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Le python introuvable
Psychose à
Mohammadia
Le feuilleton du
python, qui terrorise les habitants de la cité des 618 logements de
Mohammadia, continue d'alimenter la chronique quotidienne de cette
localité.
Plongé dans une
léthargie quasi-totale, ce quartier occupe les devants de
l’actualité depuis 15 jours. Dans les cafés, les échoppes, partout,
on ne parle que de ce reptile jusque-là inconnu. La psychose est à
son paroxysme. Dans ce quartier populaire d’Alger, tous les arbres
sont sarclés de peur que cet animal ne s’y abrite. Tous les coins et
recoins sont nettoyés. Lors d’une virée que nous avons effectuée,
hier, sur les lieux, il nous a été permis de constater de visu la
panique, pour ne pas dire la psychose, qui s’est emparée de la
population. Hormis un manœuvre, un jeune garçon et un vieil homme,
pas âme qui vive. Les habitants, par mesure de précaution, se sont
résignés à se cloîtrer chez eux, en attendant la capture de
l’animal. Les rumeurs vont bon train. Des versions aussi
abracadabrantes qu’extraordinaires nous été fournies par les
riverains, qui affirment vivre des moments angoissants depuis
l’apparition du python. Toutefois, la version qui semble plus
authentique est celle que nous avons recueillie auprès d’un vieil
habitant rencontré près du bâtiment dans lequel le python a été
aperçu il y a de cela deux semaines. Voici le témoignage. «Il y a
près de quinze jours, un employé chargé de nettoyer la cave du
bâtiment 11 de la cité des 618 logements a dû blesser avec sa pioche
l’animal. Ce dernier l’a tout de suite attaqué et le jeune en
question n’a dû son salut qu’à ses jambes. Après l’avoir vu dans un
état d’hébétement, nous lui avons demandé les raisons de sa peur.
Celui-ci nous a fait part de l’existence d’un serpent à l’intérieur
de la cave. Au départ, nous avons cru que ce n’était qu’un serpent
ordinaire. Cependant, après avoir alerté la Protection civile, qui
s’est dépêchée sur les lieux, il s’est avéré qu’il s’agissait d’un
dangereux python». Après une brève pause, l’octogénaire reprend le
fil du récit : «De gros moyens ont été dépêchés par les éléments de
la Protection civile sur les lieux en vue d’attraper le typhon. A
l’aide de marteaux-piqueurs, le bas des murs de la bâtisse dans
laquelle le reptile s’est lové ont été troués». Malheureusement,
affirme le vieil homme d’un air inquiet, l’animal, qui devait
entendre le bruit des engins a dû fuir. Notre interlocuteur, qui n’a
pas caché son inquiétude, s’est demandé «pourquoi les autorités qui
se sont déplacées sur les lieux, puis identifié le serpent, nous ont
abandonnés à notre sort».
Finies les
veillées
Sachant le danger
que représente cet animal, les habitants de cette cité ont pris des
mesures à même d’éviter qu’un drame ne survienne. Ainsi, les petits
garçons, qui ont l’habitude de jouer dans la cour après l’école, ne
sortent plus. Leurs parents ont préféré les mettre à l’abri en les
gardant à la maison. On avance ici et à là que la taille de ce
python va de
5 à 6 mètres.
Les jeunes, qui
ont l’habitude de veiller dans les cages d’escaliers, sont obligés
d’y renoncer. Le reptile peut apparaître à n’importe quel moment.
C’est pour cette raison que les jeunes n’ont pas osé rester la nuit,
de peur de se faire mordre par «l’intrus». «Nous avons décidé de ne
pas rester dans les cages d’escaliers au-delà de 18 heures même si
nous aimons bien discuter entre amis dans ces endroits. Notre peur
est grande parce que nous ne savons rien de cet animal que l’on dit
très dangereux. On nous avance qu’une seule de ses morsures peut
vous tuer en quelques secondes. Franchement, nous vivons la peur au
ventre. Il est du devoir des responsables, notamment les
spécialistes, d’attraper cet animal pour mettre un terme à
l’angoisse qui nous taraude», nous dira, presque suppliant Touhami,
un jeune habitué des «qâada» dans les cages d’escaliers. L’on peut
aisément comprendre le désarroi de ces jeunes qui n’ont comme lieux
de loisirs qu’une cage d’escaliers.
Un python de
Seba ?
Peut-être. En
effet, de multiples types de pythons existent de par le monde,
notamment en Asie, en Australie et en Afrique. D’après les
descriptions faites autour de celui qui défraie la chronique en
terre harrachie, il pourrait fortement s’agir d’un python de Seba
qui a fait l’objet d’une étude par le Dr Gmelin en 1788. Il est un
des pythons des plus longs après l’anaconda et le python réticulé.
Il peut mesurer 6 m ou plus. Il vit en Afrique tropicale (Bénin) et
centrale jusqu’au sud du Sahara. Les plaines et les savanes sont son
milieu naturel. Son aspect a une teinte de base brune, qui varie du
brun noir au brun rouge sur le dos, et a des marques claires en
forme de demi-lune sur les flancs. Ce python a besoin d’un terrarium
de type sec et sa température ambiante idéale pour lui se situe
entre 25 et 32 °C, la nuit à 18 °C. Il peut vivre un an sans manger,
et à sa taille adulte, il se nourrit d’antilopes. En captivité, on
peut les remplacer par des poules ou de petits mammifères de type
lapins, voire des rats. La femelle peut pondre jusqu’à 30 et 50
œufs, exceptionnellement 100, qui mesurent environ 16 cm de long sur
9 cm.
Elle les couve
pendant 3 mois, au terme desquels ils donnent naissance à des jeunes
mesurant de 60 a 70 cm de long. L’espèce s’est déjà souvent
reproduite en captivité. Ce python hiberne de 2 à 4 mois. Il est le
plus souvent agressif; certains sujets particulièrement vigoureux
peuvent infliger de sévères morsures. Pour rappel, la presse
nationale a rapporté, l’année passée, l’information faisant état de
l’apparition, dans une école primaire, d’un serpent qui serait
sorti des sanitaires. En ce temps-là, personne ne savait s’il
s’agissait d’un python ou d’un simple serpent. Aucune enquête n’a
été diligentée pour faire toute la lumière sur cette histoire.
Ce qui est aussi
le cas aujourd’hui. Mais la question qui se pose et qui mérite
certainement réponse, c’est celle de savoir la provenance de ce
reptile, d’autant plus que cette espèce n’existe pas dans notre
pays. Si d’aucuns pensent que le python qui fait la vedette malgré
lui n’est qu’un serpent, ceux initiés en zoologie avancent que cet
animal a bel et bien été importé d’ailleurs. «Ce n’est un secret
pour personne : le python a été importé».
«L’on se demande
pourquoi il n’ y a pas eu d’enquête parce que cet animal en fugue
constitue un danger énorme sur la vie des citoyens», dira encore
Touhami, en remerciant Dieu que l’animal intrus n’a encore «mangé»
personne.
Le quotidien des
habitants de la cité des 618 logements de Mohammadia sera meublé de
beaucoup d’histoires tant que le python n’est pas encore capturé.
D.O.
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