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Hausse des prix
des matériaux de construction
Les
entrepreneurs dénoncent le diktat des cimenteries
La situation
devient incontrôlable sur le marché des matériaux de construction.
Pratiquement tous les intervenants dans l’opération de construction
se rejettent la balle et se disent victimes de l’autre.
S’exprimant hier
lors de son passage au forum d’EL Moudjahid,
M. Dennouni
Abdelmadjid, président de l’Union générale des entrepreneurs
algériens a tiré à boulets rouges sur les responsables des
cimenteries étatiques. Selon lui, la hausse vertigineuse que connaît
le prix du ciment est due au diktat qu’exerce ces sociétés. «Il est
anormal que cinq cimenteries arrêtent la production en même temps»,
s’indigne-t-il. Soupçonneux, celui-ci ajoutera que «ces cimenteries
devraient nous aviser à l’avance pour nous éviter ces situations de
pénurie et de spéculation». Ainsi, explique-t-il, ces derniers
jours, la demande dépasse largement l’offre. Une situation mise à
profit par les spéculateurs qui ont procédé à l’augmentation
systématique des prix. Tout en affirmant que les autorités sont au
courant desdits spéculateurs, celui-ci ajoutera que parmi eux figure
des entrepreneurs parasites exerçant dans le domaine du bâtiment.
Intervenant,
M. Aïdache Mokhtar,
président-directeur général de la SGP du ciment assure, quant à lui,
que l’arrêt de la production observé par cinq cimenteries à
l’échelle nationale est tout à fait normal.
«Chaque année, les
cimenteries suspendent la production pendant un mois, lors de la
période comprise entre décembre et mars et ce, afin d’effectuer des
contrôles techniques», se justifie-t-il. Mais où est donc la
faille ? Cela en sachant que la production nationale en ciment
dépasse de loin la demande. En fait, les douze cimenteries que
compte le pays produisent 16 millions de tonnes annuellement, la
demande est estimée à 14 millions de tonnes, ce qui fait un excèdent
annuel de 2 millions de tonnes de ciment. Une seule cimenterie a
procédé, il y a quelques semaines, à l’élévation des prix, à savoir
l’ACC. Les augmentations appliquées sont de 2,5% sur le ciment en
vrac et de 3 à 4% sur le ciment en sac, ce qui est, indique-t-on,
loin d’influer sur le prix global de cette matière. Quant au rond à
béton (RAB), dont 80% de la demande sont importés contre une
production locale de 20 à 25 %, son prix a augmenté de plus de 100%
en l’intervalle de deux mois passant de 5 000 DA à 12 000 DA le
quintal. Cette hausse s’explique non seulement par la hausse des
cours du RAB sur les marchés internationaux mais aussi par la
désorganisation du marché local, note M. Dennouni.
Dans cette
conjoncture, a-t-il averti, le prix du logement connaîtra une
augmentation d’au moins 300 000 DA. En attendant la mise en
application des dispositions prises par le gouvernement pour mettre
un terme à cette crise, le président de l’Union générale des
entrepreneurs algériens dira que «les sociétés du bâtiment sont à
bout de l’asphyxie financière». Un état de fait qui hypothèque à
plus d’un titre les grands projets dont celui du million de
logements et les chantiers des travaux publics. Plus explicite, il
dira que 85% des chantiers en cours de réalisation sont pris en
charge par des entreprises algériennes. D’où la nécessité,
affirme-t-il, de procéder à la révision des prix de marché afin de
permettre aux opérateurs économiques de poursuivre les travaux. Par
ailleurs, l’orateur a proposé la création d’un Observatoire national
des prix et la publication des indices de révision des prix.
Par Aomar
Fekrache
Haut
Adaptation de la formation aux besoins du marché du travail
Réduire le taux
de chômage à moins de 9%
L’ambition de
l’Algérie de réduire le taux de chômage à moins de 9% entre 2009 et
2013 exige «l’adaptation de la formation aux besoins du marché du
travail et l’encouragement de l’investissement productif», a indiqué
hier à Alger un chercheur en économie et finances. Intervenant lors
de la troisième journée du colloque international sur le thème de
«la jeunesse entre authenticité et modernité», le professeur Nacer
Mohamed Tabet a estimé que l’ambition de réduire le taux de chômage
à moins de 9% à l’horizon 2013 dans le cadre du «dispositif d’aide à
l’insertion professionnelle» exige, selon lui, de «renoncer à
l’importation comme priorité» et de «réguler les investissements
étrangers en Algérie en adaptation avec les besoins du marché du
travail». Passant en revue les raisons du chômage en Algérie, M.
Tabet a mis en évidence le phénomène de «l’abandon de l’activité
agricole et l’effritement du secteur industriel au moment où le
secteur des services se limite en grande partie au commerce». Il a
relevé dans cet ordre d’idées l’impact de ces facteurs sur la hausse
des taux de chômage qui ont atteint 29% entre 1990 et 1999 avant de
se replier en 2007 à 12%, selon les chiffres du ministère du
Travail, de l’emploi et de la Sécurité sociale. La dynamisation du
marché du travail dans l’objectif d’absorber le chômage passe
impérativement par un intérêt particulier à accorder au domaine des
services à l’instar des finances, des banques, des transports, du
tourisme et de l’investissement productif, a estimé M. Tabet dans
son intervention intitulée «le phénomène du chômage en milieu
juvénile». Pour sa part, M. Hassan Mossadik du Maroc a évoqué dans
sa communication intitulée «les technologies de l’information et la
communication» le fossé séparant les pays arabes et musulmans de
l’occident en matière d’utilisation de la technologie en tant
d’instrument de développement. Le conférencier a appelé à suivre
l’exemple de l’Inde qui, en 20 ans, a relevé le défi et a su se
frayer une place de leadership dans le monde en adoptant un système
de développement local qui repose sur le facteur humain. La
troisième journée de cette rencontre a été marquée par une série de
conférences dont «les constantes islamiques» et «la jeunesse face
aux obstacles culturels et civilisationnels». Organisée par le Haut
conseil islamique (HCI), cette rencontre de trois jours sera
sanctionnée mercredi par une série de recommandations et la
présentation des conclusions des travaux des différents ateliers.
