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En signe de solidarité
K-reem Chaker
offre son dernier album aux enfants défavorisés
Algérie debout est
le titre du dernier album de l’artiste algérien K-reem Chaker, dont
les bénéfices sont destinés gracieusement aux enfants défavorisés et
vivant dans des conditions difficiles.
Cet artiste,
auteur-compositeur et interprète des titres de son album, a exprimé,
lors d’un point de presse organisé lundi dernier à Alger, sa volonté
d’œuvrer au profit des enfants pauvres du pays, précisant que son
action «n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan» en espérant ainsi
sensibiliser d’autres personnes du monde de l’art pour «favoriser ce
genre d’initiatives». Interrogé sur l’idée de consacrer les
bénéfices de son album aux enfants algériens démunis,
K-reem Chaker
s’est dit plus concerné par la situation des enfants de son pays,
puisqu’il a déjà participé dans des manifestations artistiques à
l’étranger, consacrées aux enfants pauvres dans le monde, notamment
ceux de l’Afrique, de l’Irak et du Liban. Il a indiqué, à cet égard
: «J’ai aidé par ma musique beaucoup de personnes dans le monde,
pourquoi pas mes frères et sœurs ?», ajoutant qu’en tant qu’artiste
il se sent «abattu en voyant des enfants vivre dans des conditions
déplorables».
K-reem Chaker,
dont la vie est partagée entre les deux rives de la Méditerranée, a
expliqué que le monde des adultes est «assez mûr pour réfléchir et
distinguer le bien du mal», raison pour laquelle, «ils (adultes)
devraient accorder plus d’attention aux enfants, notamment ceux qui
vivent dans des conditions défavorables». Pour lui, ce genre
d’actions humanitaires «doit se généraliser davantage» dans le monde
artistique algérien, et ce, par l’organisation de concerts, de
tournées et la production d’albums collectifs réalisés spécialement
dans le souci «de réduire la misère des enfants et leur permettre de
mener une vie normale dans l’innocence et la joie». Dans ce cadre,
il envisage l’organisation d’une tournée nationale dans les
prochains mois avec d’autres artistes algériens. L’album Algérie
debout, enregistré en France et édité en Algérie par Soli Music et
Cadic contient huit (8) titres dont deux (2) sont des reprises. Les
principaux titres de l’album en question, écrits et composés par
K-reem Chaker sont Algérie debout, Keiti, Bienvenue chez moi, Babour
Tassili, Oxy-jeune et Dis-le moi qu’une fois, dont le style est un
métissage entre les musiques raï, rap, hip-hop et la musique
orientale.
Hacène K.
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Littérature
Tahar Ben
Jelloun, un écrivain controversé
Ben Jelloun est
l’écrivain marocain le plus célèbre, aussi bien au Maghreb qu’en
Europe. Connu d’abord par son premier récit qui a la fâcheuse
réputation d’être un roman à scandale, il est paré d’une grande
notoriété depuis le prix Goncourt qui lui a été décerné en 1988 pour
La Nuit sacrée.
