Remerciements

Mme Naïma Mahmoudi 

En cette douloureuse épreuve suite à la disparition de mon époux Abderrahmane Mahmoudi,  je tiens à remercier le personnel et le collectif rédactionnel,  ainsi que toutes les personnes, proches ou moins proches, de tous bords, qui m’ont témoigné leur solidarité et m’ont apporté leur soutien dans ces moments difficiles. Pour avoir partagé la vie de cet homme qui aura été un mari aimant et prévenant, un père très proche de ses enfants qu’il disait falloir nécessairement armer de savoir, je pense être en mesure d’apporter un témoignage supplémentaire sur les idéaux et la foi qui animaient le défunt. Idéaux et foi que l’on peut résumer en une seule phrase : l’amour de l’Algérie. Il n’avait du reste de cesse de le dire et de l’écrire. Cet amour incommensurable  de l’Algérie, son pays, qu’il n’abandonnera jamais, lui donnera les ressources nécessaires pour rebondir à la suite du lâche attentat qui a ciblé l’Hebdo libéré en 1994 et durant lequel il a perdu son jeune frère. De même qu’il – l’amour de l’Algérie – lui permettra de faire face  avec une sérénité peu ordinaire à la maladie. Dans un Aich  Etchouf émouvant, il rendra public son cancer en promettant à ses lecteurs,  qu’il a remerciés, de continuer à lire le Jour d’Algérie, que «tant que le maradin oudal ne nous aura pas emporté, nous continuerons, pour notre part, à rester fidèles à notre métier et à nos lecteurs jusqu’au bout». Mais la faucheuse a eu raison de sa combativité et de son courage ce 15 février 2007. Il s’en est allé en toute dignité, sur la pointe des pieds. Pour ma part, je m’engage à poursuivre son combat. Le Jour d’Algérie et Les Débats se feront un devoir de suivre la voie tracée par leur fondateur. Les lecteurs, qu’ils soient ici remerciés du soutien apporté,  peuvent être rassurés que le quotidien et l’hebdomadaire ne dévieront pas de l’idéal porté jusqu’à sa disparition par Abderrahmane Mahmoudi.

Son épouse

Mme Naïma Mahmoudi 

 

 

Hommage à Mahmoudi

Les témoignages

 Mr Abderrahmane Mahmoudi décédé le jeudi 15 février 2007

Retour

Mahmoudi inhumé au cimetière de Garidi

Des funérailles dignes d’un grand homme

Cheikh Ezemli n’est plus

Un pince-sans-rire

M. Mahmoudi, reposez en paix

Du journalisme, de l’investigation…

Ce directeur, si modeste, si grand

Il a transcendé la maladie

Tête haute dans la vie, digne dans la mort

Une belle plume de combat

Pour nous, un exemple

Quand il s’en va, un grand journaliste reste éternel

Après un long combat, le répit

…Et l’espoir continue

Générosité et collégialité

Une grande famille au travail Par Abderrahmane Mahmoudi (Article paru le 30 novembre 2006)

Impressions de journalistes

Le combat d’un juste

Il a publié plusieurs ouvrages

Mahmoudi l’écrivain

Condoléances

Ce journalisme auquel tout le monde rêvait

Adieu Dahmane !

Frère de plume ; centurion

Dahmane, le battant

Repose en paix

Le pays chevillé à l’âme et au corps

«Il avait raison»

L’étoffe d’un héros

Un homme de courage et de conviction

Un homme bon

Remerciements de la famille Mahmoudi 

Je me rappelle…

Saha Dahmane !

A toi Mahmoudi !

La parenthèse s’est refermée

Aberrahmane le stoïcien

Ma gratitude

Les trois morts de Dahmane

Un choc !

Adieu Dahmane !!....

Le destin et la vie

 

 01/02/07

Mahmoudi inhumé au cimetière de Garidi

Des funérailles dignes d’un grand homme

Par téléphone ou par Sms, l’annonce a fait le tour de l’Algérie en ce jeudi, journée de repos pour la corporation, exceptionnellement chaude. «Le directeur du Jour d’Algérie est décédé». Il tire sa révérence dans l’humilité, suite à une longue maladie.

C’était dans la nuit de mercredi à jeudi 15 février. C’est-à-dire 10 jours seulement après son 52e anniversaire qu’il «fêtait» ces trois dernières années dans la douleur. Pour ceux connaissant son courage et sa bravoure, c’était «incroyable», et pourtant... A la rédaction, on attendait son retour qu’il savait incertain mais il luttait courageusement avec le sourire qui voilait un tant soit peu son désespoir face à cette longue maladie, jusque-là incurable. A Dely Brahim, l’activité est inhabituelle. Cette localité des hauteurs d’Alger, connue pour son caractère résidentiel et paisible, a rompu avec son calme coutumier. L’affluence au domicile du défunt, tôt le matin, a duré sans interruption jusqu’au départ du cortège funèbre et même après. Dans une ambiance très affligée, les visages marqués de tristesse, amis, collègues, anciens compagnons de la corporation étaient tous au rendez-vous au domicile du défunt où ils faisaient leurs derniers adieux dans le recueillement. Sujet de l’heure : son parcours, ses valeurs et son abnégation dans le travail. Ils étaient très nombreux à être venus rendre un dernier hommage au désormais ancien confrère, Abderrahmane Mahmoudi. Le brouhaha fut interrompu par : «C’est l’heure du départ !». Il était midi passé de quelques minutes. La foule s’est scindée en deux groupes. Les uns sont accourus à l’intérieur de la maison – où la famille Mahmoudi recevait les condoléances des épouses des directeurs de publication de la presse écrite – pour la levée corps du défunt qu’on a enveloppé de l’emblème national et placé sur le catafalque, et être transporté au cimetière de Garidi (Kouba). Les autres prirent place dans les voitures composant un imposant cortège funéraire qui se dirigeait progressivement vers le cimetière, alors que les gorges des proches se nouaient et les visages étaient emplis de larmes. La dépouille a été inhumée à 13 heures en présence de nombreux journalistes et autres photographes qui l’attendaient autour de sa sépulture dans la cité des morts. Arrivé en tête, le catafalque est transporté sur les épaules avant d’être déposé au seuil pour l’accomplissement de la prière de l’absent. Relevé une dernière fois pour être déposé, quelques mètres plus loin, dans sa dernière demeure sous le regard de ses deux jeunes enfants et de nombreux   accompagnateurs ainsi que d’anciens amis, dont Nacer M’hal et Zouaoui Benhamadi, respectivement actuel DG de l’APS et ex-directeur de l’ENRS, venues rendre un dernier hommage à leur ami, ancien collègue, confrère et directeur du quotidien le Jour d’Algérie et l’hebdomadaire Les Débats. De nombreuses personnalités nationales politiques, du barreau et des corps constitués étaient aussi au rendez-vous, on a noté la présence très remarquée d’officiels comme les ministres, Hachemi Djiar, ministre de la Communication, Abdelmalek Sellal, ministre des Ressources en eau, Saïd Barkat, ministre de l’Agriculture, Tayeb Louh, ministre du Travail, et Abdelkader Malki, chargé des relations extérieures à l’UGTA. Une fois la mise en terre achevée, les présents se sont dispersés après lecture de la fatiha. La télévision et les chaînes de radio nationales ont rapporté l’information et diffusé des séquences des obsèques. Pour rappel, le journaliste-écrivain Abderrahmane Mahmoudi, a été ancien journaliste au quotidien El Moudjahid avant de passer à l’hebdomadaire Algérie Actualités. Il a également dirigé l’Hebdo Libéré, qui a succédé au Nouvel Hebdo dans les années 1990. Porté sur le journalisme d’investigation, Mahmoudi avait une préférence accentuée pour les articles politiques dans lesquels il expliquait, selon sa perception des choses, les situations induites par l’ouverture du champ politique et médiatique en Algérie. Il a été également auteur de quelques ouvrages, dont «Sous les cendres d’Octobre», «Les financiers de la mort» et «Les nouveaux boucs émissaires». Il est utile de souligner qu’un registre de condoléances est ouvert pour recevoir les témoignages et marques de sympathie, au siège du journal, sis au 2, Boulevard Mohamed V, à Alger.

