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Mahmoudi inhumé au cimetière de Garidi
Des funérailles
dignes d’un grand homme
Par
téléphone ou par Sms, l’annonce a fait le tour de l’Algérie en ce
jeudi, journée de repos pour la corporation, exceptionnellement
chaude. «Le directeur du Jour d’Algérie est décédé». Il tire sa
révérence dans l’humilité, suite à une longue maladie.
C’était dans la
nuit de mercredi à jeudi 15 février. C’est-à-dire 10 jours seulement
après son 52e anniversaire qu’il «fêtait» ces trois dernières années
dans la douleur. Pour ceux connaissant son courage et sa bravoure,
c’était «incroyable», et pourtant... A la rédaction, on attendait
son retour qu’il savait incertain mais il luttait courageusement
avec le sourire qui voilait un tant soit peu son désespoir face à
cette longue maladie, jusque-là incurable. A Dely Brahim, l’activité
est inhabituelle. Cette localité des hauteurs d’Alger, connue pour
son caractère résidentiel et paisible, a rompu avec son calme
coutumier. L’affluence au domicile du défunt, tôt le matin, a duré
sans interruption jusqu’au départ du cortège funèbre et même après.
Dans une ambiance très affligée, les visages marqués de tristesse,
amis, collègues, anciens compagnons de la corporation étaient tous
au rendez-vous au domicile du défunt où ils faisaient leurs derniers
adieux dans le recueillement. Sujet de l’heure : son parcours, ses
valeurs et son abnégation dans le travail. Ils étaient très nombreux
à être venus rendre un dernier hommage au désormais ancien confrère,
Abderrahmane Mahmoudi. Le brouhaha fut interrompu par : «C’est
l’heure du départ !». Il était midi passé de quelques minutes. La
foule s’est scindée en deux groupes. Les uns sont accourus à
l’intérieur de la maison – où la famille Mahmoudi recevait les
condoléances des épouses des directeurs de publication de la presse
écrite – pour la levée corps du défunt qu’on a enveloppé de
l’emblème national et placé sur le catafalque, et être transporté au
cimetière de Garidi (Kouba). Les autres prirent place dans les
voitures composant un imposant cortège funéraire qui se dirigeait
progressivement vers le cimetière, alors que les gorges des proches
se nouaient et les visages étaient emplis de larmes. La dépouille a
été inhumée à 13 heures en présence de nombreux journalistes et
autres photographes qui l’attendaient autour de sa sépulture dans la
cité des morts. Arrivé en tête, le catafalque est transporté sur les
épaules avant d’être déposé au seuil pour l’accomplissement de la
prière de l’absent. Relevé une dernière fois pour être déposé,
quelques mètres plus loin, dans sa dernière demeure sous le regard
de ses deux jeunes enfants et de nombreux accompagnateurs ainsi
que d’anciens amis, dont Nacer M’hal et Zouaoui Benhamadi,
respectivement actuel DG de l’APS et ex-directeur de l’ENRS, venues
rendre un dernier hommage à leur ami, ancien collègue, confrère et
directeur du quotidien le Jour d’Algérie et l’hebdomadaire Les
Débats. De nombreuses personnalités nationales politiques, du
barreau et des corps constitués étaient aussi au rendez-vous, on a
noté la présence très remarquée d’officiels comme les ministres,
Hachemi Djiar, ministre de la Communication, Abdelmalek Sellal,
ministre des Ressources en eau, Saïd Barkat, ministre de
l’Agriculture, Tayeb Louh, ministre du Travail, et Abdelkader Malki,
chargé des relations extérieures à l’UGTA. Une fois la mise en terre
achevée, les présents se sont dispersés après lecture de la fatiha.
La télévision et les chaînes de radio nationales ont rapporté
l’information et diffusé des séquences des obsèques. Pour rappel, le
journaliste-écrivain Abderrahmane Mahmoudi, a été ancien journaliste
au quotidien El Moudjahid avant de passer à l’hebdomadaire Algérie
Actualités. Il a également dirigé l’Hebdo Libéré, qui a succédé au
Nouvel Hebdo dans les années 1990. Porté sur le journalisme
d’investigation, Mahmoudi avait une préférence accentuée pour les
articles politiques dans lesquels il expliquait, selon sa perception
des choses, les situations induites par l’ouverture du champ
politique et médiatique en Algérie. Il a été également auteur de
quelques ouvrages, dont «Sous les cendres d’Octobre», «Les
financiers de la mort» et «Les nouveaux boucs émissaires». Il est
utile de souligner qu’un registre de condoléances est ouvert pour
recevoir les témoignages et marques de sympathie, au siège du
journal, sis au 2, Boulevard Mohamed V, à Alger.
Salah Bey
Haut
Cheikh Ezemli n’est plus
Un
pince-sans-rire
Je me rappelle
qu’au lancement du billet de Aich Etchouf, les supputations, même au
sein de la rédaction, allaient bon train sur l’identité de Cheikh
Ezemli. Qui était-il ? La question a été posée à maintes fois. Il
est vrai qu’il était difficile de douter de l’identité de l’auteur
de ce billet et encore moins de penser que Cheikh Ezemli n’était en
fait que Abderrahmane Mahmoudi. Et pour cause, la plume avec
laquelle il s’adonnait à l’écriture de son billet contrastait avec
la sobriété et la rigueur auxquelles l’éditorialiste Mahmoudi nous
avait habitués. Imaginer Mahmoudi faire de l’esprit et transmettre
avec cette pointe d’humour propre un message était certes difficile
lorsqu’on avait de la personne que cette impression extérieure,
qu’il entretenait presque malgré lui ; d’être un monument. Je me
souviens que lors de son passage à l’émission radiophonique «la
revue des revues» qui était diffusée sur les ondes de la Chaîne III
tous les jeudis matin, il avait surpris l’animatrice en lui
déclarant qu’il avait voulu écrire des scénarios pour pièces
satiriques. Elle est tombée des nues car pour elle le Mahmoudi vu et
décrit par les autres était un l’homme incapable de faire preuve
d’humour. «Vous faites tellement sérieux», lui a-t-elle rétorqué. Et
c’était là en réalité toute la gageure que réalisait quotidiennement
le sérieux analyste politique Mahmoudi. Mais l’exercice pour lui
n’était pas si difficile qu’aurait pu le croire le commun des
hommes. En lui, Mahmoudi avait cette capacité journalistique de rire
politiquement des autres et de leur travers. De leur faire toucher
du doigt, leur bêtise aussi. Cheikh Ezemli était une autre facette
d’un personnage hors catégorie. Aich Etchouf, c’était ce jardin
secret qu’il cultivait en cueillant chaque jour un fait, une
déclaration puisés dans cette actualité qu’il passait au peigne fin.
Sans transition aucune, il passait d’un genre journalistique à un
autre sans que cela n’altère en rien son talent. Et le lecteur avait
autant de plaisir à lire l’éditorialiste que le billet sans se
douter que le rédacteur n’en était qu’un seul.
Nadia Kerraz
Haut
M. Mahmoudi, reposez en paix
Parler de
Abderahmane Mahmoudi au passé, voilà l’exercice journalistique
auquel je suis astreinte aujourd’hui.
Et c’est loin
d’être facile. Et pour cause, on ne peut, après l’avoir côtoyé au
quotidien de longues années durant, se résoudre à l’idée qu’il ne
sera plus là. Mais comment lui rendre hommage à travers quelques
milliers de signes? C’est tellement injuste au regard de tout ce
qu’il a été et ce qu’il a représenté pour nous, qui partagions sa
vie six jours sur sept, et pour la presse à laquelle il a voué sa
vie. Car cela peut paraître difficile à comprendre pour toute
personne qui n’aura pas fait partie du collectif des Débats ou du
Jour d’Algérie, mais pour nous, sa disparition est une perte que
l’on ne pourra jamais quantifier. C’était notre repère. Une ancienne
correctrice ayant eu, comme elle disait le privilège de revoir ses
éditos, me taquinait souvent, après avoir corrigé un des mes
commentaires, en me disant : «Tu veux écrire comme Mahmoudi». Mais
qui aurait pu avoir cette prétention de vouloir se comparer à lui ?
Certainement pas moi. Et pourtant, l’homme qu’il était ne ratait
jamais une occasion pour nous faire profiter de toute son expérience
et donner, notamment aux journalistes qui interviennent en
politique, lors du briefing hebdomadaire qu’il présidait ou lors des
entretiens que l’on avait dans son bureau, ses analyses de la
situation nationale. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire,
l’homme n’imposait aucun de ses points de vue. Il avait ses idées,
ses convictions qu’il se faisait un devoir de partager avec ses
collaborateurs et ses lecteurs, mais il était aussi à l’écoute des
autres. Il encourageait les journalistes, les jeunes en premier
lieu, à s’exprimer. Devant leur mutisme, il ne baissait jamais les
bras. Il se contentait de dire «ça viendra avec le temps». Et au
directeur de la rédaction, il disait tout le temps, il faut les
faire parler. Pour ce faire, lui disait-il, il faut tenir le
briefing quotidiennement. Il faut qu’ils apprennent à s’exprimer.
Sur le plan humain, il est impossible de croire qu’il puisse exister
un autre homme de sa dimension. Il était la gentillesse et la
modestie personnifiées. Jamais il n’a élevé la voix sur quelqu’un.
Il était toujours le premier à saluer son personnel. Aujourd’hui
après sa disparition, un tas de questionnements nous traverse
l’esprit. Allons-nous être à la hauteur des espoirs qu’il avait
placés en nous, staff, collectif rédactionnel et personnel technique
? On se doit de poursuivre son œuvre. Il s’est tellement investi
dans ses deux derniers bébés que même en étant malade, il ne pouvait
s’empêcher de venir au bureau. C’est parce que l’écriture était ce
moyen par le biais duquel il se transcendait. Elle lui a toujours
donné l’occasion de mon-trer la pleine dimension de ses talents, de
son audace et de son courage politique. Rien ni personne ne
pouvaient l’empêcher d’afficher ses principes. Et des principes, il
en avait. L’homme était de tous les combats pour une Algérie
plurielle et tolérante. Les femmes avaient en lui un fervent
défenseur de leur cause. Mahmoudi, c’était un homme à part. On le
savait malade, condamné mais personne ne pouvait se résigner à
l’idée de sa mort. Dès qu’il balançait un éditorial, on se
réjouissait car, on se disait que c’est un signe qu’il va mieux. On
se mentait. Mais ce mensonge nous faisait du bien. Aujourd’hui
quelque 72 heures après son enterrement, il nous manque déjà.
L’Algérie a perdu en lui un des derniers monuments de la presse.
Repose en paix Dahmane, vous que je n’ai jamais osé tutoyer ou
appeler de votre prénom durant votre vie. Et je ne le regrette
nullement. On était si petit devant vous. Merci de m’avoir choisie
parmi ceux que vous avez investis de votre confiance. Mon mari et
moi avons perdu en vous un ami que nous ne sommes pas prêts de
retrouver.
Nadia Kerraz
Haut
Du journalisme, de l’investigation…
Le journalisme
d’investigation. Un concept qui n’est pas étranger à celui qui vient
de nous quitter très jeune et qui, pourtant, a laissé, derrière lui,
un bagage loin d’être négligeable. Au moment où certains de nos
confrères se sont, volontairement ou pas, selon les cas, liés et les
pieds et les mains, face aux tentations de gains matériels, lui, a
refusé de suivre cette voie qui mène partout sauf à la satisfaction
de servir la noblesse de sa profession.
Journaliste de
terrain, journaliste d’investigation. Telle était la caractéristique
de Abderrahmane Mahmoudi, Dahmane pour les intimes, qui ne rendait
de compte qu’à sa seule conscience et à son amour de rapporter la
vérité telle qu’elle est. Du terrain, la corporation en a,
malheureusement, beaucoup perdu. Les investigations se font presque
inexistantes, non pas par manque de compétences mais, parfois, par
le piège tendu par l’attraction du gain facile. Les intérêts des uns
et des autres ne doivent pas être inquiétés. Une partie de la presse
s’est fait prisonnière de cet état de fait qu’elle pouvait,
pourtant, éviter avec beaucoup d’aisance. Celui par qui le scandale
des «magistrats faussaires» éclata au grand jour fut l’un des rares
à ne pas succomber à la tentation des milliards et autres biens
immobiliers. Il a préféré être emprisonné que d’abandonner ses
idéaux et ses principes qui consacrent l’Algérie d’abord et avant
tout. Un nationalisme qui a forcé le respect de beaucoup de gens.
Dahmane ne garda pas pour lui cet amour du pays, cet acharnement à
défendre les intérêts de sa nation. Il inculqua ces principes à la
jeune rédaction qui participait à la confection des journaux qu’il a
créés. «L’Hebdo Libéré», d’abord, «Les Débats» et «Le Jour
d’Algérie», ensuite. L’audace et la justesse de l’écrit et la
véracité de l’information ont, toujours, été le credo de notre
regretté confrère.
Combien de fois,
lors de briefings de rédaction, ne cessait-il pas de nous exhorter à
faire notre travail, en nous éloignant le plus possible de toute
manipulation, à refuser toute attraction matérielle et à n’obéir
qu’à notre conscience professionnelle et humaine. Des briefings,
courts ou longs, dans le temps, mais ô combien utiles en matière
d’apprentissage de maturité et d’éthique professionnelles. Pas
question de toucher à l’intégrité et à la dignité du commun des
citoyens et il est hors de question de préserver un quelconque
responsable quand il s’agit de critiquer une gestion estimée
contraire aux intérêts du pays. Des reportages sur terrain, Dahmane
ne demandait que ça, aux cotés de dossiers et d’enquêtes objectifs
et d’utilité pour le bien- être de l’ensemble des citoyens. Il nous
exhortait, à chaque fois, de ne pas nous contenter de couvertures
médiatiques officielles mais, également, de donner la parole aux
administrés, seuls capables de conforter ou de démentir des chiffres
souvent élogieux en matière de lutte contre le chômage, contre la
crise du logement et autres problèmes socio-économiques. Une
conscience, une école, une déontologie. Tel est l’autre nom de note
regretté confrère. Un héritage que nous tenterons de mériter et
d’assumer même si le chemin à faire, pour égaler le défunt, est loin
d’être facile à parcourir. Il nous a, toutefois, fourni les
repères : l’amour pour son pays, pour sa profession, l’éthique, la
déontologie et le respect de la conscience professionnelle et
humaine. Merci Dahmane. Nous n’oublierons jamais ces leçons. Nous
n’abandonnerons jamais ces principes.