R. N.
Haut
Le 11e congrès de l’UGTA s’ouvre ce samedi
Quels enjeux ?
Mieux vaut tard
que jamais ! Telle semble être aujourd’hui la conduite adoptée par
la direction de l’UGTA qui a enfin décidé de tenir le 11e congrès de
la Centrale syndicale qui s’ouvrira après- demain, soit avec un
retard de deux années et demie.
Quels changements
et quelles perspectives offre ce congrès pour le monde du travail ?
Si la direction de la Centrale syndicale qui a placé ce rendez-vous
qui intervient dans un contexte différent des deux derniers et qui
verra la participation de 1 000 délégués, sous le signe du triptyque
«stabilité, solidarité et modernité» affirme qu’il «offrira une
opportunité aux militants pour renforcer l’action syndicale de l’UGTA»,
d’aucuns des observateurs de la scène syndicale pour leur part
qualifient ce congrès de «simple assemblée générale» et estiment que
«rien de nouveau n’interviendra». La Centrale syndicale, qui jouit
du statut d’unique partenaire social des pouvoirs publics,
continuera à jouer son rôle et à accompagner les politiques initiées
par ces derniers, même quand celles-ci vont à l’encontre des
intérêts des travailleurs. Cela, même si dans la foulée, la
bureaucratie syndicale à la tête de l’UGTA qui cherche à se
maintenir, se trouvera obligée de défendre un tant soit peu les
travailleurs pour justement assurer son maintien. Le retard mis
pour la tenue de ce congrès qui devait avoir lieu initialement il y
a deux ans n’est pas sans conséquences aujourd’hui. Déjà qu’il a
vidé ce rendez-vous de tout intérêt et a détourné le regard des
travailleurs vers d’autres préoccupations plus concrètes, l’attitude
de l’UGTA qui a presque renoncé à toute combativité durant ces deux
dernières années a largement consommé le crédit de cette
organisation devant l’activisme des syndicats autonomes qui ne
cessent de monter au créneau. D’ailleurs, lors d’une récente
polémique entre la Centrale syndicale et ces syndicats autonomes,
ceux-ci n’ont pas manqué d’accuser l’UGTA de «tourner le dos aux
préoccupations des travailleurs» et d’être «un ministère
supplémentaire du gouvernement». Sur le plan interne, les choses ne
sont pas non plus au beau fixe à la maison UGTA. Même dans la forme,
les règles du jeu n’ont pas été respectées. La réunion de la CEN qui
devait précéder la tenue de ce congrès a été zappée, les bilans
moral et financier n’ont pas été adoptés par les différentes
structures et point de propositions de la base. Aussi, plusieurs
unions de wilaya n’ont pas tenu leur congrès depuis plus de 10 ans.
Mais tout cela ne semble pas déranger outre mesure la direction
actuelle de l’UGTA, beaucoup plus préoccupée par son maintien.
D’ailleurs, les choses semblent d’ores et déjà bien ficelées. La
guerre en sourdine, par personnes interposées, entre Sidi Saïd et
son secrétaire national à l’organique, principal candidat à sa
succession dans un récent passé, semble enterrée. Et l’actuel patron
semble bien parti pour un troisième mandat. Le chargé de l’organique
et député du RND qui ne jouit par ailleurs d’aucun charisme au sein
de la Centrale syndicale a décidé de renoncer à se présenter contre
Sidi Saïd, ce dernier ayant un peu repris les choses en main après
une période d’incertitude, suite à son implication dans l’affaire
Khalifa. De même que la guéguerre entre le FLN et le RND pour le
contrôle de l’appareil de l’organisation semble s’atténuer autour du
soutien à un troisième mandat présidentiel. La seule question donc
qui reste posée est de savoir quelle politique adoptera la Centrale
syndicale dé-sormais ? Dans un contexte national en pleine mutation
à la veille de l’entrée effective de l’Algérie à l’OMC et devant la
situation prévalant sur le front social, l’UGTA est bien dans
l’obligation de faire preuve, sous peu, de sa combativité, condition
sine qua non pour éviter de subir la colère, non pas des dieux, mais
de ce qui reste des travailleurs.
Par Boudjemaâ
Medjkoun
Haut
Front social
Le torchon
brûle entre la Protection civile et le syndicat
Mourad Ticheko,
vice-président de l’Union nationale des agents de la Protection
civile (Unapc), un syndicat affilié au Snapap (Syndicat national
autonome du personnel de l’administration publique) aile-Malaoui
s’en est pris hier lors d’une conférence de presse tenue au siège
national de ce syndicat sis à El Harrach, à la direction générale de
la Protection civile qu’il accuse d’avoir mené une cabale contre
lui. A en croire le conférencier la direction de la Protection
civile
«est en train de
créer des entraves à l’exercice syndical, c’est au moment où l’on
commençait à collecter les signatures dans le cadre d’une campagne
que nous menons auprès de la base contre les statuts
particuliers que la direction a sévi contre notre syndicat» et
d’ajouter : «La semaine dernière elle a rendu public un communiqué
dans lequel elle soutenait que notre syndicat n’avait aucune
représentativité». Mourad Ticheko s’insurge contre ce qu’il
considère comme une violation de la règlementation du travail. «La
direction a le droit de mettre fin à notre activité professionnelle
mais elle n’as nullement le droit de mettre fin à notre activité
syndicale» a-t-il asséné. Les démêlées de Ticheko avec la tutelle
remonte à l’année 2005, année au cours de laquelle «une action en
justice a été menée contre moi parce que j’ai organisé un mouvement
de protestation, j’ai constitué un avocat mais celui-ci a établi que
la plainte à mon encontre n’était pas enregistrée». «En outre le
conférencier a rappelé les scandales qui avaient secoué dans un
passé récent la Protection civile, notamment celui des ambulances de
marque Ford, et des œuvres sociales en soutenant que ce corps
d’utilité publique n’a pas encore assaini ses rangs». «Les affaires
de corruption, a-t-il ajouté, ont été révélées par l’Inspection
générale, laquelle a constaté des malversations sur les fonds de la
mutuelle et des œuvres sociales». «J’ai déposé, a-t-il ajouté, tout
un dossier relatif à des faits de corruption au niveau des services
de sécurité spécialisés et au niveau du Parlement pour
l’interpellation du ministère de l’Intérieur». «La corruption a
atteint, a-t-il affirmé, des proportions alarmantes, certains cadres
qui y sont impliqués sont dérangés par notre activité syndicale, ils
font tout pour nous empêcher de faire notre travail, la pression est
telle que le président de l’Unapc, Rabah Mebarki, a été poussé à
l’exil, il vit actuellement en Europe». Mourad Ticheko a accusé
aussi la direction de la Protection civile de procéder à des
«recrutements de
personnes handicapées, inaptes pour le service, des mal-voyants ou
des gens ayant des antécédents médicaux».