Salah Bey

 

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Cheikh Ezemli n’est plus

Un pince-sans-rire

Je me rappelle qu’au lancement du billet de Aich Etchouf, les supputations, même au sein de la rédaction, allaient bon train sur l’identité de Cheikh Ezemli. Qui était-il ? La question a été posée à maintes fois. Il est vrai qu’il était difficile de douter de l’identité de l’auteur de ce billet et encore moins de penser que Cheikh Ezemli n’était en fait que Abderrahmane Mahmoudi. Et pour cause, la plume avec laquelle il s’adonnait à l’écriture de son billet contrastait avec la sobriété et la rigueur auxquelles l’éditorialiste Mahmoudi nous avait habitués. Imaginer Mahmoudi faire de l’esprit et transmettre avec cette pointe d’humour propre un message était certes difficile lorsqu’on avait de la personne que cette impression extérieure, qu’il entretenait presque malgré lui ; d’être un monument. Je me souviens que lors de son passage à l’émission radiophonique «la revue des revues»  qui était diffusée sur les ondes de la Chaîne III tous les jeudis matin, il avait surpris l’animatrice en lui déclarant qu’il avait voulu écrire des scénarios pour pièces satiriques. Elle est tombée des nues car pour elle le Mahmoudi vu et décrit par les autres était un l’homme incapable de faire preuve d’humour. «Vous faites tellement sérieux», lui a-t-elle rétorqué. Et c’était là en réalité toute la gageure que réalisait quotidiennement le sérieux analyste politique Mahmoudi. Mais l’exercice pour lui n’était pas si difficile qu’aurait pu le croire le commun des hommes. En lui, Mahmoudi avait cette capacité journalistique de rire politiquement des autres et de leur travers. De leur faire toucher du doigt, leur bêtise aussi. Cheikh Ezemli était une autre facette d’un personnage hors catégorie. Aich Etchouf, c’était ce jardin secret qu’il cultivait en cueillant chaque jour un fait, une déclaration puisés dans cette actualité qu’il passait au peigne fin. Sans transition aucune, il passait d’un genre journalistique à un autre sans que cela n’altère en rien son talent. Et le lecteur avait autant de plaisir à lire l’éditorialiste que le billet sans se douter que le rédacteur n’en était qu’un seul.

Nadia Kerraz

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M. Mahmoudi, reposez en paix

Parler de Abderahmane Mahmoudi au passé, voilà l’exercice journalistique auquel je suis astreinte aujourd’hui.

Et c’est loin d’être facile. Et pour cause, on ne peut, après l’avoir côtoyé au quotidien de longues années durant, se résoudre à l’idée qu’il ne sera plus là. Mais comment lui rendre hommage à travers quelques milliers de signes? C’est tellement injuste au regard de tout ce qu’il a été et ce qu’il a représenté pour nous, qui partagions sa vie six jours sur sept, et pour la presse à laquelle il a voué sa vie. Car cela peut paraître difficile à comprendre pour toute personne qui n’aura pas fait partie du collectif des Débats ou du Jour d’Algérie, mais pour nous, sa disparition est une perte que l’on ne pourra jamais quantifier. C’était notre repère. Une ancienne correctrice ayant eu, comme elle disait le privilège de revoir ses éditos, me taquinait souvent, après avoir corrigé un des mes commentaires, en me disant : «Tu veux écrire comme Mahmoudi». Mais qui aurait pu avoir cette prétention de vouloir se comparer à lui ? Certainement pas moi. Et pourtant, l’homme qu’il était ne ratait jamais une occasion pour nous faire profiter de toute son expérience et donner, notamment aux journalistes qui interviennent en politique, lors du briefing hebdomadaire qu’il présidait ou lors des entretiens que l’on avait dans son bureau, ses analyses de la situation nationale. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’homme n’imposait aucun de ses points de vue. Il avait ses idées, ses convictions qu’il se faisait un devoir de partager avec ses collaborateurs et ses lecteurs, mais il était aussi à l’écoute des autres. Il encourageait les journalistes, les jeunes en premier lieu, à s’exprimer. Devant leur mutisme, il ne baissait jamais les bras. Il se contentait de dire «ça viendra avec le temps». Et au directeur de la rédaction, il disait tout le temps, il faut les faire parler. Pour ce faire, lui disait-il, il faut tenir le briefing quotidiennement. Il faut qu’ils apprennent à s’exprimer. Sur le plan humain, il est impossible de croire qu’il puisse exister un autre homme de sa dimension. Il était la gentillesse et la modestie personnifiées. Jamais il n’a élevé la voix sur quelqu’un. Il était toujours le premier à saluer son personnel. Aujourd’hui après sa disparition, un tas de questionnements nous traverse l’esprit. Allons-nous être à la hauteur des espoirs qu’il avait placés en nous, staff, collectif rédactionnel et personnel technique ? On se doit de poursuivre son œuvre. Il s’est tellement investi dans ses deux derniers bébés que même en étant malade, il ne pouvait s’empêcher de venir au bureau. C’est parce que l’écriture était ce moyen par le biais duquel il se transcendait. Elle lui a toujours donné l’occasion de mon-trer la pleine dimension de ses talents, de son audace et de son courage politique. Rien ni personne ne pouvaient l’empêcher d’afficher ses principes. Et des principes, il en avait. L’homme était de tous les combats pour une Algérie plurielle et tolérante. Les femmes avaient en lui un fervent défenseur de leur cause. Mahmoudi, c’était un homme à part. On le savait malade, condamné mais personne ne pouvait se résigner à l’idée de sa mort. Dès qu’il balançait un éditorial, on se réjouissait car, on se disait que c’est un signe qu’il va mieux. On se mentait. Mais ce mensonge nous faisait du bien. Aujourd’hui quelque 72 heures après son enterrement, il nous manque déjà. L’Algérie a perdu en lui un des derniers monuments de la presse. Repose en paix Dahmane, vous que je n’ai jamais osé tutoyer ou appeler de votre prénom durant votre vie. Et je ne le regrette nullement. On était si petit devant vous. Merci de m’avoir choisie parmi ceux que vous avez investis de votre confiance. Mon mari et moi avons perdu en vous un ami que nous ne sommes pas prêts de retrouver.

Nadia Kerraz

 

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Du journalisme, de l’investigation…

Le journalisme d’investigation. Un concept qui n’est pas étranger à celui qui vient de nous quitter très jeune et qui, pourtant, a laissé, derrière lui, un bagage loin d’être négligeable. Au moment où certains de nos confrères se sont, volontairement ou pas, selon les cas, liés et les pieds et les mains, face aux tentations de gains matériels, lui, a refusé de suivre cette voie qui mène partout sauf à la satisfaction de servir la noblesse de sa profession.

Journaliste de terrain, journaliste d’investigation. Telle était la caractéristique de Abderrahmane Mahmoudi, Dahmane pour les intimes, qui ne rendait de compte qu’à sa seule conscience et à son amour de rapporter la vérité telle qu’elle est. Du terrain, la corporation en a, malheureusement, beaucoup perdu. Les investigations se font presque inexistantes, non pas par manque de compétences mais, parfois, par le piège tendu par l’attraction du gain facile. Les intérêts des uns et des autres ne doivent pas être inquiétés. Une partie de la presse s’est fait prisonnière de cet état de fait qu’elle pouvait, pourtant, éviter avec beaucoup d’aisance. Celui par qui le scandale des «magistrats faussaires» éclata au grand jour fut l’un des rares à ne pas succomber à la tentation des milliards et autres biens immobiliers. Il a préféré être emprisonné que d’abandonner ses idéaux et ses principes qui consacrent l’Algérie d’abord et avant tout. Un nationalisme qui a forcé le respect de beaucoup de gens. Dahmane ne garda pas pour lui cet amour du pays, cet acharnement à défendre les intérêts de sa nation. Il inculqua ces principes à la jeune rédaction qui participait à la confection des journaux qu’il a créés. «L’Hebdo Libéré», d’abord, «Les Débats» et «Le Jour d’Algérie», ensuite. L’audace et la justesse de l’écrit et la véracité de l’information ont, toujours, été le credo de notre regretté confrère.

