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M. Mohamed Tahar Guerfi au Jour d’Algérie :

«L’importation du livre est privilégiée aux dépens de la production»

 

 19/11/06

 

 M. Mohamed Tahar Guerfi au Jour d’Algérie :

«L’importation du livre est privilégiée aux dépens de la production»

Rencontré en marge du XIe Sila (Salon international du livre d’Alger), le président du Syndicat national des éditeurs du livre (Snel) a bien voulu nous faire le point sur les nombreux problèmes que rencontrent les éditeurs algériens et les questions liées à la profession.

 

 

Depuis quelque temps, plusieurs librairies ont troqué leur espace contre le commerce d’habillement et de restauration. Comment expliquez-vous cette situation ?

La situation actuelle fait mal, l’on n’encourage pas à la création des librairies, bien au contraire, aujourd’hui, les lieux de culture et des livres sont cédés à des marchands de chaussures ! A titre d’exemple, à Boumerdès, la grande ville universitaire, il n’existe qu’une seule librairie professionnelle ! La librairie El Ghazali d’Alger vient d’être cédée à un marchand de chaussures ! Je voudrais préciser que certaines librairies dont El Ghazali, étaient des fonds de l’ex-Sned (Société nationale d’édition et de distribution), devenue l’Enal par la suite (Entreprise nationale du livre). Cette dernière avait cédé ces espaces à ses fonctionnaires, certains se sont constitués en collectif pour gérer une librairie, c’est ainsi que ces fonds publics ont été gérés pendant une dizaine d’années. Je déplore ces espaces de livres qui se transforment en des commerces de chaussures ou autre, ceci ne peut se produire qu’en Algérie!

 

Selon vous, pourquoi ces librairies ferment-elles ?

Ces librairies ferment car pour certaines, c’est peu rentable, les gérants trouvent peut- être leurs comptes ailleurs. Je ne trouve pas les mots pour qualifier ce geste, les libraires doivent être des gens du métier, ce qui, n’est malheureusement pas souvent le cas, ces derniers manquent de formation, d’encadrement et parfois ils ne savent même pas lire un bouquin ! C’est triste mais c’est la réalité, il faut la dire. Je pense que tout cela est le résultat de l’inexistence d’une politique culturelle. Les jeunes bibliothécaires qui sortent fraîchement des universités, déjà formés dans le domaine, s’orientent, soit vers des administrations qui disposent de bibliothèques ou souhaitent créer leurs propres librairies. Pourquoi ne pas les encourager et les motiver en mettant en place les mécanismes qui le leur permettent et les poussent à rester fidèles à ce métier. Le ministère de l’Education nationale doit également laisser les libraires vendre le manuel scolaire, croyez-moi cette démarche va les booster et même pousser à l’ouverture de nouvelles libraires.

 

En parlant d’édition, les thèmes abordés par nos éditeurs restent réduits à des sujets bien précis et souvent rébarbatifs : parascolaire, témoignages sur la révolution, cuisine… Si on les compare avec les maisons arabes, on remarque que ces dernières proposent une variété de livres dans différents domaines (traduction, livres techniques et scientifiques, romans, histoires des arts, politique..). Pourquoi nos éditeurs n’osent pas aller plus loin ?

Nous ne pouvons comparer les maisons algériennes avec les maisons d’édition arabes, car ces dernières tout comme les maisons européennes sont anciennes, et cumulent le plus souvent 60 ans d’expérience, voire un siècle, ce qui n’est pas le cas pour nous. L’âge d’une maison d’édition se mesure par la durée et l’édition algérienne est encore à l’état embryonnaire, nos éditeurs, particulièrement dans le secteur privé, n’ont été lancés que dans les années 1980, soit 26 ans d’expérience, c’est pour cela que la production reste en deçà des attentes. Aussi  nos éditeurs disposent de moyens limités, contrairement aux éditeurs étrangers qui jouissent de nombreux avantage, à titre d’exemple, le Liban est un modèle, il accorde des facilités à ses éditeurs pour imprimer, réaliser ou importer des livres. Parallèlement, nos éditeurs rencontrent toutes les difficultés à mettre sur le marché le livre.

 

Pouvez-vous nous parler des contraintes qu’affrontent les éditeurs ?

D’abord, le problème de la matière première, à savoir le papier. Il faut que vous sachiez que c’est l’importateur qui impose «la qualité» du papier à l’éditeur, en Algérie, il est très difficile de réaliser un beau livre, avec un type de papier, coloré…. Pourquoi ? Tout simplement,  nous n’avons pas cette variété de choix, l’on nous propose un seul type de papier, nous l’acceptons et nous nous taisons et nous sommes heureux si jamais nous arrivons à le réaliser ! Les livres algériens sont faits  avec du papier dit extra blanc, destiné généralement à la correspondance, or, il est déconseillé, il ne facilite pas la lecture, normalement, il y a d’autres types de papier. Les taxes imposées sur les livres produits localement dépassent les taxes des livres importés. Ainsi, on a tendance à  favoriser l’importation plutôt que la production. Il y a également les lacunes de la distribution, nous sommes, je crois le seul pays qui n’exporte pas ses livres. Lorsque nous participons à des Salons internationaux, l’éditeur algérien se prend totalement en charge (transport du produit, hébergement…), contrairement à certains pays limitrophes qui encouragent et soutiennent leurs éditeurs même dans l’acheminement des livres dans des valises diplomatiques jusqu’au lieu de l’exposition ! Nous sommes les moujahids des livres et de l’édition, nous souffrons en silence. J’espère que dans les prochaines années, l’on pensera à encourager la mise en place d’une véritable industrie du livre, d’ailleurs, c’est pour cela que très peu  investissent dans ce domaine.

Propos recueillis

par Irane Belkhedim

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