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Mustapha Cherif, philosophe et penseur au Jour d’Algérie

«Le débat serein et constructif est incontournable»

«Les karakuri-ningyô» à la BN

Techniques de pointe et esprit ludique

 

 26/11/06

 

 Mustapha Cherif, philosophe et penseur au Jour d’Algérie

«Le débat serein et constructif est incontournable»

Mustapha Cherif est un spécialiste du dialogues des cultures. Une des figures de proue de la nouvelle génération d’intellectuels soucieux d’allier authenticité et progrès. Nous l’avons approché en marge du colloque consacré au penseur Jaques Derrida pour nous faire part de sa vision de l’Islam et l’entretien qu’il a eu avec le pape Benoît XVI.  Aussi, pour lui, il ne s’agit pas seulement de dénoncer la désinformation, les injustices et les dérives, mais aussi énoncer de nouvelles questions, de nouvelles interprétations et de nouveaux concepts de dialogue, surtout, la crise des idées qui mine le monde arabo-musulman.

 

Interview réalisée

par Hacène K.

 

Le jour d’Algérie : Vous venez de rencontrer dernièrement le pape Benoît XVI. Quel a été l’objet de votre entretien ?

 

Mustapha Cherif : Je lui ai parlé de l’Islam, notre belle religion, si méconnue par tant d’étrangers. Je lui ai expliqué, dans une ambiance courtoise,  les vraies valeurs de notre religion. J’ai constaté que le Pape, qui  n’est pas un spécialiste de l’Islam, veut comprendre. Il m’a écouté avec attention et bienveillance. Nous avons aussi discuté  des défis communs auxquels font face les musulmans et les chrétiens. Au sujet de notre religion, j’ai exprimé l’idée claire que l’Islam, avant d’être une culture, est une religion, c’est le troisième rameau du monothéisme. Comme tous les croyants, mais aussi tous les citoyens du monde soucieux d’objectivité,  j’ai été choqué par son discours de Ratisbonne du  12 septembre, mais suite à ses regrets, je souhaitais lui répondre sur les points clefs, au sujet des questions soulevées, de la raison, de la liberté et de la violence. Le Coran ne dit-il pas «Dialogue avec eux de la meilleure façon ? ». 

Dans le contexte international confus, il s’agissait, en tant que penseur algérien, par cette rencontre inédite,  de présenter le vrai visage de l’Islam, de tenter de mettre fin aux amalgames et aux préjugés et de ne pas donner l’occasion aux extrémistes de tous bords d’exploiter la situation préjudiciable pour tous.  Un geste d’espérance.

 

 Le monde arabe et islamique est secoué par une crise des idées et de la pensée. Adhérez-vous à cette thèse en tant qu’intellectuel ?

 C’est la triste réalité.  Depuis cinq siècles environ, nous avons reculé, sur nombre de plans. Alors que notre civilisation a été la plus lumineuse de l’histoire de l’humanité, fondée sur le rapport heureux de la foi et de la raison, nous avons faibli au niveau de la pensée universelle,  ouverte et critique. Les idéologies, les propagandes et les interdits ont transformé notre monde en un espace de sous-développement, même si nous sommes une société riche sur beaucoup de points, notamment grâce, d’une part,  à nos valeurs spirituelles et d’autre part à nos richesses naturelles. Problème de retard, aggravé par l’archaïsme de nombre de régimes,  les agressions extérieures et la crise que vit le monde entier, avec la «marchandisation» du monde et la loi du plus fort. Les temps nobles des luttes anticoloniales, puis le souffle du non-alignement, n’ont pas été suivis par des projets de sociétés cohérents et un climat de liberté propice à la créativité. Nos sociétés, cependant restent encore largement traversées par le bon sens, le sens de la dignité et attachées aux idées de progrès, malgré tant de handicaps et de vaines tentations de repli.

 

Dans le livre que vous venez de faire paraître «l’Islam et l’Occident», vous relatez une série d’entretiens que vous avez eus en 2003 avec Jacques Derrida que vous considérez comme l’un des plus grands philosophes de notre temps ? Quelles sont selon vous, les observations susceptibles de «fouetter» la pensée arabe qui somnole et qui a du mal à imposer sa vision du monde ?

Premièrement,  il nous faut faire confiance à l’élite, aux universitaires, aux cadres, aux intellectuels, aux chercheurs. Car, il y a une sorte de crise de confiance, une marginalisation des gens du savoir et une crainte injustifiée de l’esprit critique. D’un autre côté, les intellectuels ont pour devoir de s’impliquer, de parler, de prendre la parole, de s’organiser au service de la Patrie. Ne sont-ils pas censés être aussi des médiateurs? Le mutisme ou la passivité de certains, ou pire la pratique du dénigrement ou de l’apologie  sont incompréhensibles et nuisent à la crédibilité. Rien ne se fera, ne se donnera sans un double effort, celui des décideurs à prêter attention et celui des créateurs d’idées et de savoir à se faire entendre sereinement et objectivement. Troisièmement, il y a lieu de s’ouvrir au monde, aux échanges, de rencontrer d’autres penseurs, chercheurs et intellectuels, c’est le vaste qui commande. On ne peut pas avancer, en se recroquevillant sur soi-même. Reste à ne pas se diluer ou se dépersonnaliser dans le modèle des autres. Nous sommes la communauté du juste milieu, nous avons tant de choses à dire et à inventer. L’espoir est ici  permis dans le cadre d’une démocratisation à venir.