M. Abi
Haut
Ce directeur, si modeste, si grand
Avant de commencer
à travailler au quotidien «Le Jour d’Algérie», j’ai, il faut le
dire, longuement hésité. J’avais à peine appris à rédiger dans un
autre quotidien, et j’avais vraiment la crainte que ma candidature
ne soit rejetée par
M. Mahmoudi, qui,
me disait-on, était très «sévère» comme patron et ne pardonnait pas
la moindre erreur. «Il ne discute pas avec ses employés et il n’a
pas de rapport avec eux»,ne cesse-t-on de dire à son sujet. La porte
de son journal m’a été ouverte, et je découvre, comme mes jeunes
collègues que derrière ce journal qui est le benjamin de la presse
indépendante se cache un directeur de publication de tout ce qu’il y
a de plus sérieux. Certes, il ne perdait pas de temps à faire des
discussions inutiles dans les couloirs du journal, mais prenait tout
le temps qu’il fallait pour expliquer une idée ou éclairer un des
collègues sur un des enjeux de l’heure. Les meilleurs moments que
notre équipe a passés avec lui, ce sont certainement les réunions de
rédaction hebdomadaires, quand la santé de
M. Mahmoudi le
permettait. En effet, aucun sujet n’échappe à ce grand monsieur qui
est le premier arrivé au journal tous les matins. Il passait
beaucoup de temps à lire tous les journaux de toutes les couleurs et
tendances et n’hésitait pas à faire la remarque quant à un
«ratage» fait par
un des nôtres, par rapport au compte rendu d’un confrère. C’est
également tout ce qu’il y a de plus modeste avec tout le monde. Avec
son réservoir de culture et de savoir, il était tout le temps
disponible à faire profiter les autres de ce qu’il savait, de ses
contacts. Il ne cessait pas de nous répéter que nous pouvions faire
appel à lui à tout moment et n’importe quel sujet. Les orientations
qu’il voulait nous inculquer consistaient à ne pas trop éloigner nos
écrits de la réalité vécue par les Algériens au quotidien. «Ce n’est
pas en reprenant les chiffres mensongers qui cachent la réalité du
pays que vous ferez de bons papiers, mais en vous référant à ce que
vous constatez sur le terrain et avec honnêteté». Le terrain, la
vérité, l’honnêteté, ce sont les termes qui reviennent à chaque
rencontre avec lui et qui constituaient un des secrets qui ont fait
de cet homme une des meilleures plumes de la presse algérienne. Lui,
qui croyait dur comme fer que l’on pourra arriver un jour à faire
respecter ces valeurs dans un contexte qui s’en dénude de jour en
jour. La jeunesse a été pour lui l’espoir qui réalisera ce rêve qui
a tant alimenté le grand journaliste qu’il fut et qu’il restera et
la référence qu’il constituera pour toute la corporation.
Fatima Arab
Haut
Il a transcendé la maladie
Tête haute dans la vie, digne dans la mort
Les douleurs
causées par la perte d’un frère, lâchement assassiné dans une
attaque contre le siège de «L’Hebdo Libéré» ainsi que celles
provoquées par la terrible maladie ont été impuissantes pour venir à
bout de l’humilité, de la détermination et du courage de cet homme.
On peut verser
davantage de larmes que d’encre pour rédiger ce texte, on ne
trouvera jamais les mots pouvant être à la hauteur des qualités de
celui qui fut et demeurera, pour le restant de nos jours, un guide,
un repère ainsi qu’une de nos sources d’amour pour la profession.
D’amour pour notre prochain.
Celui qu’on ne
côtoie jamais assez, lui qui a tellement de principes à inculquer
aux autres. Celui qui a pour nom Abderrahmane Mahmoudi, Dahmane pour
les intimes, restera gravé dans nos mémoires jusqu’à notre dernier
souffle et, souhaitons-le, dans l’Au-delà auprès de Celui qui nous a
créés, ne nous a jamais privés de son sourire, même dans les pires
souffrances, au moment où la maladie le rongeait de l’intérieur. Une
maladie qu’il a finie par transcender puisqu’elle n’a jamais pu lui
ôter ce sourire, cet amour de la profession, cette honnêteté
intellectuelle. La maladie n’a jamais pu venir à bout de son
courage. Face au caractère «vicieux» de la tumeur qui revenait sans
cesse, il a répondu par la détermination et le courage. Un courage
qu’il puise de la pureté de son âme et de l’amour qu’il a toujours
eu pour son prochain. Son amour pour ses deux filles et ses deux
fils, Mahdi, Mourad, Fouzia et Sabrina, dignes descendants d’un père
de famille exemplaire. Quand la maladie utilisait la «ruse» pour
revenir à la charge, il ripostait, à chaque fois, en parlant quand
les douleurs atroces tentaient, vainement, de venir à bout de sa
raison, en écrivant quand il ne pouvait plus parler et avec le
sourire quand il ne pouvait faire aucun geste. Il a transcendé la
maladie. Il est décédé par la volonté de Dieu.La maladie a
certainement pleuré lorsque, à quelques semaines de sa mort, il fêta
l’anniversaire de l’un de ses deux fils qui, en recevant le cadeau
de son père, lui dit : «Papa ne meurs pas». Les larmes ont coulé des
yeux de Dahmane. Un moment qui décrit l’atrocité de cette scène
mais, également, renseigne sur la tendresse qui a toujours entouré
cet homme au cœur d’or.
Cela me rappelle
la photo de la fille de Allaoua Aït Mebarek, un autre grand homme
que j’ai vu disparaître de ma vue mais jamais de mon cœur. Lui était
directeur de rédaction du quotidien «Soir d’Algérie». Les centaines
de kilogrammes d’explosifs qui ont soufflé le siège de ce journal
ont propulsé à plusieurs dizaines de mètres de lui la photo de sa
fille qui se trouvait dans sa poche. Avant-hier, devant le domicile
de Dahmane, Fouad Boughanem était à mes côtés. Les larmes coulant de
ses yeux. Comment pouvait-il ne pas pleurer, lui qui l’a connu
pendant 35 ans ?
Repose en paix,
Dahmane. Que le Tout-Puissant T’accueille en Son vaste paradis. Ton
sacrifice ne sera pas vain. Ton sourire éclairera nos cœurs. Ton
courage sera pour nous une source de détermination et constituera
une barrière entre nous et la lâcheté. Ton honnêteté sera pour nous
une source de désintéressement. Repose en paix, frère. Nous ne
t’oublierons jamais. Ta modestie et ton sourire resteront, à jamais,
gravés dans nos cœurs.
M. Abi
Haut
Une belle plume de combat
S’il faut figer en
une seule formule ton parcours d’un des pionniers de la presse
indépendante (puisque la vérité des individus n’apparaît qu’à la
fin, et que tant qu’ils sont en vie, ils sont encore capables de
nous dérouter comme de bousculer leur propre image), je dirai que
certes avec d’autres, mais avec ta passion parfois excessive, avec
le sel si particulier de ta plume juste, aux accents harmonieux,
toujours dérangeante, que tu as incarné le journalisme de combat
pendant la période la plus sombre de l’histoire de l’Algérie
indépendante, celle de tous les déchaînements de violence
intégriste, celle de tous les périls pour notre collectivité
nationale, en un temps si fécond en crimes les uns plus
insoutenables que les autres.
Quand une bonne
partie des Algériens se demandait s’il n’était pas sage finalement
de dialoguer avec les terroristes, en somme s’il ne valait pas mieux
céder à leur férocité, si l’intérêt même de la nation ne commandait
pas de les laisser arriver à leurs fins, c’est-à-dire au pouvoir, tu
étais aux premières lignes pour insuffler à la société tétanisée
l’esprit de résistance qui t’animait, dont tu débordais et que ta
plume talentueuse rendait avec une force si contagieuse. Tes éditos
alors, c’était de la poudre, des tirs de barrage devant la barbarie
qui déferlait de tous côtés. Le jour de parution de l’Hebdo Libéré,
le mardi après-midi, il était impossible de marcher dans la ville
sans voir ton journal dans les mains de bien des gens que l’on
croisait. Cela faisait toujours l’effet d’une démonstration de rue,
de force, ou du moins de conviction, d’autant plus bienfaisante
qu’aucun appel ne l’avait précédée. Tu étais comme un drapeau que
par ses temps de terreur on arborait sans en donner beaucoup l’air,
mais assez cependant pour indiquer qui on était politiquement, de
quelle Algérie on était. Le passant était sûr que ces lecteurs-là
sont du même bord que lui, et il aurait presque voulu leur faire un
signe d’intelligence ou, mieux encore, les aborder pour leur dire
une parole aimable, histoire de s’encourager mutuellement par des
temps aussi mauvais, aussi tragiques. Quand personne ne savait en
sortant de chez lui le matin qu’il y retournerait sain et sauf le
soir. Quand le plus sûr moyen de sauver sa peau, c’était de passer
inaperçu, c’était justement de faire le mort. Tu bravais la mort
alors, toi, parce que ton engagement pour une Algérie libre et
moderne t’en faisait un devoir impérieux.
Ce devoir tu l’as
rempli tout entier, sans flancher, sans t’en dispenser si peu que ce
soit tout au long de ces années terribles. Rien n’a pu t’y arracher,
même après que les tueurs venus se venger du mal que tes articles
leur faisaient, et ne t’ayant pas trouvé, ont abattu trois des
personnes auxquelles le sort prescrivait d’être présentes dans les
locaux administratifs du journal ce matin-là, dont ton jeune frère,
Nadir, qui te rendait visite, tandis que deux autres personnes,
laissées pour morts, ont miraculeusement survécu. Il n’y a eu que
l’Hebdo Libéré pour faire l’objet d’un attentat en tant que journal,
pour son contenu, pour le combat qu’il menait, même s’il est clair
que le raid terroriste qui l’a visé n’aurait pas été tenu pour un
échec ou même pour un demi-échec par ses commanditaires si au lieu
de se traduire par une tuerie, il s’était soldé par ta seule
exécution. Car tu étais condamné à mort, nommément pour ce qui te
concerne, même s’il était vrai que tous les journalistes étaient
voués au même sort que toi. Ton cri de guerre contre les assassins,
qui était aussi ta façon de pleurer ton frère tout en lui rendant
l’hommage que tu pensais qu’il méritait: «Vous ne nous ferez pas
taire» résonnera toujours dans les mémoires de ceux qui l’ont
entendu au moment où il surgissait de ta plume que le malheur ni
n’intimidait ni n’altérait.
Tu ne laissais pas
la souffrance la submerger ou l’étouffer, toi dont le cœur alors
saignait en abondance, qui menaçait de te manquer. Plus tard, j’ai
pu me rendre compte à nouveau de ta force de caractère dans les
moments difficiles. Ce sera au cours de ton dernier combat, que tu
vas livrer pendant des mois con-tre le cancer. Il a fallu qu’il soit
près de te terrasser physiquement pour que tu laisses tomber la
plume de ta main. Jusqu’au bout tu écrivais encore, tu ne voulais
pas t’avouer vaincu par la ma-ladie. Jamais je ne t’ai vu autrement
que d’une lucidité qui tenait fermement à l’écart les retombées de
la souffrance, dont on devinait sur ton visage et ton corps rongés
qu’elle était grande.
M. Habili
Haut
Pour nous, un exemple
«L’avantage ici,
c’est qu’il n’y a pas de bureaucratie». C’est, entre autres, par
cette phrase que Abderrahmane Mahmoudi, souriant, m’expliquait les
Débats au premier jour de mon recrutement en mai 2003. J’étais un
peu ému, malgré mes quelques années de métier, de me faire accepter
dans l’équipe de ce journaliste que je ne connaissais que de
réputation mais dont je redoutais la sélectivité. Je dus me souvenir
ce jour-là de la mine coléreuse de mon père quand, alors jeune
étudiant, j’avais, un jeudi en rentrant à la maison, oublié de lui
acheter le dernier numéro de l’Hebdo Libéré. Me souvenir aussi de
ces éditoriaux incisifs, tranchants et polémiques, contrastant
violemment avec leur auteur dont la rencontre a été pour moi une
surprise de le savoir si humble, parlant à voix basse et l’attitude
réservée. Je n’ai pu que le vouvoyer et c’est resté ainsi. Les deux
ans et demi passés aux Débats et au Jour d’Algérie n’ont cependant
en rien expliqué à mes yeux dans quelles ressources personnelles
Abderrahmane Mahmoudi puisait ses analyses en contrechamp, ses
points de vue qui dévoilaient ce que la majorité ne faisait
qu’évoquer, ses expressions jamais renouvelées.
M. Mahmoudi ne
dispensait pas de leçons, ni en ce beau journalisme qui se perd, ni
en ce courage face à l’épreuve avec laquelle il nous a marqué. Il
lui suffisait de donner l’exemple ; le temps de l’apprentissage à
ses côtés fut malheureusement trop court.
Nabil Benali
Haut
Quand il s’en va, un grand journaliste reste éternel
Il est difficile
de parler de feu Abderrahmane Mahmoudi, sans évoquer le journaliste,
l’écrivain, la plume de renom qu’il était. Mais ces aspects-là, je
laisserais volontiers à mes collègues le soin d’en parler. Moi je
parlerai plutôt de ce chef qui était tout le temps présent à travers
ses écrits, ses éditos, et par ses orientations et son suivi
continus de chaque édition. La maladie nous a ravi, nos autres
journalistes et membres de la rédaction, la chance de profiter au
maximum de son expérience et de puiser dans son savoir. Je parlerai
de celui dont le grand professionnalisme n’avait d’égal que sa
modestie et sa noblesse d’âme. De celui qui avait cru en le «Jour»
de l’Algérie (le pays) et avait voulu faire du canard «Le Jour
d’Algérie», un support d’espoir pour dire et montrer à tous que «ce
jour se lève envers et contre tous». Abderrahmanne Mahmoudi a été ce
grand intellectuel, toujours à jour du quotidien national et
international. Ce repère généreux auquel on se référait quand
l’occasion se présentait, pour un flash- back du passé de
l’information ou pour un pronostic de son futur proche. «Dahmane» a
été ce «maître» qui croyait en la relève et aux talents en herbe de
ses jeunes journalistes, celui qui a toléré certaines bêtises, a su
canaliser certaines ambitions et a appris à tous comment voir,
comment sentir, comment deviner et comment traiter l’information en
professionnel. Nous rendons aujourd’hui hommage, à l’homme, au
journaliste, à l’intellectuel et au chef. Nous rendons aujourd’hui
un vibrant hommage à Abderrahmane Mahmoudi, l’homme qui nous a
inculqué comment se surpasser pour mieux informer nos lecteurs.
Aujourd’hui, un
grand s’en va. Rien ni personne ne pouvait empêcher son départ, rien
ni personne ne pouvait différer le rendez-vous de la faucheuse. Mais
nous savons tous au fond de nous que ce grand homme reste fortement
présent dans nos cœurs, nos esprits et au sein même du Jour
d’Algérie.
Il est dit que les
grands naissent, vivent et meurent un jour. Il est dit qu’ils s’en
vont toujours, mais il est vrai qu’ils restent quelque part présents
et éternels. Et c’est le cas de Abderahmane Mahmoudi. A Dieu nous
appartenons et à Lui nous retournons.