Combien de fois, lors de briefings de rédaction, ne cessait-il pas de nous exhorter à faire notre travail, en nous éloignant le plus possible de toute manipulation, à refuser toute attraction matérielle et à n’obéir qu’à notre conscience professionnelle et humaine. Des briefings, courts ou longs, dans le temps, mais ô combien utiles en matière d’apprentissage de maturité et d’éthique professionnelles. Pas question de toucher à l’intégrité et à la dignité du commun des citoyens et il est hors de question de préserver un quelconque responsable quand il s’agit de critiquer une gestion estimée contraire aux intérêts du pays. Des reportages sur terrain, Dahmane ne demandait que ça, aux cotés de dossiers et d’enquêtes objectifs et d’utilité pour le bien- être de l’ensemble des citoyens. Il nous exhortait, à chaque fois, de ne pas nous contenter de couvertures médiatiques officielles mais, également, de donner la parole aux administrés, seuls capables de conforter ou de démentir des chiffres souvent élogieux en matière de lutte contre le chômage, contre la crise du logement et autres problèmes socio-économiques. Une conscience, une école, une déontologie. Tel est l’autre nom de note regretté confrère. Un  héritage que nous tenterons de mériter et d’assumer même si le chemin à faire, pour égaler le défunt, est loin d’être facile à parcourir. Il nous a, toutefois, fourni les repères : l’amour pour son pays, pour sa profession, l’éthique, la déontologie et le respect de la conscience professionnelle et humaine. Merci Dahmane. Nous n’oublierons jamais ces leçons. Nous n’abandonnerons jamais ces principes.

M. Abi

 

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Ce directeur, si modeste, si grand

Avant de commencer à travailler au quotidien «Le Jour d’Algérie», j’ai, il faut le dire, longuement hésité. J’avais à peine appris à rédiger dans un autre quotidien, et j’avais vraiment la crainte que ma candidature ne soit rejetée par

M. Mahmoudi, qui, me disait-on, était très «sévère» comme patron et ne pardonnait pas la moindre erreur. «Il ne discute pas avec ses employés et il n’a pas de rapport avec eux»,ne cesse-t-on de dire à son sujet. La porte de son journal m’a été ouverte, et je découvre, comme mes jeunes collègues que derrière ce journal qui est le benjamin de la presse indépendante se cache un directeur de publication de tout ce qu’il y a de plus sérieux. Certes, il ne perdait pas de temps à faire des discussions inutiles dans les couloirs du journal, mais prenait tout le temps qu’il fallait pour expliquer une idée ou éclairer un des collègues sur un des enjeux de l’heure. Les meilleurs moments que notre équipe a passés avec lui, ce sont certainement les réunions de rédaction hebdomadaires, quand la santé de

M. Mahmoudi le permettait. En effet, aucun sujet n’échappe à ce grand monsieur qui est le premier arrivé au journal tous les matins. Il passait beaucoup de temps à lire tous les journaux de toutes les couleurs et tendances et n’hésitait pas à faire la remarque quant à un

«ratage» fait par un des nôtres, par rapport au compte rendu d’un confrère. C’est également tout ce qu’il y a de plus modeste avec tout le monde. Avec son réservoir de culture et de savoir, il était tout le temps disponible à faire profiter les autres de ce qu’il savait, de ses contacts. Il ne cessait pas de nous répéter que nous pouvions faire appel à lui à tout moment et n’importe quel sujet. Les orientations qu’il voulait nous inculquer consistaient à ne pas trop éloigner nos écrits de la réalité vécue par les Algériens au quotidien. «Ce n’est pas en reprenant les chiffres mensongers qui cachent la réalité du pays que vous ferez de bons papiers, mais en vous référant à ce que vous constatez sur le terrain et avec honnêteté». Le terrain, la vérité, l’honnêteté, ce sont les termes qui reviennent à chaque rencontre avec lui et qui constituaient un des secrets qui ont fait de cet homme une des meilleures plumes de la presse algérienne. Lui, qui croyait dur comme fer que l’on pourra arriver un jour à faire respecter ces valeurs dans un contexte qui s’en dénude de jour en jour. La jeunesse a été pour lui l’espoir qui réalisera ce rêve qui a tant alimenté le grand journaliste qu’il fut et qu’il restera et la référence qu’il constituera pour toute la corporation.

Fatima Arab

 

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Il a transcendé la maladie

Tête haute dans la vie, digne dans la mort

Les douleurs causées par la perte d’un frère, lâchement assassiné dans une attaque contre le siège de «L’Hebdo Libéré» ainsi que celles provoquées par la terrible maladie ont été impuissantes pour venir à bout de l’humilité, de la détermination et du courage de cet homme.

On peut verser davantage de larmes que d’encre pour rédiger ce texte, on ne trouvera jamais les mots pouvant être à la hauteur des qualités de celui qui fut et demeurera, pour le restant de nos jours, un guide, un repère ainsi qu’une de nos sources d’amour pour la profession. D’amour pour notre prochain.

Celui qu’on ne côtoie jamais assez, lui qui a tellement de principes à inculquer aux autres. Celui qui a pour nom Abderrahmane Mahmoudi, Dahmane pour les intimes, restera gravé dans nos mémoires jusqu’à notre dernier souffle et, souhaitons-le, dans l’Au-delà auprès de Celui qui nous a créés, ne nous a jamais privés de son sourire, même dans les pires souffrances, au moment où la maladie le rongeait de l’intérieur. Une maladie qu’il a finie par transcender puisqu’elle n’a jamais pu lui ôter ce sourire, cet amour de la profession, cette honnêteté intellectuelle. La maladie n’a jamais pu venir à bout de son courage. Face au caractère «vicieux» de la tumeur qui revenait sans cesse, il a répondu par la détermination et le courage. Un courage qu’il puise de la pureté de son âme et de l’amour qu’il a toujours eu pour son prochain. Son amour pour ses deux filles et ses deux fils, Mahdi, Mourad, Fouzia et Sabrina, dignes descendants d’un père de famille  exemplaire. Quand la maladie utilisait la «ruse» pour revenir à la charge, il ripostait, à chaque fois, en parlant quand les douleurs atroces tentaient, vainement, de venir à bout de sa raison, en écrivant quand il ne pouvait plus parler et avec le sourire quand il ne pouvait faire aucun geste. Il a transcendé la maladie. Il est décédé par la volonté de Dieu.La maladie a certainement pleuré lorsque, à quelques semaines de sa mort, il fêta l’anniversaire de l’un de ses deux fils qui, en recevant le cadeau de son père, lui dit : «Papa ne meurs pas». Les larmes ont coulé des yeux de Dahmane. Un moment qui décrit l’atrocité de cette scène mais, également, renseigne sur la tendresse qui a toujours entouré cet homme au cœur d’or.

Cela me rappelle la photo de la fille de Allaoua Aït Mebarek, un autre grand homme que j’ai vu disparaître de ma vue mais jamais de mon cœur. Lui était directeur de  rédaction du quotidien «Soir d’Algérie». Les centaines de kilogrammes d’explosifs qui ont soufflé le siège de ce journal ont propulsé à plusieurs dizaines de mètres de lui la photo de sa fille qui se trouvait dans sa poche. Avant-hier, devant le domicile de Dahmane, Fouad Boughanem était à mes côtés. Les larmes coulant de ses yeux. Comment pouvait-il ne pas pleurer, lui qui l’a connu pendant 35 ans ?

Repose en paix, Dahmane. Que le Tout-Puissant T’accueille en Son vaste paradis. Ton sacrifice ne sera pas vain. Ton sourire éclairera nos cœurs. Ton courage sera pour nous une source de détermination et constituera une barrière entre nous et la lâcheté. Ton honnêteté sera pour nous une source de désintéressement. Repose en paix, frère. Nous ne t’oublierons jamais. Ta modestie et ton sourire resteront, à jamais, gravés dans nos cœurs.            

M. Abi

 

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Une belle plume de combat

S’il faut figer en une seule formule ton parcours d’un des pionniers de la presse indépendante (puisque la vérité des individus n’apparaît qu’à la fin, et que tant qu’ils sont en vie, ils sont encore capables de nous dérouter comme de bousculer leur propre image), je dirai que certes avec d’autres, mais avec ta passion parfois excessive, avec le sel si particulier de ta plume juste, aux accents harmonieux, toujours dérangeante, que tu as incarné le journalisme de combat pendant la période la plus sombre de l’histoire de l’Algérie indépendante, celle de tous les déchaînements de violence intégriste, celle de tous les périls pour notre collectivité nationale, en un temps si fécond en crimes les uns plus insoutenables que les autres.