 

A travers vos interventions, vous souscrivez à  la pensée benabienne qui traite de la question relative aux «problèmes des idées» et au concept de la colonisabilité.  Autrement dit, cette propension à admettre l’esprit du dominant sur le dominé. Quelle analyse faites-vous sur cette problématique que vous avez assimilée à un débat de philosophie politique moderne ?

Les problèmes que vivent nos sociétés  sont complexes et multiples. La responsabilité est partagée, décideurs, sociétés civiles, contexte international défavorable. «Il dépend de nous, d’abord», soulignait à juste titre Malek Bennabi, de faire face aux défis, menaces et incertitudes. Aujourd’hui, les nouvelles formes de domination ou de remises en cause de notre souveraineté et identité, si relatives, et la violence sociale à laquelle nous assistons, exigent de nous, à la fois, fidélité à nos références historiques, pour nous Algériens le Message de Novembre, et un esprit d’objectivité, de lucidité et de vision prospective.

Il faut  éviter les pièges de la division, de la diversion et les illusions de détenir seuls les solutions. Sur le plan international, tout en comptant sur soi, nous avons besoin, mutuellement, d’alliés, d’amis, de partenaires, sur la base d’intérêts et d’objectifs clairs. Ils existent. Sur le plan interne, nous avons besoin de citoyens motivés, instruits et vigilants qui savent discerner. La plupart ne demandent que cela.  Le point fort ou le point faible c’est la ressource humaine et son orientation. C’est la mission de tous,  l’école et  l’université, les médias,  la mosquée,  les politiques et même les entreprises. Tous ceux qui produisent des messages et influent sont responsables. Car la crise est d’abord celle de l’exemplarité, des valeurs, du comportement et de l’éducation. Le débat serein et constructif est incontournable pour réveiller et réactiver les énergies et les richesses humaines qui existent dans ce grand capital inépuisable et inestimable.

 

On parle ces dernières années de dialogue de civilisation. Comment appréhendez-vous la nature des relations Islam-Occident et quels devraient être, selon vous,  les leviers pour éviter ce qu’on appelle le choc des civilisations ?

 Des forces dominantes, au nord,  en Occident,  refusent le dialogue et la négociation.  Tout comme des extrémistes, au sud, en Orient, alimentent cette dérive. Ces forces dominantes en Occident, portées par le néo-conservatisme et le libéralisme sauvage, veulent nous dicter leur vision du monde. Elles profitent de certaines de nos faiblesses et visent nos richesses. Elles veulent nous isoler du monde et faire diversion  aux problèmes politiques, avec la théorie fumeuse du choc des civilisations. En exploitant et en manipulant à outrance  des égarés dans les sociétés de la rive sud, qui donnent de l’eau à leur moulin. Mais, à mon avis,  les opinions publiques ne sont pas dupes et les peuples veulent vivre en paix. Reste à souligner, dans le cadre de l’incontournable dialogue, qu’il n’y a pas de paix sans justice.

En gardant le cap sur la primauté du droit, on devrait faire prévaloir le multilatéralisme sur l’unilatéralisme, le respect de la différence sur l’arrogance et le vivre ensemble sur les murs illusoires de séparations.   

H. K.

 

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«Les karakuri-ningyô» à la BN

Techniques de pointe et esprit ludique

Une délégation japonaise composée de trois membres dont le maître des poupées traditionnelles japonaises, le professeur d’honneur de l’Université de Nagoya a donné hier à la Bibliothèque nationale une démonstration sur les poupées mécaniques japonaises, les «karakuri-ningyô» . «Cette tradition où se mêlent techniques de pointe et esprit ludique constitue le terreau qui a donné naissance aux robots du japon contempotrain», a expliqué le professeur lors de la conférence qui a précédé la démonstration (ouverte aujourd’hui pour le public). Il a retracé l’histoire des karakuri-ningyô,  soulignant leur relation avec les robots actuels. Les Tamaya sont une ancienne famille de fabricants de karakuri-ningyô dont l’histoire remonte au début du XVIIIe siècle. Né en 1954 dans le département d’Aichi, Shobei Tamaya IX devient le disciple de son père à l’âge de 24 ans. Après la mort de ce dernier en 1988, il prend la relève avec son frère aîné, 8e représentant de la lignée, se consacrant à la réparation et à la restauration d’automates de toutes les régions du Japon, ainsi qu’à la création de nouvelles pièces. En 1995, il prend le nom de Shobei Tamaya IX lorsque son frère se retire suite à une maladie qui l’emportera quelques mois plus tard. Il présente ses karakuri-ningyô dans le monde entier. L’origine des robots remonte sans aucun doute aux automates qui connurent un véritable essor aux XVIIe et XVIIIe siècles, en Occident et au Japon. Ainsi, dans le Japon de l’époque d’Edo (1603-1868), des automates au mécanisme ingénieux appelés «karakuri-ningyô» («poupées mécaniques«) furent fabriqués en grand nombre. Leur présentation publique enchantait les couches populaires. Le plus emblématique d’entre eux est L’Automate du char que l’on peut encore admirer lors de fêtes. Juché au sommet d’un char, il accompagne au tambour les musiciens d’un petit orchestres et exécute des pirouettes et autres numéros d’acrobatie.           

 H. K.

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