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Affaire Khalifa Bank/L’ex-ministre des Finances témoigne
devant la justice
Terbèche
accable la Banque d’Algérie
L’ex-ministre des
Finances, Mohamed Terbèche a été auditionné en tant que témoin,
jeudi dernier, dans la matinée, par le tribunal criminel près la
cour de Blida, dans le cadre du procès de l’affaire de la caisse
principale de Khalifa Bank.
Cette audition a
trait au rapport adressé par la Banque d’Algérie au ministère des
Finances, pour informer sur les infractions commises par Khalifa
Bank et découvertes lors des contrôles effectués dans celle-ci. Le
procureur général, représentant le ministère public, l’a interrogé
pour savoir s’il avait demandé des explications au secrétaire
général de ce ministère concernant le rapport adressé à ce dernier.
- «Ce rapport
avait été adressé au ministère des Finances pour information,
seulement», répond l’ex-ministre, selon lequel ce rapport portant la
mention «confidentiel» ne comprenait que des «généralités».
- «Est-ce que vous
vous êtes assuré que ce rapport contenait des généralités», demande
le procureur général.
- «C’est la
commission qui a déduit ça», répond Terbache, évoquant la commission
installée par le ministère des Finances pour l’étude de ce rapport.
- «La commission
que vous avez installée pour l’étude de ce rapport a déduit que
celui-ci contenait des généralités et qu’il n’était pas signé ?»,
demande la présidente du tribunal à l’adresse de l’ex-ministre
- «Oui», répond-il
- «Vous le
confirmez ?»
- «Oui»
La magistrate
souligne que «ce rapport ne répondait pas aux normes judiciaires» et
que «la signature a une importance». «Je tiens à dire aux avocats
qu’ils disposent du dossier de fonds qui est entre mes mains»,
ajoute la présidente du tribunal à l’adresse des robes noires en
poursuivant, à leur adresse : «Je m’engage à vous remettre une copie
dans les jours prochains».
La magistrate
laisse place aux questions que des avocats voudraient poser au
témoin. Auparavant,
l’ex-ministre
avait souligné avoir adressé ce rapport au Chef du gouvernement de
l’époque, Ali Benflis.
- «Est-ce que le
ministère des Finances avait adressé ce rapport au gouvernement dans
le but d’obtenir une réponse ?», demande un avocat.
- «Oui», répond
l’ex-ministre.
- «Pour une
solution ou pour seulement en guise d’information ?», demande
l’avocat.
- «Il est naturel
que le gouvernement prenne connaissance de ce rapport», répond M.
Terbèche.
La «disparition»
de ce rapport adressé par la Banque d’Algérie au ministère des
Finances a été au centre de l’audience de jeudi dernier.
Le rapport classé
«confidentiel» a été «égaré»
Un autre avocat
demande si le ministère des Finances est un ministère de
souveraineté. L’ex-ministre répond par l’affirmative.
- «Est-ce que
cette disparition a permis au désastre de prendre de l’ampleur?»,
demande cet avocat.
- «Il existe un
décret qui fixe ce genre de situation et la manière avec laquelle un
PV doit être rédigé, ainsi que le PV de désignation des
assermentés», répond l’ex-ministre.
Une autre question
a trait à l’article 8, évoqué par un avocat, qui a posé la question
de savoir s’il oblige le ministère des Finances à déposer plainte.
- «C’est une
prérogative de la Banque centrale», répond Terbache.
- «Comment en une
année ces dépôts ont ils été effectués ? (chez Khalifa Bank ndlr)
S’agit-il d’une décision politique ?», demande Me Bourayou.
- «Cette question
aurait dû être posée hier au gouverneur de la Banque d’Algérie»,
répond l’ex-ministre des Finances. En réponse à la question d’un
autre avocat, Terbèche dira qu’il avait été contacté par le
directeur de cabinet de Ali Benflis, en l’occurrence Brahim
Bouzeboudjène.
- «Est-ce qu’il
existe une structure pour contrôler ?», questionnera un des avocats.
L’ex-ministre
répond en disant que «la loi est claire» et qu’«il s’agit des
prérogatives de la Banque d’Algérie»
- «Est-ce normal
qu’un rapport aussi sensible, portant la mention ‘confidentiel’ d’un
ministère de souveraineté, n’a-t-il pas été exploité depuis son
transfert, pendant une année, au secrétariat général de ce
ministère ?», demande un avocat.
- «Il faut poser
cette question à M. Medelci», répond l’ex-ministre.
Le rapport en
question, envoyé par la Banque d’Algérie au secrétariat général du
ministère des Finances, le 11 décembre 2001, faisant état
d’infractions commises par Khalifa Bank en ce qui concerne les
transferts de devises vers l’étranger aurait été «égaré» avant que
ce ministère n’installe une commission chargée d’étudier ces
infractions. Lors de son audition, la veille, par le tribunal,
Mohamed Leksaci, actuel gouverneur de la Banque d’Algérie, ayant
occupé un poste de vice-gouverneur du temps de Kéramane Abdelouahab,
accusé lui aussi dans cette affaire, avait informé la présidente du
tribunal que la Banque d’Algérie avait adressé un rapport au
ministère des Finances, suite à des contrôles effectués par
l’inspection générale de la Banque d’Algérie à Khalifa Bank.
L’actuel gouverneur de la BA avait expliqué que ce rapport avait été
adressé au ministère des Finances pour suite à donner, sur la base
de l’ordonnance 96/22 du 9 juillet 1996.