Quand une bonne partie des Algériens se demandait s’il n’était pas sage finalement de dialoguer avec les terroristes, en somme s’il ne valait pas mieux céder à leur férocité, si l’intérêt même de la nation ne commandait pas de les laisser arriver à leurs fins, c’est-à-dire au pouvoir, tu étais aux premières lignes pour insuffler à la société tétanisée l’esprit de résistance qui t’animait, dont tu débordais et que ta plume talentueuse rendait avec une force si contagieuse. Tes éditos alors, c’était de la poudre, des tirs de barrage devant la barbarie qui déferlait de tous côtés. Le jour de parution de l’Hebdo Libéré, le mardi après-midi, il était impossible de marcher dans la ville sans voir ton journal dans les mains de bien des gens que l’on croisait. Cela faisait toujours l’effet d’une démonstration de rue, de force, ou du moins de conviction, d’autant plus bienfaisante qu’aucun appel ne l’avait précédée. Tu étais comme un drapeau que par ses temps de terreur on arborait sans en donner beaucoup l’air, mais assez cependant pour indiquer qui on était politiquement, de quelle Algérie on était. Le passant était sûr que ces lecteurs-là sont du même bord que lui, et il aurait presque voulu leur faire un signe d’intelligence ou, mieux encore, les aborder pour leur dire une parole aimable, histoire de s’encourager mutuellement par des temps aussi mauvais, aussi tragiques. Quand personne ne savait en sortant de chez lui le matin qu’il y retournerait sain et sauf le soir. Quand le plus sûr moyen de sauver sa peau, c’était de passer inaperçu, c’était justement de faire le mort. Tu bravais la mort alors, toi, parce que ton engagement pour une Algérie libre et moderne t’en faisait un devoir impérieux.

Ce devoir tu l’as rempli tout entier, sans flancher, sans t’en dispenser si peu que ce soit tout au long de ces années terribles. Rien n’a pu t’y arracher, même après que les tueurs venus se venger du mal que tes articles leur faisaient, et ne t’ayant pas trouvé, ont abattu trois des personnes auxquelles le sort prescrivait d’être présentes dans les locaux administratifs du journal ce matin-là, dont ton jeune frère, Nadir, qui te rendait visite, tandis que deux autres personnes, laissées pour morts, ont miraculeusement survécu. Il n’y a eu que l’Hebdo Libéré pour faire l’objet d’un attentat en tant que journal, pour son contenu, pour le combat qu’il menait, même s’il est clair que le raid terroriste qui l’a visé n’aurait pas été tenu pour un échec ou même pour un demi-échec par ses commanditaires si au lieu de se traduire par une tuerie, il s’était soldé par ta seule exécution. Car tu étais condamné à mort, nommément pour ce qui te concerne, même s’il était vrai que tous les journalistes étaient voués au même sort que toi. Ton cri de guerre contre les assassins, qui était aussi ta façon de pleurer ton frère tout en lui rendant l’hommage que tu pensais qu’il méritait:  «Vous ne nous ferez pas taire» résonnera toujours dans les mémoires de ceux qui l’ont entendu au moment où il surgissait de ta plume que le malheur ni n’intimidait ni n’altérait.

Tu ne laissais pas la souffrance la submerger ou l’étouffer, toi dont le cœur alors saignait en abondance, qui menaçait de te manquer. Plus tard, j’ai pu me rendre compte à nouveau de ta force de caractère dans les moments difficiles. Ce sera au cours de ton dernier combat, que tu vas livrer pendant des mois con-tre le cancer. Il a fallu qu’il soit près de te terrasser physiquement pour que tu laisses tomber la plume de ta main. Jusqu’au bout tu écrivais encore, tu ne voulais pas t’avouer vaincu par la ma-ladie. Jamais je ne t’ai vu autrement que d’une lucidité qui tenait fermement à l’écart les retombées de la souffrance, dont on devinait sur ton visage et ton corps rongés qu’elle était grande.

M. Habili

 

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Pour nous, un exemple

«L’avantage ici, c’est qu’il n’y a pas de bureaucratie». C’est, entre autres, par cette phrase que Abderrahmane Mahmoudi, souriant, m’expliquait les Débats au premier jour de mon recrutement en mai 2003. J’étais un peu ému, malgré mes quelques années de métier, de me faire accepter dans l’équipe de ce journaliste que je ne connaissais que de réputation mais dont je redoutais la sélectivité. Je dus me souvenir ce jour-là de la mine coléreuse de mon père quand, alors jeune étudiant, j’avais, un jeudi en rentrant à la maison, oublié de lui acheter le dernier numéro de l’Hebdo Libéré. Me souvenir aussi de ces éditoriaux incisifs, tranchants et polémiques, contrastant violemment avec leur auteur dont la rencontre a été pour moi une surprise de le savoir si humble, parlant à voix basse et l’attitude réservée. Je n’ai pu que le vouvoyer et c’est resté ainsi. Les deux ans et demi passés aux Débats et au Jour d’Algérie n’ont cependant en rien expliqué à mes yeux dans quelles ressources personnelles Abderrahmane Mahmoudi puisait ses analyses en contrechamp, ses points de vue qui dévoilaient ce que la majorité ne faisait qu’évoquer, ses expressions jamais renouvelées.

M. Mahmoudi ne dispensait pas de leçons, ni en ce beau journalisme qui se perd, ni en ce courage face à l’épreuve avec laquelle il nous a marqué. Il lui suffisait de donner l’exemple ; le temps de l’apprentissage à ses côtés fut malheureusement trop court.       

Nabil Benali

 

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Quand il s’en va, un grand journaliste reste éternel

Il est difficile de parler de feu Abderrahmane Mahmoudi, sans évoquer le journaliste, l’écrivain, la plume de renom qu’il était. Mais ces aspects-là, je laisserais volontiers à mes collègues le soin d’en parler. Moi je parlerai plutôt de ce chef qui était tout le temps présent à travers ses écrits, ses éditos, et par ses orientations et son suivi continus de chaque édition. La maladie nous a ravi, nos autres journalistes et membres de la rédaction, la chance de profiter au maximum de son expérience et de puiser dans son savoir. Je parlerai de celui dont le grand professionnalisme n’avait d’égal que sa modestie et sa noblesse d’âme. De celui qui avait cru en le «Jour» de l’Algérie (le pays) et avait voulu faire du canard «Le Jour d’Algérie», un support d’espoir pour dire et montrer à tous que «ce jour se lève envers et contre tous». Abderrahmanne Mahmoudi a été ce grand intellectuel, toujours à jour du quotidien national et international. Ce repère généreux auquel on se référait quand l’occasion se présentait, pour un flash- back du passé de l’information ou pour un pronostic de son futur proche. «Dahmane» a été ce «maître» qui croyait en la relève et aux talents en herbe de ses jeunes journalistes, celui qui a toléré certaines bêtises, a su canaliser certaines ambitions et a appris à tous comment voir, comment sentir, comment deviner et comment traiter l’information en professionnel. Nous rendons aujourd’hui hommage, à l’homme, au journaliste, à l’intellectuel et au chef. Nous rendons aujourd’hui un vibrant hommage à Abderrahmane Mahmoudi, l’homme qui nous a inculqué comment se surpasser pour mieux informer nos lecteurs.

Aujourd’hui, un grand s’en va. Rien ni personne ne pouvait empêcher son départ, rien ni personne ne pouvait différer le rendez-vous de la faucheuse. Mais nous savons tous au fond de nous que ce grand homme reste fortement présent dans nos cœurs,  nos esprits et au sein même du Jour d’Algérie.

Il est dit que les grands naissent, vivent et meurent un jour. Il est dit qu’ils s’en vont toujours, mais il est vrai qu’ils restent quelque part présents et éternels. Et c’est le cas de Abderahmane Mahmoudi. A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.

Habiba Ghrib

 

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Après un long combat, le répit

…Et l’espoir continue

D’aucuns témoignent qu’il a inculqué une certaine perception de l’actualité nationale et internationale.