Mourad Ticheko
interpelle le ministère de l’Intérieur qu’il exhorte d’intervenir
pour «rétablir dans ses droits l’Unapc, laquelle, selon ses dires,
est victime des dépassements de la part de la direction générale de
la Protection civile». «Je suis prêt à aller devant les tribunaux et
même s’il le faut devant les tribunaux internationaux» a-t-il clamé.
«Nous sommes, a-t-il poursuivi, les amis de la convention
internationale de lutte contre la corruption, on ne peut venir nous
accuser de complicité».
Mohand-Amokrane
Medjkane, directeur de l’information à la direction générale de la
Protection civile a rejeté les accusations relatives à l’entrave à
l’exercice syndical exprimées par le responsable de l’Unapc. «Ce
monsieur, dira-t-il, n’est pas représentatif, tout syndicat doit
fournir la preuve qu’il représente 20 % au moins du personnel et
doit être présent au moins dans 25 wilayas ; nous ne faisons
qu’appliquer la loi, je le défie de rassembler une centaine de
personnes». M. Ticheko n’a jamais eu le statut de partenaire social,
la preuve il n’a jamais bénéficié d’un détachement ; or, tous les
responsables syndicaux ont le droit d’être détachés afin qu’ils
puissent s’adonner plus librement à leurs activités syndicales et la
loi les protège et d’ajouter : «Le Snapap est presque inexistant
dans beaucoup de wilayas. Si vous trouvez un bureau, vous n’y
trouverez pas plus de deux personnes ; pour nous Mourad Ticheko fait
l’objet d’une action en justice, il a usurpé sa fonction,
l’administration ne le reconnaît pas car il n’a pas satisfait aux
conditions prévues par la réglementation, s’il a un bilan moral à
présenter je le prie de le faire, la direction continue à recevoir
les dossiers des syndicats, notamment l’état des cotisations
jusqu’au 31 mars. Maintenant pour ce qui est de la corruption, si M.
Ticheko a des preuves, il n’a qu’à les fournir». Sur l’accusation de
recrutement des personnes inaptes, le responsable de la Protection
civile a qualifié le fait de «sottise» ; «la procédure arrêtée en
commun avec la Sûreté nationale est basée sur le principe de la
visite médicale, la responsabilité des médecins astreints au serment
d’Hippocrate est y engagée» a-t-il rappelé avant de préciser que
seul le Syndicat national des agents de la Protection civile (SNAPC)
affilié à l’UGTA «a manifesté sa présence pour discuter des statuts
particuliers».
Par Larbi
Graïne
Haut
ADSL
Vers une baisse
substantielle de la tarification
Le ministre de la
Poste et des Technologies de l’information et de la communication,
Boudjemaâ Haïchour, a annoncé, hier, une réduction «substantielle»
de la tarification de la connexion à l’Internet à haut débit (ADSL)
prochainement.
«Une fois que le
recensement général de la population (prévu pour le 16 avril
prochain) sera achevé, une cérémonie sera organisée afin de remettre
aux responsables des collectivités locales à l’échelle nationale des
modems pour la connexion à l’ADSL et leur annoncer une réduction
substantielle de la tarification de ce service», a indiqué M.
Haïchour au terme d’une visite à des centres d’appels dans la wilaya
d’Alger.
Dans ce contexte,
le ministre s’est félicité de la finalisation de la connexion des 1
541 communes du pays à l’ADSL, affirmant que cela «n’était pas une
mince affaire».
Interrogé sur la
concrétisation des partenariats conclus lors du Salon algérien des
centres d’appels (SACA-2007), le ministre a indiqué qu’ils ont été
concrétisés et que la preuve réside dans le «boom» qu’a connu le
marché des call-center en Algérie en quelques mois. M. Haïchour a
estimé, dans ce sens, que le prochain Salon algérien pour la
relation clients, prévu pour mai prochain à Alger, permettra
notamment le développement de la création des centres d’appels en
Algérie.
Haut
Ressources humaines maghrébines
Vers le
jumelage des universités et établissements scolaires
La onzième
commission ministérielle maghrébine chargée des ressources humaines
s’est réunie, hier à Alger, avec la participation des ministres en
charge des secteurs de l’Education et de l’Enseignement.
La réunion a été
marquée par l’absence du ministre marocain de l’Education nationale,
de l’Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la
Recherche scientifique, Ahmed Akhchichine, absent pour «des
imprévus», explique-t-on à la
délégation
marocaine.
Les propositions
des membres de cette commission concernent notamment le jumelage des
établissements scolaires des pays du Maghreb pour créer plus de
rapprochements entres les élèves et étudiants de ces pays. «Les
experts et les techniciens peuvent réussir mieux que les
politiques», n’ont pas manqué de souligner les participants.