- «Pourtant, vous
pouviez, en tant que Banque d’Algérie, déposer plainte à l’encontre
de Khalifa Bank, sur la base de la loi 90/10», avait fait remarquer
la présidente du tribunal qu ajoute que «c’est une façon de fuir les
responsabilités». Un avocat a demandé, lors de l’audition
d’avant-hier, si l’exploitation de ce rapport aurait évité que la
situation en arrive là, l’ex-ministre a répondu que «cette question
devait être posée à la Banque d’Algérie». «Et pour les transferts en
devises ?», enchaîne cet avocat. «Même réponse», répond
l’ex-ministre qui ajoute, en réponse à une autre question, que «la
relation entre le ministère des Finances et la Banque d’Algérie est
l’échange d’informations et la participation dans la désignation de
la politique financière». A une question de la présidente du
tribunal pour savoir si la BA est indépendante, Terbèche répond que
«celle-ci n’est pas obligée de passer par le ministère des Finances
pour prendre des décisions». L’ex-ministre a eu à répondre à une
autre question d’un avocat qui voulait savoir pourquoi ce rapport
portant la mention «confidentiel» avait été adressé au secrétaire
général du ministère des Finances et non au ministre. «Il faut poser
cette question à l’expéditeur», répond-il. A la question de savoir
«pourquoi ce n’est qu’au sixième rapport (parmi les dix rédigés par
l’inspection générale de la BA) qu’il est fait état d’infractions
aux changes», Terbache répond que «les questions liées à ces
rapports auraient dû être posées hier». L’ex-ministre a fait savoir,
en répondant à une autre question d’un avocat, que ce rapport avait
été adressé par un vice-gouverneur au secrétaire général du
ministère des Finances et qu’il serait adressé à lui s’il avait été
adressé par le gouverneur, en personne.
«C’est très
important, car le secrétaire général de ce ministère, auditionné,
hier, avait souligné que ce rapport ne lui avait pas été adressé et
qu’il avait été adressé au ministre. Il a dit qu’il n’a fait que
parcourir sommairement ce document», lance la présidente de ce
tribunal.
Un avocat pose une
question pour savoir si l’ex-ministre a bénéficié d’un privilège de
la part de Khalifa
- «Il est là en
tant que témoin», objecte la magistrate
- «Non, je peux
répondre, je n’ai bénéficié d’aucun privilège», répond Terbèche.
A la fin de
l’audience, levée avant midi, l’on apprendra que l’audition annoncée
pour aujourd’hui de Mourad Medelci, actuel ministre des Finances, en
tant que témoin et qui s’est excusé auprès du tribunal, ne dervait
pas avoir lieu. Le tribunal se penchera au cours de cette semaine
sur une autre partie du dossier de la caisse principale de Khalifa
Bank, à savoir celle liée aux caisses. Les auditions, en tant que
témoins, de Aboudjerra Soltani, actuel ministre d’Etat et
Abdelmadjid Sidi-Saïd, secrétaire général de l’UGTA, seront
attendues. Au cours des auditions devant le juge d’instruction près
le tribunal de Chéraga, ces deux témoins étaient contradictoires
pour ce qui est du dépôt de l’argent de caisses des caisses
d’assurance sociale dans Khalifa Bank. Abdelmadjid Sidi-Saïd,
président du conseil d’administration à l’époque, avait témoigné
qu’il avait informé le ministère du Travail, dirigé alors par
Aboudjerra Soltani, de ces dépôts. Ce dernier et plusieurs autres
cadres de ce ministère avaient démenti. Abdelmadjid Sidi-Saïd avait
été démenti par plusieurs membres de ce conseil d’administration qui
avaient soutenu qu’ils n’avaient pas été informés de ces dépôts par
l’actuel dirigeant de la Centrale syndicale pour ces dépôts.
M. Abi
Haut
Me Mokrane Aït Larbi au Jour d’Algérie
«Le débat se
déroule en dehors de la salle d’audience»
Rencontré,
avant-hier, à la cour de Blida, Me Mokrane Aït Larbi a bien voulu
répondre à quelques questions ayant trait à l’affaire Khalifa.
Pour ce qui est du
contenu de l’interview de Khalifa Rafik Abdelmoumen réalisée par
l’hebdomadaire algérien «El Mouhaqiq», l’avocat estime que «les
déclarations de Khalifa sont équivoques». Le milliardaire en fuite
soutient, dans cette interview, qu’il bénéficie du statut de réfugié
politique. «Il dit qu’il a un statut politique. Si cela est vrai,
même une République bananière ne pourra pas l’extrader et il s’agit
là, de la justice de Grande-Bretagne. Aucun pays au monde ne peut
extrader une personne bénéficiant du statut de réfugié politique.
C’est dans la Constitution», selon Me Mokrane Aït Larbi. Khalifa
Rafik Abdelmoumen bénéficie-t-il, effectivement, du statut de
réfugié politique ? «C’est au gouvernement, et au ministère des
Affaires étrangères, en particulier, d’apporter la réponse»,
répond-il. Evoquant d’éventuelles auditions, par la Cour suprême, de
ministres dans l’affaire Khalifa, Me Mokrane Aït Larbi souligne :
«Ce que je constate, c’est que le débat sur des questions
fondamentales se déroule en dehors de la salle d’audience». Pour ce
qui est de la demande faite par un des avocats constitués dans
l’affaire de la caisse principale de Khalifa Bank, d’entendre, en
tant que témoin, l’ex-Chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, cet
avocat s’interroge en posant la question de savoir que «maintenant,
s’il faut le convoquer, pourquoi ne pas convoquer tous les Chefs de
gouvernement en poste depuis l’agrément de Khalifa Bank jusqu’à
l’actuel Chef de gouvernement ?»
Pour ce qui est
d’éventuelles auditions par la Cour suprême de ministres et autres
personnalités, Me Mokrane Aït Larbi estime que «le parquet a
maintenant toute la latitude pour saisir le juge d’instruction quant
à des personnes qui ont le bénéfice de la juridiction», après avoir
expliqué qu’«il faudrait une plainte préalable pour ce faire».
M. Abi
Haut
Après d’autres responsables des Finances
Medelci
témoignera ce matin
Le tribunal
criminel de Blida a bouclé jeudi dernier la quinzième audience
relative à l’affaire «Khalifa Bank», ouverte depuis le lundi 8
Janvier. Tout au long de ces quinze audiences, si pour l’homme de la
rue l’intérêt de ce procès tend à diminuer, la salle de la cour
criminelle par contre n’a pas désempli, compte tenu que la plupart
des témoins ainsi que les chefs d’agences concernés par ce procès
n’ont pas encore été entendus par le tribunal. Il faut quand même
souligner que les séances de mercredi et de jeudi ont été
florissantes en matière d’information. En effet, contrairement à M.