Perception qui lui a permis, d’une certaine manière, de voir, d’analyser et de tirer les enseignements qu’il faut au moment qu’il faut. Il n’a pas cessé d’écrire, depuis le lancement du Jour d’Algérie, où je l’ai connu de si près. Il écrivait insatiablement, souvent sous la douleur de la chimiothérapie, sur un quotidien algérien difficile. Comme si un hebdo ne lui suffisait pas ! Il fut animé par une verve d’écriture inégalée. Il s’est rangé dans le camp des Algériens faibles, impuissants et miséreux qui n’ont pas quitté le pays. Il a pu fidéliser un lectorat qui croyait en la pertinence de ses analyses, la force du verbe enveloppant ses critiques constructives et ses notes d’espoir qu’il exprimait avec simplicité, aisance et sans complaisance. Conjuguant l’art et la manière, il usait d’un style direct, compréhensible et facile à décrypter. Prenant le mal du pays en patience, il aimait tant ce sport quotidien de partir chaque matin, en quête de vérité, faisant l’autopsie de l’actualité phare et brûlante du jour ou de la veille dans son éditorial qu’il monta après un long voyage de lecture dans la sphère médiatique de plusieurs heures afin de mettre le doigt sur le fait marquant. Il tenait à marquer sa présence au journal, des heures durant, en dépit des notes de convalescence dictées par ses médecins. Posté derrière son bureau, ses lectures duraient de 10 heures à 18 heures au bout desquelles il montait l’édito de l’édition du lendemain qu’il faisait accompagner, en guise d’agrément, par les digressions du Cheikh Ezzemli. Dans son édito du 1001e numéro, du samedi 2 décembre 2006, M. Mahmoudi écrivait sur «le choc reporté», évoquant la visite du chef de l’église catholique qui a choisi, selon lui, la voie de la conciliation entre les religions plutôt que celle de la confrontation que suggérait Samuel Hutington. Ce «sage» recueillement du Pape Benoît XVI à la mosquée bleue d’Istanbul aura finalement fait, selon lui, ce qu’il fallait faire pour dénouer la crise qui était en train de se cristalliser autour de ses propos sur les violences de l’Islam menacée par «la mondialisation armée» via des crises croisées en Irak et en Palestine d’une part et entre le prétendu choc nucléaire avec l’Iran et à un degré moindre avec la Corée. Mais le plus grave choc qu’a reçu l’éditorialiste dans sa quête de la vérité reste entier ce jour du 27 novembre, dans l’édito du n°997, suite aux déclarations du ministre de la Santé qui a surpris son monde en apportant la confirmation que «les produits médicamenteux, essentiellement dits génériques, ne répondent pas aux normes de qualité et d’efficience exigées». M. Mahmoudi n’était pas resté indifférent devant la gravité d’une telle sentence prononcée par un ministre de la République qui avouait ne pas savoir «ce que nous fabriquons et ce que nous importons (…)», en l’absence d’un contrôle rigoureux au niveau de nos ports et nos aéroports. Si cela constitue, d’après le ministre, «un cas de conscience», les Algériens eux, inconscients, disait

M. Mahmoudi, sont à présent incités à bourrer leurs valises d’UPSA et autre Augmentin, pour espérer soulager efficacement leurs douleurs, après avoir longtemps importé des pommes et des bananes qu’ils mangent aujourd’hui à satiété tels des substituts de la pomme de terre cédée jusqu’à 70 DA. «Aich T’chouf» disait cheikh Ezzemli. Notre regretté en a vu de toutes les couleurs. Il s’est éteint, l’amertume dans son âme et son corps, sans pouvoir apaiser ses douleurs par «voir des alternatives à ce pays malade de ses maux, de ses hommes et de ses paradoxes», comme il ne cessait de nous le rappeler en briefing ou dans ses éditos. Un pays qui a les hommes et les moyens qu’il faut pour sortir du gouffre mais reste telle une société comme frappée de «Placebo pour tous», a-t-il souligné. Dans «Cinq projets et un procès», (N° 1031 du 9 janvier 2007), c’est-à-dire le 1001e édito et le dernier de M. Mahmoudi, qui n’a pas outre mesure choisi de s’arrêter d’écrire, il tenait à être rassurant, lui qui nous conseilla d’abandonner tout penchant nihiliste. Au lendemain de l’ouverture du procès Khalifa, il voulait rappeler à qui voulait l’entendre que «tout n’est pas noir dans ce bled», mais il y a, à ses yeux, de quoi être optimiste en soulignant qu’«au moment où le ciel médiaticopolitique est traversé par des orages dévastateurs, évoquant corruption, gabegie, mauvaise gestion et reculs démocratiques, il est utile d’être attentif à quelques embellies qui indiquent que notre météo politique n’est pas entièrement à sens unique». C’est ainsi qu’il voyait en Issad Rebrab, un golden man. Il a qualifié le patron de Cévital comme un très sérieux investisseur qui promet et mérite d’être encouragé. Le boss venait d’annoncer la veille, à Radio chaîne III cinq projets économiques déposés sur les bureaux de l’administration algérienne, sur les 14 prévus par le groupe, (deux centrales électriques et trois pour la production de sucre à hauteur de deux milliards de dollars US) viennent de se voir débloqués et donc promis à une rapide prise en charge. «Tout commencera à aller pour le mieux, selon l’éditorialiste, lorsque le président de la République a accepté de visiter les pavillons du groupe au cours de la dernière foire internationale d’Alger». Mais tout s’arrêta de bouger autour de lui le lendemain. L’éditorial venait de perdre son auteur. On l’aura su ultérieurement. Le journaliste Mahmoudi a quitté définitivement son espace préféré. L’écrivain n’était plus disposé à écrire. Terrassé par la maladie, il a baissé les bras, la mort dans l’âme, avant de subir une deuxième mort ce jeudi 15 février. La terre a cessé de tourner pour lui, à l’aube d’une journée printanière, relativement chaude par rapport à la saison. Il aura manqué d’écrire que c’est à cause de l’effet de serre et du réchauffement de la terre et évoquer le stress hydrique dont l’Algérie souffrira dans les quelques années à venir. Il nous a quittés sur cette note d’espoir, que lui a proféré les bonnes nouvelles de Cévital. Sur cette note d’espoir, sa plume s’est fanée. Le clavier perdit à jamais celui qui le caressait avec des touches humainement pédagogiques

Il le perdra  pour longtemps, car M. Mahmoudi est parti pour un congé, le vrai après sa virée vers Garidi avec certains de ceux qui l’ont connu, côtoyé, apprécié, ou accompagné à sa dernière demeure… dans l’au-delà. Adieu M. Mahmoudi. Repose en paix, l’espoir continue de nous faire vivre.

Salah. Bey

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Générosité et collégialité

Abderahmane s’en est allé et avec lui, une partie de moi-même s’estompe à jamais. Il aura été avant tout un ami, un de ces amis qui savait donner tout son sens à l’amitié. Rarement je n’aurais connu un journaliste aussi captivé par son métier. Il était toujours à l’écoute des journalistes. Le journal était sa seconde famille, entouré par de jeunes journalistes qui l’adoraient. Une anecdote me vient instinctivement à l’esprit que je m’empresse de vous la raconter. Cela s’est passé à «Algérie Actualité», un prestigieux hebdomadaire qui fit la fierté de l’Algérie et où les journalistes ne se chamaillaient pas pour des futilités mais pour faire passer leurs papiers. Et ce jour là, Abderahmane est venu me voir pour m’annoncer que le directeur KB, avait refusé de passer son article. Pour Mahmoudi, c’était la pire des choses. Je le calmais en lui recommandant de rentrer chez lui en me laissant son article. «Il n’y a que toi qui puisse me sauver !», me dit-il avant de partir. Quelle ne fut pas sa joie le lendemain en trouvant son écrit dans le journal et qui plus est en bonne place.

Dans son livre, «Les boucs émissaires», il cite ce moment de sa vie professionnelle, car il était l’inverse d’un ingrat. Sa générosité et son esprit collégial vont nous manquer. Ils nous manquent déjà !

Farouk Magraoui

 

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Une grande famille au travail

Le millième numéro du Jour d’Algérie est entre vos mains. Il correspond presque à trois ans d’existence et ce n’est pas peu dire. Etant personnellement plutôt un journaliste d’hebdomadaire, bien qu’ayant fait mes premières armes au quotidien El Moudjahid, je ne cache pas que j’ai éprouvé beaucoup de réticences et un peu d’appréhension avant de lancer une équipe sur un projet aussi ambitieux que celui de confectionner un quotidien politique national. N’eut été la conjoncture toute particulière liée au déroulement d’une campagne électorale présidentielle particulièrement rude, il y a même très peu de chances pour que nous nous embarquions dans une pareille aventure, nous qui étions si bien à notre affaire avec l’hebdomadaire «Les débats» qui nous donnait et continue d’ailleurs à nous donner de si grandes satisfactions.