L’enseignement des ressources humaines actuellement en formation
dans le sens d’une communauté maghrébine qui impose de facteurs
communs dans leur formation, peut être un vecteur pour propulser
l’Union maghrébine qui tarde à voir vraiment le jour, notamment en
ces temps d’alliances.
Le représentant de
la Libye estime que «tout en activant l’action maghrébine, il faut
en contrepartie protéger les cultures internes et faire face aux
idées génératrices de fanatisme, d’extrémisme et tout autre courant
destructeur et apprivoiser les méthodes d’enseignement moderne».
Cette proposition
saluée par les autres membres de la commission est une nécessité,
selon les autres intervenants en raison «des conditions que dicte la
mondialisation».
Les participants
se réuniront en outre à la fin du mois d’avril prochain afin
«d’accélérer l’application des résolutions des réunions précédentes
qui accuse un long retard à cause du manque de financement»,
explique M. Benbouzid, ministre algérien de l’Education nationale.
Cette réunion qui
se déroulera à Tripoli sera consacrée par l’académie maghrébine et
de l’Université maghrébine via leurs conseils supérieurs au
renouvellement de leurs conseils de gestion et à l’adoption de leurs
budgets respectifs. Ce sont en fait des projets adoptés par le passé
dont la concrétisation tarde à voir le jour. La rencontre d’avril
sera également consacrée à l’examen des modalités de rapprochement
des programmes scolaires et les moyens d’intensifier les contacts
entre les élèves des pays du Maghreb. La réunion qui s’est déroulée
à huis clos devait procéder à l’analyse et à l’adoption du bilan
effectué par les ministres en charge de ces domaines. Les
résolutions de ces travaux sont attendues pour aujourd’hui,
signale-t-on.
Par Fatima Arab
Haut
Disparition inexpliquée de la petite monnaie
Un sou n’est
plus un sou
Un sou est un sou,
a-t-on coutume d’affirmer habituellement. Pas sous nos latitudes
cependant. En Algérie où continue de perdurer une inflation
galopante, effilochant chaque jour davantage le pouvoir d’achat des
ménages, il est paradoxal de constater que la menue monnaie n’ait
plus cours et, qu’en raison de cette aberrante situation, il ne soit
plus possible de faire l’appoint exact au moment du règlement de
certaines prestations particulières.
Il est tout de
même incompréhensible en effet que les piécettes en aluminium, d’une
valeur respective de 5, 10 et 20 centimes, aient mystérieusement
disparu du paysage, depuis de nombreuses années déjà, alors que
celles de 50 centimes sont en train de se faire, elles aussi, de
plus en plus rares. Il faut souligner que compte tenu de l’extrême
faiblesse de la valeur marchande de ces dernières, peu nombreuses
sont les personnes qui hésitent à se pencher pour les ramasser quand
elles aperçoivent l’une d’elles abandonnée sur le sol sachant que le
plus modeste bonbon coûte 1 DA. A ce rythme, il ne fait point de
doute que celles d’une valeur de 1 DA vont finir, à leur tour, par
connaître la même ignominie.
C’est qu’on n’est
pas enclin à admettre l’absence de la petite monnaie quand on
découvre, à ses dépens, que faute de pouvoir disposer eux-mêmes de
petite monnaie, tous les commerçants ont pris pour habitude
d’arrondir les prix de cession de leurs denrées. Ce qui est curieux
également, c’est de constater que les factures d’eau, d’électricité
et de téléphone continuent à être libellées en dinars et en centimes
alors que les préposés des guichets où s’effectuent les paiements,
ne pouvant eux aussi être en possession de petite monnaie, font en
sorte chaque fois d’arrondir le montant des quittances à payer. Le
plus étonnant dans cette affaire, c’est qu’aucune autorité ne se
soit émue de la disparition des petits numéraires ni même qu’elle
ait jugé utile d’en expliquer les raisons à des nationaux
désabusés.
L’autre aspect
relatif à la monnaie, d’une manière générale, concerne l’état de
dégradation particulièrement avancée des billets de 200 et 500 DA,
voire leur saleté repoussante. Des suites d’une série d’articles
parus dans la presse décriant cet état de fait, on se rappelle que
le ministre des Finances s’est enfin décidé à sortir de sa réserve
et a cru sur la lancée, utile d’annoncer que toutes les coupures
usagées allaient être retirées de la circulation sans toutefois
préciser à quel moment devrait avoir lieu cette opération.
Cela dit, on ne
comprendra pas pour autant pourquoi dans un pays dont les dirigeants
n’ont cessé d’ergoter sur la nécessaire protection de l’image de
marque de ce dernier, la récupération, la destruction et le
remplacement des billets abîmés ne sont pas effectués régulièrement
comme cela se pratique, du reste, au niveau de la majorité des
banques centrales d’autres pays.
Par Ahmed
Mahieddine
Haut
Travail, chômage, paupérisation, politique salariale et
syndicalisme
Le monde du
travail à la lumière de la nouvelle économie
Le bouillonnement
du front social depuis la rentrée 2007 – déjà explicitement annoncé
par les différents acteurs au cours de l’été de la même année – nous
contraint, pour mieux cerner les motivations, la dimension et les
retombées de ces mouvements, de jeter un regard sur les conditions
sociales des travailleurs algériens, le chômage, la précarité et les
inégalités entre les différentes couches de la société.
Dans le sillage de
la mondialisation des échanges et de la division internationale du
travail, les analystes, les pouvoirs publics, les syndicats et
d’autres acteurs ont, chacun sous le bout de la lorgnette qui est la
sienne, essayé de caractériser et de qualifier la nouvelle situation
qui est en train de se mettre en place en Algérie. Néanmoins, une
tendance semble lourdement se dessiner : on ne disserte plus
«impunément» sur les «masses laborieuses». Ce dernier concept
faisant partie de la langue de bois du parti unique, n’est
actuellement utilisé par aucune partie, y compris la gauche
radicale. Signe des temps ? En tout cas, le triomphe du capital
après la chute du mur de Berlin a charrié avec lui l’éloignement,
voire la mort, des illusions sociales. Il est vrai que la nouvelle
configuration des forces sociales n’a pas encore atteint sa
maturité ; d’où les incertitudes qui pèsent sur le monde du travail,
incertitudes renforcées par les nouvelles technologies de
l’information et de la communication qui bouleversent un peu plus
chaque jour la relation entre le travailleur et son outil de
production et qui situent dans une dimension nouvelle les facteurs
de productivité. Depuis 1989, l’Algérie a initié un processus
politique basé sur le multipartisme et cela pour absorber la colère
populaire révélée et prolongée par les événements d’octobre 1988.