Habiba Ghrib
Haut
Après un long combat, le répit
…Et l’espoir
continue
D’aucuns
témoignent qu’il a inculqué une certaine perception de l’actualité
nationale et internationale.
Perception qui lui
a permis, d’une certaine manière, de voir, d’analyser et de tirer
les enseignements qu’il faut au moment qu’il faut. Il n’a pas cessé
d’écrire, depuis le lancement du Jour d’Algérie, où je l’ai connu de
si près. Il écrivait insatiablement, souvent sous la douleur de la
chimiothérapie, sur un quotidien algérien difficile. Comme si un
hebdo ne lui suffisait pas ! Il fut animé par une verve d’écriture
inégalée. Il s’est rangé dans le camp des Algériens faibles,
impuissants et miséreux qui n’ont pas quitté le pays. Il a pu
fidéliser un lectorat qui croyait en la pertinence de ses analyses,
la force du verbe enveloppant ses critiques constructives et ses
notes d’espoir qu’il exprimait avec simplicité, aisance et sans
complaisance. Conjuguant l’art et la manière, il usait d’un style
direct, compréhensible et facile à décrypter. Prenant le mal du pays
en patience, il aimait tant ce sport quotidien de partir chaque
matin, en quête de vérité, faisant l’autopsie de l’actualité phare
et brûlante du jour ou de la veille dans son éditorial qu’il monta
après un long voyage de lecture dans la sphère médiatique de
plusieurs heures afin de mettre le doigt sur le fait marquant. Il
tenait à marquer sa présence au journal, des heures durant, en dépit
des notes de convalescence dictées par ses médecins. Posté derrière
son bureau, ses lectures duraient de 10 heures à 18 heures au bout
desquelles il montait l’édito de l’édition du lendemain qu’il
faisait accompagner, en guise d’agrément, par les digressions du
Cheikh Ezzemli. Dans son édito du 1001e numéro, du samedi 2 décembre
2006, M. Mahmoudi écrivait sur «le choc reporté», évoquant la visite
du chef de l’église catholique qui a choisi, selon lui, la voie de
la conciliation entre les religions plutôt que celle de la
confrontation que suggérait Samuel Hutington. Ce «sage»
recueillement du Pape Benoît XVI à la mosquée bleue d’Istanbul aura
finalement fait, selon lui, ce qu’il fallait faire pour dénouer la
crise qui était en train de se cristalliser autour de ses propos sur
les violences de l’Islam menacée par «la mondialisation armée» via
des crises croisées en Irak et en Palestine d’une part et entre le
prétendu choc nucléaire avec l’Iran et à un degré moindre avec la
Corée. Mais le plus grave choc qu’a reçu l’éditorialiste dans sa
quête de la vérité reste entier ce jour du 27 novembre, dans l’édito
du n°997, suite aux déclarations du ministre de la Santé qui a
surpris son monde en apportant la confirmation que «les produits
médicamenteux, essentiellement dits génériques, ne répondent pas aux
normes de qualité et d’efficience exigées». M. Mahmoudi n’était pas
resté indifférent devant la gravité d’une telle sentence prononcée
par un ministre de la République qui avouait ne pas savoir «ce que
nous fabriquons et ce que nous importons (…)», en l’absence d’un
contrôle rigoureux au niveau de nos ports et nos aéroports. Si cela
constitue, d’après le ministre, «un cas de conscience», les
Algériens eux, inconscients, disait
M. Mahmoudi, sont
à présent incités à bourrer leurs valises d’UPSA et autre Augmentin,
pour espérer soulager efficacement leurs douleurs, après avoir
longtemps importé des pommes et des bananes qu’ils mangent
aujourd’hui à satiété tels des substituts de la pomme de terre cédée
jusqu’à 70 DA. «Aich T’chouf» disait cheikh Ezzemli. Notre regretté
en a vu de toutes les couleurs. Il s’est éteint, l’amertume dans son
âme et son corps, sans pouvoir apaiser ses douleurs par «voir des
alternatives à ce pays malade de ses maux, de ses hommes et de ses
paradoxes», comme il ne cessait de nous le rappeler en briefing ou
dans ses éditos. Un pays qui a les hommes et les moyens qu’il faut
pour sortir du gouffre mais reste telle une société comme frappée de
«Placebo pour tous», a-t-il souligné. Dans «Cinq projets et un
procès», (N° 1031 du 9 janvier 2007), c’est-à-dire le 1001e édito et
le dernier de M. Mahmoudi, qui n’a pas outre mesure choisi de
s’arrêter d’écrire, il tenait à être rassurant, lui qui nous
conseilla d’abandonner tout penchant nihiliste. Au lendemain de
l’ouverture du procès Khalifa, il voulait rappeler à qui voulait
l’entendre que «tout n’est pas noir dans ce bled», mais il y a, à
ses yeux, de quoi être optimiste en soulignant qu’«au moment où le
ciel médiaticopolitique est traversé par des orages dévastateurs,
évoquant corruption, gabegie, mauvaise gestion et reculs
démocratiques, il est utile d’être attentif à quelques embellies qui
indiquent que notre météo politique n’est pas entièrement à sens
unique». C’est ainsi qu’il voyait en Issad Rebrab, un golden man. Il
a qualifié le patron de Cévital comme un très sérieux investisseur
qui promet et mérite d’être encouragé. Le boss venait d’annoncer la
veille, à Radio chaîne III cinq projets économiques déposés sur les
bureaux de l’administration algérienne, sur les 14 prévus par le
groupe, (deux centrales électriques et trois pour la production de
sucre à hauteur de deux milliards de dollars US) viennent de se voir
débloqués et donc promis à une rapide prise en charge. «Tout
commencera à aller pour le mieux, selon l’éditorialiste, lorsque le
président de la République a accepté de visiter les pavillons du
groupe au cours de la dernière foire internationale d’Alger». Mais
tout s’arrêta de bouger autour de lui le lendemain. L’éditorial
venait de perdre son auteur. On l’aura su ultérieurement. Le
journaliste Mahmoudi a quitté définitivement son espace préféré.
L’écrivain n’était plus disposé à écrire. Terrassé par la maladie,
il a baissé les bras, la mort dans l’âme, avant de subir une
deuxième mort ce jeudi 15 février. La terre a cessé de tourner pour
lui, à l’aube d’une journée printanière, relativement chaude par
rapport à la saison. Il aura manqué d’écrire que c’est à cause de
l’effet de serre et du réchauffement de la terre et évoquer le
stress hydrique dont l’Algérie souffrira dans les quelques années à
venir. Il nous a quittés sur cette note d’espoir, que lui a proféré
les bonnes nouvelles de Cévital. Sur cette note d’espoir, sa plume
s’est fanée. Le clavier perdit à jamais celui qui le caressait avec
des touches humainement pédagogiques
Il le perdra pour
longtemps, car M. Mahmoudi est parti pour un congé, le vrai après sa
virée vers Garidi avec certains de ceux qui l’ont connu, côtoyé,
apprécié, ou accompagné à sa dernière demeure… dans l’au-delà. Adieu
M. Mahmoudi. Repose en paix, l’espoir continue de nous faire vivre.
Salah. Bey
Haut
Générosité et collégialité
Abderahmane s’en
est allé et avec lui, une partie de moi-même s’estompe à jamais. Il
aura été avant tout un ami, un de ces amis qui savait donner tout
son sens à l’amitié. Rarement je n’aurais connu un journaliste aussi
captivé par son métier. Il était toujours à l’écoute des
journalistes. Le journal était sa seconde famille, entouré par de
jeunes journalistes qui l’adoraient. Une anecdote me vient
instinctivement à l’esprit que je m’empresse de vous la raconter.
Cela s’est passé à «Algérie Actualité», un prestigieux hebdomadaire
qui fit la fierté de l’Algérie et où les journalistes ne se
chamaillaient pas pour des futilités mais pour faire passer leurs
papiers. Et ce jour là, Abderahmane est venu me voir pour m’annoncer
que le directeur KB, avait refusé de passer son article. Pour
Mahmoudi, c’était la pire des choses. Je le calmais en lui
recommandant de rentrer chez lui en me laissant son article. «Il n’y
a que toi qui puisse me sauver !», me dit-il avant de partir. Quelle
ne fut pas sa joie le lendemain en trouvant son écrit dans le
journal et qui plus est en bonne place.
Dans son livre,
«Les boucs émissaires», il cite ce moment de sa vie professionnelle,
car il était l’inverse d’un ingrat. Sa générosité et son esprit
collégial vont nous manquer. Ils nous manquent déjà !
Farouk Magraoui
Haut
Une grande famille au travail
Le millième numéro
du Jour d’Algérie est entre vos mains. Il correspond presque à trois
ans d’existence et ce n’est pas peu dire. Etant personnellement
plutôt un journaliste d’hebdomadaire, bien qu’ayant fait mes
premières armes au quotidien El Moudjahid, je ne cache pas que j’ai
éprouvé beaucoup de réticences et un peu d’appréhension avant de
lancer une équipe sur un projet aussi ambitieux que celui de
confectionner un quotidien politique national. N’eut été la
conjoncture toute particulière liée au déroulement d’une campagne
électorale présidentielle particulièrement rude, il y a même très
peu de chances pour que nous nous embarquions dans une pareille
aventure, nous qui étions si bien à notre affaire avec
l’hebdomadaire «Les débats» qui nous donnait et continue d’ailleurs
à nous donner de si grandes satisfactions.
Le fait est que
l’âpreté de la bataille qui s’est installée autour des candidatures
de Abdelaziz Bouteflika et de Ali Benflis a été d’une telle
intensité que l’équipe du
Jour d’Algérie n’a
pas trop senti les mille et un obstacles qui se dressent sur le
parcours d’un journal qui a décidé de se positionner pour l’un ou
l’autre des candidats en lice. La course à l’imprimerie, l’accès à
la publicité, puis son paiement au compte-gouttes, rapports
déconcertants avec une administration des impôts qui ne perçoit pas
souvent la spécificité économique d’une entreprise de presse,
problèmes de distribution, dont le choc avec le cartel dominant
n’est pas le moindre. Nous l’aurons compris, rien de ce que nous
avons essayé d’éviter bien au chaud dans notre hebdomadaire ne nous
aura été épargné au quotidien. Et n’eussent été les aides décisives
de parties qui crurent en notre travail et qui nous apportèrent les
soutiens voulus aux moments voulus, il ne fait aucun doute que les
jours du «Jour d’Algérie» n’auraient jamais pu être comptabilisés
par milliers. Cela nous aura en tout cas donné le temps de
constituer une équipe qui, après d’innombrables essais, tentatives,
ratages, expériences et stages non concluants, s’avère être
aujourd’hui l’une des plus performantes sur le terrain, autant par
la qualité de ses sources, que par la manière très didactique de
transmettre une information de première main, présentée dans une
maquette originale et agréable à consulter. Un juste équilibre a
également su être trouvé entre le côté informatif largement présent
dans le journal grâce à des enquêteurs de talent et un encadrement
où l’analyse et le commentaire permettent de soutenir une ligne
éditoriale claire et sans ambiguïté dont l’objectif essentiel est
d’éclairer le vécu des Algériens et de leur fournir les moyens de
mieux comprendre les enjeux sociaux, politiques, économiques,
culturels et internationaux qui les concernent. Si par ailleurs nous
ne prétendons pas livrer de grandes pages sportives faisant
référence dans le paysage médiatique, nous en confectionnons tout de
même deux par jour qui permettent à nos lecteurs de ne pas avoir à
aller chercher ailleurs ce que nous leur offrons de façon très
professionnelle. Tout comme notre journal reste l’un des rares
quotidiens algériens à sauvegarder un espace éditorial qui nous
paraît indispensable pour une bonne clarification des choses au
milieu d’une opacité ambiante plus ou moins entretenue à dessein. De
même que dans le même registre, «Le Jour d’Algérie» est également
l’un des très rares journaux à proposer une chronique Télé de haute
facture.
Mille numéros donc
qui reposent également sur la constitution d’une équipe technique où
se côtoient d’étonnants jeunes loups, maîtrisant les techniques les
plus pointues de l’informatique et des vétérans du secrétariat
général de rédaction désireux de hisser le journal au niveau
technique le plus élevé. Le tout rigoureusement encadré par une
administration étoffée et moderne qui nous insère en toute sérénité
dans un environnement administratif, commercial et publicitaire pas
toujours très commode. Et souhaitons que par la grâce de Dieu et le
soutien de tous nos amis et la fidélité de nos lecteurs, chaque
jour plus nombreux, nous nous retrouvions ensemble pour célébrer
notre deux millième numéro. Abderrahmane Mahmoudi
Cet article a
paru le 30 novembre 2006
Haut
Impressions de journalistes

Bachir Chérif,
La Tribune
«Chez lui,
c’était l’amour du pays qui l’emportait»
Nous sommes
complètement choqués par la disparition d’un ami et d’un confrère
qui était l’un des pionniers et un membre fondateur de l’UNJA et un
précurseur de la mise en place de la presse indépendante. L’hommage
unanime rendu à notre ami par l’ensemble de la classe
politico-médiatique, en est un symbole le plus parfait d’un
journaliste talentueux qui aura marqué par sa qualité d’écriture et
son sens aigu de l’analyse, il dessine une liesse de la vie de notre
corporation. Mahmoudi restera dans l’histoire des gens de la presse,
l’homme qui aura créé par la force du talent et du courage les
titres «l’Hebdo libéré», «Les débats» et surtout «Le jour d’Algérie»
qui avec de jeunes journalistes, ce titre est devenu incontournable
dans le paysage médiatique. Nous restons persuadés que l’ensemble du
collectif du «Jour d’Algérie», par son courage et sa détermination,
fera en sorte que ce titre restera plus présent à même d’honorer sa
mémoire. On reproché à Mahmoudi d’être polémiste mais on a compris
que c’est l’amour du pays qui l’emportait. J’ai découvert en cet
homme, à travers les missions difficiles qu’on a effectuées à
l’étranger, son extrême sensibilité et sa gentillesse. Mahmoudi est
aussi un homme passionné d’art qui ne rate jamais une occasion ou
une mission pour aller découvrir des musées d’art, des bibliothèques
et autres lieux de culture. Comme le savait Abderrahmane et son
épouse, la Tribune reste et sera toujours à la disponibilité du
collectif du Jour d’Algérie.
Fouad Boughanem,
Le soir d’Algérie
«Je ne trouve
pas les mots...»
La disparition de
Dahmane est un événement terrible, car même s’il était malade, on
n’accepte jamais la mort d’un ami. Notre relation a plus de 30 ans.
Que vous dire ? C’est un coup dur pour moi, je ne trouve d’ailleurs
pas les mots pour exprimer ma douleur. Je garde de lui beaucoup de
souvenirs d’enfance, à l’université, à la presse etc. Ce sont des
souvenirs magnifiques d’un homme debout, courageux, qui a toujours
dit ce qu’il pensait d’une façon claire et directe. C’est une grande
perte sur le plan humain mais aussi sur le plan journalistique
aussi.