Le fait est que l’âpreté de la bataille qui s’est installée autour des candidatures de Abdelaziz Bouteflika et de Ali Benflis a été d’une telle intensité que  l’équipe du

Jour d’Algérie n’a pas trop senti les mille et un obstacles qui se dressent sur le parcours d’un journal qui a décidé de se positionner pour l’un ou l’autre des candidats en lice. La course à l’imprimerie, l’accès à la publicité, puis son paiement au compte-gouttes, rapports déconcertants avec une administration des impôts qui ne perçoit pas souvent la spécificité économique d’une entreprise de presse, problèmes de distribution, dont le choc avec le cartel dominant n’est pas le moindre. Nous l’aurons compris, rien de ce que nous avons essayé d’éviter bien au chaud dans notre hebdomadaire ne nous aura été épargné au quotidien. Et n’eussent été les aides décisives de parties qui crurent en notre travail et qui nous apportèrent les soutiens voulus aux moments voulus, il ne fait aucun doute que les jours du «Jour d’Algérie» n’auraient jamais pu être comptabilisés par milliers. Cela nous aura en tout cas donné le temps de constituer une équipe qui, après d’innombrables essais, tentatives, ratages, expériences et stages non concluants, s’avère être aujourd’hui l’une des plus performantes sur le terrain, autant par la qualité de ses sources, que par la manière très didactique de transmettre une information de première main, présentée dans une maquette originale et agréable à consulter. Un juste équilibre a également su être trouvé entre le côté informatif largement présent dans le journal grâce à des enquêteurs de talent et un encadrement où l’analyse et le commentaire permettent de soutenir une ligne éditoriale claire et sans ambiguïté dont l’objectif essentiel est d’éclairer le vécu des Algériens et de leur fournir les moyens de mieux comprendre les enjeux sociaux, politiques, économiques, culturels et internationaux qui les concernent. Si par ailleurs nous ne prétendons pas livrer de grandes pages sportives faisant référence dans le paysage médiatique, nous en confectionnons tout de même deux par jour qui permettent à nos lecteurs de ne pas avoir à aller chercher ailleurs ce que nous leur offrons de façon très professionnelle. Tout comme notre journal reste l’un des rares quotidiens algériens à sauvegarder un espace éditorial qui nous paraît indispensable pour une bonne clarification des choses au milieu d’une opacité ambiante plus ou moins entretenue à dessein. De même que dans le  même registre, «Le Jour d’Algérie» est également l’un des très rares journaux à proposer une chronique Télé de haute facture.

Mille numéros donc qui reposent également sur la constitution d’une équipe technique où se côtoient d’étonnants jeunes loups, maîtrisant  les techniques les plus pointues de l’informatique et des vétérans du secrétariat général de rédaction désireux de hisser le journal au niveau technique le plus élevé. Le tout rigoureusement encadré par une administration étoffée et moderne qui nous insère en toute sérénité dans un environnement administratif, commercial et publicitaire pas toujours très commode. Et souhaitons que par la grâce de Dieu et le soutien de tous nos amis et la  fidélité de nos lecteurs, chaque jour plus nombreux, nous nous retrouvions ensemble pour célébrer notre deux millième numéro.    Abderrahmane Mahmoudi

Cet article a paru le 30 novembre 2006

 

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Impressions de journalistes

 

Bachir Chérif, La Tribune

«Chez lui, c’était l’amour du pays qui l’emportait»

Nous sommes complètement choqués par la disparition d’un ami et d’un confrère qui était l’un des pionniers et un membre fondateur de l’UNJA et un précurseur de la mise en place de la presse indépendante. L’hommage unanime rendu à notre ami par l’ensemble de la classe politico-médiatique, en est un symbole le plus parfait d’un journaliste talentueux qui aura marqué par sa qualité d’écriture et son sens aigu de l’analyse, il dessine une liesse de la vie de notre corporation. Mahmoudi restera dans l’histoire des gens de la presse, l’homme qui aura créé par la force du talent et du courage les titres «l’Hebdo libéré», «Les débats» et surtout «Le jour d’Algérie» qui avec de jeunes journalistes, ce titre est devenu incontournable dans le paysage médiatique. Nous restons persuadés que l’ensemble du collectif du «Jour d’Algérie», par son courage et sa détermination, fera en sorte que ce titre restera plus présent à même d’honorer sa mémoire. On reproché à Mahmoudi d’être polémiste mais on a compris que c’est l’amour du pays qui l’emportait. J’ai découvert en cet homme, à travers les missions difficiles qu’on a effectuées à l’étranger, son extrême sensibilité et sa gentillesse. Mahmoudi est aussi un homme passionné d’art qui ne rate jamais une occasion ou une mission pour aller découvrir des musées d’art, des bibliothèques et autres lieux de culture. Comme le savait Abderrahmane et son épouse, la Tribune reste et sera toujours à la disponibilité du collectif du Jour d’Algérie.

 

Fouad Boughanem, Le soir d’Algérie

«Je ne trouve pas les mots...»

La disparition de Dahmane est un événement terrible, car même s’il était malade, on n’accepte jamais la mort d’un ami. Notre relation a plus de 30 ans. Que vous dire ? C’est un coup dur pour moi, je ne trouve d’ailleurs pas les mots pour exprimer ma douleur. Je garde de lui beaucoup de souvenirs d’enfance, à l’université, à la presse etc. Ce sont des souvenirs magnifiques d’un homme debout, courageux, qui a toujours dit ce qu’il pensait d’une façon claire et directe. C’est une grande perte sur le plan humain mais aussi sur le plan journalistique aussi.  

 

Merad Aderrezak, El WatAn

«Il avait l’âme d’un leader»

Mahmoudi est un homme qui a marqué la presse nationale car il était un journaliste qui a donné et qui avait le sens du professionnalisme que beaucoup de ses confrères lui ont envié et ce, depuis le début de son parcours. Là où il est passé, il a eu cette passion et savait respirer le journalisme, ce qui a fait de lui une personne incontournable qu’on ne peut pas ne pas citer. Son mérite c’est qu’il avait ses propres idées sur le rapport entre la presse et le pouvoir, pour lesquelles il est toujours resté fidèle. Il n’a jamais changé et il a toujours défendu ses idées. On ne peut pas ne pas reconnaître ses certitudes pour les deux cas où nous sommes d’accord ou pas d’accord. J’ai également connu Abderrahmane dans le mouvement du MJA. C’était un homme d’une énergie extraordinaire. Il ne cessait de travailler et de produire. Il était un meneur d’homme, un vrai leader et ne se lassait pas de la confrontation. Il avait le sens du combat. Il a l’âme syndicaliste et l’âme de leader surtout. Il était connu pour sa position de défenseur des idées qui lui paraissaient justes et il a toujours défendu les petits journaux. Contrairement à ce que pensait beaucoup de gens, Abderrahmane n’hésitait pas à tomber sur le pouvoir quant cela lui paraissait nécessaire.

Il est d’un professionnalisme incomparable et d’une faciliter d’écriture extraordinaire. Il va laisser un vide immense et va manquer à son espace. 

 

Belhouchet, El Watan

«Il avait un appétit journalistique extraordinaire»

J’étais atterré d’apprendre la disparition d’un frère et d’un grand ami. Je viens aujourd’hui au journal pour témoigner ma douleur personnelle et présenter mes sincères condoléances et ma sympathie aux collègues du Jour d’Algérie. J’au connu Mahmoudi ou «Dahmane» comme on l’appelait à la Fac en 1972 à l’époque il était étudiant en sciences juridiques et moi en sciences économiques. Depuis, nos chemins se sont croisées puis divergé mais nous avons emprunté tous les deux les chemin de la vie difficile. Notre aventure a commencé avec «La Nation», qu’une pépinière de jeunes universitaires qui se sont mis au journalisme. Quelques années après, nous nous sommes retrouvés à El Moudjahid, puis à Algérie Actualité. J’ai beaucoup de respect pour Mahmoudi, c’est un journaliste extraordinaire qui a forcé le respect par son talent parmi tous ses amis. Dahmane est un homme complet car il a ses idées qu’il a toujours assumées et ses croyances qu’il su installer et qui ont fait de lui une œuvre utile. C’est une perte qui n’a pas de pareille, elle est énorme même. Il a marqué la presse avec sa touche particulière. Il va énormément manquer à ses lecteurs et à l’opinion en Algérie car durant toutes ses années au sein de la corporation, tout le monde attendait et guettait ses écrits pour lire entre les lignes. Il a un appétit journalistique extraordinaire. Je tiens également à souligner un point important car quelques années avant, on enterré des gens à 70 ans et maintenant on les enterre à 50, c’est vous dire que la profession produit le stress mais le terrorisme a fait et continue de la faire des ravages au sein de cette corporation. C’est catastrophique, le terrorisme a produit des maladies, des handicaps et a laissé des séquelles qu’on n’a jamais pu effacer. Ce qui fait qu’on perd des gens très jeunes au moment où ils sont en pleine capacité de production et de grande vision.

