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Tizi Ouzou

Sidi Bémol et Ali Amrane font un tabac

Entretien avec le chanteur Cheikh Sidi Bémol

«Je ne peux pas m’enfermer dans un style musical»

La pièce «Nouzha fi ghadeb» donnée en générale au TNA

Percevoir l’absurdité autrement

Festival du cinéma Amazigh

La satisfaction des organisateurs

 Lecture

Récit d’enfance

Le FLN se retourne contre Malika
 

 20/03/10

 

Tizi Ouzou

Sidi Bémol et Ali Amrane font un tabac

Le rocker kabyle est même fier de se produire devant le grand Greame Allwright qui est son idole.

La soirée de mercredi dernier fut mémorable pour le nombreux public qui a pris place à la salle de spectacles de la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. En effet, les artistes qui se sont succédé sur la scène, à savoir Ali Amrane, Zayen et Cheikh Sidi Bemol ont fait vibrer les jeunes et les moins jeunes. Certains ont «découvert» l’artiste Ali Amrane qui a interprété l’essentiel de son répertoire dont les titres de son dernier album sorti l’an dernier, comme «Reffdegh tavalist» (J’ai pris la valise), «Khali Slimane» (Mon oncle Slimane), «Travail au noir» et bien d’autres chansons. Le rocker kabyle est même fier de se produire devant le grand Greame Allwright qui est son idole. Même ambiance de fête avec la montée sur scène de la nouvelle révélation de la chanson moderne kabyle en la personne de Zayen. Cheikh Sidi Bemol a , quant à lui, enflammé la salle en interprétant avec une guitare sèche des titres de son dernier album «Paris-Alger-Bouzeguene» ou de «Izlan Ivahriyen» (Les chants des marins kabyles»). En somme, le public de Tizi Ouzou a eu droit à une belle soirée artistique après le visionnage de films en compétition ou en découverte du Festival du cinéma amazigh.

H.M.

 

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Entretien avec le chanteur Cheikh Sidi Bémol

«Je ne peux pas m’enfermer dans un style musical»

Cheikh Sidi Bémol, de son vrai nom Hocine Boukella, a fait en peu de temps une montée fulgurante sur la scène artistique et a commencé à mettre sur le marché des albums. Biologiste de formation, il s’est installé en France depuis les années 1980 et a débuté dans le domaine de la chanson en 1992.  En tout, une dizaine d’albums. Il est surprenant par la richesse de ses musiques fusionnant entre modernité et tradition, mêlant différents styles tels que le rai, le chaâbi, le gnawi, le blues et le rock,  comme pour les langues d’ailleurs  puisqu’au fil de ses morceaux il passe de l’arabe vers le kabyle et l’anglais. En somme, «un peu de tout pour faire une bonne sauce» avec une  voix chaude et rocailleuse. Son style musical est même qualifié «d’inclassable et en mouvement continu». Nous l’avons rencontré à Tizi Ouzou en marge du Festival du cinéma amazigh dont il est membre du jury. Cheikh sidi Bemol (le maître de l’autodérision) a bien voulu répondre à nos questions.

 

Le Jour d’Algérie : Quel est votre sentiment en vous  retrouvant chez vous en Algérie ?

 

Cheikh Sidi Bemol : Bien que je sois revenu il y a quatre ans, j’ai toujours plein de souvenirs qui remontent aujourd’hui. En somme, il y a toujours de l’émotion quant on revient au pays.

 

Aujourd’hui, vous êtes à Tizi Ouzou dans le cadre du Festival du cinéma amzigh.  Quelle est votre impression ?

Effectivement je me trouve cette fois-ci à Tizi Ouzou pas pour chanter mais pour regarder les films en tamazight avec mes collègues du jury et cela me fait énormément plaisir.

 

Nous croyons savoir qu’un nouvel album est fin prêt. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui. Je m’apprête à mettre sur le marché un nouvel album intitulé «Paris-Alger-Bouzegune». Ce nouveau produit  est un mélange de berbère celtic groove  qui constitue une suite de ce que j’ai édité avec  Thalweg en 2001.

 

Donc un style complètement différent de l’avant-dernier album «Izlan Ivahriyen» (Les chants marins kabyles». Vous avez habitué votre public à une variété de vos produits. Quel est le secret de ce changement constant ?

C’est mon amour pour les  musiques dans leur  diversité, notamment algérienne. J’aime ce que chantait cheikh Hamada ou Slimane Azem. Alors que je compose en variant tous ces styles. Je ne veux pas  m’enfermer dans un seul style.

