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Tizi Ouzou
Sidi Bémol et
Ali Amrane font un tabac
Le rocker kabyle
est même fier de se produire devant le grand Greame Allwright qui
est son idole.
La soirée de
mercredi dernier fut mémorable pour le nombreux public qui a pris
place à la salle de spectacles de la maison de la culture
Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. En effet, les artistes qui se sont
succédé sur la scène, à savoir Ali Amrane, Zayen et Cheikh Sidi
Bemol ont fait vibrer les jeunes et les moins jeunes. Certains ont
«découvert» l’artiste Ali Amrane qui a interprété l’essentiel de son
répertoire dont les titres de son dernier album sorti l’an dernier,
comme «Reffdegh tavalist» (J’ai pris la valise), «Khali Slimane»
(Mon oncle Slimane), «Travail au noir» et bien d’autres chansons. Le
rocker kabyle est même fier de se produire devant le grand Greame
Allwright qui est son idole. Même ambiance de fête avec la montée
sur scène de la nouvelle révélation de la chanson moderne kabyle en
la personne de Zayen. Cheikh Sidi Bemol a , quant à lui, enflammé la
salle en interprétant avec une guitare sèche des titres de son
dernier album «Paris-Alger-Bouzeguene» ou de «Izlan Ivahriyen» (Les
chants des marins kabyles»). En somme, le public de Tizi Ouzou a eu
droit à une belle soirée artistique après le visionnage de films en
compétition ou en découverte du Festival du cinéma amazigh.
H.M.
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Entretien avec le chanteur Cheikh Sidi Bémol
«Je ne peux pas
m’enfermer dans un style musical»
Cheikh Sidi Bémol,
de son vrai nom Hocine Boukella, a fait en peu de temps une montée
fulgurante sur la scène artistique et a commencé à mettre sur le
marché des albums. Biologiste de formation, il s’est installé en
France depuis les années 1980 et a débuté dans le domaine de la
chanson en 1992. En tout, une dizaine d’albums. Il est surprenant
par la richesse de ses musiques fusionnant entre modernité et
tradition, mêlant différents styles tels que le rai, le chaâbi, le
gnawi, le blues et le rock, comme pour les langues d’ailleurs
puisqu’au fil de ses morceaux il passe de l’arabe vers le kabyle et
l’anglais. En somme, «un peu de tout pour faire une bonne sauce»
avec une voix chaude et rocailleuse. Son style musical est même
qualifié «d’inclassable et en mouvement continu». Nous l’avons
rencontré à Tizi Ouzou en marge du Festival du cinéma amazigh dont
il est membre du jury. Cheikh sidi Bemol (le maître de
l’autodérision) a bien voulu répondre à nos questions.
Le Jour
d’Algérie : Quel est votre sentiment en vous retrouvant chez vous
en Algérie ?
Cheikh Sidi
Bemol : Bien que je sois
revenu il y a quatre ans, j’ai toujours plein de souvenirs qui
remontent aujourd’hui. En somme, il y a toujours de l’émotion quant
on revient au pays.
Aujourd’hui,
vous êtes à Tizi Ouzou dans le cadre du Festival du cinéma amzigh.
Quelle est votre impression ?
Effectivement je
me trouve cette fois-ci à Tizi Ouzou pas pour chanter mais pour
regarder les films en tamazight avec mes collègues du jury et cela
me fait énormément plaisir.
Nous croyons
savoir qu’un nouvel album est fin prêt. Pouvez-vous nous en dire
plus ?
Oui. Je m’apprête
à mettre sur le marché un nouvel album intitulé «Paris-Alger-Bouzegune».
Ce nouveau produit est un mélange de berbère celtic groove qui
constitue une suite de ce que j’ai édité avec Thalweg en 2001.
Donc un style
complètement différent de l’avant-dernier album «Izlan Ivahriyen»
(Les chants marins kabyles». Vous avez habitué votre public à une
variété de vos produits. Quel est le secret de ce changement
constant ?
C’est mon amour
pour les musiques dans leur diversité, notamment algérienne.
J’aime ce que chantait cheikh Hamada ou Slimane Azem. Alors que je
compose en variant tous ces styles. Je ne veux pas m’enfermer dans
un seul style.
Vous
produirez-vous à nouveau sur scène en Algérie très bientôt ?
Oui, je compte
revenir en mai prochain pour une tournée en Algérie pour faire la
promotion de mon nouvel album. J’espère que cet album plaira à mon
public.