 

Djakoune Abdelouahab, La Nouvelle République

«Il restera une référence»

On vient de perdre une personne et un camarade très cher. Je connaissais Mahmoudi depuis plusieurs années, du temps où on militait ensemble au sein du même parti, nous avions également des affinités, c’est pour cela que je peux vous dire que nous avons perdu une plume. Mahmoudi a marqué l’histoire de la presse, il était toujours présent dans les différentes luttes qu’a menées la corporation. Il reste une référence sur le plan professionnel. C’est quelqu’un de percutant qui s’est singularisé avec ses écrits. Il compte parmi les pionniers de la presse à avoir lancé un journal privé parmi les rares titres qui paraissaient à l’époque, avec plusieurs titres à son actif. Mahmoudi figure en première place dans l’histoire de la presse nationale. C’est une véritable perte pour la corporation. Il est mort un peu tôt, sans donner tout son savoir-faire aux futures générations. Il est resté digne et n’a jamais changé de position.             

 

Hadda Hazzam, El Fadjr

«Ses écrits vont nous manquer»     

La disparition de Mahmoudi est une perte immense pour la corporation, car même si on ne partageait pas toujours ses opinions, tout le monde avoue que Mahmoudi était une plume, et dans le pluralisme, on a toujours besoin de plumes et de pionniers comme lui. A l’époque du terrorisme, on a perdu beaucoup d’intellectuels mais la perte de Mahmoudi aujourd’hui a fait beaucoup mal à la presse et aux intellectuels aussi. Je connaissais Mahmoudi depuis plusieurs années et j’ai découvert, à travers les voyages que nous avions effectués ensemble, l’homme simple, gentil. La preuve, tout le monde dit du bien de lui. Nous somme peinés, car nous avons perdu un homme correct et un bon voisin aussi. Ses écrits vont nous manquer. Dahmane était un homme très attachant et très affectueux envers sa femme. J’espère qu’elle tiendra le coup.

    

Naâma Abbas, Horizons

«C’est un grand Monsieur que nous venons de perdre» 

On vient de perdre une grande plume et il nous faut du temps pour trouver une autre. Mahmoudi n’a jamais cessé d’écrire même dans les moments les plus pénibles de sa maladie. Son amour pour l’écriture est toujours resté vivace et avec cela, même malade, il donnait l’impression de vouloir continuer. C’est un grand Monsieur que nous venons de perdre.

Je garde de Mahmoudi le souvenir de l’homme qui m’a toujours encouragée à mes tout mes débuts à la presse, et notre relation, très familiale d’ailleurs, a duré jusqu’à sa mort. J’aimais en lui son courage, son engagement pour l’Algérie, ses principes inchangés. L’image qui sera toujours gravée dans ma mémoire, c’est celle de la dernière fois où je l’ai vu à l’hôpital. Il était totalement affaibli mais il tenait son ardoise et son stylo entre ses mains pour écrire, nous rassurer et nous encourager, nous qui étions totalement paniqués. Mes sincères condoléances à toute sa famille, à sa femme et à ses enfants.

 

H’mida LaYachi, el djazaïr News

«Un ardent défenseur des causes justes»

Mahmoudi est un ami et un collègue, on a eu la chance de travailler ensemble durant une année à «Algérie Actualité». Mahmoudi est aussi un intellectuel et un écrivain. Il était connu pour avoir été un homme de positions, notamment au début des années 1990, en pleine crise qu’a traversées notre pays dans sa lutte contre le terrorisme, Mahmoudi a plaidé pour une Algérie républicaine. Il a assumé ses positions durant toutes ces années noires et ne les a pas changées même après la fermeture de son journal. Malgré la différence qu’il y avait dans nos points de vue, le respect a toujours caractérisé notre relation. C’est une grande perte pour la famille journalistique et pour l’Algérie aussi. Je garde de lui son humanisme, sa fidélité au président Houari Boumediene, sa lucidité sur le plan de l’analyse et sa position contre l’impérialisme car il était défenseur des pays arabes comme l’Irak, la Palestine et le Liban aussi. Mahmoudi reste un intellectuel d’action qui a utilisé l’écrit journalistique comme arme pour défendre les causes justes.       

 

Larbi Timizar, El Moudjahid

«Il était l’une des plus belles plumes»

C’était un homme courageux dans sa vie professionnelle avec ses écrits remarquables mais aussi dans sa vie de tous les jours, notamment durant sa maladie qu’il combattu jusqu’à la dernière minute. N’oublions pas que Mahmoudi était un enfant d’El moudjahid. là où il a grandit, ses collègues le pleurent avec beaucoup de peine car il était l’une des plus belles plumes de l’époque.

C’est un homme très serein, un homme martyr de son empreinte qui a eu l’Algérie dans le cœur. Il faudrait des journées entières pour relater ses talents de grande envergure. Il faut dire qu’on ne peut pas oublier facilement ce genre de personnes. Un homme d’un grande curiosité qui cherchait toujours un plus. Nous sommes sincèrement touchés par sa disparition et nous tenons à présenter nos condoléances à toutes sa familles, à ses enfants et son équipe.

 

Nadjib Stambouli, l’Authentique

«L’Algérie a perdu un être à part»

Je perds un ami parmi les rares qui me restent dans la presse et un confrère irremplaçable aux qualités professionnelles exceptionnelles. Mahmoudi était quelqu’un d’imprévisible qui a assumé tous les changements politiques dans notre pays. C’est toute l’Algérie qui a perdu un être à part. Maintenant, il faut prendre exemple de sa fidélité et de son courage, car Mahmoudi, dans les moments difficiles, a toujours agi en meneur d’hommes, en grand général qui faisait tout pour ne pas démoraliser ses troupes. Ce qui me fait le plus mal, c’est d’écrire et de parler de Mahmoudi au passé. Les souvenirs se bousculent dans ma tête mais celle qui m’a le plus marqué, c’est celle du jour de l’attentat qui a ciblé sa famille. A sa sortie du lieu de l’attentat, trois heures après, il me lâche : «Madjid, je ferai trois heures de retard dans l’écriture de l’édito». Je trouve cela d’un courage exceptionnel de quelqu’un qui vient de perdre son frère et qui a failli perdre sa femme.

Propos recuellis par Nouria B.

 

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Le combat d’un juste

Au lendemain des événements d’octobre 1988, l’Algérie venait d’amorcer un tournant de son histoire. Avant cette période, le commun des Algériens ne jouissait pas de toute la latitude d’accéder à l’information comme il le désirait, à l’instar des peuples épris de démocratie et de droits de l’homme.

Ce dont je me souviens, à cette époque, c’était la passion qui nous animait, mon frère et moi, de lire Le Nouvel Hebdo, un canard pas comme les autres, auquel nous étions devenus «accros», du fait de la justesse des analyses qui y étaient développées par feu Abderrahmane Mahmoudi. Nous ne rations aucun de ses numéros, convaincus que tout ce qu’ils contenaient ne plaisait pas à certains. Le nouvel hebdo finira par abdiquer devant le harcèlement de cercles occultes et valut à Mahmoudi quelques déboires, mais cela ne lui a pas fait complètement baisser les bras. Le combat du brave a continué avec la création de l’Hebdo libéré et le maintien de la ligne éditoriale, à notre grand plaisir, nous, lecteurs assidus et invétérés que nous étions. Pour Abderrahmane, cette seconde tentative d’occuper l’espace médiatique finira de manière tragique. Cette fois, les détracteurs de la presse libre utilisèrent la manière forte en tentant de l’éliminer physiquement mais le destin a voulu que ce soient des employés et des membres de sa famille qui payèrent de leur vie.

Ce qui caractérisait la personnalité de «Dahmane», comme aimaient à l’appeler ses proches, c’est son entêtement à dénoncer les carences dans la gestion du pays, les impostures qui avaient cours au sein des institutions et tout ce qui caractérisait le blocage des bonnes initiatives. Toutes ces choses négatives, il aimait à les mettre à nu, non sans user de diatribes acidulées, titillant sûrement, de sa plume, ces «forces occultes» qui agissaient dans l’ombre.

Ces mêmes forces n’ont pas eu raison de sa conviction professionnelle et de sa justesse dans le verbe et les affirmations prémonitoires des événements qui eurent lieu en Algérie.

Cette vision des choses chez Mahmoudi, nous la sentions de façon claire, sans ambages, au fur et à mesure de la lecture de ses analyses politiques.

Aujourd’hui, la presse écrite est orpheline de l’un de ses ardents défenseurs, un homme qui a compris depuis longtemps que le véritable leitmotiv d’un journaliste c’est d’informer sans déformer.

Adieu Abderrahmane, le combat que tu as initié continue…

Abderrachid Mefti

 

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Il a publié plusieurs ouvrages

Mahmoudi l’écrivain

La majorité connaît Abderahmane Mahmoudi le journaliste. Le défunt était aussi rongé par la passion de l’écriture.

