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Saïd Abi, dessinateur de presse
«La caricature
ne doit pas justifier les dérives»
- Comment
êtes-vous venu à la caricature ?
Comme c’est le cas
de tous les dessinateurs de presse, la passion, pour le dessin, en
général, et celui de presse, par la suite, vous vient dès le jeune
âge. Vous aimez reproduire les personnages de bandes dessinées et de
dessins animés qui marquent votre enfance. L’amour pour le dessin se
fortifie. Vous reproduisez les personnages de bandes dessinées et de
dessins animés influant sur votre enfance. La moindre manifestation
culturelle où il est question de concours ou d’exposition de dessin
peut suffire pour vous rendre heureux. Je ne ratais aucun concours
de bandes dessinées organisé, au milieu des années 1980, par le
comité des fêtes de la ville d’Alger, en plus d’une exposition, en
1987, à Charleroi, en Belgique. Pour revenir à votre question
concernant mes débuts de caricaturiste, c’est en 1990 qu’Abdelghani,
un des actionnaires de l’hebdomadaire l’Evénement est venu me voir
pour me proposer de me rallier à l’équipe rédactionnelle du journal
qui était en constitution. Au passage, je rends un hommage au
regretté Rabah Afredj que j’ai eu l’honneur de connaître dans ce
journal où j’ai fait mes débuts dès son démarrage. J’ai, par la
suite, travaillé et contribué dans d’autres publications comme El
Manchar, le Soir d’Algérie, le Matin et l’Authentique.
- Le dessin
est-il si important pour vous ?
Le dessin est très
important pour moi du fait qu’il est, notamment, un moyen
d’expression. Il me permet de dire des choses que je ne pourrai dire
en mille mots.
- Il n’est pas
évident que le dessinateur de presse soit inspiré chaque jour ?
On ne sait pas
quand ni comment naissent les idées. Il est des jours où il y a ce
spectre de la page blanche. Vous pourrez mettre des heures et des
heures à réfléchir sans que vous arriviez à pondre une idée, en
revanche, on peut voir naître en nous une idée en une fraction de
seconde, même si vous n’y réfléchissiez pas. C’est ce qu’on appelle
inspiration. Celle-ci peut être provoquée par une scène, une parole,
un geste.
- On remarque
que tes dessins ne sont pas beaucoup chargés…
Contrairement à la
bande dessinée où il faut situer le personnage dans les lieux, dans
la caricature le dessin constitue un support au message. Moins il
est chargé, moins le lecteur est fatigué, ou si voulez, plus il est
léger, plus le lecteur se concentre sur l’idée contenue dans ce
dessin.
- Quelle est la
différence entre un bédéiste et un caricaturiste ?
Au plan forme, la
différence réside dans le fait qu’un bédéiste (dessinateur de bande
dessinée ) exprime une idée par toute une planche, tandis que le
caricaturiste peut exprimer son idée dans un seul dessin. Le
bédéiste exprime une idée par un récit. Ceci dit, chacun de ces arts
a ses propres particularités. Par exemple, la Belgique où existent
des écoles de bande dessinée, de caricature, de dessin
d’illustration, illustre la différence entre toutes ces formes
d’art. Chacune de ces écoles a ses propres méthodes de travail.
- Le
dessinateur avoue ne pas vouloir se poser la question des limites à
ne pas franchir. Quel avis portez-vous là-dessus ?
Les limites
doivent exister, faute de quoi il n’y aura pas de débuts. Il y a
peut-être l’appellation qui peut remplacer le mot «limites».
L’exemple le plus simple est le concept de la liberté. La liberté
des uns s’arrête là où commence celle des autres.
- Le comique
est très important dans la dénonciation car, avec l’humour et la
satire on peut se permettre de dire tant de choses. Etes-vous de cet
avis ?
Le dessin de
presse, humoristique ou tout autre moyen d’expression est un outil
important de communication et, de ce fait, d’échanges
d’informations, à la différence de cette touche propre au dessin
satirique, qui fait que lorsque vous arrivez à rire d’une situation
où il est question de dénonciation ou de critique, le message passe
mieux car, on n’oublie pas rapidement un dessin qui réussit à nous
faire rire sur une situation qui, pourtant, ne prête pas au rire. Du
moins selon les normes en vigueur.
- En tant que
caricaturiste, quelle est votre position sur l’affaire scandaleuse
des caricatures du Prophète l’hiver dernier ?
En tant qu’être
humain et lecteur, de telles attaques sont, tout simplement, et sans
détour, condamnables. S’attaquer aux prophètes, envoyés de Dieu et
représentant une croyance et une conviction religieuse doit être
condamné par l’opinion publique internationale. La liberté
d’expression ne justifie aucunement de telles dérives.
En tant que
caricaturiste, je ne connais pas l’intention de l’auteur de ces
dessins. Ces dessins ont-ils été réalisés dans le but de nuire ?
A-t-il été piégé par le fait accompli engendré par la colère
compréhensive, au demeurant, de la communauté musulmane, ne pouvant,
donc, pas s’excuser ou s’expliquer ? Une chose est sûre, la
caricature, comme tout autre moyen d’expression et de communication,
est une forme d’art qui ne doit, en aucun cas, être utilisée dans le
but de nuire aux croyances musulmane, juive ou chrétienne.
- Je pose ma
question autrement : on dit que le dessinateur est pessimiste sur
l’avenir des relations entre la BD, l’art en général et la religion.
Qu’en pensez-vous ?
L’affaire des
caricatures danoises a illustré ce «choc», si vous voulez, mais a,
également, été une occasion malheureuse, il faut le dire, pour
lancer le débat. Je pense qu’un débat ne peut être que bénéfique
pour ces relations.
- Vous
imposez-vous une certaine autocensure dans le quotidien pour lequel
vous travaillez ?
L’autocensure, en
Algérie, du moins en ce qui concerne la caricature, n’est, sûrement,
pas plus fréquente ou plus importante que dans les pays dits
chantres de la démocratie.
Il faut souligner,
également, que s’attaquer à la vie privée des personnes, à leurs
convictions religieuses, à leur liberté individuelle ou collective,
devrait être condamné par tous.
- Dans vos
dessins, vous vous caractérisez avec une signature, un os. Que
représente pour vous ce signe distinctif ? Est-ce un os avalé de
travers ?
C’est un os jeté
en pâture (rire). Non, c’est une signature en os sans chair! (éclat
de rire).
Propos
recueillis
par Hacène K.
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M.Merkouche
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