Propos
recueillis par Hamid Messir
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La pièce «Nouzha fi ghadeb» donnée en générale au TNA
Percevoir
l’absurdité autrement
La pièce Nouzha fi
ghadeb (Promenade dans la colère) mise en scène par Djamel Guermi et
adaptée par Nabil Asli a été donnée en générale, ce jeudi à la
grande salle du Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi à 19
heures en présence d’un public nombreux. Interprétée par douze
jeunes comédiens, l’œuvre est inspirée de la pièce «Promenade sur le
front» de l’auteur-dramaturge espagnol Fernando Arrabal et de
«La colère» d’Eugène Ionesco.
Pour le metteur en
scène, Djamel Guerni, Nouzha fi el ghadeb permet au public d’avoir
une approche et de percevoir l’absurde et la bêtise humaines tant le
monde actuel dans lequel chaque être humain évolue s’est
métamorphosé. C’est dans cette optique que Guermi, assisté par Nabil
Asli, ont pu reproduire sur les planches les différents espaces
scéniques, à savoir celui de la guerre, de la vie conjugale du
couple et de la speakerine. La pièce, en trois espaces scènes, est
interprétée avec succès par la troupe, dans un style
totalement «burlesque et ludique». La salle vibrait au rythme des
éclats de rire du public, entrecoupés par des éclats de lumière et
morceaux de musique accompagnant la scène. Le tout dans une ambiance
conviviale et artistique. Par ailleurs, il faut dire que la pièce a
été parfaitement présentée tant sur le plan technique que scénique.
Les effets lumineux et le son s’apparentant à de la musique
psychédélique invitent le public à voir et à se promener dans Nouzha
fi Ghadeb qui sera présentée également ce soir et demain à 19 heures
au TNA.
Des choses
banales et futiles, tout comme celles des histoires «frivoles» du
couple dont l’époux et l’épouse mènent une vie paisible et
«romantique» en pleine guerre et de l’autre côté, une famille pauvre
dont le seul souci est le rétablissement de la paix. Le couple qui
vit tantôt en paix tantôt en discorde, finit par se réconcilier par
un échange mutuel de cadeaux. Il y aussi un autre décor scénique qui
est la guerre médiatique incarnée par la comédienne Adila Bendimered
tenant le rôle d’une présentatrice du journal télévisé (speakerine).
Cette dernière a soutenu, devant les journalistes lors de
l’avant-première, que la pièce Nouzha fi ghadeb interprète la
contradiction, la différence et la dualité entre l’homme et la
femme. Toutefois, ces ingrédients de la vie contemporaine nous
imposent, par ricochet, une approche moderne de la perception de
l’absurdité. Le personnage incarné par Adila invite le spectateur à
relever la spontanéité de la comédienne. En tout cas, Nouzha fi
ghadeb est effectivement une promenade dans la réalité de deux
mondes coexistants mais différents.
Yazid Madi
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Festival du cinéma Amazigh
La satisfaction
des organisateurs
Les organisateurs
du Festival du film amazigh ont tenu un point de presse mercredi
pour une première évaluation des activités entrant dans le cadre de
cette manifestation. Le commissaire El Hachemi Assad n’a pas caché
sa «satisfaction» du succès de cette nouvelle édition dans sa
nouvelle version tout en reconnaissant que des «insuffisances» au
plan organisationnel ont été recensées durant les premiers jours du
festival. Pour expliquer les raisons des imperfections, il a mis
l’accent sur le nombre des festivaliers qui a atteint les 400 alors
que les prévisions initiales étaient fixées à 250 participants. Il a
imputé ces insuffisances à «l’engouement» suscité par ce festival.
Comme il n’a pas manqué aussi de rappeler que la subvention
attribuée par le ministère de la Culture et la Télévision nationale
reste insuffisante en l’absence de contribution financière des
sponsors privés. L’unique espace qui abrite l’essentiel des
projections et des activités du festival est aussi l’une des
contraintes auxquelles les organisateurs sont confrontés bien que la
première initiative du FNCAFA d’éclatement des projections dans pas
moins de 40 communes a été mise à contribution à l’effet de
permettre au maximum de cinéphiles de visionner les films en
compétition en plus de ceux du panorama. S’agissant de la qualité
des productions, les organisateurs soutiennent qu’il est trop tôt de
s’attarder sur cet aspect, rappelant que le festival n’a que dix
années d’existence, sans manquer d’énumérer quelques arguments,
notamment la fermeture de plus de 400 salles de cinéma à l’échelle
du territoire national dont 14 à Tizi Ouzou. L’autre satisfaction du
commissaire du FNCAFA est le retour du public dans les salles de
cinéma, à l’occasion de cette manifestation, et le lancement d’une
formation au profit des enfants de Aït Daoud et Ait Saâda de la
commune de Yatafen assurée par des encadreurs du festival de
Clermont-Ferrand qui sera couronnée par un film de courte durée à
projeter lors de la cérémonie de clôture ce samedi.
