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Le python introuvable

Psychose à Mohammadia

 

 22/11/06

 

Le python introuvable

Psychose à Mohammadia

Le feuilleton du python, qui terrorise les habitants de la cité des 618 logements de Mohammadia, continue d'alimenter la chronique quotidienne de cette localité.

Plongé dans une léthargie quasi-totale, ce quartier occupe les devants de l’actualité depuis 15 jours. Dans les cafés, les échoppes, partout, on ne parle que de ce reptile jusque-là inconnu. La psychose est à son paroxysme. Dans ce quartier populaire d’Alger, tous les arbres sont sarclés de peur que cet animal ne s’y abrite. Tous les coins et recoins sont nettoyés. Lors d’une virée que nous avons effectuée, hier, sur les lieux, il nous a été permis de constater de visu la panique, pour ne pas dire la psychose, qui s’est emparée de la population. Hormis un manœuvre, un jeune garçon et un vieil homme, pas âme qui vive. Les habitants, par mesure de précaution, se sont résignés à se cloîtrer chez eux, en attendant la capture de l’animal. Les rumeurs vont bon train. Des versions aussi abracadabrantes qu’extraordinaires nous été fournies par les riverains, qui affirment vivre des moments angoissants depuis l’apparition du python. Toutefois, la version qui semble plus authentique est celle que nous avons recueillie auprès d’un vieil habitant rencontré près du bâtiment dans lequel le python a été aperçu il y a de cela deux semaines. Voici le témoignage. «Il y a près de quinze jours, un employé chargé de nettoyer la cave du bâtiment 11 de la cité des 618 logements a dû blesser avec sa pioche l’animal. Ce dernier l’a tout de suite attaqué et le jeune en question n’a dû son salut qu’à ses jambes. Après l’avoir vu dans un état d’hébétement, nous lui avons demandé les raisons de sa peur. Celui-ci nous a fait part de l’existence d’un serpent à l’intérieur de la cave. Au départ, nous avons cru que ce n’était qu’un serpent ordinaire. Cependant, après avoir alerté la Protection civile, qui s’est dépêchée sur les lieux, il s’est avéré qu’il s’agissait d’un dangereux python». Après une brève pause, l’octogénaire reprend le fil du récit : «De gros moyens ont été dépêchés par les éléments de la Protection civile sur les lieux en vue d’attraper le typhon. A l’aide de marteaux-piqueurs, le bas des murs de la bâtisse dans laquelle le reptile s’est lové ont été troués». Malheureusement, affirme le vieil homme d’un air inquiet, l’animal, qui devait entendre le bruit des engins a dû fuir. Notre interlocuteur, qui n’a pas caché son inquiétude, s’est demandé «pourquoi les autorités qui se sont déplacées sur les lieux, puis identifié le serpent, nous ont abandonnés à notre sort».

Finies les veillées

Sachant le danger que représente cet animal, les habitants de cette cité ont pris des mesures à même d’éviter qu’un drame ne survienne. Ainsi, les petits garçons, qui ont l’habitude de jouer dans la cour après l’école, ne sortent plus. Leurs parents ont préféré les mettre à l’abri en les gardant à la maison. On avance ici et à là que la taille de ce python va de

5 à 6 mètres.

Les jeunes, qui ont l’habitude de veiller dans les cages d’escaliers,  sont obligés d’y renoncer. Le reptile peut apparaître à n’importe quel  moment. C’est pour cette raison que les jeunes n’ont pas osé rester la nuit, de peur de se faire mordre par «l’intrus». «Nous avons décidé de ne pas rester dans les cages d’escaliers au-delà de 18 heures même si nous aimons bien discuter entre amis dans ces endroits. Notre peur est grande parce que nous ne savons rien de cet animal que l’on dit très dangereux. On nous avance qu’une seule de ses morsures peut vous tuer en quelques secondes. Franchement, nous vivons la peur au ventre. Il est du devoir des responsables, notamment les spécialistes, d’attraper cet animal pour mettre un terme à l’angoisse qui nous taraude», nous dira, presque suppliant Touhami, un jeune habitué des «qâada» dans les cages d’escaliers. L’on peut aisément comprendre le désarroi de ces jeunes qui n’ont comme lieux de loisirs qu’une cage d’escaliers.

Un python de Seba ?

Peut-être. En effet, de multiples types de pythons existent de par le monde, notamment en Asie, en Australie et en Afrique. D’après les descriptions faites autour de celui qui défraie la chronique en terre harrachie, il pourrait fortement s’agir d’un python de Seba qui a fait l’objet d’une étude par le Dr Gmelin en 1788. Il est un des pythons des plus longs après l’anaconda et le python réticulé. Il peut mesurer 6 m ou plus. Il vit en Afrique tropicale (Bénin) et centrale jusqu’au sud du Sahara. Les plaines et les savanes sont son milieu naturel. Son aspect a une teinte de base brune, qui varie du brun noir au brun rouge sur le dos, et a des marques claires en forme de demi-lune sur les flancs. Ce python a besoin d’un terrarium de type sec et sa température ambiante idéale pour lui se situe entre 25 et 32 °C, la nuit à 18 °C. Il peut vivre un an sans manger, et à sa taille adulte, il se nourrit d’antilopes. En captivité, on peut les remplacer par des poules ou de petits mammifères de type lapins, voire des rats. La femelle peut pondre jusqu’à 30 et 50 œufs, exceptionnellement 100, qui mesurent environ 16 cm de long sur 9 cm.

Elle les couve pendant 3 mois, au terme desquels ils donnent naissance à des jeunes mesurant de 60 a 70 cm de long. L’espèce s’est déjà souvent reproduite en captivité. Ce python hiberne de 2 à 4 mois. Il est le plus souvent agressif; certains sujets particulièrement vigoureux peuvent infliger de sévères morsures. Pour rappel, la presse nationale a rapporté, l’année passée, l’information faisant état de l’apparition, dans une école primaire, d’un serpent qui  serait sorti des sanitaires. En ce temps-là, personne ne savait s’il s’agissait d’un python ou d’un simple serpent. Aucune enquête n’a été diligentée pour faire toute la lumière sur cette histoire.

Ce qui est aussi le cas aujourd’hui. Mais la question qui se pose et qui mérite certainement réponse, c’est celle de savoir la provenance de ce reptile, d’autant plus que cette espèce n’existe pas dans notre pays. Si d’aucuns pensent que le python qui fait la vedette malgré lui n’est qu’un serpent, ceux initiés en zoologie avancent que cet animal a bel et bien été importé d’ailleurs. «Ce n’est un secret pour personne : le python a été importé».

«L’on se demande pourquoi il n’ y a pas eu d’enquête parce que cet animal en fugue constitue un danger énorme sur la vie des citoyens», dira encore Touhami, en remerciant Dieu que l’animal intrus n’a encore «mangé» personne.

Le quotidien des habitants de la cité des 618 logements de Mohammadia sera meublé de beaucoup d’histoires tant que le python n’est pas encore capturé.

D.O.

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