Leksaci, le gouverneur de la Banque d’Algérie, qui a paru mal à
l’aise lors de son audition par le tribunal, par contre MM. Lakhal,
Touati et Terbèche, respectivement, vice-gouverneur, ex-secrétaire
général du ministère des Finances et ex-ministre des Finances se
sont montrés plus à l’aise face au tribunal ou aux avocats. Ainsi,
M. Lakhal a
reconnu que la situation de Khalifa a commencé à se détériorer dès
l’an 2000, au vu des rapports qui atterrissaient au niveau de la
commission Bancaire et du ministère des Finances. Cet ex-cadre des
finances affirmera d’ailleurs qu’au regard de la situation, une
mission de l’IGF (Inspection générale des finances) a été dépêchée
sur place pour procéder à une évaluation de la situation. A travers
la déclaration de l’ex-secrétaire général, en dépit de la multitude
d’informations, personne n’a bougé et la situation continuait à se
détériorer au fil des jours, alors que la police judiciaire aurait
dû être informée sur la situation. De son côté M. Touati dira que
Khalifa ne voulait en aucun cas collaborer ni avec la commission
bancaire, ni avec le ministère et encore moins avec la Banque
d’Algérie. «En constatant que la compagnie aérienne Khalifa Airways
ne rapatriait pas les devises, conformément à la réglementation et à
l’instar d’autres compagnies, l’aspect déloyal de Khalifa commençait
à apparaître», dira-t-il. Invité par la présidente à s’expliquer
sur l’absence de mesures qui auraient dû être prises par la Banque
d’Algérie, le vice-gouverneur affirmera que les personnes concernées
ont été informées et si aucune mesure n’a été prise cela le
dépassait. Il faut souligner que M. Touati qui occupa la fonction de
vice-gouverneur depuis juillet 2001, ne pouvait dépasser une
certaine ligne. Quoiqu’il en soit, le témoignage de Mourad Medelci
est très attendu ce matin, apprend-on jeudi après midi en dernière
minute, surtout après les déclarations de son prédécesseur,
M.Terbèche, qui avait laissé entendre que pour certaines questions,
les réponses se trouvaient chez son successeur. Ainsi, cette semaine
apportera sans doute de nouvelles réponses aux questions du
tribunal, notamment avec les auditions des chefs d’agence de
Khalifa.
A. B. M.
Haut
Lors d'une réunion avec les coordinateurs de wilaya
Ouyahia :
«L’affaire Khalifa n’est pas politique»
Reléguant les
questions politiques et organiques au second plan, le procès Khalifa
a pesé hier sur la rencontre du SG du RND avec les journalistes qui
ont fait, à leur manière, le procès de l’ancien Premier ministre. Le
décor y a étroitement contribué. Debout, il s’est donné en toute
franchise au jeu des questions-réponses.
A la question de
savoir s’il a reçu une convocation du tribunal de Blida pour
apporter son témoignage, le SG du RND répondra par la «négative». Il
a réitéré sa disponibilité en se disant «être prêt, sans aucune
gêne, à répondre présent, le cas échéant». Refusant de commenter
dans le détail l’affaire Khalifa, M. Ouyahia n’a pas manqué de
rebondir sur le sujet en faisant l’effort d’apporter, lors de la
conférence de presse tenue hier, à l’issue de sa réunion avec les 48
coordinateurs de wilayas tenue jeudi, des précisions, en prenant la
précaution de ne pas interférer dans la poursuite du procès. Ancien
ministre de la Justice en 2001, il a tenu à émettre son appréciation
personnelle, disant que «le procès est surtout perçu comme étant
révélateur du chemin à parcourir pour mettre de l’ordre dans la
gestion des deniers publics» et sans s’immiscer dans le cheminement
que va prendre le procès, il dira que celui-ci n’est pas un procès
politique, encore moins un scandale politico-financier. Le SG du RND
est apostrophé plusieurs fois quant à ses appréciations qui
chavirent entre le qualificatif du «scandale du siècle», exprimé en
2003 et l’attribut d’«affaire banale» prononcé en 2006. Il
expliquera avoir bien dit dans l’une de ses récentes sorties à
M’sila que «l’affaire, même si elle est inédite en Algérie, elle
reste ordinaire dans les annales des scandales financiers qu’on
subis des pays à travers le monde». Concernant les retombées de
l’affaire sur l’ouverture économique et l’arrivée ou non
d’investisseurs étrangers, l’orateur a renié cette tendance
nihiliste que cultivent les Algériens, faisant sienne «qu’au-delà de
ce problème, à méditer certes, notre pays n’est pas un bled de
‘h’raymia’ (pas un pays de bandits, ndlr)». Une façon à M. Ouyahia
de dire que l’affaire Khalifa, au demeurant banale dans la pratique
financière, «n’est pas le baromètre du risque Algérie». «L’Algérie a
recouvert sa stabilité et sa sécurité, deux facteurs de
développement, qui ont aidé à l’émancipation des facteurs
socioéconomiques». Il appuiera ses propos en se référant à la vague
de scandales financiers occasionnés par la transition des pays de
l’Europe de l’Est du système socialiste à l’économie de marché,
citant au passage un pays ami, sans le nommer, qui a connu un
scandale financier ayant engendré la perte d’une centaine de
milliards de dollars n’a pas pour autant nui aux relations de
l’Algérie avec ses partenaires. Reconnaissant qu’il y a «dans
l’absolu» des responsabilités impliquées «qui ont cru par moment que
c’est la loi de la jungle», l’ex-Chef du gouvernement a fini par
glisser son «petit commentaire politique». Il dira que ce procès,
devrions nous comprendre, révèle «combien nous avons besoin de
promouvoir la culture de droit dans nos mentalités», indiquant, par
un exercice d’analogie, que le comportement de la société avec les
constructions illicites est totalement inversé. «Avant, tout le
monde se permettait de construire, dit-il, n’importe où, n’importe
comment et n’importe quand, aujourd’hui avec une loi claire et
intransigeante, on le fait moins» et d’adjoindre «de même pour ce
procès, la loi est claire et on est appelé à se comporter
raisonnablement avec une situation de normalisation». Insistant sur
la présomption d’innocence des témoins et les accusés cités au
tribunal, Ouyahia s’est interdit encore une fois de commenter les
dernières révélations, estimant que tous ceux dont la responsabilité
dans la dilapidation de deniers publics sera avérée ont transgressé
la loi du pays. «Ce n’est pas la jungle et nous devons accéder à un
Etat moderne après avoir subi les affres de deux décennies noires»,
réfutant le fait que cette affaire soit une «affaire d’Etat».