H. M.
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Lecture
Récit
d’enfance
Le FLN se
retourne contre Malika
Tard la nuit, deux
hommes à l’aspect misérable, deux fantômes, vinrent frapper à sa
porte. Kaddour leur ouvrit, un fusil à la main.
- Nous sommes la
justice du Front, annoncèrent-ils, nous venons prendre le sabiy et
le ramener à sa mère.
- Comment
prendriez-vous mon fils de mes mains ? hurla Kaddour, en brandissant
son arme.
- Il n’est pas
votre fils. Vous n’êtes ni son père, ni sa mère, mais seulement son
oncle.
- Je suis son
oncle, son père et sa mère. Je suis les trois à la fois, vous
entendez ! Qui doit m’enlever mon fils, doit d’abord m’enlever la
vie.
Il y eut un long
silence. Les fantômes se regardèrent entre eux puis s’en allèrent.
Ils revinrent la nuit qui suivit. Ils étaient maintenant trois, et
celui qui paraissait le chef, était armé d’un fusil de chasse qu’il
montrait ostensiblement.
- Ramenez-nous
immédiatement l’enfant, vieux.
- Vous faites une
erreur en voulant me le prendre, fit Kaddour avec beaucoup de
douceur. Préféreriez-vous que votre fils, en cas de malheur –Dieu
nous protège ! – soit confié à sa mère ou à votre frère ?
- C’est la
révolution qui prend les décisions sur terre, murmura le chef.
Cet homme était
posé et semblait avoir de l’autorité. Le visage de Kaddour
s’épanouit enfin, comme si à cette annonce, à ce mot de révolution,
une idée lui était venue – en fait, il avait passé de longs moments
à la mûrir.
- Entrez, je vous
prie... Il est bon votre fusil, mais le mien est plus neuf !
s’exclama-t-il, avec un large sourire. Malheureusement, à mon âge,
je n’en vois pas l’utilité. Je me demande… mais entrez d’abord vous
reposer un peu.
C’est de la bouche
de Kaddour même que je tiens le récit. Un repas fut servi aux trois
maquisards, qui avaient naturellement faim. Ils passèrent deux ou
trois heures à manger, boire du café et discuter de l’armée de la
révolution qui frappait l’ennemi partout où il se trouvait. Nous
sommes très nombreux mais il nous manque encore des moyens… Deux ou
trois heures pendant lesquelles il n’a plus été question de ramener
l’enfant à sa mère, mais seulement de la situation qui opposait le
FLN à la France et, au bout du compte, d’un message verbal du
responsable de la nahia à l’intention de Kaddour. Ce message lui
demandait de se procurer des médicaments et vingt paires de
pataugas — un chiffre tout ce qu’il y avait de précis. Aucune menace
explicite, ni aucune autre indication sur le délai ou les
précautions à prendre, n’accompagnait la demande.
Heureux de voir
que l’enfant était mis de côté, oublié, Kaddour déclara être ravi
par la visite qu’on lui faisait ; il avait l’intention de se
procurer les médicaments et les pataugas. Il trouvait plus judicieux
en cette période froide de l’année, d’y ajouter des chaussettes, de
bonnes chaussettes en coton, et, d’ores et déjà, il leur offrait
d’échanger son beau fusil de chasse contre le leur, car il n’était
pas dit qu’il laisserait repartir ses invités sans un geste fort.
C’est ainsi que je
fus négocié, entre FLN et Kaddour, au désespoir de ma pauvre maman.
L’offensive lancée
contre ma mère avait donc réussi ; elle n’aurait plus droit à son
fils. Les tribunaux français l’avaient ignorée purement et
simplement, ceux du FLN avaient marchandé son désespoir avec celui
qui en était la cause, Kaddour ; parce qu’il possédait une voiture
et pouvait leur servir, malgré son âge, d’agent de liaison et
d’approvisionnement. Et de fait, il serait cet agent, s’occupant des
familles des maquisards, transportant leurs femmes et leurs enfants
d’un lieu à un autre, et achetant des médicaments ou des vêtements
qu’il stockait chez lui avant de les acheminer au front. Quelques
mois de cette activité clandestine et le voici devenu homme de
confiance, promu membre à part entière de la nahia.