 

Vous produirez-vous à nouveau sur scène en Algérie très bientôt ?

Oui, je compte revenir en mai prochain pour une tournée en Algérie pour faire la promotion de mon nouvel album. J’espère que  cet album plaira à mon public.

Propos recueillis par Hamid Messir

 

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La pièce «Nouzha fi ghadeb» donnée en générale au TNA

Percevoir l’absurdité autrement

La pièce Nouzha fi ghadeb (Promenade dans la colère) mise en scène par Djamel Guermi et adaptée par Nabil Asli a été donnée en générale, ce jeudi à la grande salle du Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi à 19 heures en présence d’un public nombreux. Interprétée par douze jeunes comédiens, l’œuvre est inspirée de la pièce «Promenade sur le front» de l’auteur-dramaturge espagnol Fernando Arrabal et de «La colère» d’Eugène Ionesco.

Pour le metteur en scène, Djamel Guerni, Nouzha fi el ghadeb permet au public d’avoir une approche et de percevoir l’absurde et la bêtise humaines tant le monde actuel dans lequel chaque être humain évolue s’est métamorphosé. C’est dans cette optique que Guermi, assisté par Nabil Asli, ont pu reproduire sur les planches les différents espaces scéniques, à savoir celui de la guerre, de la vie conjugale du couple et de la speakerine. La pièce, en trois espaces scènes, est interprétée avec succès par la troupe, dans un style totalement «burlesque et ludique». La salle vibrait au rythme des éclats de rire du public, entrecoupés par des éclats de lumière et morceaux de musique accompagnant la scène. Le tout dans une ambiance conviviale et  artistique. Par ailleurs, il faut dire que la pièce a été parfaitement présentée tant sur le plan technique que scénique. Les effets lumineux et le son s’apparentant à de la musique psychédélique invitent le public à voir et à se promener dans Nouzha fi Ghadeb qui sera présentée également ce soir et demain à 19 heures au TNA.

 Des choses banales et futiles, tout comme celles des histoires «frivoles» du couple dont l’époux et l’épouse mènent une vie paisible et «romantique» en pleine guerre et de l’autre côté, une famille pauvre dont le seul souci est le rétablissement de la paix. Le couple qui vit tantôt en paix tantôt en discorde, finit par se réconcilier par un échange mutuel de cadeaux. Il y aussi un autre décor scénique qui est la guerre médiatique incarnée par la comédienne Adila Bendimered tenant le rôle d’une présentatrice du journal télévisé (speakerine). Cette dernière a soutenu, devant les journalistes lors de l’avant-première, que la pièce Nouzha fi ghadeb interprète la contradiction, la différence et la dualité entre l’homme et la femme. Toutefois, ces ingrédients de la vie contemporaine nous imposent, par ricochet, une approche moderne de la perception de l’absurdité. Le personnage incarné par Adila invite le spectateur à relever la spontanéité de la comédienne. En tout cas, Nouzha fi ghadeb est effectivement une promenade dans la réalité de deux mondes coexistants mais différents.

Yazid Madi

 

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Festival du cinéma Amazigh

La satisfaction des organisateurs

Les organisateurs du Festival du film amazigh ont tenu un point de presse mercredi pour une première évaluation des activités entrant dans le cadre de cette manifestation. Le commissaire El Hachemi Assad n’a pas caché sa «satisfaction» du succès de cette nouvelle édition dans sa nouvelle version tout en reconnaissant que des «insuffisances» au plan organisationnel ont été recensées durant les premiers jours du festival. Pour expliquer les raisons des imperfections, il a mis l’accent sur le nombre des festivaliers qui a atteint les 400 alors que les prévisions initiales étaient fixées à 250 participants. Il a imputé ces insuffisances  à «l’engouement» suscité par ce festival. Comme il n’a pas manqué aussi de rappeler que la subvention attribuée par le ministère de la Culture et la Télévision nationale reste insuffisante en l’absence de contribution financière  des sponsors privés. L’unique espace qui abrite l’essentiel des projections et des activités du festival est aussi l’une des contraintes auxquelles les organisateurs sont confrontés bien que la première initiative du FNCAFA d’éclatement des projections dans pas moins de 40 communes a été mise à contribution à l’effet de permettre au maximum de cinéphiles de visionner les films en compétition en plus de ceux du panorama. S’agissant de la qualité des productions, les organisateurs soutiennent qu’il est trop tôt de s’attarder sur cet aspect, rappelant que le festival n’a que dix années d’existence, sans manquer d’énumérer quelques arguments, notamment la fermeture de plus de 400 salles de cinéma à l’échelle du territoire national dont 14 à Tizi Ouzou. L’autre satisfaction du commissaire du FNCAFA est le retour du public dans les salles de cinéma, à l’occasion de cette manifestation, et le lancement d’une formation au profit des enfants de Aït Daoud et Ait Saâda de la commune de Yatafen assurée par des encadreurs du festival de Clermont-Ferrand qui sera couronnée par un film de courte durée  à projeter lors de la cérémonie de clôture ce samedi.  