Une journaliste
s’est interrogé, de par le renvoi de responsabilité entre des
responsables auditionnés à la barre au cours du procès, sur une
éventuelle défaillance au sein de l’Etat du temps de son parcours de
Chef du gouvernement, par deux fois (en 1998 et en 2003) puis
ministre de la Justice en 1999, l’orateur s’est d’abord refusé
d’apprécier si oui ou non il y a défaillance avant de rétorquer par
le fait que le ministre de la Justice n’est pas «une tour de
contrôle» qui doit gérer tout l’environnement tangent à son
département, affirmant qu’il a même donné ordre, par instruction
interne, de laisser travailler librement les tribunaux nationaux,
avertissant que «toute immixtion, par une quelconque orientation aux
juridictions, serait passible de sanctions». Quant à sa proximité de
l’éclatement de l’affaire du temps où il occupait la chefferie du
gouvernement, Ouyahia dira qu’il a été nommé le 6 mai 2003 et que
l’administrateur provisoire de KB était installé en mars 2003,
soulignant qu’il «ne tire aucune conclusion». Quant à la question
relative aux complicités, largesses ou connivences ayant accompagné
le boom de l’empire Khalifa, il répondra : «L’affaire est entre les
mains de la justice et c’est le tribunal qui les déterminera».
Salah Bey
Haut
Madani Mezrag l’a affirmé
«Nous
participerons aux élections»
Rien ne semble
faire fléchir les anciens responsables islamistes. Ils sont décidés
à faire de la politique et à participer aux prochaines élections
locales et législatives. Dans un entretien paru jeudi passé sur le
quotidien arabophone
«El Khabar»,
Madani Mezrag, a annoncé la prochaine création d’un petit parti
politique sous la houlette de Rabah Kébir. «Notre participation sera
concrétisée dans un parti d’obédience arabo-musulmane en attendant
de former le cadre politique qui marque notre existence», a-t-il
indiqué, refusant de donner de plus amples détails sur ce projet
auquel ses militants semblent tenir. Une façon astucieuse de
contourner Yazid Zerhouni, ministre de l’Intérieur et des
Collectivités locales qui a avait affirmé à moults reprises, qu’il
est interdit aux leaders de l’ancien FIS d’exercer la politique à
nouveau. «La charte dit que les responsables de la tragédie
nationale sont exclus de la vie politique. Il y a une loi et le rôle
du gouvernement et des autorités est de l’appliquer», a indiqué le
ministre de l’Intérieur . Merzag a également
souligné : «Nous
savons qu’il est impossible de lancer un parti politique dans les
conditions actuelles, c’est pour cela que nous avons décidé de ne
pas mettre le pouvoir dans la gêne et nous avons choisi de se mettre
dans un parti de sensibilité arabo-musulmane qui pourrait nous
propulser sur la scène politique». Par ailleurs, l’ex-numéro un de
l’Armée islamique du salut, s’est montré optimiste quant à l’avenir
politique de son «petit parti» : «Nos cadres seraient sa colonne
vertébrale».
«Plusieurs
wilayas, considérées comme le fief de nos militants ont déjà été
choisies, dans cinq ans, nos membres se seraient adaptés au climat
politique et nous serions fortement représentés». Il a également
déclaré qu’il est affairé à préparer les listes des candidats de
l’ex-Fis dissous et qui devraient prendre part aux élections locales
et législatives prévues cette année. «Le groupe qui active
politiquement avec Rabah Kébir animera dans les prochains jours une
conférence de presse pour l’annoncer. Nous avons le droit de faire
de la politique, il existe un décret présidentiel qui l’autorise.
Nous le ferons de la manière que nous jugeons bonne pour le pays».
Mezrag fait allusion aux textes de loi décrétés en 2000 par le
président Abdelaziz Bouteflika au profit de 6 000 éléments armés de
l’ex-Fis et qui leur octroie, selon lui, le droit à l’exercice
politique. «Depuis le retour de Rabah Kébir au pays, nos militants
ont étudié trois situations différentes qui nous permettraient
d’exister : créer un parti, participer avec des listes indépendantes
ou intégrer un parti agréé», a-t-il encore expliqué.
Irane Belkhedim
Haut
Elections législatives et locales
Djaballah
rejette le jumelage
Le président d’El
Islah, Abdallah Djaballah, a rejeté, jeudi à Alger lors d’une
rencontre nationale des cadres de son parti, l’idée, proposée par le
FLN, de jumeler les prochaines échéances électorales, à savoir les
législatives et les locales, respectivement prévues pour mai et
octobre prochains. M. Djaballah voit en la manœuvre le spectre d’une
fraude électorale massive car, sur le plan technique, il s’agit
d’une première et que les pouvoirs publics n’ont pas l’expérience
d’une telle méthode. Pour autant, Cheikh Djaballah appelle un
dialogue entre tous les partis pour, dit-il, éclaircir les raisons
de cette démarche.
Les craintes du
leader du MRN ne s’arrêtent pas là. La léthargie, à ses yeux, qui
caractérise la scène politique à deux mois des élections
législatives, ne suscite pas sa confiance «Bizarrement, je ne
remarque aucune ambiance électorale ni sur la scène politique ni
même dans les médias», s’étonne-t-il en laissant dire qu’il s’agit
d’une «politique» mise en œuvre – mais sans citer par qui – avec
intelligence depuis quelques mois, dont le but, explique-t-il, ne
serait autre que la démoralisation de l’opinion publique.