Les débuts de carrière de Tahar Ben Jelloun (né à Fès en 1944) sont
d’abord marqués par le journalisme (1971) où il exprime ses opinions
et fait valoir sa formation philosophique avant de présenter son
doctorat de 3e cycle en psychiatrie sociale. Le contact avec les
lecteurs et les auditeurs est aussi maintenu par une chronique
hebdomadaire sur les ondes de Médi I depuis 1983. Même si
l’existence de l’écrivain est partagée entre Paris et Tanger où il a
élu domicile depuis qu’il a quitté Fès en 1955, Ben Jelloun est de
plus en plus sollicité par les mass-média occidentaux pour toutes
les questions en rapport avec le monde arabe, et plus spécialement
les problèmes concernant les communautés immigrées qui retiennent
son attention depuis les débuts de sa carrière. Ses écrits audacieux
soulèvent des réticences. Il n’empêche qu’il est étudié dans les
Universités et demeure à certains égards une référence même si on
lui reproche parfois d’écrire en français. Dans son ensemble,
l’œuvre de Ben Jelloun verse dans le conte, la légende, les rites
maghrébins, les mythes ancestraux... Cependant, l’originalité de cet
écrivain réside dans son art de saisir tous les aspects de la
tradition et de la culture maghrébine en une symbiose très
singulière avec le vécu quotidien et les problèmes sensibles de la
société pris dans les vertiges de la mémoire et de l’imaginaire en
gestation. D’où une écriture qui dérange par ses modalités et ses
thèmes privilégiés mettant en scène des sujets tabous ou des êtres
exclus de la parole. «Enfance saccagée», prostituée, immigré, fou
combien sage, homme-femme, et tant d’autres figures livrées à
l’errance peuplent l’univers romanesque de Ben Jelloun. Ces
spécimens de la société qui sont refoulés dans le silence ou
l’indifférence présentent une silhouette à la fois singulière et
étrange. Leur profil emblématique est aussi un support symbolique
qui permet d’aborder le langage inter-dit en relation avec le corps,
la sexualité ou le statut de la femme. Langage souvent irritant pour
le lecteur conformiste d’autant plus que celui-ci est pris dans les
dédales d’une écriture chaotique. Confronté au leurre et à la
discontinuité, il se heurte au récit impossible. En effet, dès ses
premiers romans, et plus particulièrement Harrouda et Moha le fou,
Moha le sage, on assiste à la mise en spectacle du corps féminin à
travers toute sa violence érotique. Si le sujet surprend et bouscule
le lecteur conformiste, les processus d’une écriture complexe
redoublent les difficultés d’interprétation. Cependant, avec La
Prière de l’absent et L’Enfant de sable, les romans de Ben Jelloun
semblent retrouver un profil plus sécurisant en offrant un aspect
plutôt conforme au schéma du roman traditionnel, du moins en
apparence. Néanmoins, quelles que soient les formes de ces récits,
les êtres marginalisés par le discours officiel et le drame du corps
exclu demeurent au cœur même des stratégies de cette écriture. Le
public marocain, et de manière générale le lecteur maghrébin,
essentiellement entre 1950 et 1970, réclame un écrivain témoin de
son époque et idéologiquement «engagé». Or, si notre romancier
s’intéresse au drame de l’immigré, à la prostituée, au fou..., il
n’a point pour objet de reproduire des schémas ou des portraits
d’êtres familiers directement reconnaissables. Ses personnages qui
émanent du conte, de la légende et du mythe existent essentiellement
dans un monde onirique. Il s’agit d’êtres livrés dans l’errance à
travers les désordres de la mémoire et l’insubordination de
l’imaginaire. Dans la mesure où la sensibilité poétique de
l’écrivain est en rupture avec les pratiques conventionnelles, cette
conception du roman peut rebuter le lecteur ou au contraire stimuler
un intérêt singulier. Le réel qui n’est point exclu de l’univers
romanesque de T. Ben Jelloun se poursuit sur des parcours
parallèles. Lorsque l’écriture s’engage dans le rêve et le délire,
elle fait appel à notre pouvoir de déchiffrer les signes au-delà des
schémas figés de la représentation. Le lecteur est alors invité à se
mettre à l’écoute de l’étrangeté des discours investis. C’est ce
qu’on peut aisément relever dans l’écriture romanesque dès la
parution de Harrouda. A travers tous ces parcours romanesques, se
dégagent des rapports de force aliénant l’équilibre socio-culturel.
L’écriture de Ben Jelloun évolue de plus en plus vers la mise en
orbite d’une figure dominante pourvue d’une mémoire et d’un passé
inoubliables. Mémoire collective plus ou moins imprégnée par
l’errance dans un univers des symboles, du rêve, du délire, du
mythe, des fantasmes, de la légende et de l’imaginaire maghrébin. Le
réel cohabite avec l’invraisemblable dans une symbiose toute
singulière. Le démantèlement du discours officiel s’effectue par la
déréalisation des dires, la production de simulacres, la
délocalisation des normes... L’économie de la fabulation et des
investissements symboliques oeuvrent aussi pour la démystification
du corps hautement sexualisé tout en célébrant les dires
occultés.
R. C.
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