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Mustapha Cherif, philosophe et penseur au Jour d’Algérie
«Le débat
serein et constructif est incontournable»
Mustapha Cherif
est un spécialiste du dialogues des cultures. Une des figures de
proue de la nouvelle génération d’intellectuels soucieux d’allier
authenticité et progrès. Nous l’avons approché en marge du colloque
consacré au penseur Jaques Derrida pour nous faire part de sa vision
de l’Islam et l’entretien qu’il a eu avec le pape Benoît XVI.
Aussi, pour lui, il ne s’agit pas seulement de dénoncer la
désinformation, les injustices et les dérives, mais aussi énoncer de
nouvelles questions, de nouvelles interprétations et de nouveaux
concepts de dialogue, surtout, la crise des idées qui mine le monde
arabo-musulman.
Interview
réalisée
par Hacène K.
Le jour
d’Algérie : Vous venez de rencontrer dernièrement le pape Benoît XVI.
Quel a été l’objet de votre entretien ?
Mustapha Cherif :
Je lui ai parlé de l’Islam, notre belle religion, si méconnue par
tant d’étrangers. Je lui ai expliqué, dans une ambiance courtoise,
les vraies valeurs de notre religion. J’ai constaté que le Pape,
qui n’est pas un spécialiste de l’Islam, veut comprendre. Il m’a
écouté avec attention et bienveillance. Nous avons aussi discuté
des défis communs auxquels font face les musulmans et les chrétiens.
Au sujet de notre religion, j’ai exprimé l’idée claire que l’Islam,
avant d’être une culture, est une religion, c’est le troisième
rameau du monothéisme. Comme tous les croyants, mais aussi tous les
citoyens du monde soucieux d’objectivité, j’ai été choqué par son
discours de Ratisbonne du 12 septembre, mais suite à ses regrets,
je souhaitais lui répondre sur les points clefs, au sujet des
questions soulevées, de la raison, de la liberté et de la violence.
Le Coran ne dit-il pas «Dialogue avec eux de la meilleure façon ?
».
Dans le contexte
international confus, il s’agissait, en tant que penseur algérien,
par cette rencontre inédite, de présenter le vrai visage de
l’Islam, de tenter de mettre fin aux amalgames et aux préjugés et de
ne pas donner l’occasion aux extrémistes de tous bords d’exploiter
la situation préjudiciable pour tous. Un geste d’espérance.
Le monde arabe
et islamique est secoué par une crise des idées et de la pensée.
Adhérez-vous à cette thèse en tant qu’intellectuel ?
C’est la triste
réalité. Depuis cinq siècles environ, nous avons reculé, sur nombre
de plans. Alors que notre civilisation a été la plus lumineuse de
l’histoire de l’humanité, fondée sur le rapport heureux de la foi et
de la raison, nous avons faibli au niveau de la pensée universelle,
ouverte et critique. Les idéologies, les propagandes et les
interdits ont transformé notre monde en un espace de
sous-développement, même si nous sommes une société riche sur
beaucoup de points, notamment grâce, d’une part, à nos valeurs
spirituelles et d’autre part à nos richesses naturelles. Problème de
retard, aggravé par l’archaïsme de nombre de régimes, les
agressions extérieures et la crise que vit le monde entier, avec la
«marchandisation» du monde et la loi du plus fort. Les temps nobles
des luttes anticoloniales, puis le souffle du non-alignement, n’ont
pas été suivis par des projets de sociétés cohérents et un climat de
liberté propice à la créativité. Nos sociétés, cependant restent
encore largement traversées par le bon sens, le sens de la dignité
et attachées aux idées de progrès, malgré tant de handicaps et de
vaines tentations de repli.
Dans le livre
que vous venez de faire paraître «l’Islam et l’Occident», vous
relatez une série d’entretiens que vous avez eus en 2003 avec
Jacques Derrida que vous considérez comme l’un des plus grands
philosophes de notre temps ? Quelles sont selon vous, les
observations susceptibles de «fouetter» la pensée arabe qui somnole
et qui a du mal à imposer sa vision du monde ?
Premièrement, il
nous faut faire confiance à l’élite, aux universitaires, aux cadres,
aux intellectuels, aux chercheurs. Car, il y a une sorte de crise de
confiance, une marginalisation des gens du savoir et une crainte
injustifiée de l’esprit critique. D’un autre côté, les intellectuels
ont pour devoir de s’impliquer, de parler, de prendre la parole, de
s’organiser au service de la Patrie. Ne sont-ils pas censés être
aussi des médiateurs? Le mutisme ou la passivité de certains, ou
pire la pratique du dénigrement ou de l’apologie sont
incompréhensibles et nuisent à la crédibilité. Rien ne se fera, ne
se donnera sans un double effort, celui des décideurs à prêter
attention et celui des créateurs d’idées et de savoir à se faire
entendre sereinement et objectivement. Troisièmement, il y a lieu de
s’ouvrir au monde, aux échanges, de rencontrer d’autres penseurs,
chercheurs et intellectuels, c’est le vaste qui commande. On ne peut
pas avancer, en se recroquevillant sur soi-même. Reste à ne pas se
diluer ou se dépersonnaliser dans le modèle des autres. Nous sommes
la communauté du juste milieu, nous avons tant de choses à dire et à
inventer. L’espoir est ici permis dans le cadre d’une
démocratisation à venir.
