspectateur et le marché.
Donc, vous
plaidez pour un redéploiement ou plutôt une redéfinition de la
télévision publique ?
Je plaide pour une
dynamique de la télévision sur la base d’une redéfinition de la
télévision publique en termes de conditions susmentionnées. Pour
rappel, il y a la télévision classique, initiée par la BBC durant
les années quarante, selon le triptyque, informer, éduquer et
divertir et il y a la définition initiée en Europe, c’est-à-dire une
télévision qui soit l’expression et l’emblème de chaque pays pour
assurer la promotion de la culture nationale dans toute sa diversité
et sa richesse. En clair, pour moi, le service public de la
télévision doit être avant tout un vecteur de cohésion sociale.
Mais pour
l’instant, le service public n’est pas encore redéfini…
Une réflexion est
engagée dans ce sens, mais je ne sais pas si on a abouti à une
redéfinition de la notion du service public acceptée par tout le
monde. Et là, je m’interroge si nous sommes obligés de calquer notre
grille sur la norme européenne. L’Algérie en tant que pays émergent
doit donc repenser la mission du service public selon ses
spécificités, ses règles et conditions, ses préoccupations, ses
ambitions et ses objectifs.
La Télévision algérienne souffre d’une
résistance au changement au moment où nombre de pays voisins
disposent de plusieurs chaînes privées. A quoi, selon vous, obéit
cette logique de verrouillage du champ de l’audiovisuel ?
Moi, je ne dis
pas verrouillage, à partir du moment où nous recevons d’autres
chaînes. Je vous cite un exemple : l’information relative à la
disparition du fils de Ali Benhadj n’a pas été médiatisée par la
Télévision algérienne, mais a été relevée dans les chaînes privées
arabes. Par ailleurs, je ne suis pas contre le lancement de chaînes
privées, mais je me pose la question si le privé a les capacités
d’ouvrir une chaîne.
Est-ce que les textes en vigueur sur
l’audiovisuel empêchent la création de chaînes privées ?
Non, le
dispositif législatif actuel n’empêche pas la création de chaînes
audiovisuelles, mais il y a eu un blocage politique par rapport aux
événements que nous avons connus pendant la période des années
quatre-vingt dix. Mais aujourd’hui l’Etat refuse. Même la loi de
1990 sur l’information est gelée actuellement. Il estime, selon son
expression, qu’il est trop tôt pour aller vers l’ouverture de
chaînes TV privées.
Pourquoi selon
vous ?
Je ne saurai vous
répondre, mais cela est dans l’intérêt de la télévision publique
algérienne ; qu’elle s’organise, se consolide pour faire face à la
concurrence des chaînes que l’Algérien zappe.
Nous constatons
que l’audimat algérien a sensiblement baissé par rapport aux années
précédentes…
Je ne partage pas
votre avis, car selon le dernier sondage de l’Office des
statistiques de l’Institut Abassacom, la Télévision algérienne
caracole en termes d’audience. Elle reste la plus suivie par les
Algériens, par rapport aux 24 chaînes arabes et 27 chaînes
francophones. Selon le sondage de Abassacom, 47% des téléspectateurs
algériens restent fidèles à l’Entv.
A quel niveau, selon vous, résident les
carences, sinon où situez-vous les faiblesses de la Télévision
algérienne quant au choix de la grille du programme, les besoins des
téléspectateurs, la qualité des émissions, etc. ?
Justement, l’un
des socles du service public de la télévision est l’innovation et la
mutabilité. La Télévision algérienne souffre de l’inadaptation de
son statut, son fonctionnement et son organisation. Il doit dès lors
s’adapter en permanence aux évolutions de la société, des
technologies et aux exigences d’une télévision publique et non d’Etat.
Il faudra améliorer le programme et répondre aux besoins de toutes
les couches de la société, c’est cela la mission du service public.
Cela étant, je dis que la Télévision algérienne s’améliore au fil
des années et elle est en concurrence avec d’autres chaînes. Je dois
vous signaler aussi que quatre autres chaînes thématiques seront
lancées. Il s’agit des chaînes, Amazighe, Connaissances,
Divertissement et sports et Business.
Propos
recueillis
Hacène K.
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Reconstruire le service public de télévision
Une invite au
débat
Algérie :
Reconstruire le service public de télévision, est l’intitulé de
l’ouvrage du sociologue Mustapha Khelifi, paru chez Image Editions.