Cette initiative ne répond pas exclusivement à des considérations
politiques. C’est, comme le commande la nature des luttes au sein
même de la société, le pendant inexorable d’une ouverture économique
qui allait peu à peu bouleverser les entreprises algériennes et la
stratification sociale laquelle n’avait, naguère, pour seule
construction que la redistribution de la rente pétrolière à travers
des clientèles bâties en cercles concentriques autour d’une
citadelle, le sérail politique. Malgré des distinctions observables
dans tous les secteurs de la société, les histogrammes du niveau de
vie établissaient une classe moyenne assez consistance et des pôles
de riches et de pauvres peu visibles. Une certaine perversion des
concepts a fait que l’on parle aujourd’hui d’une classe moyenne,
réduite à la portion congrue, qui constituerait l’ossature de la
démocratie politique. L’erreur réside dans le fait que cette classe
n’est pas issue de luttes sociales particulières et que, pour tout
dire, cette catégorie est tout simplement factice vu que l’économie
algérienne n’était pas basée sur la production mais sur la rente
pétrolière. L’autre évidence est que le système politique de
l’époque n’était pas un parangon de démocratie. Les premières
brèches vers ce qui sera appelé par la suite l’économie de marché
furent ouvertes avec la restructuration, au début des années 1980,
des grandes entreprises étatiques héritées de l’ère Boumediène.
Après la récession économique générée par la chute du baril de
pétrole en 1986, le pouvoir politique de Chadli s’attellera à la
séparation nette des entreprises publiques de l’ancienne tutelle
encombrante de l’administration. Ce sera la fameuse loi sur
l’autonomie des entreprises mise en œuvre à partie de 1988. Par
secteurs et par branches, ces entreprises seront regroupées au sein
de holdings, puis des Sociétés de gestion des participations de
l’Etat. Toutes ces restructurations se heurteront à l’amère réalité
des entreprises elles-mêmes : en dehors des infrastructures et des
équipements, souvent acquis clefs en main, auprès de pays
fournisseurs détenteurs de la technologie, ces unités ne présentent
aucun atout ou prédisposition pour se soumettre aux règles de la
production et de la rentabilité financière. Le premier handicap, et
qui s’avérera de taille, c’est bien le sureffectif. Pour un poste de
travail réclamant trois intervenants, on trouve parfois une dizaine
d’ouvriers qui y sont affectés. Le second problème, et qui n’est pas
moins handicapant, se trouve être la non maîtrise des processus
technologiques et le déficit du renouvellement des méthodes de
travail. Assiégée par les différentes tares générées par une gestion
approximative de l’outil de production, l’entreprise publique
commence sa chute aux enfers lorsque les découverts bancaires et les
dettes insolvables l’asphyxiaient au point de ne plus pouvoir payer
régulièrement ses employés. De proche en proche, ce sont toutes les
structures de l’Etat et de la société qui s’en trouveront prises en
otage par une dette extérieure évaluée à la fin des années 1980 à 26
milliards de dollars. Au début des années 1990, le poids du service
de la dette – abstraction faite du principal –, équivalait presque
au montant des recettes pétrolières. L’Algérie n’avait quasiment
aucun autre choix que le rééchelonnement de sa dette extérieure,
précédée par une opération de reprofilage sous le gouvernement
Hamrouche. Le rééchelonnement induira un certain nombre de
conditionnalités dictées par le Fonds monétaire international et
rassemblées sous le nom générique de Plan d’ajustement structurel
(PAS). L’application du PAS qui, théoriquement, visait à recréer les
conditions de la stabilité macroéconomique du pays, se traduira par
un coût social élevé : dégraissage au sein des entreprises publiques
par le moyen de plusieurs formules (licenciements, départs
volontaires, retraite anticipée,…), libéralisation des prix de
produits de première nécessité autrefois soutenus par les
subventions de l’Etat, gel des salaires, gel des recrutements dans
la Fonction publique,…etc. La libéralisation des prix a fait que
certains produits vitaux (comme l’huile végétale, le sucre, le lait)
ont vu leurs prix se multiplier par 10 ou 20. Des cohortes de
chômeurs se formèrent suite à la fermeture de certaines entreprises
publiques (on parle d’un minimum de 500 000 travailleurs licenciés).
Pour amortir un tant soit peu le choc, les pouvoirs publics,
conseillés par les institutions financières internationales, ont eu
recours à certaines actions de solidarité nationale via le Filet
social, l’Emploi de jeunes, la création de la Caisse de chômage (CNAC)
et, plus tard, le Pré-emploi pour les universitaires
primo-demandeurs. La paupérisation des Algériens a eu le grand
malheur de coïncider avec la période de la subversion terroriste où,
comme pendant la guerre de Libération nationale, la priorité fut
accordée à la lutte pour la survie du pays. Même le principal
syndicat du pays, l’UGTA, était plus préoccupé par la situation
politique et sécuritaire du pays que par l’état de la classe
ouvrière. Ce n’est qu’après l’ébauche d’autres syndicats autonomes,
même s’ils ne sont pas agréés, que l’UGTA fera en quelque sorte
montre d’une certaine «combativité». Cette dernière restera dans la
limite des grands équilibres de pouvoir et sera balisée de sorte à
parvenir à un «consensus» avec l’Etat et le patronat privé dans le
cadre de la Tripartite.