D’ailleurs, le
cheikh s’est lancé dans une véritable diatribe contre l’APN et
qualifie, sans ménagement aucun, les élus de la nation de députés au
service du régime, aptes seulement à avaliser les politiques du
gouvernement.
Sur l’affaire d’El
Khalifa, le président du MRN pense que l’affaire relève plus du
politique que d’une question judiciaire et fait partie de plusieurs
scandales financiers qui secouent actuellement le pays. Le ton dur
et sec ne s’est pas atténué en parlant de la situation sécuritaire
et particulièrement de la réconciliation nationale. «L’Etat a échoué
dans le traitement de la question sécuritaire. Sinon pourquoi
y-a-t-il toujours des morts», s’est-il interrogé, affirmant que la
politique de la réconciliation nationale, depuis sa mise en œuvre et
dans ses différentes formes juridiques, allusion à la loi sur la
concorde civile et la charte pour la paix et la réconciliation
nationale, reste partielle et donc incapable de résoudre
définitivement la crise.
A. G.
Haut
Jumelage des élections
Le RND s’oppose
à Belkhadem
Le RND n’est pas
enthousiaste pour des élections jumelées. C’est le SG lui-même qui
l’a exprimé en marge d’une réunion organique préparatoire avec les
48 coordinateurs de wilayas. Ahmed Ouyahia a rejoint par une
position à peine voilée le camp des partis politiques qui ont refusé
des élections législatives et locales couplées prétextant les
énormes difficultés pouvant concourir à cette faisabilité et la
fraude qu’elles peuvent occasionner. Il est encore moins
enthousiasmé pour les listes communes avec le FLN et le MSP.
«Impossible de se conformer à cette option de par la difficulté de
s’allier autour d’une démarche ou une vision politique commune,
citant la tradition électorale, telle la gauche contre celle de la
droite», appelant à l’émergence d’autres pôles politiques qui
doivent imiter la jeune expérience du triumvirat FLN-MSP-RND. C’est
une «décantation de vision» plus que souhaitable pour le SG du RND.
Pour Ouyahia, le RND reste un grand parti mais c’est la population
qui détermine ses résultats. Par ailleurs, la réunion de ce week-end
a élu la ville de Constantine pour célébrer le 10e anniversaire du
RND. Le choix est motivé, selon Ouyahia, par l’hommage que doit
rendre la famille du rassemblement à feu Abdelhak Benhamouda qui
allait être, de son vivant, le premier responsable de cette famille.
S. Bey
Haut
Pour répondre à Aït Ahmed
7 Fédérations
du FFS en conclave
Pas moins de huit
fédérations du FFS se réuniront ce lundi à Tizi-ouzou pour répondre
à la dernière sortie de leur président faite à partir de Suisse à
l’adresse du conseil national, la semaine écoulée, avons-nous appris
de sources proches du même parti. En effet, il s’agit des
représentants au nom de la fédération de Tizi-ouzou et de celles de
Bordj Bou Arréridj, de Sétif, de Boumerdès, de Bouira, de Béjaïa,
d’Alger et d’Île de France, selon nos sources. Une réunion qui ne
fera qu’accentuer la crise à laquelle fait face la formation de
Hocine Aït Ahmed, depuis plusieurs mois.
Hamid M.
Haut
Djamel Bessa, P-DG de Cnep-Banque
«La formule
CNEP-APC n’est plus»
Lors d’un point de
presse tenu à la nouvelle agence de Bordj Menaïel, le président-
directeur général Djamel Bessa de la CNEP fait savoir qu’il n’y a
plus de programme Cnep-APC. «C’est une appellation qui est
inadaptée.
Le promoteur,
c’est l’APC et le financier, c’est la Cnep. Donc, nous n’avons
aucune responsabilité quant à la menée des travaux de réalisation et
nous ne faisons qu’assurer le financement comme ça été fait depuis
l’année 1989 jusqu’à l’année 2002 ou 2003 où nous étions dans
l’obligation de suspendre les financements parce que nous nous
sommes rendus compte que les APC n’avaient pas les moyens humains et
techniques pour assurer les biens des ouvrages. La loi de 1993
confirme aux promoteurs le statut de commerçants. L’APC qui est une
institution administrative étatique ne peut avoir cette qualité de
commerçant. La solution qui a été suggérée et que nous sommes en
train de mettre en œuvre dans certaines wilayas est de trouver un
repreneur qui a la qualité de commerçant, un promoteur qui assure
l’achèvement des travaux. Dans ce cas, la Cnep est tout à fait
disposer à assurer l’échéancement pour la poursuite des travaux». En
ce qui concerne le litige entre l’EPLF de Boumerdès et son principal
bailleur de fonds, la Cnep-Banque, le 1er responsable s’est exprimé
: «Il n’y a pas de contentieux entre les deux parties, nous avons
des contraintes réglementaires qui sont édictées par la Banque
d’Algérie que nous devions respecter. Nous sommes arrivés à la
limite de nos possibilités avec l’EPLF de Boumerdès que nous avons
financée au-delà des 25% du fonds propre de la banque comme le
prévoit la réglementation. Ce taux est atteint, nous ne pouvons plus
continuer à financer sous peine de nous mettre en violation de la
loi sur la monnaie et le crédit. Pour rétablir l’équilibre et
l’ordre, des négociations entre les deux parties sont en cours où
chacun défend ses positions. Notre préoccupation majeure c’est
d’être en conformité avec la loi et tout le reste est négociable»
a-t-il affirmé; quant aux crédits non remboursés, il a souligné :
«Ce n’est pas exact si l’EPLF de Boumerdès pour des considérations
objectives n’a pas honoré ses engagements, il y a eu des
réalisations qui ont été faites et malheureusement détruites par le
séisme du 21/05/2003 qui a ébranlé la wilaya de Boumerdès. Le
promoteur ne peut rembourser que s’il vend. En restant en conformité
avec la loi, on pourra en discuter». Quant aux invendus, il s’est
exprimé : «L’EPLF assume ses responsabilités et nous attendons que
chaque promoteur assume aussi les siennes en sa qualité de maître de
l’ouvrage». A une question sur le centre commercial «Titanic» de
Boumerdès, propriété de la Cnep et de sa gestion, il révèlera que
«des dispositions ont été prises pour que ce centre commercial soit
achevé et opérationnel dans le courant de l’année 2007. Quant à sa
gestion, son département a déjà enregistré une forte demande auprès
des personnes qui sont intéressées par l’utilisation de cette
infrastructure». Répondant à une question sur l’expérience du crédit
consommation, jugée «positive», selon lui, il ajoutera que «des
décisions d’ordre stratégique ont été prises au niveau de la Cnep
pour se recentrer sur l’activité la plus importante, soit le
financement du logement. Nous avons mis provisoirement entre
parenthèses le crédit à la consommation dont celui des prêts pour
achat de véhicules».