Scindé en quatre parties, l’ouvrage est une somme de réflexions
adressées aussi aux politiques, ceux qui «gouvernent, ceux dans
l’opposition, ainsi que les professionnels de la communication
audiovisuelle», souligne l’auteur dans une note introductive. Un
rappel historique sur la récupération de la Radio et la Télévision
ainsi que l’évolution de cette dernière depuis l’Indépendance sont
mis en avant dans la première partie du livre qui se veut un
constat. Dans la deuxième partie, Mustapha Khelifi, qui a été un
observateur direct du fonctionnement et de l’évolution de la
télévision, notamment lors de la dernière décennie, évoque
l’ouverture du champ audiovisuel et la problématique de la notion du
service public dans certains Etats européens, avant de réserver la
troisième partie à la télévision algérienne, caractérisée par
l’ambivalence entre service public et télévision d’Etat. Dès lors,
plusieurs questionnements gravitent autour de la communication et
son adaptation à l’heure des défis et enjeux mondiaux. Les
intentions gouvernementales relatives à la régulation de la
communication audiovisuelle, à travers la promulgation de la loi de
1990 relative à l’information, la tentative du Président Zeroual de
redynamiser le système de communication en Algérie et l’importance
de la communication dans la gestion des affaires de l’Etat et de la
société sont les principales questions énumérées dans ce chapitre.
«Ainsi, écrira l’auteur, la loi 90-07 relative à l’information a été
mise au placard et personne en l’état actuel des choses n’en tient
compte même si cette loi n’a été ni modifiée ni abrogée ni
remplacée». Quand bien même la loi n’interdit pas la création de
nouvelles chaînes de télévision privée, il y a comme «une
complicité installée autour de cette loi : n’en parlons pas et
faisons comme si elle n’a jamais existé», commente le sociologue. En
effet, la loi permettant l’ouverture du champ audiovisuel au privé
est supplantée par la décision politique, fera remarquer le
sociologue qui insistera dans la dernière partie sur la redéfinition
de la mission de service public de télévision qui doit s’inscrire
dans le processus d’une Algérie résolument orientée vers la
construction d’une société démocratique. Pour ce faire, la
télévision doit jouir d’un cadre organisationnel, structurel et
financier efficient outre la refonte du système de gestion des
ressources humaines.
H. K.
Haut
Parution
Terres Noires
de Fayçal Ouaret
Après Ocres, un
amour d’Etienne Dinet, Fayçal Ouaret vient de faire publier un
second roman Terres Noires, à travers lequel il exhume des
personnages historiques réels pour développer une fiction dont la
trame se veut romantique.
Fayçal Ouaret nous
entraîne, à travers son dernier roman Terres Noires, journal de
Pauline Roland à Sétif, paru chez Editions Alpha, dans des
découvertes superposées de la biographie de Pauline Roland, une
déportée de France qui effectua un «séjour forcé à Sétif en 1852, à
la suite d’une condamnation.
Les strates de
l’histoire qui se veut imaginaire, mais dont le séjour est bien
réel, gravitent autour de l’hagiographie républicaine de la
colonisation, l’édification de Sétif, des curiosités mutuelles entre
peuples, etc.». Simple et bouleversante, émouvante, romantique et
politique, la saga de Fayçal Terres Noires prolonge ses discrètes
investigations architecturales, historiques et littéraires dans la
veine de son roman intitulé «Ocres, un amour d’Etienne Dinet», paru
en 2002 chez les Editions Barzakh. L’auteur exhume une tranche de
vie du séjour d’une bannie, en l’occurrence Pauline Roland. Cette
dernière foula le sol algérien dans un exil injuste avec le statut
d’une déchue. «Elle était accusée d’avoir pris position avec la
révolte populaire ayant secoué la France au lendemain du coup d’Etat
du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte. Vingt ans plus tard,
en 1871, la révolte de Mokrani mit fin à un demi-siècle de paix dans
la région», est-il noté dans le synopsis. Les relations sociales
sont revisitées dans une «coupe transversale» pour faire une
lecture à travers les interstices de communautés où colons, armée et
indigènes participent à une histoire.
Des personnages
qui composent les pages d’un récit, très fouillé par l’auteur qui,
d’abord, met la lumière sur «l’héroïne, ensuite sur l’ambiance
politique qui prévalait au milieu dans la seconde moitié du XIXe
siècle en Algérie, la colonisation ordinaire et le développement
urbain de Sétif».
Le travail
documentaire de l’auteur de ce roman est une fresque autour du
support du personnage de Pauline Roland et ce qui l’entoure. Des
archives qui ont donné de la matière et servi de prétexte à Fayçal
Ouaret, cet architecte qui propose, finalement au lecteur, une
écriture audacieuse et passionnante sur la genèse de la ville des
Hauts Plateaux.
La sociologue
Stéphanie Cartier qui a préfacé le roman-récit de 158 pages, écrira
que la noria de personnages proposés par l’auteur est un prétexte
pour contribuer à une exploration réfléchie de notre histoire
commune, susceptible de stimuler le lecteur pour en savoir plus sur
les différents publics naturels ayant marqué cette période de
colonisation qui appelle des questions supplémentaires.
Hacène K.
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M.Merkouche
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