Merad Aderrezak,
El WatAn
«Il avait l’âme
d’un leader»
Mahmoudi est un
homme qui a marqué la presse nationale car il était un journaliste
qui a donné et qui avait le sens du professionnalisme que beaucoup
de ses confrères lui ont envié et ce, depuis le début de son
parcours. Là où il est passé, il a eu cette passion et savait
respirer le journalisme, ce qui a fait de lui une personne
incontournable qu’on ne peut pas ne pas citer. Son mérite c’est
qu’il avait ses propres idées sur le rapport entre la presse et le
pouvoir, pour lesquelles il est toujours resté fidèle. Il n’a jamais
changé et il a toujours défendu ses idées. On ne peut pas ne pas
reconnaître ses certitudes pour les deux cas où nous sommes d’accord
ou pas d’accord. J’ai également connu Abderrahmane dans le mouvement
du MJA. C’était un homme d’une énergie extraordinaire. Il ne cessait
de travailler et de produire. Il était un meneur d’homme, un vrai
leader et ne se lassait pas de la confrontation. Il avait le sens du
combat. Il a l’âme syndicaliste et l’âme de leader surtout. Il était
connu pour sa position de défenseur des idées qui lui paraissaient
justes et il a toujours défendu les petits journaux. Contrairement à
ce que pensait beaucoup de gens, Abderrahmane n’hésitait pas à
tomber sur le pouvoir quant cela lui paraissait nécessaire.
Il est d’un
professionnalisme incomparable et d’une faciliter d’écriture
extraordinaire. Il va laisser un vide immense et va manquer à son
espace.
Belhouchet, El
Watan
«Il avait un
appétit journalistique extraordinaire»
J’étais atterré
d’apprendre la disparition d’un frère et d’un grand ami. Je viens
aujourd’hui au journal pour témoigner ma douleur personnelle et
présenter mes sincères condoléances et ma sympathie aux collègues du
Jour d’Algérie. J’au connu Mahmoudi ou «Dahmane» comme on l’appelait
à la Fac en 1972 à l’époque il était étudiant en sciences juridiques
et moi en sciences économiques. Depuis, nos chemins se sont croisées
puis divergé mais nous avons emprunté tous les deux les chemin de la
vie difficile. Notre aventure a commencé avec «La Nation», qu’une
pépinière de jeunes universitaires qui se sont mis au journalisme.
Quelques années après, nous nous sommes retrouvés à El Moudjahid,
puis à Algérie Actualité. J’ai beaucoup de respect pour Mahmoudi,
c’est un journaliste extraordinaire qui a forcé le respect par son
talent parmi tous ses amis. Dahmane est un homme complet car il a
ses idées qu’il a toujours assumées et ses croyances qu’il su
installer et qui ont fait de lui une œuvre utile. C’est une perte
qui n’a pas de pareille, elle est énorme même. Il a marqué la presse
avec sa touche particulière. Il va énormément manquer à ses lecteurs
et à l’opinion en Algérie car durant toutes ses années au sein de la
corporation, tout le monde attendait et guettait ses écrits pour
lire entre les lignes. Il a un appétit journalistique
extraordinaire. Je tiens également à souligner un point important
car quelques années avant, on enterré des gens à 70 ans et
maintenant on les enterre à 50, c’est vous dire que la profession
produit le stress mais le terrorisme a fait et continue de la faire
des ravages au sein de cette corporation. C’est catastrophique, le
terrorisme a produit des maladies, des handicaps et a laissé des
séquelles qu’on n’a jamais pu effacer. Ce qui fait qu’on perd des
gens très jeunes au moment où ils sont en pleine capacité de
production et de grande vision.
Djakoune
Abdelouahab, La Nouvelle République
«Il restera une
référence»
On vient de perdre
une personne et un camarade très cher. Je connaissais Mahmoudi
depuis plusieurs années, du temps où on militait ensemble au sein du
même parti, nous avions également des affinités, c’est pour cela que
je peux vous dire que nous avons perdu une plume. Mahmoudi a marqué
l’histoire de la presse, il était toujours présent dans les
différentes luttes qu’a menées la corporation. Il reste une
référence sur le plan professionnel. C’est quelqu’un de percutant
qui s’est singularisé avec ses écrits. Il compte parmi les pionniers
de la presse à avoir lancé un journal privé parmi les rares titres
qui paraissaient à l’époque, avec plusieurs titres à son actif.
Mahmoudi figure en première place dans l’histoire de la presse
nationale. C’est une véritable perte pour la corporation. Il est
mort un peu tôt, sans donner tout son savoir-faire aux futures
générations. Il est resté digne et n’a jamais changé de
position.
Hadda Hazzam,
El Fadjr
«Ses écrits
vont nous manquer»
La disparition de
Mahmoudi est une perte immense pour la corporation, car même si on
ne partageait pas toujours ses opinions, tout le monde avoue que
Mahmoudi était une plume, et dans le pluralisme, on a toujours
besoin de plumes et de pionniers comme lui. A l’époque du
terrorisme, on a perdu beaucoup d’intellectuels mais la perte de
Mahmoudi aujourd’hui a fait beaucoup mal à la presse et aux
intellectuels aussi. Je connaissais Mahmoudi depuis plusieurs années
et j’ai découvert, à travers les voyages que nous avions effectués
ensemble, l’homme simple, gentil. La preuve, tout le monde dit du
bien de lui. Nous somme peinés, car nous avons perdu un homme
correct et un bon voisin aussi. Ses écrits vont nous manquer.
Dahmane était un homme très attachant et très affectueux envers sa
femme. J’espère qu’elle tiendra le coup.
Naâma Abbas,
Horizons
«C’est un grand
Monsieur que nous venons de perdre»
On vient de perdre
une grande plume et il nous faut du temps pour trouver une autre.
Mahmoudi n’a jamais cessé d’écrire même dans les moments les plus
pénibles de sa maladie. Son amour pour l’écriture est toujours resté
vivace et avec cela, même malade, il donnait l’impression de vouloir
continuer. C’est un grand Monsieur que nous venons de perdre.
Je garde de
Mahmoudi le souvenir de l’homme qui m’a toujours encouragée à mes
tout mes débuts à la presse, et notre relation, très familiale
d’ailleurs, a duré jusqu’à sa mort. J’aimais en lui son courage, son
engagement pour l’Algérie, ses principes inchangés. L’image qui sera
toujours gravée dans ma mémoire, c’est celle de la dernière fois où
je l’ai vu à l’hôpital. Il était totalement affaibli mais il tenait
son ardoise et son stylo entre ses mains pour écrire, nous rassurer
et nous encourager, nous qui étions totalement paniqués. Mes
sincères condoléances à toute sa famille, à sa femme et à ses
enfants.
H’mida LaYachi,
el djazaïr News
«Un ardent
défenseur des causes justes»
Mahmoudi est un
ami et un collègue, on a eu la chance de travailler ensemble durant
une année à «Algérie Actualité». Mahmoudi est aussi un intellectuel
et un écrivain. Il était connu pour avoir été un homme de positions,
notamment au début des années 1990, en pleine crise qu’a traversées
notre pays dans sa lutte contre le terrorisme, Mahmoudi a plaidé
pour une Algérie républicaine. Il a assumé ses positions durant
toutes ces années noires et ne les a pas changées même après la
fermeture de son journal. Malgré la différence qu’il y avait dans
nos points de vue, le respect a toujours caractérisé notre relation.
C’est une grande perte pour la famille journalistique et pour
l’Algérie aussi. Je garde de lui son humanisme, sa fidélité au
président Houari Boumediene, sa lucidité sur le plan de l’analyse et
sa position contre l’impérialisme car il était défenseur des pays
arabes comme l’Irak, la Palestine et le Liban aussi. Mahmoudi reste
un intellectuel d’action qui a utilisé l’écrit journalistique comme
arme pour défendre les causes justes.
Larbi Timizar,
El Moudjahid
«Il était l’une
des plus belles plumes»
C’était un homme
courageux dans sa vie professionnelle avec ses écrits remarquables
mais aussi dans sa vie de tous les jours, notamment durant sa
maladie qu’il combattu jusqu’à la dernière minute. N’oublions pas
que Mahmoudi était un enfant d’El moudjahid. là où il a grandit, ses
collègues le pleurent avec beaucoup de peine car il était l’une des
plus belles plumes de l’époque.
C’est un homme
très serein, un homme martyr de son empreinte qui a eu l’Algérie
dans le cœur. Il faudrait des journées entières pour relater ses
talents de grande envergure. Il faut dire qu’on ne peut pas oublier
facilement ce genre de personnes. Un homme d’un grande curiosité qui
cherchait toujours un plus. Nous sommes sincèrement touchés par sa
disparition et nous tenons à présenter nos condoléances à toutes sa
familles, à ses enfants et son équipe.
Nadjib
Stambouli, l’Authentique
«L’Algérie a
perdu un être à part»
Je perds un ami
parmi les rares qui me restent dans la presse et un confrère
irremplaçable aux qualités professionnelles exceptionnelles.
Mahmoudi était quelqu’un d’imprévisible qui a assumé tous les
changements politiques dans notre pays. C’est toute l’Algérie qui a
perdu un être à part. Maintenant, il faut prendre exemple de sa
fidélité et de son courage, car Mahmoudi, dans les moments
difficiles, a toujours agi en meneur d’hommes, en grand général qui
faisait tout pour ne pas démoraliser ses troupes. Ce qui me fait le
plus mal, c’est d’écrire et de parler de Mahmoudi au passé. Les
souvenirs se bousculent dans ma tête mais celle qui m’a le plus
marqué, c’est celle du jour de l’attentat qui a ciblé sa famille. A
sa sortie du lieu de l’attentat, trois heures après, il me lâche : «Madjid,
je ferai trois heures de retard dans l’écriture de l’édito». Je
trouve cela d’un courage exceptionnel de quelqu’un qui vient de
perdre son frère et qui a failli perdre sa femme.
Propos
recuellis par Nouria B.
Haut
Le combat d’un juste
Au lendemain des
événements d’octobre 1988, l’Algérie venait d’amorcer un tournant de
son histoire. Avant cette période, le commun des Algériens ne
jouissait pas de toute la latitude d’accéder à l’information comme
il le désirait, à l’instar des peuples épris de démocratie et de
droits de l’homme.
Ce dont je me
souviens, à cette époque, c’était la passion qui nous animait, mon
frère et moi, de lire Le Nouvel Hebdo, un canard pas comme les
autres, auquel nous étions devenus «accros», du fait de la justesse
des analyses qui y étaient développées par feu Abderrahmane Mahmoudi.
Nous ne rations aucun de ses numéros, convaincus que tout ce qu’ils
contenaient ne plaisait pas à certains. Le nouvel hebdo finira par
abdiquer devant le harcèlement de cercles occultes et valut à
Mahmoudi quelques déboires, mais cela ne lui a pas fait complètement
baisser les bras. Le combat du brave a continué avec la création de
l’Hebdo libéré et le maintien de la ligne éditoriale, à notre grand
plaisir, nous, lecteurs assidus et invétérés que nous étions. Pour
Abderrahmane, cette seconde tentative d’occuper l’espace médiatique
finira de manière tragique. Cette fois, les détracteurs de la presse
libre utilisèrent la manière forte en tentant de l’éliminer
physiquement mais le destin a voulu que ce soient des employés et
des membres de sa famille qui payèrent de leur vie.
Ce qui
caractérisait la personnalité de «Dahmane», comme aimaient à
l’appeler ses proches, c’est son entêtement à dénoncer les carences
dans la gestion du pays, les impostures qui avaient cours au sein
des institutions et tout ce qui caractérisait le blocage des bonnes
initiatives. Toutes ces choses négatives, il aimait à les mettre à
nu, non sans user de diatribes acidulées, titillant sûrement, de sa
plume, ces «forces occultes» qui agissaient dans l’ombre.
Ces mêmes forces
n’ont pas eu raison de sa conviction professionnelle et de sa
justesse dans le verbe et les affirmations prémonitoires des
événements qui eurent lieu en Algérie.
Cette vision des
choses chez Mahmoudi, nous la sentions de façon claire, sans
ambages, au fur et à mesure de la lecture de ses analyses
politiques.
Aujourd’hui, la
presse écrite est orpheline de l’un de ses ardents défenseurs, un
homme qui a compris depuis longtemps que le véritable leitmotiv d’un
journaliste c’est d’informer sans déformer.
Adieu Abderrahmane,
le combat que tu as initié continue…
Abderrachid
Mefti
Haut
Il a publié plusieurs ouvrages
Mahmoudi
l’écrivain
La majorité
connaît Abderahmane Mahmoudi le journaliste. Le défunt était aussi
rongé par la passion de l’écriture.
Il a en effet
publié plusieurs ouvrages traitant de diverses questions auxquelles
il accordait un intérêt évident. Doté d’un immense talent que lui
reconnaissent ses pairs du monde des medias, Mahmoudi s’est ainsi
essayé au roman, avec succès d’ailleurs. La première fois que «Dahmane»,
comme se plaisaient à l’appeler quelques familiers, a trempé sa
plume pour exercer ses talents d’auteur c’était pour écrire «La face
cachée du mensonge». A travers ce livre édité par la Maison
d’édition SEC, Mahmoudi passe en revue les modalités de
fonctionnement du secteur de l’information du temps du parti unique
et évoque le combat sans relâche des journalistes algériens pour
consacrer le sacro-saint principe de la liberté d’expression. Achevé
au mois de mars de l’année 1991, cet ouvrage de 184 pages intervient
dans un contexte marqué par l’ouverture démocratique que connaît
l’Algérie et son corollaire, à savoir la levée du monopole des
pouvoirs publics sur les medias et par conséquent la création de
plusieurs titres de la presse dite indépendante. Un vent de liberté
souffle alors fortement sur l’Algérie libérée, suite à l’épisode
douloureux des événements d’octobre 1988, des pesanteurs étouffantes
du monolithisme politique. L’auteur écrit que «ce qui se passe
aujourd’hui dans notre pays n’a rien d’extraordinaire ou
d’inhabituel, puisque dans la quasi-totalité des pays qui émergent
du long sommeil du parti unique, la question de l’information reste
le pivot de toutes les luttes et constitue l’axe d’effort principal
dans la voie de la démocratisation du pays». L’auteur retrace les
différentes phases par lesquelles est passé le combat des
journalistes, à travers le MJA (Mouvement des journalistes
algériens), pour se défaire de l’emprise de l’appareil du parti
unique et fait cas, à la lumière de quelques exemples, des
tentatives de récupération de ce mouvement par d’autres centres du
pouvoir. En cette période charnière du pays marquée par la naissance
de plusieurs titres de la presse nationale de différents bords
politiques sur fond d’apres luttes politiques, Mahmoudi termine son
livre avec cette conclusion lourde de signification : «Le moins que
l’on puisse dire à l’issue de cette modeste recherche est que si la
presse algérienne a bien changé depuis octobre 1988, cela n’a pas
été nécessairement dans le bon
sens». L’auteur,
il est vrai, fait ainsi montre de sa frustration, lui qui considère
que «… le multipartisme qui est le pendant de la démocratie
politique ne saurait avoir d’existence réelle que grâce à un système
d’information suffisamment diversifié et qui reflète avec plus ou
moins d’exactitude la vie politique
multipartisane».