S’agissant des
projets au niveau national, il affirmera que «dans les jours à
venir, il sera inauguré une nouvelle agence à Oran et d’autres
grands projets suivront ou sont en cours comme à Bouira et bientôt
Constantine qui seront achevés d’ici à 2009, tout en continuant à
assurer les financements aux promoteurs qui peuvent réaliser des
programmes dans l’immobilier». Abordant les moyens mis pour la
restructuration et les chantiers qui sont en cours relatifs au
personnel, il estimera que «le premier aspect est celui relatif à la
formation des personnels pour améliorer leur qualification et
conforter leurs connaissances». Quant au deuxième aspect, c’est
celui de l’utilisation des moyens modernes de gestion au niveau de
nos unités comme le système de télécompensation, de distributeur
automatique de billets. S’agissant de la nouvelle agence de Bordj
Menaïel, il dira : «C’est une agence de daïra classée à la catégorie
B qui n’est pas nouvelle. Elle date des années 1980, donc ce n’est
qu’une délocalisation parce que l’ancienne ne répond plus à la
définition d’une agence bancaire». S’agissant du retard pour la
réalisation de cette œuvre «les travaux ont enregistré certes un
certain retard dû au séisme de 2003 qui a ébranlé la région de
Boumerdès où nous étions dans l’obligation de nous conformer au
nouveau mode de construction parasismique».
Ahmed Kichni
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Bordj Menaïel
Inauguration
d’une nouvelle agence Cnep
La ville de
Bordj-Menaïel est structurée par une nouvelle agence Cnep venue
embellir cette cité antique ébranlée par le séisme du 21 mai 2003.
Le président- directeur général, Djamel Bessa, accompagné de ses
cadres et dirigeants financiers, a, en présence du chef de la daïra
de Bordj-Menaïel et du président de l’APC de la localité, procédé à
l’inauguration de cette infrastructure. Cette agence Cnep-banque
confirme la stratégie de développement et de modernisation de son
réseau d’exploitation prônée depuis quelques années devant un
passage bancaire en pleine mutation, notamment avec l’entrée de
banques étrangères rompues à la concurrence. L’agence de
Bordj-Menaïel dont les travaux ont débuté en 2003 est située sur la
croisée des chemins en plein centre ville, bâtie sur une superficie
de 1 083 m2. Le montant alloué pour la réalisation de cet édifice
public est de 9 milliards 400 millions de centimes. Ainsi donc, par
cette réalisation, la Cnep-Banque confirme sa stratégie de
développement et de modernisation de son réseau d’exploitation
prônée depuis quelques années.
A. K.
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Éducation
30% des reçus
au BEM seront orientés vers le technicum
Les classes
techniques de l’enseignement secondaire recevront à partir de
l’année scolaire prochaine, le tiers des élèves retenus aux épreuves
du Brevet de l’enseignement moyen (BEM). Une circulaire sera
adressée par le département de M. Benbouzid pour fixer à 30% le taux
d’élèves a réceptionner dans les établissements techniques à partir
de 2008 et ce, jusqu’à 2011. C’est la principale résolution prise
par le ministère de l’Education nationale et rendue publique lors
de la réunion des cadres du département, des spécialistes de
l’enseignement technique et des représentants de la commission
nationale de l’enseignement technique, chapeautée par le Conseil
national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Cnapest).
La réunion s’est tenue mercredi dernier et a duré toute la journée.
Le ministère, à travers son secrétaire général, Boubker Khaldi, a
réitéré ses assurances quant à la pérennité du système de
l’enseignement technique, à court et à moyen terme, nous a expliqué
M. Ali Lemdani, porte-parole du Cnapest présent à la rencontre.
«Aucun professeur de l’enseignement technique ne quittera son
poste», ont rassuré les représentants du ministère qui ont expliqué
le faible taux de l’orientation des élèves vers cette filière qui ne
dépassait pas 11% dans les meilleurs cas, lors de la rentrée
dernière, par «la diminution du nombre des élèves issus au BEM du
fait que les candidats étaient des redoublants». Le ministère vient
donc de mettre un terme à la polémique alimentée au début par une
déclaration de Benbouzid quant à la suppression de ce mode
d’enseignement. Les syndicats, de leur côté ont, faut-il le
rappeler, engagé une série de mouvements de protestation pour
dissuader le ministère à renoncer à ce système d’enseignement. Le
ministère a émis, par la suite, un communiqué dans lequel il indique
explicitement qu’il n’a jamais été question de supprimer cette
filière.
Fatima Arab
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Traite des êtres humains en Algérie
Etrange rapport
du département d’Etat US
L’Algérie n’aurait
fait aucun progrès dans la lutte contre la traite. Les efforts
déployés par l’Etat pour lutter contre ce problème sont considérés
comme «faibles et même insuffisants». C’est du moins ce qui ressort
du dernier rapport d’évaluation publié par le département d’Etat US
sur la traite en établissant une liste de veille spéciale comprenant
39 pays «considérés comme nécessitant une surveillance particulière
de leurs efforts en matière de lutte conformément à la loi sur la
protection des victime de la traite, renouvelée en 2003 TVPRA»
précise le rapport.