La facilité avec
laquelle Kaddour accomplissait ses missions périlleuses, il la
devait à un homme du nom de Marcellin, un colon de Mesrara, un vrai
de vrai. C’était même lui qui prenait le volant de la voiture de
Kaddour pour passer les contrôles et faire sortir la marchandise
interdite de la ville jusqu’à son lieu de destination. C’est encore
lui qui alerta Kaddour le jour où il apprit que son nom figurait sur
une liste de suspects recherchés par l’armée – mais qui s’avèra être
un homonyme de Kaddour. Et pour n’oublier personne, je mentionne le
nom de Vittoux, un autre Français, carrément militaire celui-là, qui
aidait en toute conscience Marcellin à aider Kaddour qui aidait le
FLN… Le monde est fou, voilà pourquoi il ne faut jamais faire des
jugements définitifs. Mesrara n’a-t-elle aucune dette envers ces
deux Français ? N’ont-ils pas fait plus que leur devoir en aidant
ainsi les Algériens ? C’est triste à dire mais il semble que non.
Mesrara les a effacés de sa mémoire. On dit que les hommes justes
n’attendent jamais rien de personne.
Désormais il sera
établi une cache, un refuge, chez Kaddour, à Bozouima… C’est ainsi
que j’ai assisté à la scène où des hommes armés venaient manger en
silence des khfef à la maison. La scène où j’ai reçu une gifle
mémorable de Kaddour pour l’avoir croisé dans le couloir. Ces hommes
n’auraient pas été là, naturellement, si Malikan ne s’était pas
plainte auprès du FLN, et si Kaddour ne m’avait pas négocié pour me
garder auprès de lui.
Avec Marcellin à
ses côtés et Vittoux en appui dans l’ombre, Kaddour avait ses
entrées parmi les autorités coloniales. Il pouvait passer inaperçu,
d’autant que les gens le saluaient par des «Sidi». De cette façon il
pensait, peut-être, jouer sur les deux tableaux : le jour, il était
avec les Français, la nuit parmi les moudjahidine, veillant assez
tard avec eux dans la cache qu’il leur avait aménagée près de la
maison. Et de fait, il prit l’habitude de se lever aux aurores, de
passer toute la matinée en ville, de revenir déjeuner et faire une
sieste, puis de repartir à Mesrara où il restait jusqu’à la tombée
du soir. De cette façon, le «notable» Kaddour était sous
surveillance des autorités, dans la lumière, et sous celle des
fellagas, dans l’ombre. Lorsque Marcellin l’alerta qu’il faisait
l’objet de recherches de la part des autorités françaises, Kaddour
éloigna prudemment de Bozouima Djoher, les autres femmes, ainsi que
les enfants — Nadhira, Zoulikha, Mustapha et moi. Ils allèrent tous
se réfugier chez son beau-père à Serya. Mais l’alerte s’avèra
fausse, les recherches concernaient en réalité un homonyme de
Kaddour, un vague parent avec lequel il n’avait pas de lien.
L’activité clandestine pouvait alors reprendre et Kaddour songeait à
se réinstaller dans sa maison de Bozouima qu’il avait quittée depuis
un peu plus de six mois et où l’abri qui y fut aménagé servait
toujours.
Las, les Français
furent informés de l’abri en question, par une dénonciation. Un
autre abri avait été localisé et neutralisé, l’avant-veille, par le
fait d’un certain Mokrane, épicier à Messrara. Dans cet abri, un
homme avait été capturé, et interrogé sous la forme que l’on
imagine. Il occupait une position relativement importante dans le
FLN de la région. Quarante-huit heures de résistance passée, il
livra tout ce qu’il savait, soit l’endroit de cinq abris implantés
dans la région. En état de choc, une cagoule sur la tête, il les
ramena donc directement à Bozouima au début de l’après-midi du
troisième jour. Kaddour se trouvait sur la route qui le ramenait de
Mesrara à Bozouima, lorsqu’un paysan l’informa que de nombreux
soldats avaient été vus près de chez lui quelques heures auparavant.
Il ne lui en fallait pas plus pour rebrousser chemin et foncer tout
droit vers Serya, chez son beau-père – là où se trouvaient déjà
Djoher et nous tous. Puis de là, quelques mois plus tard, vers
Zyriad, à Alger, chez son frère Zoubir qui venait de mourir.
(A suivre)
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M.Merkouche
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