Homme aux grandes convictions, l’auteur a toujours affiché au grand
jour ses certitudes, sans complaisance aucune. Il en est ainsi de
son combat contre le terrorisme qui lui valut d’ailleurs d’être la
cible d’un attentat qui a visé le siège du journal l’Hebdo Libéré
qu’il dirigeait dans la première moitié des années quatre-vingt-dix.
Mahmoudi, qui n’était pas au siège du journal a ainsi pu échapper à
cette attaque terroriste. Dans son livre «Les financiers de la mort»
qui traitait justement du phénomène du terrorisme, édité à compte
d’auteur, Mahmoudi relève que le terrorisme dispose de puissants
soutiens et de ramifications à tous les niveaux et que, partout
ailleurs dans le monde, le terrorisme est une question d’abord de
colossaux intérêts économiques. En Algérie, l’auteur donne l’exemple
de plusieurs secteurs d’activités économiques qui sont à la croisée
de ces luttes d’intérêt et ce, par terrorisme interposé. Mahmoudi
écrit en effet : «D’autres causes, d’autres acteurs se profilent en
ombres chinoises derrière les illuminés … ». Mais cela ne veut point
dire que le terrorisme islamiste est absout de ses crimes, loin s’en
faut. L’auteur place seulement cette problématique dans son contexte
le plus large à l’échelle mondiale où prédomine une course effrénée
pour le leadership. Le défunt, preuve d’un talent incommensurable,
s’est aussi essayé au roman. Avec succès d’ailleurs. Intitulé «Sous
les cendres d’octobre», cette œuvre a été très bien accueillie par
la critique à sa sortie en 1998. En tout cas, à travers sa
disparition le monde de la presse perd un de ses plus talentueux
représentants qui a toujours eu le mérite de dire tout haut ses
convictions.
B. Zoheir
Haut
CONDOLEANCES
A la famille
Mahmoudi
- Très touché par
le décès de notre cher et regretté Abderrahmane, je vous présente en
cette douloureuse circonstances, mes sincères condoléances et vous
assure de ma profonde sympathie.
Qu’Allah
Tout-Puissant Accorde au défunt Sa Sainte Miséricorde et l’Accueille
en Son Vaste Paradis.
A Allah nous
appartenons et à Lui nous retournons
Abdelmalek
Sellal, Ministre des Ressources en eau
--------------
C’est avec
beaucoup de tristesse que j’ai appris le décès de Abderrahmane
Mahmoudi.
En cette pénible
circonstance, je présente à toute sa famille, en particulier son
épouse, et à toute l’équipe rédactionnelle du quotidien national Le
Jour d’Algérie mes sincères condoléances.
Qu’Allah
Tout-Puissant Accorde au défunt Sa Sainte Miséricorde et l’Accueille
en Son Vaste Paradis
Tayeb Louh,
Ministre du Travail et de la Sécurité sociale
--------------
M. Arezki
Idjerouidène, président-directeur général de la Compagnie aérienne
Aigle Azur, très affecté par
le décès de Abderrahmane Mahmoudi, directeur du journal Le Jour
d’Algérie, présente à sa famille ses sincères condoléances et
l’assure en cette pénible circonstance de sa profonde sympathie.
Qu’Allah
Tout-Puissant, Lui Accorde Sa Miséricorde et l’Accueille en Son
Vaste Paradis.
--------------
Je viens seulement
d’apprendre par le JT de l’ENTV que Abderrahmane Mahmoudi est
décédé.
J’en suis très
peiné et triste.
En cette
douloureuse occasion, je vous présente, Madame Mahmoudi, ainsi qu’à
votre famille et à tout le collectif du journal mes sincères
condoléances.
Que Dieu Vous
assiste dans cette épreuve.
A Dieu nous
appartenons et à Lui nous retournons.
Rachid
--------------
Le docteur
Boudjemaâ Haïchour, ministre de la Poste et des Technologies de
l’information et de la Communication,
très affecté par
le décès de :
Mahmoudi
Abderrahmane
Directeur du
journal Le Jour d’Algérie
Présente à la
famille du défunt et au collectif du journal ses condoléances les
plus attristées et l’assure de sa profonde sympathie.
Qu’Allah
Tout-Puissant Accorde au défunt Sa Sainte Miséricrode et l’Accueille
en Son Vaste Paradis.
A Allah nous
appartenons et à Lui nous retournons.
--------------
Rassemblement
National Démocratique
M. Ahmed Ouayhia,
secrétaire général du Rassemblement national démocratique, ayant
appris avec beaucoup de peine, le décès de M. Abderrahmane Mahmoudi,
directeur du quotidien Le Jour d’Algérie, présente, en cette pénible
circonstance en son nom personnel, et au nom des membres de la
direction nationale du RND, des cadres et militants du parti, ses
sincères condoléances à la famille Mahmoudi, et l’assure de sa
profonde sympathie.
Puisse Dieu
Tout-Puissant Accorder au défunt Sa Sainte Miséricorde et
l’Accueillir en Son Vaste Paradis.
--------------
Rassemblement
National Démocratique
A la famille du
défunt Abderrahmane Mahmoudi
Directeur du
quotidien Le Jour d’Algérie
M. Abdeslam
Bouchareb, membre du Bureau national, chef de cabinet du
Rassemblement national démocratique, ayant appris avec beaucoup de
peine le décès de M. Abderrahmane Mahmoudi, directeur du quotidien
Le Jour d’Algérie, présente en cette pénible circonstance ses
sincères condoléances à la famille Mahmoudi et l’assure de sa
profonde sympathie.
Puisse Dieu
Tout-Puissant Accorder au défunt Sa Sainte Miséricorde et
l’Accueillir en Son Vaste Paradis.
A Dieu nous
appartenons et à Lui nous retournons.
--------------
Rassemblement
National Démocratique
A la famille du
défunt Abderrahmane Mahmoudi
Directeur du
quotidien Le Jour d’Algérie
Très affectés par
le décès de votre fils, Abderrahmane Mahmoudi, directeur du
quotidien Le Jour d’Algérie, je présente en mon nom personnel et au
nom des membres de la direction nationale du RND, des cadres et
militants du parti, mes sincères condoléances à la famille Mahmoudi
et la prie de trouver à travers ce message, l’expression de ma
profonde sympathie en cette pénible et douloureuse circonstance.
Puisse Dieu
Tout-Puissant Accorder au défunt Sa Sainte Miséricorde et
l’Accueillir en Son Vaste Paradis.
--------------
Réda Barkat,
Ministre de l’Agriculture et du Développement rural
A La famille
Mahmoudi
C’est avec une
immense tristesse que j’ai appris le décès de notre cher ami,
Abderrahmane Mahmoudi qui a été rappelé à Dieu après avoir fait face
à la maladie avec opiniâtreté et courage.
C’est avec ce même
courage et une détermination jamais démentie, que Abderrahmane s’est
engagé, souvent avec brio, dans la défense de la République et des
vertus du dialogue et de la tolérance.
Je salue en lui le
digne fils de l’Algérie de Novembre, le combattant de la plume et le
pourfendeur invétéré des fossoyeurs de l’Algérie.
Je tiens en cette
douloureuse occasion, à présenter à son épouse et à ses enfants,
ainsi qu’à toute sa famille, mes plus sincères condoléances et
l’expression de ma plus profonde compassion.
Que Dieu
Tout-Puissant Accorde au défunt Sa Sainte Miséricorde et l’Accueille
en Son Vaste Paradis.
A Dieu nous
appartenons et à Lui nous retournons.
--------------
Ahmed Hadji, Journaliste
A Madame Mahmoudi
C’est avec une
immense douleur et une profonde affliction que j’ai appris le décès
de mon cher ami le défunt Abderrahmane.
Avant qu’il soit
pour moi le patron, il a été d’abord un collègue estimé et respecté,
alors que j’étais à l’APS.
Son travail
rigoureux et son sens professionnel ont fait de lui un homme à
principes dans un secteur pour lequel il avait beaucoup donné.
Nous regretterons
son départ certes mais il restera dans nos cœurs pour sa gentillesse
et son humanisme.
En cette
douloureuse circonstance, je vous prie, Madame, d’accepter mes
sincères condoléances et celles de ma famille tout en priant le Tout
Puissant de l’Accepter dans Son Vaste Paradis.
--------------
Amar Saadani,
président de l’Assemblée Populaire nationale
C’est avec une
profonde douleur et une grande consternation que nous avons appris
le décès de M. Abderrahmane Mahmoudi, directeur de publication du
quotidien Le Jour d’Algérie et de l’hebdomadaire Les Débats, suite à
une longue maladie.
En ces pénibles
circonstances que traverse votre famille, nous vous présentons nos
sincères condoléances et prions Dieu, Tout-Puissant d’Accueillir le
défunt dans Son Vaste Paradis et lui Accorder Sa Sainte Miséricorde.
A Dieu nous
appartenons et à Lui nous retournons.
--------------
C’est avec une
immense tristesse que les militants et les membres du conseil de la
wilaya d’Alger du RND ont appris le décès de
M. Abderrahmane
Mahmoudi
Homme de presse et
directeur du journal Le Jour d’Algérie.
En cette
douloureuse circonstance, ils présentent à la famille du défunt
ainsi qu’à ses proches leurs sincères condoléances et les assurent
de leur soutien et sympathie.
--------------
Union pour la
démocratie et la république
Avec la
disparition de Abderrahmane Mahmoudi, la presse algérienne perd un
véritable professionnel, à la plume dérangeante et engagée, tout
comme les démocrates et les républicains qui, pour leur part,
perdent un grand militant pétri de convictions. En cette pénible
circonstance, je présente en mon nom personnel et au nom de
l’ensemble des militants de l’UDR, à la famille du défunt et à
l’équipe du Jour d’Algérie nos sincères condoléances et les assure
de notre solidarité.
Amara Benyounès
--------------
Fédération
internationale des journalistes
Condoléances d’Aidan
White
Attristé par le
décès de notre confrère M. Abderrahmane Mahmoudi journaliste et
directeur du quotidien Le Jour d’Algérie, au nom de la fédération
internationale des journalistes, FIJ, je tiens à présenter mes
sincères condoléances à la famille du défunt et assure en ces
douloureuses circonstances le collectif de son journal de l’entière
solidarité de la FIJ.
Aidan White/
Secrétaire
général de la FIJ
--------------
C’est avec une
grande émotion que j’ai appris à l’instant même, le décès de M.
Abderrahmane Mahmoudi, notre directeur de la publication.
En cette
douloureuse circonstance, je vous prie de bien vouloir présenter mes
sincères condoléances à la famille du défunt et plus
particulièrement à sa femme.
Que Dieu
Tout-Puissant puisse L’accueillir en Son Vaste Paradis.
A Dieu nous
appartenons et à Lui nous retournerons.
Ahmed Kichni
Journaliste
Haut
Ce journalisme auquel tout le monde rêvait
M. Mahmoudi est
parti. Le journaliste, le collègue s’en est allé, emportant avec
lui les moments qui ont marqué le journalisme algérien. Ce
journalisme auquel tout le monde rêvait, tout le monde croyait.
Algérie Actualité, l’Hebdo Libéré…. Toute une époque. Le meilleur et
le pire du journalisme à l’algérienne. Les angoisses, les joies, les
larmes et aujourd’hui la déception, la frustration. Le journalisme
d’Algérie Actualité et de l’Hebdo Libéré ne survivra pas à la
décennie noire. Mahmoudi, c’était une plume, c’était un meneur, un
rassembleur, un faiseur d’équipe. Mahmoudi savait ce qu’il voulait,
ce qu’il faisait, mais il avait d’abord et avant tout le respect de
l’autre, le respect de ses collègues et par-dessous tout un respect
infini pour ses collègues femmes. Mahmoudi forçait également le
respect. A la tête de son journal, jamais au grand jamais, il n’aura
imposé que les écrits des membres de son équipe soient en droite
ligne avec sa propre ligne éditoriale, ses propres idées. Une forme
de tolérance qui faisait que dans un même numéro des idées
contradictoires puissent s’exprimer. Mahmoudi a su dépasser ses
propres souffrances, quand il fallait remonter le moral des troupes.
C’était cela Mahmoudi. C’est l’image que Mahmoudi laissera à ceux
qui l’ont côtoyé de près et qui ont su l’apprécier à sa juste
valeur.
Dalila Lakhdar
Haut
Adieu Dahmane !
Frère de plume
; centurion
«Mahmoudi
Abderrahmane, directeur du quotidien Le Jour d’Algérie est décédé
jeudi matin…». J’écoutais la voix du présentateur de la Chaîne III
annoncer un décès qui m’a fait l’effet d’un séisme de forte
magnitude. Pas possible ! Pas Dahmano quand même, parce qu’il ne
reste pas grand monde dans la citadelle du combat. Non pas qu’il
sortait de la mythologie des hommes invincibles, mais c’était un
peu trop tôt.
Un goût d’inachevé
pend encore certainement sur ses lèvres parce qu’il avait plein de
jus dans ses doigts.
Je ne savais même
pas que tu étais malade, de cette maladie dont très peu d’hommes
sortaient indemnes.
D’autres amis
doivent également se mordre les doigts de n’avoir pu te dire encore
une fois : «Serre les poings !».
Encore un ami, un
frère de plume qui tire sa révérence sans prévenir son monde. C’est
une manie chez les journalistes de baisser rideau sur leur
merveilleuse aventure humaine, loin des lampions de l’opulence et de
la cocasserie. Sans héraut ni agapes. La plupart sont partis et
d’autres partiront dans un silence fait de mille silences, pour ne
pas déranger l’autre. Digne et fier centurion des armées de César.
Informer, toujours informer, encore informer. Depuis les premiers
combats avant-gardistes dans l’atmosphère ambiante des mouvements de
jeunesse, de l’attirance du mouvement des non-alignés, de l’épopée
des comités de volontariat qui nous ont fait les complices de la
fière paysannerie, ancrée dans nos montagnes et campagnes en toile
de fond d’un monde bipolaire en perpétuelle menace d’apocalypse
nucléaire. C’était cela l’humus de notre jeune et ambitieuse aube de
rédacteurs, dont la plume se situait aux antipodes des desseins de
noyaux d’hommes terrés dans un système socialo-socialisant, dont ils
rouillaient les fondements comme font les termites pour les pieds
d’un meuble. Plus on cognait, plus nos coups rebondissaient contre
le mur des coquineries, de la roublardise et des ruses mortelles des
ronds de cuir vissés dans une rente ultra-confortable. Ce qui devait
arriver arriva : les fondements du système volèrent en éclats,
laissant apparaître dans toute leur nudité des hommes qui ont
utilisé la puissance de l’Etat pour réduire en bouillie l’espoir de
la belle et rebelle Algérie que tu défendais comme un sioux jaloux
le faisait pour ses terres. Nous avions suivi de près les
pulsations, tantôt régulières, tantôt irrégulières de l’Algérie, ri
des coquineries et des contes à fleurette des hommes du pouvoir,
observé attentivement à travers des portes mi-closes mi-ouvertes
les coups de colère du régime face à l’outrecuidante émergence des
îlots démocratiques dont il craignait la contagion à grande échelle.