H. M.

 

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 Lecture

Récit d’enfance

Le FLN se retourne contre Malika

Tard la nuit, deux hommes à l’aspect misérable, deux fantômes, vinrent frapper à sa porte. Kaddour leur ouvrit, un fusil à la main.

- Nous sommes la justice du Front, annoncèrent-ils, nous venons prendre le sabiy et le ramener à sa mère.

- Comment prendriez-vous mon fils de mes mains ? hurla Kaddour, en brandissant son arme.

- Il n’est pas votre fils. Vous n’êtes ni son père, ni sa mère, mais seulement son oncle.

- Je suis son oncle, son père et sa mère. Je suis les trois à la fois, vous entendez ! Qui doit m’enlever mon fils, doit d’abord m’enlever la vie.

Il y eut un long silence. Les fantômes se regardèrent entre eux puis s’en allèrent. Ils revinrent la nuit qui suivit. Ils étaient maintenant trois, et celui qui paraissait le chef, était armé d’un fusil de chasse qu’il montrait ostensiblement.

- Ramenez-nous immédiatement l’enfant, vieux.

- Vous faites une erreur en voulant me le prendre, fit Kaddour avec beaucoup de douceur. Préféreriez-vous que votre fils, en cas de malheur –Dieu nous protège ! – soit confié à sa mère ou à votre frère ?

- C’est la révolution qui prend les décisions sur terre, murmura le chef.

Cet homme était posé et semblait avoir de l’autorité. Le visage de Kaddour s’épanouit enfin, comme si à cette annonce, à ce mot de révolution, une idée lui était venue – en fait, il avait passé de longs moments à la mûrir.

- Entrez, je vous prie... Il est bon votre fusil, mais le mien est plus neuf ! s’exclama-t-il, avec un large sourire. Malheureusement, à mon âge, je n’en vois pas l’utilité. Je me demande… mais entrez d’abord vous reposer un peu.

C’est de la bouche de Kaddour même que je tiens le récit. Un repas fut servi aux trois maquisards, qui avaient naturellement faim. Ils passèrent deux ou trois heures à manger, boire du café et discuter de l’armée de la révolution qui frappait l’ennemi partout où il se trouvait. Nous sommes très nombreux mais il nous manque encore des moyens… Deux ou trois heures pendant lesquelles il n’a plus été question de ramener l’enfant à sa mère, mais seulement de la situation qui opposait le FLN à la France et, au bout du compte, d’un message verbal du responsable de la nahia à l’intention de Kaddour. Ce message lui demandait de se procurer des médicaments et vingt paires de pataugas — un chiffre tout ce qu’il y avait de précis. Aucune menace explicite, ni aucune autre indication sur le délai ou les précautions à prendre, n’accompagnait la demande.

Heureux de voir que l’enfant était mis de côté, oublié, Kaddour déclara être ravi par la visite qu’on lui faisait ; il avait l’intention de se procurer les médicaments et les pataugas. Il trouvait plus judicieux en cette période froide de l’année, d’y ajouter des chaussettes, de bonnes chaussettes en coton, et, d’ores et déjà, il leur offrait d’échanger son beau fusil de chasse contre le leur, car il n’était pas dit qu’il laisserait repartir ses invités sans un geste fort.

C’est ainsi que je fus négocié, entre FLN et Kaddour, au désespoir de ma pauvre maman.

L’offensive lancée contre ma mère avait donc réussi ; elle n’aurait plus droit à son fils. Les tribunaux français l’avaient ignorée purement et simplement, ceux du FLN avaient marchandé son désespoir avec celui qui en était la cause, Kaddour ; parce qu’il possédait une voiture et pouvait leur servir, malgré son âge, d’agent de liaison et d’approvisionnement. Et de fait, il serait cet agent, s’occupant des familles des maquisards, transportant leurs femmes et leurs enfants d’un lieu à un autre, et achetant des médicaments ou des vêtements qu’il stockait chez lui avant de les acheminer au front. Quelques mois de cette activité clandestine et le voici devenu homme de confiance, promu membre à part entière de la nahia.

