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Saïd Abi, dessinateur de presse

«La caricature ne doit pas justifier les dérives»

 22/10/06

 

 Saïd Abi, dessinateur de presse

«La caricature ne doit pas justifier les dérives»

- Comment êtes-vous venu à la caricature ?

Comme c’est le cas de tous les dessinateurs de presse, la passion, pour le dessin, en général, et celui de presse, par la suite, vous vient dès le jeune âge. Vous aimez reproduire les personnages de bandes dessinées et de dessins animés qui marquent votre enfance. L’amour pour le dessin se fortifie. Vous reproduisez les personnages de bandes dessinées et de dessins animés influant sur votre enfance. La moindre manifestation culturelle où il est question de concours ou d’exposition de dessin peut suffire pour vous rendre heureux. Je ne ratais aucun concours de bandes dessinées organisé, au milieu des années 1980, par le comité des fêtes de la ville d’Alger, en plus d’une exposition, en 1987, à Charleroi, en Belgique. Pour revenir à votre question concernant mes débuts de caricaturiste, c’est en 1990 qu’Abdelghani, un des actionnaires de l’hebdomadaire l’Evénement  est venu me voir pour me proposer de me rallier à l’équipe rédactionnelle du journal qui était en constitution. Au passage, je rends un hommage au regretté Rabah Afredj que j’ai eu l’honneur de connaître dans ce journal où j’ai fait mes débuts dès son démarrage. J’ai, par la suite, travaillé et contribué dans d’autres publications comme El Manchar,  le Soir d’Algérie, le Matin et l’Authentique.

- Le dessin est-il si important pour vous ?

Le dessin est très important pour moi du fait qu’il est, notamment, un moyen d’expression. Il me permet de dire des choses que je ne pourrai dire en mille mots.

- Il n’est pas évident que le dessinateur de presse soit inspiré chaque jour ?

On ne sait pas quand ni comment naissent les idées. Il est des jours où il y a ce spectre de la page blanche. Vous pourrez mettre des heures et des heures à réfléchir sans que vous arriviez à pondre une idée, en revanche, on peut voir naître en nous une idée en une fraction de seconde, même si vous n’y réfléchissiez pas. C’est ce qu’on appelle inspiration. Celle-ci peut être provoquée par une scène, une parole, un geste.

- On remarque que tes dessins ne sont pas beaucoup chargés…

Contrairement à la bande dessinée où il faut situer le personnage dans les lieux, dans la caricature le dessin constitue un support au message. Moins il est chargé, moins le lecteur est fatigué, ou si voulez, plus il est léger, plus le lecteur se concentre sur l’idée contenue dans ce dessin.

- Quelle est la différence entre un bédéiste et un caricaturiste ?

Au plan forme, la différence réside dans le fait qu’un bédéiste (dessinateur de bande dessinée ) exprime une idée par toute une planche, tandis que le caricaturiste peut exprimer son idée dans un seul dessin. Le bédéiste exprime une idée par un récit. Ceci dit, chacun de ces arts a ses propres particularités. Par exemple, la Belgique où existent des écoles de bande dessinée, de caricature, de dessin d’illustration, illustre la différence entre toutes ces formes d’art. Chacune de ces écoles a ses propres méthodes de travail.

- Le dessinateur avoue ne pas vouloir se poser la question des limites à ne pas franchir. Quel avis portez-vous là-dessus ?

Les limites doivent exister, faute de quoi il n’y aura pas de débuts. Il y a peut-être l’appellation qui peut remplacer le mot «limites». L’exemple le plus simple est le concept de la liberté. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

- Le comique est très important dans la dénonciation car, avec l’humour et la satire on peut se permettre de dire tant de choses. Etes-vous de cet avis ?

Le dessin de presse, humoristique ou tout autre moyen d’expression est un outil important de communication et, de ce fait, d’échanges d’informations, à la différence de cette touche propre au dessin satirique, qui fait que lorsque vous arrivez à rire d’une situation où il est question de dénonciation ou de critique, le message passe mieux car, on n’oublie pas rapidement un dessin qui réussit à nous faire rire sur une situation qui, pourtant, ne prête pas au rire. Du moins selon les normes en vigueur.

- En tant que caricaturiste, quelle est votre position sur l’affaire scandaleuse des caricatures du Prophète l’hiver dernier ?

En tant qu’être humain et lecteur, de telles attaques sont, tout simplement, et sans détour, condamnables. S’attaquer aux prophètes, envoyés de Dieu et représentant une croyance et une conviction religieuse doit être condamné par l’opinion publique internationale. La liberté d’expression ne justifie aucunement de telles dérives.

En tant que caricaturiste, je ne connais pas l’intention de l’auteur de ces dessins. Ces dessins ont-ils été réalisés dans le but de nuire ? A-t-il été piégé par le fait accompli engendré par la colère compréhensive, au demeurant, de la communauté musulmane, ne pouvant, donc, pas s’excuser ou s’expliquer ? Une chose est sûre, la caricature, comme tout autre moyen d’expression et de communication, est une forme d’art qui ne doit, en aucun cas, être utilisée dans le but de nuire aux croyances musulmane, juive ou chrétienne.

 - Je pose ma question autrement : on dit que le dessinateur est pessimiste sur l’avenir des relations entre la BD, l’art en général et la religion. Qu’en pensez-vous ?

L’affaire des caricatures danoises a illustré ce «choc», si vous voulez, mais a, également, été une occasion malheureuse, il faut le dire, pour lancer le débat. Je pense qu’un débat ne peut être que bénéfique pour ces relations.

- Vous imposez-vous une certaine autocensure  dans le quotidien pour lequel vous travaillez ?

L’autocensure, en Algérie, du moins en ce qui concerne la caricature, n’est, sûrement, pas plus fréquente ou plus importante que dans les pays dits chantres de la démocratie.

Il faut souligner, également, que s’attaquer à la vie privée des personnes, à leurs convictions religieuses, à leur liberté individuelle ou collective, devrait être condamné par tous.

- Dans vos dessins, vous vous caractérisez avec une signature, un os. Que représente pour vous ce signe distinctif ? Est-ce un os avalé de travers ?

C’est un os jeté en pâture (rire). Non, c’est une signature en os sans chair! (éclat de rire).

Propos recueillis

par Hacène K.

 

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