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Affaire Achour Abderrahmane/ L’ex-DG de la BNA
appelé à la barre
«Je
n’étais pas au courant des manipulations»
Au
cours du troisième jour du procès de l’affaire BNA, une
dizaine d’autres accusés ont été interrogés par le
tribunal criminel près la cour d’Alger.
Entre
autres accusés, il y a lieu de citer l’ex-directeur
général de la Banque nationale d’Algérie, Chikhi Mourad,
l’adjoint du DG de l’agence de Cherchell, Kharroubi
Lakouas, l’inspecteur général de la BNA, Nadir Mohamed
ainsi que 4 commissaires aux comptes et un des associés
de l’accusé principal Achour Abderrahmanr, en
l’occurrence Kolaï Bachir. L’un des premiers accusés à
être interrogé par le juge est le chef du service des
chèques au niveau de l’agence BNA de Koléa. Ce dernier a
expliqué qu’un jour l’associé de Achour Abderrahmane,
Ainouche Rabah, est allé voir le directeur de l’agence
pour lui demander de lui ouvrir un compte bancaire au
nom de son entreprise Rudiprom en versant une somme de
20 000 DA. Il a indiqué que sa demande lui a été
accordée et qu’après trois jours il a retiré une autre
somme de 9 milliards de centimes. Il a révélé que Achour
Abderrahmane est son beau-frère et qu’il connaissait
Ainouche uniquement parce qu’il était l’ami et l’associé
de son beau- frère.
Toutefois, ce dernier a nié catégoriquement avoir signé
la moindre correspondance entre les agences de Bouzaréah
et de Cherchell. A une question du président de savoir
si Aïnouche l’aurait contacté pour l’ouverture d’un
compte bancaire au niveau de l’agence de Koléa, l’accusé
répond positivement. En réponse à une autre question de
savoir si Ainouche lui a demandé de l’aide, le prévenu
rétorque que ce n’est pas de l’aide puisque «n’importe
qui peut ouvrir un compte au niveau de n’importe quelle
agence BNA à l’échelle nationale». Il a ajouté que cette
opération est réglementaire. C’est à ce moment que le
juge, M. Benkharchi, a interrompu l’accusé en lui
demandant de lui expliquer pourquoi cela n’a eu lieu
qu’après l’intervention du directeur du réseau de
l’exploitation de la BNA, M. Amari.
«Moi
je n’y suis pour rien, Monsieur le président» a-t-il
répondu. «Est-ce que tu lui a remis un avis de
sortie ?» Et l’accusé répond qu’il ne l’a pas fait sous
injonction de son directeur. A propos de l’un des
associés de Achour Abderrahmane, à savoir Stouf Djamel,
le juge lui demanda si ce dernier était venu pour ouvrir
un compte au niveau de cette même agence. A cette
question l’accusé répond par la négative.
«Abderrahmane
Achour est un client particulier de la BNA»
Interrogé à son tour, l’adjoint de l’agence BNA de
Cherchell, Kharroubi Lakoues, a révélé que le directeur
de cette agence lui présentait personnellement tous les
gros clients de l’agence et que parmi eux il y avait
Achour Abderrahmane.
Concernant les chèques sans provision de Achour
Abderrahmane, lesquels ont été enregistrés au niveau de
cette agence, il a indiqué qu’il avait averti son
responsable, en l’occurrence Ben Miloud, à plusieurs
reprises et que ce dernier lui disait qu’il s’agissait
là d’un client d’un genre particulier (Achour
Abderrahmane). Il lui disait qu’il n’y avait pas de quoi
s’inquiéter puisque ce client avait plusieurs biens
immobiliers qui peuvent servir de garantie. Le directeur
général de la BNA, Chikhi Mourad a, quant à lui, rejeté
en bloc la responsabilité de ce qui s’est passé au
niveau des agences incriminées dans cette affaire. «Je
n’étais pas au courant des manipulations qui se
tramaient dans ces agences et si j’avais le moindre
doute j’aurai prévenu les services concernés pour
prendre les dispositions nécessaires pour arrêter cela»
a-t-il répondu.
Ce
dernier a indiqué qu’il n’a jamais entendu parler de
Achour Abderrahmane et de sa clique et qu’il ignorait
que ce dernier avait un contentieux avec la BNA et que
l’affaire était en justice. En 2003, Achour Abderrahmane
avait contracté un crédit d’une valeur de 7 milliards de
DA sans honorer ses engagements-.
Il a
indiqué également qu’il était du ressort de la direction
du contentieux de prendre les mesures qui s’imposent
dans ce genre de cas, notamment en gelant le compte du
mis en cause dans cette affaire. Il y a lieu de
rappeler, dans ce sillage, que tout cela n’a pas été
fait et que Achour Abderrahmane a ouvert après cet
épisode 16 autres comptes bancaires au niveau des
différentes agences de la BNA. Rappelons également que
Chikhi Mourad a occupé le poste de directeur général de
la BNA de janvier 2001 à septembre 2005. Hors de lui, le
procureur de la République interpelle solennellement
l’ancien P-DG de la BNA en lui demandant de lui
expliquer ce qu’il faisait pendant que les caisses de
cette banque se vidaient. «2 100 milliards de centimes
sont partis en fumée sans que rien ne soit fait pour
l’économie nationale. Cet argent appartient à la nation
et tu es responsable ! si non qui est le responsable
alors», s’est-il révolté. A une question de savoir si
l’argent de la BNA était comptabilisé régulièrement,
M.