L’Algérie entière, dont les medias, voyaient que le régime flirtait
sur les berges de l’extrémisme en se liant d’amitié avec les groupes
mafieux, «les faussaires», les parvenus, les arrivistes voraces, les
sans-culottes, les entristes, les vils factotums de la cour.
Ni le MJA, encore
moins l’AJA, au nom d’une émancipation associative dont avaient
besoin les journalistes ne parvenaient à serrer les liens d’une
corporation minée par des algorithmes idéologiques. Tu étais cocher
sur un fiacre à qui il manquait une roue. Impossible d’avancer et
de faire avancer les esprits contre les stratégies de scission et
les tirs de barrage qui font des cartons dans nos rangs. Les
tribunaux d’exception, la geôle pour les plus téméraires,
l’assassinat collectif de la rue Khmissa et les hyènes poursuivaient
leur sale besogne contre la corporation.
Que de monde
disparu depuis ! Que de chemin parcouru depuis !
Après ces quelques
lignes lâchées sans retenue sous forme de larmes exutoires pour
reprendre langue avec nos belles années de plume en compagnie de
Ameyar, Mokdad, Moknachi, Djaout et d’autres amis de rédaction, je
garde encore espoir. Je regarde, admiratif, ces jeunes du Jour
d’Algérie, vaillantes plumes qui font du bon boulot. Eux aussi
semblent contaminés par cette maladie perfide qui nous colle à la
peau : le journalisme. Pour en guérir, il faut en sortir. Et cela
mon feu ami, seule la mort sait si bien le faire.
Dahmane Chenouf
Haut
Dahmane, le battant
Ni les pires
intimidations qui ont jalonné son parcours au sein du MJA, ni
l’attaque terroriste dont a fait l’objet le siège de son
hebdomadaire L’hebdo libéré en 1993, ni sa traversée du désert n’ont
pu avoir raison de sa ténacité et de son amour pour l’écriture .
Mais la mort, en un combat dur et inégal, a réussi à le faire
taire. A jamais. Nous n’aurons plus ce plaisir du matin : lire son
édito porteur d’idées courageuses et argumentées. Ses écrits
apportaient toujours quelque chose de nouveau et de frais même si
quelquefois les idées développées n’étaient pas forcément partagées.
Dahmane avait ce courage d’engager des débats contradictoires et de
croiser le fer en des joutes intellectuelles. Inlassablement, il
titillait les esprits et osait écrire tout haut ce que beaucoup
chuchotaient. Son billet de la page trois
«cheikh ezemli» où
la causticité du verbe enrobé dans une phrase lourde de sens et de
significations, suffisait à mettre KO, par la dérision et la
crédibilité de la source, des euphémismes tant colportés qui
tenaient lieu de vérité vraie.
Je garde en
mémoire ce billet qu’il avait rédigé lors de mon départ du journal
Liberté et dans lequel il m’avait exprimé un soutien réconfortant.
Sans être très
liés, il nous arrivait souvent d’échanger amicalement des points de
vue sur la vie politique nationale. Avec cet ami qui s’en va c’est
une plume incontournable qui disparaît de notre paysage médiatique.
Qu’il repose en paix.
Outoudert
Abrous
Haut
Repose en paix
Chers amis du Jour
d’Algérie, la nouvelle du décès de notre confrère et ami Dahmane me
cause une immense peine. Je l’appréciais comme journaliste et comme
personne. Au sein du Mouvement des journalistes algeriens (MJA) il
fut aux premières lignes du combat pour la liberté de la presse en
Algérie, ne reculant devant aucun risque. Atteint dans sa propre
chair par les balles assassines du terrorisme aveugle alors qu’il
était directeur de
L’Hebdo libéré,
cet enfant de «Ranvalé» (Rampe Vallée), ce fils du «2e
arrondissement» était et restera dans ma mémoire aux côtés de tous
ceux qui, de «Sidi Abderrahmane» ou d’ailleuirs ont su rester
dignes, par tous les temps, dans une profession qui n’est jamais
tendre avec ceux qui refusent l’asservissement. Dahmane ! J’aimais
bien quand tu disais dans nos débats (du MJA) au cercle Sid Ali
Benmechiche que nous squattions à la «Grande Poste» : «Berkaouna mel
visse hada, naârfou gaâ ènn’ veissou !...» Dahmane, si ça continue
comme cela, bientôt, il y aura plus de gens qu’on aime dans
l’Au-delà que dans cette «bent el kelb» de vie qui fait la part si
belle aux invertébrés. Mais repose en paix, Fouzia est là, et tu le
sais, dans la racine de son prénom il y a le mot «victoire»! De
toutes les façons, la victoire est déjà là quand on n’a pas mis un
genou à terre. Même mort, même en guenilles ça vaut tout l’or du
monde et toute une éternité de vie de pouvoir dire à la fin de ses
jours et même avant, ce n’est pas interdit : «Oui, il y a encore
dans ce pays de Yaghmoracen, des hommes libres !» «et de s’y
reconnaître... Dahmane, adieu! Fais pas la tête, notre tour viendra,
transmet le bonjour là-haut à tous nos potes !»
Youcef Tahar
(de son exil à Montpellier)
Haut
Le pays chevillé à l’âme et au corps
Si comme le fit en
son temps Léon Daudet, écrire un bréviaire du journalisme à la mode
de chez nous, sans doute que pour notre regretté confrère
Abderahmane Mahmoudi il faudrait y consacrer tout un chapitre.
Dahmane, on l’appelait plus souvent ainsi, n’était pas n’importe
qui, surtout pas un pisseur de copie en veux-tu en voilà, et si l’on
me demandait de dire en un seul mot ce qu’était Mahmoudi, je n’aurai
qu’un vocable que je lancerai avec fougue et spontanéité «Patriote».
Il avait le pays chevillé à l’âme et au corps. Il aura été aussi le
vrai journaliste dans toute l’acception de l’expression. Quelqu’un a
dit cette vérité que chacun d’entre nous devrait faire sienne s’il
ne l’a pas déjà fait «l’âme du
journaliste c’est la bonne foi». Mahmoudi était de bonne foi. Avec
lui c’est tout un pan de la vieille école du jeune journalisme
algérien qui disparaît. Notre peine en est d’autant plus grande. Une
page se tourne, nous vétérans, en sommes malheureusement conscients.
Pour moi qui fait ce métier si difficile et si ingrat depuis
l’indépendance, Abderahmane aura été un repère dans ces moments
nébuleux où plus d’un parmi les Algériens se perdait dans
l’embrouillamini politicien de notre lanterneau. Ses éditoriaux
audacieux permettaient cette indispensable mise à jour, alors en ce
moment de tristesse, je lui présente le merci du professionnel et
l’adieu du frère !
Kamal Zémouri
Haut
«Il avait raison»
Mahmoudi était
extraordinairement heureux à Algérie Actualité, cet hebdo de toutes
les belles choses et de toutes les belles frustrations. Il
n’arrêtait pas de sourire et de contester, la
contestation
était, pour lui, une seconde nature. D’ailleurs, par la suite, nous
nous revoyions pour commenter le journal, colère et joie
alternaient. Je me souviens de l’affaire Bigeard en 1984 où il se
démenait pour faire comprendre qu’il était insupportable qu’Algérie
Actualité publie un entretien avec ce tortionnaire. Il avait compris
que la guerre n’était pas encore gagnée et que d’autres batailles
étaient à mener, surtout celle du combat pour le professionnalisme,
aujourd’hui sacrifié sur l’autel de l’intérêt immédiat et des luttes
vaines d’appareils, comme si l’Algérie se réduisait à quelques
ministres et responsables de partis. Il était de ceux, avec
quelques-uns d’entre nous, qui se méfiaient des «amitiés» trop
artificielles avec les «politiques», les hommes d’argent et les
«décideurs», relation qui ne pouvait que fourvoyer le métier
désormais marqué, à l’image des appareils, par ces luttes de clans
et d’intérêts, trop peu opératoires. Nous avions raison. Il avait
raison, il se battait pour ses idées qui étaient parfois
singulières. Il ne cherchait nullement à les imposer. Il faisait
ainsi siennes ces paroles d’Eluard, lui qui aimait beaucoup la
poésie : «Je ne m’aime pas, j’aime mes amours, je ne les impose pas,
mais je les défends».
Ahmed CHENIKI
Ancien
journaliste d’Algérie Actualité
Haut
L’étoffe d’un héros
Mahmoudi s’envole,
ses écrits restent. De n’avoir connu de loisir et de pratique
sociale que le stylo et la page blanche d’abord, le clavier et le
micro ensuite.
Il était habité
par l’écriture jusqu’aux tréfonds de sa pulsion communicative. Dans
l’agonie, il a écrit, dans l’opulence, il a écrit, dans la dèche, il
a écrit, en temps de paix, il a écrit, et sous le terrorisme, il a
écrit. Il était imprégné et imbibé jusqu’à la moelle de la plume, du
journalisme militant et de combat. Il était moins animateur de
rédaction que chef de troupe et s’il fallait se convaincre de sa
trempe de héros, il n’est que de se souvenir du jour où, à «l’Hebdo
libéré», après être descendu pour constater le carnage terroriste
qui a emporté deux de nos collègues et son propre jeune frère, il
est remonté au siège du Golfe et ses premières paroles furent :
«Ecoute, j’aurai trois heures de retard pour l’édito» (on était
lundi, jour de bouclage).
Quelques mois plus
tard, au confrère qui avouait qu’il avait eu une peur bleue pour
avoir marché cinquante mètres au centre-ville en compagnie de
Mahmoudi, l’auteur de ces lignes a eu cette évidente remarque : «Et
lui alors, qui est toujours en sa propre compagnie…». Son courage
physique et intellectuel lui a valu bien sûr beaucoup d’ennemis, et
il s’arrangeait toujours pour en avoir le plus dans son propre camp.
Ce serait trahir et la vérité et sa propre mémoire que d’occulter
son côté changeant, versatile diraient d’autres et il était évident
qu’il était assez rusé pour justifier ses très nombreux
retournements de principes par l’évolution inscrite dans la
dialectique. Mahmoudi était passé sans escale de la fervente défense
des idéaux marxistes léninistes, à la portée aux nues du libéralisme
économique, mais selon lui en restant fidèle à l’enseignement
premier du matérialisme dialectique et historique. Sur cette base,
il a assumé le changement continu et l’unité des contraires, en
poussant l’imprégnation de ces principes jusqu’à assumer, d’une
semaine à l’autre, l’expression d’une chose et son contraire.
D’ailleurs, s’il avait suivi un cursus politique et médiatique
linéaire, il n’aurait pas été Mahmoudi, tout simplement. Ses pires
ennemis, cependant, lui reconnaissent d’exceptionnelles qualités
professionnelles, édifiées sur un seul socle, celui de l’ardeur au
travail. Il se permettait rarement des reproches sur le niveau des
jeunes confrères et consoeurs, notamment sur la sempiternelle
question du niveau, mais il s’étonnait et regrettait à juste titre
qu’on puisse se déclarer journaliste sans être un lecteur assidu de
livres, quel qu’en soit le registre, au demeurant. D’une
irréprochable probité morale aux temps des années 1980, où des
journalistes bénéficiaient de privilèges contre des articles
complaisants, il avait résumé devant nous ce comportement, en
désignant un collègue, par cette féroce formule : «Si on l’envoie
pour un reportage sur les handicapés, il est capable d’acquérir une
chaise roulante». Des formules fulgurantes, il en produisait à
chaque détour d’article, ne ménageant ni adversaires ni alliés,
usant avec brio du talent de polémiste, mais il faudrait des
collections entières de journaux pour les citer toutes. On en
gardera, pour la postérité juste deux parmi des milliers, mais
verbales, celle où il décrivait certains décideurs comme ayant «une
calculatrice à la place du cœur» ou encore le jour où un confrère
nous annonçait, tout fier, qu’il était passé chef de rubrique, alors
qu’il n’avait que trois mois d’«expérience», Dahmane a eu cette
cinglante répartie : «Mabrouk… mais tu n’as pas honte ?».
Mais ses qualités
professionnelles, même si selon ses propres termes et avec humilité,
il se réclamait plus «du tract que de la rédaction journalistique»,
il savait les injecter avec un naturel qui dissimulait l’ardu effort
de réflexion, dans une facilité d’écriture et de synthèse tout
simplement admirables. Jusqu’à ces dernières années, on pouvait
avoir avec lui des discussions passionnées sur les plus récentes
techniques rédactionnelles, pour la simple raison qu’à l’instar de
tous les grands, il estimait à raison qu’en journalisme plus
qu’ailleurs, on n’a jamais fini son apprentissage. Durant son
itinéraire, ni les 17 jours de prison au début des années 1990, pour
la série de «l’Hebdo» sur les magistrats faussaires, ni le terrible
massacre au même journal auquel il avait échappé de justesse, ni les
menaces venant de toutes parts, ni les pressions, ni les appâts en
tous genres, n’étaient venus à bout de sa pulsion irrépressible vers
l’expression médiatique. Rien de tout cela, sauf le doute. Envahi au
milieu de l’été 1995 par le flou et la perte de repères, il a
préféré, contraint et forcé par sa seule raison, d’arrêter; et ce
fut une longue traversée du désert qui aura duré sept ans, avant un
retour en catimini d’abord, sur les chapeaux de roues ensuite, avec
«les Débats», puis «Le Jour». Toujours sur un rythme par lequel il
écrivait plus vite que son ombre, il produisait des éditos, des
analyses, des «études», des reportages, des couvertures, quelques
entretiens, un billet quotidien et ce, sans jamais se plaindre ou
montrer le moindre signe de fatigue ou de lassitude. Jusqu’au jour
où… Jusqu’au jour où le mot «fin» a été écrit, mais pour une fois
l’auteur n’était pas Mahmoudi, mais le destin…
Nadjib
Stambouli
Haut
Un homme de courage et de conviction
La disparition
prématurée de Abderrahmane Mahmoudi me renvoie 15 années en arrière.