Il a  en effet publié plusieurs ouvrages traitant de diverses questions auxquelles il accordait un intérêt évident. Doté d’un immense talent que lui reconnaissent ses pairs du monde des medias, Mahmoudi s’est ainsi  essayé  au  roman, avec succès d’ailleurs. La première fois que «Dahmane», comme se plaisaient à l’appeler quelques familiers, a trempé sa plume pour exercer ses talents d’auteur c’était pour écrire «La face cachée du mensonge». A travers ce livre édité par la Maison d’édition SEC, Mahmoudi  passe en revue les modalités de fonctionnement du secteur de l’information du temps du parti unique et évoque le combat sans relâche des journalistes algériens pour consacrer le sacro-saint principe de la liberté d’expression. Achevé au mois de mars de l’année 1991, cet ouvrage de 184 pages intervient dans un contexte marqué par l’ouverture démocratique que connaît l’Algérie et son corollaire, à savoir la levée du  monopole des pouvoirs publics sur  les medias et par conséquent la création de plusieurs titres de la presse dite indépendante. Un vent de liberté souffle alors fortement sur l’Algérie libérée, suite à l’épisode douloureux des événements d’octobre 1988, des pesanteurs étouffantes du monolithisme politique.  L’auteur écrit que «ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays n’a rien d’extraordinaire ou  d’inhabituel, puisque dans la quasi-totalité des pays qui émergent du long sommeil du parti unique, la question de l’information reste  le pivot de toutes les luttes et constitue l’axe d’effort principal dans la voie de la démocratisation du pays». L’auteur retrace  les différentes phases par lesquelles est passé le combat des journalistes, à travers le MJA (Mouvement des journalistes algériens), pour se défaire de l’emprise de l’appareil du parti unique et fait cas, à  la lumière de quelques exemples, des tentatives de récupération de ce mouvement par d’autres centres du pouvoir. En cette période charnière du pays marquée par la naissance de plusieurs titres de la presse nationale de différents bords politiques sur fond d’apres luttes politiques, Mahmoudi termine son livre avec cette conclusion lourde de signification : «Le moins que l’on puisse dire à l’issue de cette modeste recherche est que si la presse algérienne a bien changé depuis octobre 1988, cela n’a pas été nécessairement dans le bon

sens». L’auteur, il est vrai, fait ainsi montre de sa frustration, lui qui considère que «… le multipartisme qui est le pendant de la démocratie politique ne saurait avoir d’existence réelle que grâce à un système d’information suffisamment diversifié et qui reflète avec plus ou moins d’exactitude la vie politique

multipartisane». Homme aux grandes convictions, l’auteur a toujours affiché au grand jour ses certitudes, sans complaisance aucune. Il en est ainsi de son combat contre le terrorisme  qui lui valut d’ailleurs d’être la cible d’un attentat qui a visé le siège du journal  l’Hebdo Libéré qu’il dirigeait dans la première moitié des années quatre-vingt-dix. Mahmoudi, qui n’était pas au siège du journal a ainsi pu échapper à cette attaque terroriste. Dans son livre «Les financiers de la mort» qui traitait justement du phénomène du terrorisme, édité à compte d’auteur, Mahmoudi relève que le terrorisme dispose de puissants soutiens et de ramifications à tous les niveaux et que, partout ailleurs dans le monde, le terrorisme  est une question d’abord de colossaux intérêts économiques. En Algérie, l’auteur donne l’exemple de plusieurs secteurs d’activités économiques qui sont à la croisée de ces luttes d’intérêt et ce, par terrorisme interposé. Mahmoudi écrit en effet : «D’autres causes, d’autres acteurs se profilent en ombres chinoises derrière les illuminés … ». Mais cela ne veut point dire que le terrorisme islamiste est absout de ses crimes, loin s’en faut. L’auteur place seulement cette problématique dans son contexte le plus large à l’échelle mondiale où prédomine une course effrénée pour le leadership. Le défunt, preuve d’un talent incommensurable, s’est aussi essayé au roman. Avec succès d’ailleurs. Intitulé «Sous les cendres d’octobre», cette œuvre a été très bien accueillie par la critique à sa sortie en 1998. En tout cas, à travers sa disparition le monde de la presse perd un de ses plus talentueux représentants qui a toujours eu le mérite de dire tout haut ses convictions.       

B. Zoheir

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CONDOLEANCES

A la famille Mahmoudi

- Très touché par le décès de notre cher et regretté Abderrahmane, je vous présente en cette douloureuse circonstances, mes sincères condoléances et vous assure de ma profonde sympathie.

Qu’Allah Tout-Puissant Accorde au défunt Sa Sainte Miséricorde et l’Accueille en Son Vaste Paradis.

A Allah nous appartenons et à Lui nous retournons

Abdelmalek Sellal, Ministre des Ressources en eau

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C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris le décès de Abderrahmane Mahmoudi.

En cette pénible circonstance, je présente à toute sa famille, en particulier son épouse, et à toute l’équipe rédactionnelle du quotidien national Le Jour d’Algérie mes sincères condoléances.

Qu’Allah Tout-Puissant Accorde au défunt Sa Sainte Miséricorde et l’Accueille en Son Vaste Paradis

Tayeb Louh, Ministre du Travail et de la Sécurité sociale

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M. Arezki Idjerouidène, président-directeur général de la Compagnie aérienne Aigle Azur, très affecté par le décès de Abderrahmane Mahmoudi, directeur du journal Le Jour d’Algérie, présente à sa famille ses sincères condoléances et l’assure en cette pénible circonstance de sa profonde sympathie.

Qu’Allah Tout-Puissant, Lui Accorde Sa Miséricorde et l’Accueille en Son Vaste Paradis.

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Je viens seulement d’apprendre par le JT de l’ENTV que Abderrahmane Mahmoudi est décédé.

J’en suis très peiné et triste.

En cette douloureuse occasion, je vous présente, Madame Mahmoudi, ainsi qu’à votre famille et à tout le collectif du journal mes sincères condoléances.

Que Dieu Vous assiste dans cette épreuve.

A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.

Rachid

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Le docteur Boudjemaâ Haïchour, ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la Communication,

très affecté par le décès de :

Mahmoudi Abderrahmane

Directeur du journal Le Jour d’Algérie

Présente à la famille du défunt et au collectif du journal ses condoléances les plus attristées et l’assure de sa profonde sympathie.

Qu’Allah Tout-Puissant Accorde au défunt Sa Sainte Miséricrode et l’Accueille en Son Vaste Paradis.

A Allah nous appartenons et à Lui nous retournons.

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Rassemblement National Démocratique

M. Ahmed Ouayhia, secrétaire général du Rassemblement national démocratique, ayant appris avec beaucoup de peine, le décès de M. Abderrahmane Mahmoudi, directeur du quotidien Le Jour d’Algérie, présente, en cette pénible circonstance en son nom personnel, et au nom des membres de la direction nationale du RND, des cadres et militants du parti, ses sincères condoléances à la famille Mahmoudi, et l’assure de sa profonde sympathie.

Puisse Dieu Tout-Puissant Accorder au défunt Sa Sainte Miséricorde et l’Accueillir en Son Vaste Paradis.

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Rassemblement National Démocratique

A la famille du défunt Abderrahmane Mahmoudi

Directeur du quotidien Le Jour d’Algérie

M. Abdeslam Bouchareb, membre du Bureau national, chef de cabinet du Rassemblement national démocratique, ayant appris avec beaucoup de peine le décès de M. Abderrahmane Mahmoudi, directeur du quotidien Le Jour d’Algérie, présente en cette pénible circonstance ses sincères condoléances à la famille Mahmoudi et l’assure de sa profonde sympathie.

Puisse Dieu Tout-Puissant Accorder au défunt Sa Sainte Miséricorde et l’Accueillir en Son Vaste Paradis.

A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.

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Rassemblement National Démocratique

A la famille du défunt Abderrahmane Mahmoudi

Directeur du quotidien Le Jour d’Algérie

Très affectés par le décès de votre fils, Abderrahmane Mahmoudi, directeur du quotidien Le Jour d’Algérie, je présente en mon nom personnel et au nom des membres de la direction nationale du RND, des cadres et militants du parti, mes sincères condoléances à la famille Mahmoudi et la prie de trouver à travers ce message, l’expression de ma profonde sympathie en cette pénible et douloureuse circonstance.

Puisse Dieu Tout-Puissant Accorder au défunt Sa Sainte Miséricorde et l’Accueillir en Son Vaste Paradis.

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Réda Barkat, Ministre de l’Agriculture et du Développement rural