Chikhi répond par l’affirmative. Et à ce dernier de
révéler qu’en 2001 la BNA comptait 350 milliards DA, 450
milliards DA en 2002 et 600 milliards de DA en 2003. «Ce
ne sont pas les moyens qui vous manquent puisque vous
avez sous vos ordres des inspecteurs à l’intérieur et
l’extérieur mais c’est plutôt la rigueur qui vous a
manqué» a martelé le juge. Lorsque l’inspecteur général
de la BNA, Nadir Mohamed, est appelé à la barre, la
première question que lui pose le juge est : «Comment
n’êtes- vous pas arrivé à découvrir ces opérations
frauduleuses ?» Ce dernier répond que toutes ces
opérations étaient dissimulées avec la complicité des
responsables des agences mises en cause et qu’il était
de ce fait presque impossible de les dévoiler.
«Le
fait qu’au niveau de l’agence de Bouzeréah il y avait un
excès de liquidités par rapport aux autres agences, ne
vous a-t-il pas paru anormal et vous-même avez déclaré
puisque qu’il y avait plus de demandes que d’argent au
sein de ces agences et on pouvait facilement découvrir
les dysfonctionnements» a indiqué le juge. A propos des
accusations de l’inspecteur de Blida, en l’occurrence
Rekabi Ahmed, à l’encontre de Nadir Mouhamed, ce dernier
les rejette en bloc. Il y a lieu de rappeler que Rekabi
a indiqué que Nadir Mohamed lui a rédigé un ordre de
mission où il lui a délimité avec précision les missions
qu’il avait à accomplir et les entreprises à inspecter.
Selon ce dernier, les entreprises qui ont été
mentionnées dans cet ordre de mission étaient bien la
CEA et la SARL Nature + appartenant toutes les deux à
Achour Abderrahmane. Il a en outre indiqué que
l’entreprise décriée à savoir la Nationale A + n’a pas
été mentionnée dans ce document.
Pour
ce qui est de l’audition des commissaires aux comptes,
le tribunal criminel leur reproche de ne pas contrôler
les agences BNA mises en cause en six ans d’exercice.
Pour se défendre, ces derniers ont indiqué qu’ils
étaient censés contrôler 10% des 180 agences de la BNA.
Par
Salah Harirèche
L’humeur de Chaâbane
Un
livre, à quoi ça sert ?
A quoi
ça sert un livre ? A discuter avec quelqu’un, l’auteur,
censé être bien informé sur un sujet donné. Quelqu’un
qui restitue ses connaissances, son expérience de vie,
ses réflexions… Le lecteur en jugera. Il y a un rapport
marchand, forcément, dans cette transmission puisque
c’est un éditeur qui l’assure, à ses frais, donc à ses
risques. Lorsque c’est un bon éditeur. Accessoirement,
c’est le libraire aussi. De ce point de vue, ni l’auteur
ni le lecteur ne s’exposent vraiment. En Algérie, il
existe peu d’auteurs, peu d’éditeurs, peu de lecteurs et
peu de libraires. A quoi ça sert un livre alors ?
Jusqu’ici, pourtant, on ne lui trouve pas de substituts.
La télévision, Internet, le théâtre, le cinéma, les
journaux, aucun de ces moyens ne peut remplacer le
livre. Avec lui, on prend le temps d’aller loin, à sa
guise, sur des sujets de qualité, et on apprend
beaucoup, durablement, intensément. On partage. Les
livres doivent exister à profusion et mis à la portée de
tous. C’est le rôle de l’Etat. Sans parler du privé, il
existe trois «grands» éditeurs publics, l’Anep, l’Enag
et l’OPU. A eux trois, ils produisent au mieux une
centaine d’ouvrages chaque année. Très insuffisant. On
en produit dix mille en Espagne. Beaucoup de
traductions. Le secret de la culture du livre, c’est la
traduction. La renaissance, le progrès, la civilisation,
c’est la traduction. Après la reconquista chrétienne, ou
la chute de l’Andalousie si on préfère, les Espagnols
ont commencé à traduire les ouvrages musulmans qu’ils
ont trouvés chez eux. Ils ont mis de côté ceux qui ne
parlent que de l’islam et se sont intéressés à tous les
autres. C’est ainsi qu’ils ont pris connaissance de la
Grèce, qu’ils en ont fait le berceau de leur
civilisation, et que l’Occident est né. L’Ecole de
Tolède, le lieu où ce «passage de témoins» s’est opéré,
existe toujours. Sur les 10 000 ouvrages annuellement
publiés en Espagne, la moitié est constituée de
traductions. En France, chaque ouvrage que se propose de
traduire un éditeur, est subventionné par l’Etat. Un
grand éditeur comme Acte Sud ne publie que des
traductions et ne vit que de subventions étatiques.
L’Algérie ne traduit pas, et se traduit à peine
elle-même, je veux dire, entre l’arabe et le français,
ses propres auteurs. Des ouvrages fondamentaux, anciens
ou récents, n’existent toujours pas chez nous, dans une
langue ou une autre. Un Haut conseil de la traduction
existe pourtant chez nous, depuis quelques années.
L’ignorance. N’est-ce pas l’ignorance qui est cause de
tous les problèmes, en particulier lorsqu’elle se drape
de connaissance ? Car le problème, en vérité, n’est pas
tant de ne pas savoir que de croire que l’on sait. Il
n’y a pas pire. Si le livre se porte tellement mal chez
nous, c’est surtout parce que nous croyons déjà tout
savoir, parfois pour avoir seulement entendu des
charlatans nous expliquer le monde en deux trois mots.
Un Livre à nul autre pareil qui devient une recette de
cuisine. La négligence de l’Etat en ce domaine n’est que
le reflet de ce que nous sommes en réalité.
Par
Abane Chaabane
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