D’autres pays
cités dans le rapport à l’exemple du Djibouti, la Mauritanie, le
Togo, la Malaisie, l’Égypte, la Libye, le Qatar, l’Argentine, le
Brésil et le Pérou ont fait des progrès «modestes», «limités»,
«inadéquats» ou «minimes» dans la lutte contre la traite des
personnes alors que le Cambodge, la Chine, Israël, Belize et la
Bolivie ont, selon le rapport, fait des progrès en la
matière.
Nouria B.
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Enquête / Drogue en
milieu scolaire
Un phénomène
qui prend de l’ampleur
Nos écoles
sont-elles envahies par la drogue ? A quel point nos écoliers
s’adonnent-ils à la toxicomanie ?
L’association des
parents d’élèves de la wilaya d’Alger minimise, la Forem dramatise
et le ministère de l’Education nationale est inscrit aux abonnés
absents. Qu’en est-il en réalité ? Sur cette question cruciale, les
avis des uns et des autres diffèrent. Dans le but d’apporter
quelques éclaircissements, nous avons mené cette enquête. Pour
l’association des parents d’élèves de la wilaya d’Alger, présidée
par Ameur Salah Yahia, non, les écoliers algériens ne se droguent
pas. Tout en se demandant pourquoi les autorités concernées ne
luttent pas contre les tonnes de drogue qui circulent en Algérie,
cette association impute à l’Office national de lutte contre la
drogue la responsabilité de faire des procès à des mineurs. Tout en
réfutant les résultats communiqués par cet office, M. Ameur Salah,
estime que cet organisme aurait dû prendre des mesures à même de
protéger l’enfant. Avant de se demander pourquoi fait-on de «nos
enfants des cobayes. Nos enfants ne sont pas protégés et l’Office
national de lutte contre la drogue ne joue pas son rôle. Aucun
psychologue n’est affecté pour suivre de près les enfants. Les
parents d’élèves ne sont pas contactés dans la plupart des cas. Il
ne faut pas accuser les enfants puisqu’ils sont des victimes».
«Nos enfants ne
sont pas des drogués !»
Dans l’espoir de
minimiser ce fléau, l’association des parents d’élèves de la wilaya
d’Alger a mené une enquête à travers laquelle elle a constaté que
sur 1 200 élèves, il n’y avait qu’un seul qui se drogue réellement.
«Nous remettons en cause toutes les accusations portées contre nos
enfants. Nous demandons à ce que les lois soient appliquées. Le
ministère de l’Education nationale n’a jamais autorisé le Forem à
mener une enquête en présence des parents d’élèves», affirme M.
Ameur Salah. Pour ce dernier, il n’ y a pas péril en la demeure ;
tout baigne, alors qu’une étude réalisée par la Gendarmerie
nationale montre que 45% des élèves d’Alger, dont 12% au milieu même
des établissements, se droguent. S’il est vrai que les responsables
de cette association œuvrent pour la protection de leurs enfants, il
est non moins vrai que les lycées sont infestés par la drogue. Les
chiffres communiqués par la Fondation pour la recherche médicale (Forem),
confortés par l’enquête de la Gendarmerie nationale, sont
authentiques. Ils montrent, en réalité, l’étendue de ce phénomène
qui gangrène davantage le milieu scolaire algérien.
39% des écoliers,
avance l’étude faite par la Gendarmerie nationale, s’adonnent à la
drogue à cause des problèmes familiaux. 35% le font à cause de la
défaillance des parents à assumer leur devoir envers leurs enfants.
26%, taux lié à la situation qui prévaut en Algérie.
Les chiffres de
la Forem
En 2005, la Forem
a déjà tiré la sonnette d’alarme sur la consommation de drogue en
Algérie qui a pris des proportions alarmantes en milieu scolaire.
Une enquête, menée par la Fondation pour la recherche médicale sur
la consommation de drogue en milieu scolaire, initiée avec la
collaboration des médecins, des étudiants, des enseignants, des
psychologues, des éducateurs et des paramédicaux montre que ce
phénomène a touché 5 027 personnes notamment à Tamanrasset, Ouargla
et Alger. Selon, Mostéfa Khiati la Forem est la première fondation
à avoir attiré l’attention des responsables de l’Education nationale
sur l’entrée et le développement de la consommation de la drogue en
milieu scolaire. Et pour que le ministère prenne acte des
affirmations de cette fondation, ce dernier s’est attaqué à la Forem
en l’accusant de vouloir jeter l’opprobre sur le système éducatif
national et ce, en minimisant les chiffres qu’elle a avancés. Même
l’Office national de lutte contre la drogue, premier organe qui
devrait pourtant s’impliquer dans cette lutte, s’est montré, selon
le
Pr Khiati,
sceptique quant aux chiffres donnés par la fondation qu’il préside
et a fait appel à un centre français spécialisé dans le sondage.
Enfonçant un peu plus le clou, le président de la Forem affirme
qu’une vingtaine d’affaires de drogue impliquant directement des
enseignants et des élèves sont en justice actuellement.
Le Pr Khiati :
«Il faut se mettre au travail»
Il est temps,
estime le Pr Khiati, de dépasser la polémique et se mettre au
travail, car il y va de l’intérêt de la jeunesse algérienne. Sachant
pertinemment que seul le travail de proximité peut endiguer un tant
soit peu ce phénomène, la Fondation nationale pour la promotion de
la santé et le développement de la recherche lance des équipes
mixtes avec la Gendarmerie nationale pour des campagnes de
sensibilisation à travers le territoire national. De même qu’elle
programme des formations au niveau des wilayas pour former des
éducateurs. Depuis sa création, la Fondation a réalisé des enquêtes
dans le cadre de la lutte contre la drogue. La première du genre, la
Forem l’a réalisée en 1994. Cette enquête a touché 3 lycées. A
l’époque, explique le président de la Fondation, «on avait constaté
que des filles consommaient de la drogue. Nous avons saisi les
ministères de la Jeunesse et des Sports et de l’Education nationale
en vue de financer le projet d’une enquête nationale qu’on devait
mener afin de déterminer les profils des consommateurs et préciser
les moyens à mettre en œuvre pour une meilleure prévention. Aucune
suite n’a été donnée à notre proposition». Une deuxième enquête a
été également accomplie par le même organisme en 2001 sur
2 300 lycéens.