Les derniers mois de l’année 1991, je faisais mes débuts de
journaliste dans l’Hebdo Libéré au moment où les promesses d’octobre
88 allaient se fracasser contre le mur des nationaux islamistes de
tout poil. Abderrahmane Mamoudi, directeur de la publication et
Arezki Metref, qui était rédacteur en chef, avaient concédé à ma
chronique «Les faucons et les vrais» un espace de liberté
inconditionnelle. Dans un champ politique en carton-pâte, le pays,
otage des luttes du sérail, négociait l’un des virages les plus
abrupts de son histoire. En apparence opposés, le FIS, déterminé à
prendre le pouvoir par les urnes ou par les armes, et le pouvoir-FLN,
qui refusait de lâcher la proie, poursuivaient le même objectif : la
fin de la «récréation démocratique». Au lendemain du 26 décembre
1991 et de la victoire programmée du «parti de Dieu», la rédaction
de l’Hebdo Libéré était gagnée, comme beaucoup de journaux, à l’idée
de l’arrêt du processus électoral en préparation. Dans un long
article intitulé «Le devoir de résistance», je plaidais, à
contre-courant, pour la tenue du second tour des législatives. Face
à la victoire annoncée des islamistes, je préconisais la
mobilisation générale des forces démocratiques, «pacifiquement
autant que possible, les armes à la main si nécessaire». Sur un
sujet aussi sensible, Abderrahmane Mahmoudi avait, non seulement
publié l’article, mais il l’avait annoncé en «une», au même titre
que son éditorial dont il prenait le contre-pied. Cette capacité,
bien rare, de confronter ses analyses, dans son propre journal, avec
des positions opposées ne sera jamais démentie durant les 7 mois de
ma présence à l’Hebdo Libéré. Lorsque l’affaire des «magistrats
faussaires» avait éclaté, j’avais repris le dossier au lendemain de
son incarcération à la prison de Serkadji. Avec le soutien de
l’équipe rédactionnelle, et les nouvelles révélations de Benyoucef
Mekkouk – qui rejoindra Mahmoudi derrière les barreaux – l’Hebdo
Libéré avait tenu le cap, malgré les manipulations multiformes qui
tentaient d’en faire une plateforme de déstabilisation du Président
Boudiaf. A sa libération, Mahmoudi est devenu la cible d’intox et de
pressions des forces de l’ombre, qui ne pouvaient plus tolérer la
«coexistence d’une double ligne éditoriale dans un journal
moderniste». Un dossier sur les droits de l’Homme programmé, puis
annulé à la dernière minute, devait précipiter ma démission. Une
dizaine d’années plus tard, j’avais retrouvé Abderrahmane Mahmoudi à
la Maison de la presse Tahar-Djaout. Il m’avait laissé l’impression
d’un homme brisé. Il y avait eu l’attentat contre l’Hebdo Libéré, au
cours duquel son frère et deux employés du journal avaient trouvé la
mort. Il y avait aussi, sans doute, la maladie qui le rongeait déjà
de l’intérieur. Mais, il y avait surtout le choc des désillusions
qui imposaient des révisions déchirantes.
Nous étions en
désaccord sur presque toutes les questions essentielles; j’avais
toutefois un profond respect pour ce journaliste passionné et
atypique. D’un courage remarquable, l’homme était entier; ses
convictions, aussi réelles que profondes ne s’accommodaient d’aucune
coquetterie.
A l’heure des
éloges hypocrites et les larmes de circonstance, je tiens à exprimer
ma profonde tristesse et dire à ses enfants combien ils peuvent
être fiers de leur père.
Arezki
Aït-Larbi
Haut
Un homme bon
Ainsi va la vie
des grands hommes. Des hommes bons. Il paraît que les hommes bons
ont la vie courte. Tellement courte qu’on ne les voit pas venir.
Tels une étoile filante, ils ne s’annoncent jamais en venant. Ils
jaillissent c’est tout. Puis ils filent à l’anglaise. Sur les petits
pieds. Comme ça. Spontanément. Mais laissent derrière, sur leur
passage- et là est toute leur vertu- une lumière que l’on ne peut
voiler ni par l’oubli et le mensonge ou encore moins par la bêtise.
Cherchez tous les moyens pour ce faire, croyez-nous, vous n’en
trouverez guère. Ils sont ainsi fait les hommes grands et bons.
Presque gênés d’être plus intelligents, plus intrépides et donc
supérieurs aux autres. D’où leur humilité. Les hommes bons et
grands, comme l’a été au bout de ses très courtes 52 berges
Abderrahmane Mahmoudi, n’ont au fait que faire des tambours et des
légions d’honneur qu’avec lesquels on a pourtant et moult fois tenté
pour les rallier à des causes douteuses et obscures. C’était sans
compter sur eux. Car ils ont un idéal pour lequel ils luttent. Ils
combattent. Ils accusent des coups. Résistent. Pleurent. Rugissent
mais ne plient jamais. C’est cela leur truc. Jamais ils ne courbent
l’échine. Autant crever.
Dahmane nous a
quittés. Trouvez-moi de grâce un mot pour dire son absence. Pour
décrire les heures, les jours, les semaines et les années que tous
ses proches devront passer en son absence. Qu’il était bon le gars,
lorsque étranglé par la «faucheuse», trouve, je ne sais d’où un
courage herculéen, pour aller chez le pâtissier du coin, acheter
deux bonnes et grosses boîtes qu’ils déposera très discrètement sur
la grande table de la rédaction. Qu’il était bon aussi quand il
vient vers vous la main tendue et le sourire large pour vous serrer
la main. Est-ce cela une attitude de patron, je me suis dis un
jour ? Mahmoudi patron? Tu parles ! J’ai même envie de dire qu’il
s’est retrouvé patron comme ça. Lui le gaucho humaniste, pur jus
d’un syndicalisme brusque et combatif qui a passé sa vie à défendre
les petits. Non, mille fois non ! Jamais nous n’avons eu à subir des
foucades de sa part, ne serait-ce que quelques-unes, que certains -
ô qu’ils sont nombreux ceux-là ! - rêvent d’en user, voire même
d’abuser. Ce n’est pas son fort de rouler des mécaniques. Tout le
monde le sait. Je n’apprends rien à personne. Je n’apprendrai pas
davantage, moi qui n’ai roulé que quelques mois, franchement
inoubliables, sous son aile protectrice. Mais ce sont là, dix mois
d’une chance inouïe, que n’ont pas toutes les gens. Comme une étoile
filante. Ce n’est pas tout le monde qui aperçoit son lumineux. Seuls
ceux qui lèvent la tête au moment décisif. Dix mois que j’inscrirai
en gros caractère sur mon CV. Tant ce fut un grand honneur et une
formidable chance que celui de travailler sous la coupe de cet homme
bon. Cet homme grand. Allah Yerrahmou !
Amine Goutali
Haut
Remerciements de la famille Mahmoudi
La
famille Mahmoudi tient à remercier le staff médical qui a accompagné
durant sa maladie le défunt Abderahmane Mahmoudi, lui prodiguant
avec un grand dévouement toute l’assistance et les soins médicaux
nécessaires à sa prise en charge. Que le neurochirurgien, le Dr
Kourdougli Yazid, le chirurgien, le Pr Boudiaf Mostefa, le Dr Amel
Boudjemaâ, le radiologue algérien installé en Belgique, le Pr
Tebache Messaoud, sa femme Ghania, leurs enfants Lynda, Myriam,
Sofiane, Karim et Benjamin, le technicien de la santé, Sobhi, de
l’hôpital de Kouba, trouvent ici toute notre gratitude pour leur
aide apportée durant ces moments difficiles.
La famille Mahmoudi
Haut
Je me rappelle…
J’apprends, avec
une grande peine, ce dix-sept février la disparition de Abderrahmane
Mahmoudi.
Or une idée
trottait dans ma tête depuis des semaines. Je ne sais quel en a été
le déclic.Je voulais lui écrire, m’entretenir avec lui, voire
envisager une éventuelle collaboration (si dérisoire en ces
tristes circonstances) au «Jour d’Algérie». Je lisais assez
régulièrement son journal grâce à Internet. J’étais aussi un
lecteur assidu de l’hebdomadaire «Les Débats». Comme par le passé,
au pays, c’est avec non moins d’intérêt que je recherchais, dans
l’éloignement, à entendre un son de cloche différent, voire un
point de vue paradoxal avec le reste des publications – lesquelles
offraient, au demeurant, une lecture incisive de l’actualité
nationale en dépit des entraves imposées et des prismes assumés.
Avec Abderrahmane
Mahmoudi
«l’mprévisible»
comme le dépeint avec à propos Abderrazek Merad (El Watan du
17/02/07). En effet, on pouvait s’attendre avec lui à des lectures
détonantes de la réalité algérienne, de ses contradictions, ses
luttes d’appareils et de pouvoir. C’est avec une fringale sans
pareille qu’il décryptait les flous artistiques de ce Machin
mystérieux qu’il nommait «la Centrifugeuse». Parfois, on avait
l’impression que ses décodages dépassaient la fiction
Je ne savais pas
qu’il était malade, atteint depuis 2 ans par une «longue maladie».
Et j’avais raté l’éditorial où il rendait public le combat
supplémentaire qu’il livrait à l’inexorable. Je crois l’avoir vu et
discuté pour la dernière fois en 2002, à la faveur d’un Salon du
Livre d’Alger.J’avais pris des photos avec lui et d’autres anciens
compagnons. Le regretté Belbey disparu dans un tragique accident
d’avion d’Air Algérie.... Saddek Aïssat qui présentait au Salon
son dernier roman.... Ravi brutalement à la vie et à sa famille. Au
même âge auquel nous quitte Abderrahmane Mahmoudi. C’est de loin,
d’une rive lointaine d’Alger, en cliquant ce matin (comme à mon
habitude) sur le premier journal algérien sur le web, que
j’apprends la disparition de Abderrahmane Mahmoudi.
Dans le courrier
électronique que je lui adressais mentalement :
Je me rappelle
qu’il devait commencer par la phrase suivante : «Abderrahmane, si ma
mémoire est bonne, ton premier article dans un journal public date
du 19 septembre 1975, et il avait pour titre :
«Emigration : une
question de sous» (M. Valéry Giscard d’Estaing proposait 1 million -
10 000 francs français - pour inciter au départ volontaire les
immigrants...) En cette époque (de plus en plus lointaine et
brumeuse), il s’était proposé d’écrire un article en
«internationale» pour la publication balbutiante. Le jour de la
remise, je soupçonnais un instant que l’article (ce n’était pas le
seul...) n’était pas achevé. Il me rassura, alla dans un coin dans
la petite pièce qui tenait lieu de salle de rédaction. Au bout, d’à
peine, 15 minutes, il revint avec son article fin prêt. Ce n’était
pas la première fois, ni la dernière : Abderrahmane avait une
capacité inouïe à rédiger sur le vif un article, une idée, un mot
d’ordre. Il mûrissait jusqu’au dernier moment son article quitte à
passer pour un improvisateur. Un improvisateur rare et de haut
vol.Dans les nécrologies que certains de ses confrères lui ont
consacrées – ceux que j’ai pu lire, ils retracent sa longue
carrière journalistique, les titres où il s’est distingué et ceux
qu’il a créés dans l’urgence et l’adversité.
Je tenais, afin de
compléter le tableau, à ajouter l’un de ses premiers jalons de son
itinéraire éditorial. A
«L’Unité» car tel
est le titre de cette publication singulière, sinon insolite, du
moins entre 1975 et 1980 (avant son embaumement progressif par la
pensée unique dominante dans les années 1980), il alimenta avec
vigueur la rubrique internationale. Faut-il préciser qu’en ces
temps, elle était vouée au credo anti-impérialiste (au risque de
verser dans l’incantation). Il avait, auparavant, taquiner le
journalisme dans une publication réonéotypée publiée à la Faculté de
droit à Ben Aknoun, «CTZ». Autres temps, autres mœurs, disent les
sages. Dans cette attitude, en tout cas il n’ y avait aucune once
de calcul ni de pose politicienne. Certains peuvent dire à
l’instar du film italien «Nous nous sommes tant aimés» : nous
voulions changer le monde et le monde nous a changés. Le libéralisme
effréné – et les détournements d’utopie- ont fait le lit de tant de
repentances... Abderrahmane Mahmoudi, sans complaisance
post-mortem, a, me semble-t-il, fait partie de cette constellation
de compagnons des années soixante-dix qui se sont astreints à
garder incandescent le franc-parler et l’écriture iconoclaste de
leur jeunesse dans une approche parfois surprenante du réel et de
ses contingences, surtout aux heures noires de l’intégrisme
mortifère et des stratagèmes d’appareils. A contre-courant de
grilles les mieux établies. Quitte à surprendre amis et troubler
compagnons de route. Les mots ont leur amertume et les plumes leur
désenchantement. Surtout dans un pays où l’histoire vaut son pesant
de poudre et de sang... Il avait à la fois la passion de l’idée et
de l’action. Il pouvait se tromper mais il a toujours payé au prix
fort ses convictions (la prison, la perte d’un frère, les interdits
professionnels, des traversées du désert, l’isolement...) Je l’ai
perdu de vue - professionnellement, géographiquement, pour ainsi
dire, très tôt. Mais je n’ai jamais cessé de le lire et ses écrits
n’ont jamais cessé de m’interpeller. Abderrahmane Mahmoudi n’a
jamais laissé indifférent combien même, l’on n’arrivait pas à
saisir la complexité, voire les méandres de ses démonstrations.
Elles pouvaient être rugueuses , intraitables jamais paresseuses.
Et derrière la façade des conduites et la distance de la posture, il
habitait en profondeur la bonté. Avec une élégance quasi-british
qu’éclairait un sourire en coin...Ahmed Ben Allem rappelle dans
«L’Expression»,
que Abderrahmane qui ne semblait pas tenir en estime outre
mesure la poésie, en écrivait discrètement dans sa jeunesse...
Abderrahmane Mahmoudi était originaire des austères Hauts Plateaux.
Plus précisément de Ksar Chellala, connue également sous le nom de
Reibel. La prononciation populaire de Rebelle qui lui sied. En
premier lieu dans sa profession. En Juin passé, j’avais acheté «Le
Jour d’Algérie».
J’ai lu et
découpé l’un de ces derniers éditoriaux,
il avait pour
titre «Khalifa et la presse»... Je l’ai toujours.
Paix à son âme et
hommage à son parcours.
Et toute ma
sympathie solidaire à son épouse et ses enfants en cette
douloureuse épreuve !
«Je leur avais
parlé
J’avais senti
leurs mains
Ils avaient des
enfants et même des défauts
Comme ils savaient
sourire alors qu’il faisait nuit
Je les retrouve en
achetant
Un journal
Ils étaient mes
amis ils n’étaient pas des mots
Des chiffres ou
des noms
Ils étaient mille
jours et dix ans de moi-même
Le repas qu’on
partage
La cigarette de
l’ennui
(...)
Et ils sont
devenus une âme et ma patrie
...Et je m’excuse
D’être vivant
Je suis plus
orphelin qu’une nuit sans lune»
Ainsi écrivait le
poète Malek Haddad dans «Ils vont dans la légende».
Abdelmadjid
Kaouah
Cugnaux, le 17
février 2007
Haut
Saha Dahmane !