La chute aux
enfers
La libéralisation
des prix – après l’impasse du soutien aux produits «stratégiques»
qui comprenaient même des vélos exposés au Souk El Fellah acquis par
la grâce de la rente pétrolière – a donc coïncidé avec la fin de la
paix civile en vigueur depuis l’Indépendance. La subversion
terroriste a même «attiédi» les revendications sociales du fait que
la priorité était donnée à la survie physique des citoyens. Les prix
de certains produits ont été multipliés par 20 (à l’exemple du
sucre). L’exode rural dû à l’insécurité dans les campagnes, le
fermeture des unités de production, la déscolarisation des enfants,
le prolongement inhabituel de l’âge du mariage aussi bien pour les
filles que pour les garçons et d’autres facteurs aussi handicapants
ont jeté de larges franges de la population dans les bas-fonds de
misère qui n’a pas eu son équivalent au cours des trente dernières
années. Si l’on retient, pour des commodités de raisonnement, le
principe de la Banque mondiale qui désigne comme pauvre une personne
vivant avec moins d’un dollar par jour, le compte serait bon pour
que l’écrasante majorité des Algériens soit déclarée comme vivant
sous le seuil de pauvreté. Si on prend l’exemple d’une petite
famille de cinq personnes, et l’on prend la valeur la plus stable du
dollar par rapport au dinar (80 DA pour 1$), il en résulte que cette
famille doive avoir un revenu minimum de 12 000 DA par mois. C’est
le seuil de pauvreté correspondant à sa taille. Ce critère adopté
par la BIRD relève plutôt d’une situation idéale se basant sur une
référence plutôt «exotique».
Le taux de
chômage, à lui seul, n’explique pas non plus la dimension de la
pauvreté. Actuellement revu à la baisse dans notre pays, 12,3% , ce
phénomène quantifiable ne permet pas, à son tour, de quantifier la
pauvreté. Cela est d’autant plus vrai que plusieurs chefs de ménage
déclarés comme étant employés ne possèdent pas les ressources
nécessaires pour vivre décemment, scolariser leurs enfants, avoir
des loisirs, se soigner, se chauffer,…etc. A ce niveau, on peut
faire une jonction avec la définition de la Banque mondiale sans la
prendre, en valeur absolue, comme argent comptant. Pour mieux
approcher cette dure réalité, c’est le PNUD (Programme des Nations
unies pour le développement) qui a instauré, au début des années
1990, une autre «échelle» de mesure sous le concept générique
d’Indice de développement humain (IDH). Les Indicateurs de
développement humain retiennent trois composantes : la longévité, le
savoir et le niveau de vie. Ils permettent de classer les pays selon
une nouvelle grille plus «humanisée», en tout cas plus réaliste que
les simples indicateurs de la performance économique des pays
considérés. Il s’agit de «pallier les insuffisances d’une approche
en termes de revenus par habitant». Dans ce contexte le
développement humain est défini comme un développement donnant aux
hommes la liberté d’utiliser pleinement leurs capacités dans tous
les domaines : économique, social, culturel et politique. Donc, en
plus de l’appréciation quantitative, qui demeure non seulement
valable mais indispensable, la classification par les IDH introduit
la vision qualitative qui exprime mieux les contrastes liés au
niveau de vie et au mode de vie des populations. l’Algérie est
classée 102e en matière de développement humain. Le rapport annuel
du PNUD publié le mois de novembre 2006 à Genève confère un Indice
de développement humain de 0,72 à notre pays. Cet indice est un
«agrégat» qui récapitule les données relatives à l’espérance de vie
à la naissance (71 ans pour l’Algérie), le taux d’alphabétisation
des adultes (70%) et le niveau de vie (PIB/habitant : de 73
dollars). Cette forme d’évaluation sociale concerne 177 pays. Cette
position de notre pays est qualifiée de moyenne selon l’échelle des
valeurs établie par les auteurs du rapport. En effet, plus loin
encore pour ce qui est du monde arabe, on retrouve le Yémen réunifié
renvoyé à la 150e place.
La
paupérisation en marche
En ne considérant,
dans la meilleure des hypothèses, que ne sont pauvres que ceux qui
sont chômeurs, il en ressortira 12,3% de la population active
algérienne, soit plus d’un million d’habitants. Sachant que les
chiffres officiels, aussi bien ceux du chômage que ceux de la
pauvreté, sont, le moins que l’on puisse dire, aléatoires, toute
forme d’induction qui en sera faite l’est d’autant. De même, pour
faire la relation avec la notion de pauvreté qui implique
nécessairement un seuil de revenu, les enquêtes de l’ONS sur le
chômage ne peuvent pas nous éclairer spécialement sur le phénomène
dont nous cherchons à connaître l’ampleur et la répartition
géographique.
Mais, il ne faut
pas être grand clerc ni tenter de «couper le cheveu en quatre» pour
approcher le phénomène de pauvreté. La presse publique et privée, et
même la télévision d’Etat, ont eu à faire des articles de «Misère en
Kabylie». La collection de ces articles vient d’être éditée en un
volume en Algérie. Aucune statistique ne peut cacher ou détourner
une plaie sociale appelée pauvreté d’autant plus que ses
manifestations matérielles extérieures, ses «radiations», sont
visibles à l’œil nu. Le phénomène de la mendicité, qui a pris ces
dernières années une ampleur sans précédent dans les rues et les
quartiers, la fouille de la nourriture dans les poubelles, la
déscolarisation volontaire d’enfants dans l’arrière-pays parce que
leurs parents ne peuvent plus leur assurer fournitures scolaires et
transport, le phénomène des enfants mineurs qui travaillent dans des
ateliers clandestins,...etc. La fragilisation extrême de pans
entiers de la société a conduit des enfants à verser dans les
circuits de la drogue, de la prostitution et du banditisme. Le
sentiment de frustration et d’injustice est inévitablement amplifié
par les richesses ostentatoires de nouveaux «parvenus» dont certains
auraient même profité de la décennie rouge du terrorisme pour lancer
leurs «affaires».