A travers vos
interventions, vous souscrivez à la pensée benabienne qui traite de
la question relative aux «problèmes des idées» et au concept de la
colonisabilité. Autrement dit, cette propension à admettre l’esprit
du dominant sur le dominé. Quelle analyse faites-vous sur cette
problématique que vous avez assimilée à un débat de philosophie
politique moderne ?
Les problèmes que
vivent nos sociétés sont complexes et multiples. La responsabilité
est partagée, décideurs, sociétés civiles, contexte international
défavorable. «Il dépend de nous, d’abord», soulignait à juste titre
Malek Bennabi, de faire face aux défis, menaces et incertitudes.
Aujourd’hui, les nouvelles formes de domination ou de remises en
cause de notre souveraineté et identité, si relatives, et la
violence sociale à laquelle nous assistons, exigent de nous, à la
fois, fidélité à nos références historiques, pour nous Algériens le
Message de Novembre, et un esprit d’objectivité, de lucidité et de
vision prospective.
Il faut éviter
les pièges de la division, de la diversion et les illusions de
détenir seuls les solutions. Sur le plan international, tout en
comptant sur soi, nous avons besoin, mutuellement, d’alliés, d’amis,
de partenaires, sur la base d’intérêts et d’objectifs clairs. Ils
existent. Sur le plan interne, nous avons besoin de citoyens
motivés, instruits et vigilants qui savent discerner. La plupart ne
demandent que cela. Le point fort ou le point faible c’est la
ressource humaine et son orientation. C’est la mission de tous,
l’école et l’université, les médias, la mosquée, les politiques
et même les entreprises. Tous ceux qui produisent des messages et
influent sont responsables. Car la crise est d’abord celle de
l’exemplarité, des valeurs, du comportement et de l’éducation. Le
débat serein et constructif est incontournable pour réveiller et
réactiver les énergies et les richesses humaines qui existent dans
ce grand capital inépuisable et inestimable.
On parle ces
dernières années de dialogue de civilisation. Comment
appréhendez-vous la nature des relations Islam-Occident et quels
devraient être, selon vous, les leviers pour éviter ce qu’on
appelle le choc des civilisations ?
Des forces
dominantes, au nord, en Occident, refusent le dialogue et la
négociation. Tout comme des extrémistes, au sud, en Orient,
alimentent cette dérive. Ces forces dominantes en Occident, portées
par le néo-conservatisme et le libéralisme sauvage, veulent nous
dicter leur vision du monde. Elles profitent de certaines de nos
faiblesses et visent nos richesses. Elles veulent nous isoler du
monde et faire diversion aux problèmes politiques, avec la théorie
fumeuse du choc des civilisations. En exploitant et en manipulant à
outrance des égarés dans les sociétés de la rive sud, qui donnent
de l’eau à leur moulin. Mais, à mon avis, les opinions publiques ne
sont pas dupes et les peuples veulent vivre en paix. Reste à
souligner, dans le cadre de l’incontournable dialogue, qu’il n’y a
pas de paix sans justice.
En gardant le cap
sur la primauté du droit, on devrait faire prévaloir le
multilatéralisme sur l’unilatéralisme, le respect de la différence
sur l’arrogance et le vivre ensemble sur les murs illusoires de
séparations.
H. K.
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«Les karakuri-ningyô» à la BN
Techniques de
pointe et esprit ludique
Une délégation
japonaise composée de trois membres dont le maître des poupées
traditionnelles japonaises, le professeur d’honneur de l’Université
de Nagoya a donné hier à la Bibliothèque nationale une démonstration
sur les poupées mécaniques japonaises, les «karakuri-ningyô» .
«Cette tradition où se mêlent techniques de pointe et esprit ludique
constitue le terreau qui a donné naissance aux robots du japon
contempotrain», a expliqué le professeur lors de la conférence qui a
précédé la démonstration (ouverte aujourd’hui pour le public). Il a
retracé l’histoire des karakuri-ningyô, soulignant leur relation
avec les robots actuels. Les Tamaya sont une ancienne famille de
fabricants de karakuri-ningyô dont l’histoire remonte au début du
XVIIIe siècle. Né en 1954 dans le département d’Aichi, Shobei Tamaya
IX devient le disciple de son père à l’âge de 24 ans. Après la mort
de ce dernier en 1988, il prend la relève avec son frère aîné, 8e
représentant de la lignée, se consacrant à la réparation et à la
restauration d’automates de toutes les régions du Japon, ainsi qu’à
la création de nouvelles pièces. En 1995, il prend le nom de Shobei
Tamaya IX lorsque son frère se retire suite à une maladie qui
l’emportera quelques mois plus tard. Il présente ses karakuri-ningyô
dans le monde entier. L’origine des robots remonte sans aucun doute
aux automates qui connurent un véritable essor aux XVIIe et XVIIIe
siècles, en Occident et au Japon. Ainsi, dans le Japon de l’époque
d’Edo (1603-1868), des automates au mécanisme ingénieux appelés «karakuri-ningyô»
(«poupées mécaniques«) furent fabriqués en grand nombre. Leur
présentation publique enchantait les couches populaires. Le plus
emblématique d’entre eux est L’Automate du char que l’on peut encore
admirer lors de fêtes. Juché au sommet d’un char, il accompagne au
tambour les musiciens d’un petit orchestres et exécute des
pirouettes et autres numéros d’acrobatie.
H. K.
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