Celle-ci a fait ressortir que 32% des élèves se droguent. La
dernière en date est réalisée sur 5 400 lycéens en 2005. Touchant
les wilayas d’Alger, Ouargla, Tamanrasset et Aïn Defla, cette
enquête a révélée qu’à Alger il existe plus de 24% de lycéens qui
consomment de la drogue sous toutes ses formes. Aujourd’hui, l’on
constate que toutes les enquêtes faites font ressortir que les
villes frontalières et le centre sont les plus touchées par le
phénomène de la drogue. Une personne sur cinq se drogue. Les régions
des Hauts Plateaux et le grand Sud sont les plus épargnées par le
phénomène. Le problème de la drogue est un phénomène national et il
faudrait la mobilisation de tout le monde, notamment les ministères
de l’Education nationale et de la Jeunesse et des Sports, pour y
faire face. Le professeur Khiati déplore le manque d’intérêt
qu’accordent ces deux ministères à ce problème. Cette absence de
contrôle, nous ne le dirons jamais assez, a permis aux élèves
d’introduire la drogue dans les établissements scolaires où ils la
consomment en cachette.
La drogue à
l’école
Ce n’est un secret
pour personne de dire qu’à l’heure qu’il est, la drogue se vend et
se consomme même à l’intérieur des établissements scolaires. Le lieu
de consommation de la drogue n’est, malheureusement, plus la rue,
mais c’est aussi l’école. Une enquête menée par la Forem révèle que
48% des consommateurs de la drogue le font à l’intérieur des
établissements scolaires, 51% la consomment quotidiennement et 14%
consomment de la drogue en cachette alors que 20% la consomment en
groupe. Le pourcentage de jeunes consommant des drogues dépend de
l’emplacement du lycée ou du collège et du niveau social des élèves.
Le problème ne touche pas seulement une couche sociale précise, mais
puise dans toutes les franges de la société et chaque milieu a ses
facteurs favorisants. Ainsi, les lycéens issus de familles démunies
sont certes plus vulnérables et plus disposés, mais ne peuvent, sauf
exception, se permettre des drogues qui coûtent cher. Et c’est là le
drame. Les lycéens ne s’en cachent pas. Adossés au mur ou assis sur
leurs propres cartables, les adeptes de psychotropes sniffent et se
shootent en plein jour comme pour narguer une société qu’ils
accusent de les avoir livrés aux dealers. Abordés, ils ne refusent
pas de reconnaître leur dépendance à la drogue. Ils se trouvent même
des excuses et ne semblent pas regretter leur geste. Toutes nos
tentatives de faire parler les responsables du ministère de
l’Education nationale sur ce sujet qui touche des pans importants de
lycéens sont restées vaines. A chaque fois qu’on prend attache avec
la responsable de ce dossier, celle-ci nous use de subterfuges pour
ne pas nous recevoir.
Portrait du
consommateur
Yacine est un
jeune lycéen. Il est en classe terminale. Il étudie dans un
établissement situé aux auteurs d’Alger. Il est beau, toujours
souriant. Lorsqu’on le regarde, on ne décèle jamais sur son visage
les traces d’un consommateur de drogue. Pourtant, chaque matin, nous
a-t-il avoué, il fume son joint. Il dit ne pas pouvoir s’y
soustraire. Avant qu’il ne rejoigne son lycée, il faut qu’il prenne
sa dose. Cette habitude, commente-t-il, lui colle depuis presque
deux ans.
Il raconte : «Je
commençais à fumer ‘lah’chicha’ en première année secondaire. C’est
des copains à moi qui me l’ont appris. Au départ, je me sentais au
paradis après avoir fumé. Mais avec le temps, j’ai fini par
comprendre que se droguer ne mène pratiquement à rien.» Ils sont
nombreux les élèves qui s’adonnent, comme Yacine, à la drogue. A qui
la faute ?
Et les
parents ?
Nos discussions
avec des lycéens, nous ont permis de constater l’existence de deux
catégories de consommateurs. Il s’agit de ceux qui se droguent de
leur propre volonté et ceux qui sont poussés à le faire sans le
vouloir et ce, afin d’échapper à un quotidien difficile à supporter.
C’est le cas, notamment, de Karim, venu, sans le vouloir, dans le
monde des drogués car ses parents se disputent à chaque fois.
«Souvent mon père tabasse ma mère devant mes yeux. Ne pouvant plus
supporter ces scènes, je me suis retrouvé malgré moi à consommer
zetla». Les problèmes quotidiens auxquels font face les parents ne
les exonèrent pas de cette responsabilité. Car, faut-il encore le
dire, un parent devrait surveiller de près ses enfants, notamment
lorsque ceux-ci sont adolescents. Cette période importante dans la
vie d’un individu est propice à tous les dangers. Même si l’enfant
ne souffre d’aucun problème, il pourrait, si l’environnement dans
lequel il évolue n’est pas sain, toucher à la drogue. Ces cas, nous
les retrouvons dans les grandes villes où les délinquants et autres
exclus de la société se côtoient. Et afin d’éviter ces
promiscuités, l’information constitue un vecteur privilégié de la
lutte contre la toxicomanie auprès des jeunes en milieu scolaire. La
logique de prévention centrée sur les produits est désormais
reléguée au profit d’une prévention globale des comportements de
consommation et plus largement des conduites à risque. L’information
et la sensibilisation doivent conduire les élèves à être acteurs de
leur propre santé et à leur faire prendre conscience de leur
responsabilité. Si pour les parents d’élèves le phénomène de la
drogue n’est pas une réalité, les associations spécialisées dans ce
domaine, notamment la Fondation pour la recherche médicale, la
consommation de stupéfiants est un fléau qui s’est installé en
Algérie ces dernières années, particulièrement en milieu scolaire.
Il faudrait, si l’on veut protéger l’avenir de nos enfants,
l’éradiquer le plus tôt possible. Mais pour ce faire, il est
important, voire inéluctable de situer la responsabilité des un et
des autres.
Djamel Oukali
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