L’action de la
solidarité nationale, tout en s’accroissant chaque année par de
nouvelles formules aussi alléchantes les unes que les autres, est
relativisée nécessairement par au moins deux données essentielles :
le caractère éphémère et précaire des dispositifs mis en place et le
manque d’équité générée par une bureaucratie tatillonne et toujours
clientéliste. L’illustration est donnée par Benachenhou, ancien
ministre des Finances, qui a fait état, il y a deux ans, de 10
milliards de dollars de transferts sociaux annuels que l’Algérie
consacre aux franges les plus fragiles de la société (pensions,
soutien à certains produits de consommation, soutien à l’agriculture
et au monde rural, exonérations fiscales pour encourager la création
d’emploi,…). Le même responsable ajoute que le problème ne réside
pas dans le montant – par ailleurs fort conséquent –, mais dans le
mode de distribution qui, à l’évidence manque d’équité et de
transparence. C’est pourquoi le Conseil économique et social,
institution à caractère consultatif, a tenu, pour aborder la
problématique de la pauvreté dans ses différents aspects, à
décrypter les modes de son expansion dans de larges pans de la
société et les mécanismes de sa reproduction et, surtout, à
proposer, avec le concours d’une institution internationale, en
l’occurrence la Banque mondiale, les politiques alternatives pouvant
permettre d’endiguer le phénomène de pauvreté.
La bonne
gouvernance est le nouveau concept forgé pour prendre en compte
l’action des institutions politiques, le déploiement des structures
économiques et l’action de la société civile et du monde associatif
pour asseoir une société équilibrée basée sur les principes de la
justice sociale et de l’égalité des chances. La pauvreté n’est pas
une fatalité. Elle n’est pas non plus exclusivement liée au degré de
développement d’un pays. Ce sont surtout les injustices induites par
une gestion archaïque ou opaque de l’économie et du territoire qui
en font une véritable plaie dans le corps social. L’un des facteurs
économiques qui ont puissamment contribué à la perversion des
valeurs du travail, à l’évasion fiscale et la fragilisation de
larges pans de la société (particulièrement les enfants qui n’ont
pas l’âge de travailler et les femmes), c’est bien l’économie
informelle, laquelle se manifeste de différentes façons : activités
commerciales non déclarées aux impôts, importations frauduleuses
(contrebande), salariés exerçant au noir, travail des enfants,…etc.
Le phénomène de
l’économie informelle a pris dans notre pays de telles proportions
que le président de la République avait, en 2004, tiré la sonnette
d’alarme. Il était question qu’une étude spécifique soit menée sur
cette gangrène de façon à la circonscrire sur les plans juridique,
technique et stratégique. L’âpre réalité ne peut laisser indifférent
les décideurs d’autant qu’une constante propension vers le pire
semble se dessiner : un accroissement moyen annuel de 8% est
enregistré au niveau des populations nouvelles «accédant» à ce type
d’activités. Au mépris de la législation algérienne, des lois de
l’Organisation internationale du travail et des règles primaires de
la dignité humaine et de l’ergonomie, des adolescent(e)s, et parfois
des enfants, sont enrôlés dans des ateliers clandestins ou des
chantiers de travaux loin des regards chastes de l’administration.
Fragilisée par le chômage endémique, l’échec scolaire et la
bureaucratie, une partie de la population algérienne, maillon faible
de la société, en est réduite à accepter n’importe quel boulot et à
n’importe quel prix pour sauver la face pendant quelques mois ou
quelques années.
Les «débouchés» ne
manquent pas. Ils sont secrétés par la période de transition de
l’économie algérienne caractérisée par le bazar et l’activité
souterraine. L’ancien ministre des Finances nous donne la
consolation que le secteur informel a «permis à des populations de
vivre». Il sait pourtant avant tout le monde et mieux que quiconque
que la médaille – momentanément luisante – possède son revers
autrement plus douloureux et plus dramatique qu’on ne l’imagine à
première vue.
Le montant de
l’évasion fiscale qui se chiffre ainsi en dizaines de milliards de
dinars aurait pu certainement contrebalancer la part des recettes en
hydrocarbures dans l’élaboration de la loi de finances et servir de
levier à de nouveaux investissements, eux-mêmes créateurs d’emplois…
légaux.
Et puis, par
symétrie au vieil adage des financiers qui dit que «trop d’impôts
tue l’impôt», un recouvrement inique d’impôt – qui s’exerce sur les
activités productives et commerciales régulières – risque de tuer
l’économie structurée.
Un emploi non
déclaré ou une marchandise non facturée (ce qui représente environ
30% de l’activité commerciale) sont un immense manque à gagner pour
le fisc et un poison ingénieusement distillé dans le corps des
activités légales.
La formation :
occasions ratées et nécessaire réveil
L’on ne peut
focaliser les regards sur la réhabilitation des valeurs du travail,
l’insertion dans l’économie mondiale et la recherche de politique
alternative à la rente pétrolière sans prendre en compte le volet de
la formation qui est considérée aujourd’hui de par le monde comme
une condition sine qua non de tout progrès économique et social.
Dans une situation économique comme celle que traverse l’Algérie,
caractérisée par une lente et laborieuse transition vers l’économie
de marché, l’on ne peut s’offrir le «luxe» de continuer à former des
licenciés, des ingénieurs et des médecins chômeurs. Le problème se
pose en termes d’adéquation entre le système d’enseignement et le
marché du travail. Cette dernière notion a, il est vrai, fait défaut
par le passé du fait que l’ensemble des diplômés avaient leurs
débouchés pris en charge par l’Etat, principal employeur du pays.
Les ébauches de
«passerelles» entre les différents domaines de la formation ont déjà
été échafaudées en 2004 par les responsables des secteurs de
l’Education, de l’Enseignement supérieur et de la Formation
professionnelle dans des ateliers communs.