Te voilà parti une
fois pour toutes cédant la place aux médiocres et aux opportunistes
que tu dérangeais par ton franc parler et par ta plume insolente.
Vas te reposer en paix loin des chuchotements des hypocrites et du
bruit des retournements de veste. Tu as la chance de laisser
derrière toi des femmes et des hommes qui se sont imprégnés de tes
idées pour maintenir vivace la flamme que tu as allumée un jour en
donnant naissance au «Jour d’Algérie».
Pour le reste,
oublie toutes ces mesquineries qui ont failli t’éloigner du monde de
la presse lorsqu’au milieu des années 1980, tu avais opté pour une
carrière de fonctionnaire au ministère du Tourisme. Mais la fièvre
journalistique était plus forte et tu as fini par renouer avec les
odeurs de l’encre et du papier. Oublie ces tartuffes, jaloux de ton
courage, qui te tapaient sur le dos en fin de réunion du MJA pour
mieux te poignarder un peu plus tard dans les bars d’Alger en
t’accusant de tous les maux du monde. Oublie ces Je te demande
d’oublier toutes ces misères du monde, mais moi, je n’oublierai pas
le camarde de classe du Lycée El-Idrissi qui faisait déjà étalage de
son talent de polémiste face au prof d’histoire. Je n’oublie pas les
beaux jours passés ensemble à la revue El-Djeïch où j’étais
rédacteur en chef alors que tu effectuais ton service national. Tu
avais marqué ce magazine de ton empreinte de journaliste
d’investigation par la réalisation de courageuses enquêtes. Je
n’oublie pas non plus ces moments de folie lorsque avec notre ami
Aziouez Mokhtari, nous projetions de créer le Front National Houari
Boumediene au début des années 1980. Et puis, je n’oublierai jamais
ces farces qu’on se faisait même dans les moments les plus sérieux
et ça se terminait par de grands éclats de rire.
Et puis, il y a
plein de trucs de folie qu’on faisait ensemble et que je n’ose pas
évoquer dans ce petit papier que nos enfants risquent de lire et ils
se moqueront sûrement de nous. Ils vont se marrer certes, mais ….
Que te dire de plus sinon que je regrette amèrement de n’avoir pu te
passer un coup de fil lors de ces deux dernières années ne serait-ce
que pour te lancer mon habituel «Saha Dahmane !» En te lisant chaque
matin, il me semblait qu’on était en contact. Et puis chacun de nous
étant occupé de son côté, nous n’avons pas pu voir le temps passer
jusqu’à ce que j’apprenne la triste nouvelle. La faucheuse t’a
choisi parce qu’elle ne peut trouver mieux que toi dans le jardin de
la presse. Elle a pris la plus belle rose. Celle qui sent
l’honnêteté, le courage et la bravoure. Saha Dahmane et à bientôt.
Hicham Aboud
Haut
A toi Mahmoudi !
Je dois avouer
qu’il m’est inconcevable de parler de toi au passé, je refuse
d’accepter ton départ définitif car, vois-tu ton œuvre est ton âme
sont l’une dans l’autre impérissables et font de toi un éternel sur
terre, c’est pour cette raison que je m’adresseà toi comme je l’ai
toujours fait, toi l’homme au franc parler qui sait écouter aussi
bien les hommes instruits que les illettrés, toi l’homme amoureux
fou d’une Algerie debout, toi qui a défendu au péril de ta vie
l’honneur d’une révolution en s’attaquant à cette racaille de
magistrats faussaires et en défendant d’authentiques combattants
spoliés de leurs biens, à l’image de Mohamed cherif ould Houcine, tu
as osé là où d’autres n’ont même pas daigné regarder, je suis en
droit de ne pas partager ta visions globale des questions de
l’heure, mais cela n’entame en rien tout le respect que je nourris
envers toi, tu es réellement un homme de débats qui sait se remettre
en question, mais qui excelle surtout dans l’art de défendre ses
idées, quitte à en mourir ce «marade mouzmin» n’a pas eu raison de
toi puisque tu es là parmi nous à travers ton œuvre et tes idées. Je
te transmets toute mon admiration et mon respect où que tu sois .
Ton
ami
Benalla Khaled
Haut
La parenthèse s’est refermée
Prendre le stylo
pour écrire, en espérant, qu’un jour je deviendrai comme toi, c’est
un rêve qui ne se réalisera jamais, car ta plume était bel et bien
très forte.
En travaillant
avec toi pendant (13 ans). De l’Hebdo Libéré à ce jour, tu m’as fait
apprendre ce qu’est le nationalisme, toi qui aimes énormément ton
pays, que tu ne voulais ni quitter ni abandonner lorsque l’Algérie
était en flamme (ce n’était pas les occasions qui te manquaient, toi
qui rêvais de voir un jour l’Algérie libre, en se débarrassant des
mercenaires avec la complicité des magistrats faussaires qui
travaillent dans un axe négatif, en compagnie du fameux cartel 5-1 à
Saint’Egidio.
Toi qui aimais ton
métier, en le faisant avec cœur, où tu faisais un
sacrifice énorme
pour la réussite de tes papiers en faisant en sorte que tes écrits
soient un message simple à tes lecteurs.
Difficile
Difficile pour moi
qui ai très bien connu Abderrahmane Mahmoudi, d’apprendre sa
disparition. Difficile d’accepter que cet homme qui portait en lui
un amour inconditionnel de l’Algérie, s’en aille ainsi.
Ce n’était pas
qu’un confrère dont la plume pourfendait dans un style admirable.
C’était un véritable ami qui savait écouter en prêtant toujours une
oreille attentive. Ce n’était pas seulement un professionnel dévoré
par la passion de son métier. Travailler avec lui fut pour moi un
réel bonheur. Nous parlions aussi souvent que possible de tout, de
rien mais surtout de l’Algérie. Nous cherchions à comprendre en nous
lançant dans des analyses fabuleuses.
Dahmane était de
ceux qui savaient. Il savait comme ceux qui ont découvert un secret
et qui doivent le transmettre à ceux qui le méritent. Alors que
j’étais un homme de l’oralité, il m’a montré les chemins de
l’écriture, de la réflexion et toujours dans le plus grand respect.
Son amitié était un cadeau. Je le garderai.
Adieu Dahmane !
Je m’incline
devant ta mémoire en priant pour que tu trouves enfin un repos
mérité.
Aziz Farès
Montréal, le
16.02.2007
Haut
Aberrahmane le stoïcien
En dépit du fait
que je le connaissais depuis les années 80, l’image que je garde de
Abderrahamne n’est pas celle du grand journaliste qu’il était.
Qu’est-ce Grand ? La grandeur dans la presse ne se situe pas
seulement au niveau de l’écrit et du style, mais aussi et surtout
dans la hauteur de vision, dans l’analyse. C’est tout ? Non, il
reste une qualité qui fait la différence entre les très bons et les
grands : le panache. Oui, le panache, cette élégance dans le trait
et la posture. Cette capacité de faire tonner le baroud même quand
la partie est perdue d’avance. Même devant la mort, dont l’ombre
pesante l’enveloppait chaque jour un peu plus. Non ce n’est pas une
figure de style. J’en étais témoin. Je raconte... Fin décembre, je
lui rendis visite à son domicile en compagnie de Farouk Magraoui et
de Ali Ouaffek. On m’avait averti : l’homme était mal en point. Il
ne pouvait plus parler, à peine bouger, à peine respirer, à peine
regarder. J’ ai eu tant de peine que j’ai hésité avant d’aller le
voir. Lui qui était le mouvement même de la pensée et du corps,
comment pourrais-je supporter de le voir immobile, terrassé,
n’espérant plus que la délivrance.
Mon amitié pour
lui a pris le pas sur ma peine. Et je suis devant lui. Quel choc !
Même s’il ne pouvait plus parler à cause de l’affreux tube qu’il
avait à la mâchoire, il nous écrivait sur une ardoise ce qu’il ne
pouvait dire. Il répondait à nos questions, nous en posait d’autres.
Il était lucide et fort.
Dans son regard,
il y avait une détermination qu’on n’avait pas. Encore un peu et
c’est lui qui nous aurait consolé des petits bobos de la vie. Il
communiquait avec nous comme s’il allait vivre encore longtemps
alors qu’il savait qu’il était condamné à très court terme. Devant
cette leçon de courage, je suis resté muet d’admiration. Combien de
nous auraient craqué pour un mal bénin, alors que lui nous regardait
avec un sourire qui dansait dans ses yeux. Parfois, ses paupières se
plissaient, traduisant des douleurs horribles qui le mordaient à
pleines dents. Au bout d’une vingtaine de minutes, nous avons pris
congé de lui. C’était la dernière fois que je l’ai vu. Et j’ai vu le
panache même devant la mort.
Hamid Grine
Haut
Ma gratitude
Il y a une
semaine, j’ai envoyé à feu Mahmoudi un fax de deux pages pour lui
exprimer ma gratitude parce qu’il m’a ouvert son cœur et m’a tendu
une main confraternelle et amicale quand je me suis trouvé dans un
moment de très grande détresse. Au bord du suicide. Malgré la
censure, Algérie-Actualité des années soixante dix-quatre vingt
tolérait quelquefois la subversion. Nous œuvrions, chacun de son
côté, pour faire reculer autant que possible les frontières de la
censure, qui n’était pratique que pour couvrir les déviances et les
crimes des princes qui nous gouvernaient (ils nous gouvernent
encore). Mais c’est avec
Le Nouvel Hebdo et
L’Hebdo Libéré que les tabous ont explosé. Les barons du FLN, les
magistrats faussaires, le souk des attestations communales, le
pillage de la Mitidja et des biens publics partagés entre nos hommes
publics, l’incurie des gouvernants qui reste, hélas, le principal de
l’actualité, les causes et les effets de cette mauvaise gouvernance
qui resteront, hélas longtemps d’actualité.
C’était dans un
contexte où le journaliste, l’écrivain, le chroniqueur, l’homme de
théâtre militaient pour l’avènement d’un Etat de droit parce que les
partis politiques n’étaient composés que de chasseurs de primes (15
hommes = un parti politique, à qui l’Etat verse quatre millions de
dinars). Avec quelques plumes téméraires, pour ne pas dire
suicidaires, Abderrhmane avait pris tous les risques pour briser les
carcans qui étouffaient la citoyenneté. L’histoire de la presse
algérienne retiendra ce combat épique contre les forces obscures et
obscurantistes qui ont conduit le pays au bord de l’abîme et
continuent de s’accrocher au pouvoir de la rente.
Une semaine avant
le départ de Dahmane, je lui ai exprimé ma gratitude et lui
demandait un témoignage à propos de la polémique mondiale soulevée
par un dossier de presse de 1987 auquel il a participé avec un
article percutant sur le lobby sioniste et son influence sur les
gouvernants euro-américains. Abderrahmane ne me répondra pas. Il
nous a quittés.
Lorsque j’ai
appris son départ, j’ai marché pendant des heures et des heures. Les
amis qui vous quittent à l’improviste… Et puis je me suis dit que
Dahmane restera toujours parmi nous puisque ses immenses sacrifices
en faveur des débats d’idées ont abouti à la création d’espaces de
liberté (deux journaux) où des femmes et des hommes, déterminés,
poursuivront le combat qu’ils ont choisi librement de mener à ses
côtés.
Pleurons l’ami, le
compagnon, le père, mais faisons de telle sorte que notre douleur
nous serve de stimulant.
Car Dahmane ne
réalisera son rêve qu’à travers les efforts de toute l’équipe qui a
le devoir de hisser Le Jour d’Algérie et Les Débats au niveau des
grands journaux qui brassent les idées pour semer la paix, la
justice, la liberté et la prospérité dans un monde où la haine,
l’égoïsme, la cupidité et la cruauté sèment les larmes, le sang, les
ruines et la désespérance.
En juin 2006, il
avait la certitude de gagner le pari avec une équipe qui a appris à
combattre en son absence. Nous en avions discuté.
Pleurons l’ami, le
compagnon, le père, le grand frère, mais faisons de telle sorte que
son rêve se concrétise par les efforts et les sacrifices de ses
héritiers spirituels, les hommes et les femmes qui se reconnaissent
en son combat et partagent ses rêves de briser les carcans qui
étouffent la citoyenneté.
Mahdi Houcine
Ecrivain
Constantine
Haut
Les trois morts de Dahmane
Il n’y a pas plus
cruel retour de voyage que d’apprendre la disparition d’un ami
sincère, de surcroît colossal journaliste. En vérité, comme chez les
grands héros, Dahmane est mort à trois reprises. La première fois,
il a péri à l’assassinat de son jeune frère Nadir dans l’attaque
terroriste contre l’Hebdo Libéré. La seconde fois, en
l’extermination de celui-ci par un groupe sournois antinational,
qu’il n’a jamais cessé de dénoncer. La troisième fois, il succombe,
dans notre immense douleur, à la méchante maladie.
J’ai passé en son
authentique et subtile compagnie des années merveilleuses à Algérie
Actualité où il occupait une place de grande perspicacité dans
l’élite rédactionnelle. Redoutable analyste, d’un courage sans
recul, immense conseilleur de conscience mais terriblement humain et
foncièrement généreux. J’ai eu le privilège et la joie de travailler
avec lui à l’Hebdo Libéré avant de l’accueillir comme un seigneur au
Chroniqueur. Mais de notre amitié, je retiens spécialement de lui
cette sentence : «Il y a confusément parmi nous des traîtres et des
patriotes, si dans tes reportages ou enquêtes tu parviens à en faire
la distinction, alors tu feras à coup sûr de vrais scoops.»
En tout cas sans
Dahmane, désormais la presse algérienne ne sera plus jamais tout à
fait la même.
Nadir Bacha
P. S. Je
présente, en déclarant ma consternation, mes sincères condoléances
aux rédactions et administrations du Jour d’Algérie et Les Débats.
Je prie Dieu de leur prêter réconfort et de leur donner le courage
nécessaire de survivre à la disparition de ce grand homme qui, dans
les pires difficultés et périls, est allé au plus loin de la vérité
algérienne. C’est pourquoi je suis persuadé qu’ils continueront à
faire vivre la pensée de Dahmane dans la pérennité patriotique des
deux publications.
Haut
Un choc !
Avec Dahmane, nous
étions dans la connivence sans jamais nous rencontrer. Les dures
années noires ont été pour nous les plus belles années. C’est que
l’adversité a ceci de fantastique : On se sent vivre en dépit et
contre toutes les difficultés.
Il m’offrait
chaque semaine une page de l’Hebdo Libéré pour me permettre de dire
toute ma rage contre les assassinats et la mainmise de la
camora sur notre pays. Il me consacra même un «spécial REBOUHI
LAHBIB».
Je viens
d’apprendre sa mort avec une semaine de retard.
Un choc !
A sa famille et à
son équipe, toutes mes condoléances les plus attristées.
Haut
Copyright 2003 Le Jour d'Algérie. Conception
M.Merkouche
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