La facilité avec laquelle Kaddour accomplissait ses missions périlleuses, il la devait à un homme du nom de Marcellin, un colon de Mesrara, un vrai de vrai. C’était même lui qui prenait le volant de la voiture de Kaddour pour passer les contrôles et faire sortir la marchandise interdite de la ville jusqu’à son lieu de destination. C’est encore lui qui alerta Kaddour le jour où il apprit que son nom figurait sur une liste de suspects recherchés par l’armée – mais qui s’avèra être un homonyme de Kaddour. Et pour n’oublier personne, je mentionne le nom de Vittoux, un autre Français, carrément militaire celui-là, qui aidait en toute conscience Marcellin à aider Kaddour qui aidait le FLN… Le monde est fou, voilà pourquoi il ne faut jamais faire des jugements définitifs.   Mesrara n’a-t-elle aucune dette envers ces deux Français ? N’ont-ils pas fait plus que leur devoir en aidant ainsi les Algériens ? C’est triste à dire mais il semble que non. Mesrara les a effacés de sa mémoire. On dit que les hommes justes n’attendent jamais rien de personne. 

Désormais il sera établi une cache, un refuge, chez Kaddour, à Bozouima… C’est ainsi que j’ai assisté à la scène où des hommes armés venaient manger en silence des khfef à la maison. La scène où j’ai reçu une gifle mémorable de Kaddour pour l’avoir croisé dans le couloir. Ces hommes n’auraient pas été là, naturellement, si Malikan  ne s’était pas plainte auprès du FLN, et si Kaddour ne m’avait pas négocié pour me garder auprès de lui. 

Avec Marcellin à ses côtés et Vittoux en appui dans l’ombre, Kaddour avait ses entrées parmi les autorités coloniales. Il pouvait passer inaperçu, d’autant que les gens le saluaient par des «Sidi». De cette façon il pensait, peut-être, jouer sur les deux tableaux : le jour, il était avec les Français, la nuit parmi les moudjahidine, veillant assez tard avec eux dans la cache qu’il leur avait aménagée près de la maison. Et de fait, il prit l’habitude de se lever aux aurores, de passer toute la matinée en ville, de revenir déjeuner et faire une sieste, puis de repartir à Mesrara où il restait jusqu’à la tombée du soir. De cette façon, le «notable» Kaddour était sous surveillance des autorités, dans la lumière, et sous celle des fellagas, dans l’ombre. Lorsque Marcellin l’alerta qu’il faisait l’objet de recherches de la part des autorités françaises, Kaddour éloigna prudemment de Bozouima Djoher, les autres femmes, ainsi que les enfants — Nadhira, Zoulikha, Mustapha et moi. Ils allèrent tous se réfugier chez son beau-père à Serya. Mais l’alerte s’avèra fausse, les recherches concernaient en réalité un homonyme de Kaddour, un vague parent avec lequel il n’avait pas de lien. L’activité clandestine pouvait alors reprendre et Kaddour songeait à se réinstaller dans sa maison de Bozouima qu’il avait quittée depuis un peu plus de six mois et où l’abri qui y fut aménagé servait toujours.

Las, les Français furent informés de l’abri en question, par une dénonciation. Un autre abri avait été localisé et neutralisé, l’avant-veille, par le fait d’un certain Mokrane, épicier à Messrara. Dans cet abri, un homme avait été capturé, et interrogé sous la forme que l’on imagine. Il occupait une position relativement importante dans le FLN de la région. Quarante-huit heures de résistance passée, il livra tout ce qu’il savait, soit l’endroit de cinq abris implantés dans la région. En état de choc, une cagoule sur la tête, il les ramena donc directement à Bozouima au début de l’après-midi du troisième jour. Kaddour se trouvait sur la route qui le ramenait de Mesrara à Bozouima, lorsqu’un paysan l’informa que de nombreux soldats avaient été vus près de chez lui quelques heures auparavant. Il ne lui en fallait pas plus pour rebrousser chemin et foncer tout droit vers Serya, chez son beau-père – là où se trouvaient déjà Djoher et nous tous. Puis de là, quelques mois plus tard, vers Zyriad, à Alger, chez son frère Zoubir qui venait de mourir.

(A suivre)

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