Les analystes les
plus indulgents ont conclu à la faillite du système de la formation
professionnelle dans notre pays. Les symptômes commencent à
apparaître au grand jour : les ateliers et usines privés ayant vu le
jour au cours des dernières années ne trouvent pas le personnel
technique et d’exécution sur le marché du travail.
Les offres
d’emploi par lesquelles des employeurs cherchent des ouvriers
spécialisés, des contre-maîtres et agents de maîtrise (charpentiers,
chauffagistes, plombiers,…) traînent pendant des semaines sur les
pages publicitaires des journaux sans pouvoir mettre la main sur
l’oiseau rare. C’est que depuis longtemps, la formation
professionnelle est vue par la société et même par les pouvoirs
publics comme «simple réceptacle des exclus du système éducatif»
(dixit Belkhadem). Au lieu qu’elle soit un choix dicté par les
préférences d’un cycle court ou par des prédispositions et aptitudes
particulières – comme cela se passe dans les autres pays du monde –,
la formation professionnelle est vécue plutôt comme un moindre mal
par rapport à l’exclusion scolaire et un morose stand-by avant le
service national et l’âge adulte. Il faut dire aussi que cette
médiocrité et cette faillite sont les conséquences d’un système
rentier qui avait plutôt besoin d’un personnel docile que d’un
personnel qualifié. Aujourd’hui, les données sont en train de
changer radicalement. Face à une vague sans précédent de
techniciens, personnels d’exécution, cadres et même ouvriers
étrangers ramenés ou recrutés par les sociétés étrangères
travaillant en Algérie (chantiers des bâtiments, de l’autoroute, des
barrages, du tramway,…), les responsables de la formation sont plus
que jamais interpellés pour révolutionner le secteur par de
nouvelles méthodes de formation et une nouvelle pédagogie qui
allient la nécessité de qualification aux besoins de l’économie
nationale. Les analystes nationaux et les institutions financières
internationales ont acquis la conviction que l’Algérie bénéficie
actuellement de circonstances financières exceptionnellement
favorables pour relancer son économie sur une base plus juste et
plus rationnelle.
Les rigueurs de
l’orthodoxie financière – issue des conditionnalités du
rééchelonnement de la dette extérieure au milieu des années 1990 –
et l’envolée des prix du pétrole qui ne s’est pas démentie depuis
presque quatre ans sont indubitablement des facteurs encourageants
pour sortir de l’underground de l’informel et pour encadrer les
nouvelles transformations économiques dans le sens de meilleurs
investissements créateurs d’emplois, de pertinentes lois sociales
libératrices d’initiative et porteuses de dignité humaine et, enfin,
de développement durable où l’homme et son milieu seront invités à
vivre en parfaite symbiose.
A l’épreuve du
renouveau syndical
L’héritage de la
guerre de Libération en matière d’encadrement syndical des
travailleurs a fait que, pendant plus de trente ans, les
travailleurs algériens n’ont connu que l’Union nationale des
travailleurs algériens (UGTA) avec ses différentes sections
spécifiques des branches de l’activité économique. Ayant lié
nationalisme avec l’idée des luttes ouvrières, l’UGTA finira par
devenir au fil des années une simple «organisation de masse» du
parti unique. Avec la montée du péril islamiste au début des années
1990 et la création du SIT (Syndicat islamique du travail,
organisation liée à l’ex-FIS), l’UGTA se rangera du côté des
défenseurs de la République et feu Abdelhak Benhamouda l’intégrera
dans le CNSA (Comité national pour la sauvegarde de l’Algérie) qui
mettra en échec les desseins théocratiques du parti dissous en
appelant à l’annulation du deuxième tour des élections issues du
scrutin du 26 décembre 1991. Sur le plan purement syndical, l’UGTA
demeurera presque simple observateur de la scène lors des fermeture
des entreprises publiques pendant les années 1990. Mieux, elle
servira souvent de «pompier» lorsque des grèves ou de graves
perturbations menacent certaines unités ou risquent de porter
atteinte à l’ordre public. C’est déçus et désillusionnés par le rôle
du syndicat unique du pays que des ouvriers et des cadres se
constituèrent en syndicats autonomes dans plusieurs unités de
production et même dans les administrations (exemple du SNAPAP).
Certains secteurs, comme l’Education et l’Enseignement supérieur, se
distingueront par une vivacité exceptionnelle pour défendre les
acquis des travailleurs si bien qu’ils ont fini par constituer
plusieurs syndicats. Même si les pouvoirs publics se montrent fort
réticents à l’octroi d’agréments à certains syndicats libres, ces
derniers n’ont pas hésité à agir sur le terrain et à paralyser
parfois les activités des secteurs desquels il relèvent (exemple de
la Coordination des lycées d’Alger (CLA) qui a évolué en
coordination nationale, les syndicats des praticiens de la Santé
publique,…). En tant que principal partenaire social des pouvoirs
publics, l’UGTA a joué un grand rôle dans la conclusion du Pacte
économique et social intervenue en 2006, pacte censé établir un
«consensus» entre employeurs et employés autour de certains
engagements qui, dit-on, devraient préserver les intérêts des
travailleurs et ceux des entreprises. Mais, l’évolution continue des
conditions de travail et les contraintes d’une mondialisation
effrénée qui menace des secteurs entiers de l’économie nationale ne
pourront pas rester sans induire des conséquences sur le monde du
travail, l’emploi et le niveau de vie général des populations. En
réalité, partout dans le monde, tout pacte entre employeurs et
employés est souvent sujet à des révisions déchirantes générées par
les intérêts divergents. L’ «amour des classes» étant une chimère
qui voudrait faire table rase de la lutte des classes.
En tout cas,
l’ouverture de l’économie nationale à l’investissement privé et la
philosophie du multipartisme adopté par le pouvoir politique ne
peuvent plus s’accommoder d’un syndicat unique. Par ailleurs, le
pluralisme syndical est un droit garanti par la Constitution du
pays.
Par Saâd
Taferka
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