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Hamid Skif, romancier, nouvelliste et critique littéraire

«Nos auteurs ne sont pas honorés chez eux»

Selon Mme Inaâm Bayoudh

«La traduction dans le monde arabe souffre d’un manque de professionnalisme»

Tunis

Le legs linguistique africain en débat

 

 30/11/06

 

 Hamid Skif, romancier, nouvelliste et critique littéraire

«Nos auteurs ne sont pas honorés chez eux»

Né à Oran en 1951, Hamid Skif, de son vrai nom Mohamed Benmebkhout, vit à Hambourg (Allemagne) depuis 1997. Reconnu par la critique mondiale comme une des grandes voix de la littérature maghrébine, ses livres sont traduits en plusieurs langues. Il a un répertoire plein. Il passe des romans, aux nouvelles, aux  contes pour enfants et aux pièces de théâtre pour s’adonner à l’écriture de la poésie. Son dernier livre, un recueil de poèmes «les Exilés du matin».

 

Qu’est-ce qui incite à écrire ?

C’est très difficile de vous répondre mais pour être simple, je pourrai dire que tout ce qui touche l’homme m’inspire. J’ai longtemps été journaliste et cela a beaucoup influé sur ma façon d’écrire, ainsi, j’essai de m’éloigner le plus possible de ma vie privée même si mes écrits en portent la trace, je ne raconte pas mes histoires dans mes livres mais j’invente des situations, des personnages, … .

 

Pourquoi un tel choix ?

Je veux prendre une certaine distance avec mes écrits parce que, en général, mes histoires sont des romans à thèmes, c’est-à-dire, ils traitent un certain nombre de problèmes sociaux ou politiques, donc, j’évite de faire ce que j’appelle la littérature du petit déjeuner, je ne suis pas de ceux qui racontent des détails sur leur vie personnelle dans leurs livres, ce qui est à la mode actuellement, dans certaines littératures en Europe. J’essai de me garder loin de tout cela, d’être vrai, ce n’est pas facile, parfois c’est maladroit mais l’on sent que c’est authentique et que ce ne sont pas des histoires fabriquées.

 

Pourquoi tenez- vous à la création d’une maison de la poésie ?

C’est un rêve que je caresse depuis fort longtemps. J’espère profondément qu’on puisse ouvrir en Algérie une maison de la poésie, c’est important. Une maison de la poésie encouragera nos poètes, leur donnera les moyens d’écrire, nous pourrons y rassembler nos poètes, quelle que soit leur langue, et leur offrir un public et inviter des collègues étrangers. Nous pouvons également recevoir des poètes étrangers et leur faire découvrir l’Algérie et la littérature algérienne et organiser des spectacles et des festivités culturelles.

Ce n’est pas aussi difficile car ce petit projet n’exige rien et nous avons largement les moyens de le réaliser. Il suffit d’aménager une villa, nous en avons tellement, un peu d’argent et une bibliothèque et le tour est joué, cela apportera beaucoup à notre pays et contribuera à changer son image.

 

Vous vivez depuis 1997 à l’étranger, pensez-vous que la littérature algérienne «de l’exil» peut jouer un rôle ?

Je ne pense pas que nous ayons une littérature de l’exil, peu d’écrivains sont à l’étranger mais la littérature algérienne dans son ensemble, joue un rôle essentiel puisque c’est le meilleur ambassadeur de l’Algérie dans le domaine des arts en Europe ou ailleurs.

Lors de la dernière Foire du livre de Francfort, en Allemagne, j’étais en train de dîner avec des amis écrivains, l’un des responsables allemands m’avait avoué que la lecture de Nedjema de Kateb Yacine l’avait bouleversé et changé sa vie, j’en étais fier, il ne m’a pas dit que c’est un scientifique algérien mais plutôt un auteur algérien.

C’est pour cela qu’il faut être généreux avec nos écrivains, ils sont courageux, ils exercent dans des conditions précaires et apportent à l’Algérie ce que beaucoup de nos politiciens ne donnent pas.

Malheureusement, ils ne sont pas reconnus et honorés, c’est grave car, nous sommes le seul pays africain et arabe qui ait autant d’auteurs réputés mondialement !

Propos recueillis

par Irane Belkhedim

 

Selon Mme Inaâm Bayoudh

«La traduction dans le monde arabe souffre d’un manque de professionnalisme»

La directrice de l’Institut arabe supérieur de traduction, Mme Inaâm Bayoudh, a appelé à «intégrer la traduction dans un plan de développement bien défini pour assurer sa professionnalisation». Invitée du Forum «El hassad Ethakafi» (panorama culturel) de la radio culturelle en compagnie de l’enseignant universitaire et traducteur Abdelaziz Boubakir pour débattre de «la traduction dans le monde arabe», Mme Bayoudh a estimé que le «manque de professionnalisme a entravé le développement de la traduction dans les pays arabes en général et en Algérie en particulier» devenant ainsi, a-t-elle dit, «une vocation pour  les amoureux des belles lettres». Déplorant l’absence de critique en matière de traduction, Mme Bayoudh a précisé que ce souci  a été pris en compte par l’institut qui a introduit le module de la critique dans la formation des traducteurs, ce qui est une

«première dans tous les établissements supérieurs de formation dans le monde arabe». Concernant les travaux traduits, l’intervenante a indiqué que «40% des connaissances acquises doivent être revues car souffrant d’un manque de précisions et nous renvoyant une terminologie et des concepts faux», s’interrogeant sur le nom-bre d’erreurs que pourrait commettre le traducteur des travaux scientifiques exactes. Tout en estimant «mauvaise» toute traduction jugée meilleure que l’original, Mme Bayoudh a soutenu que le traducteur doit «s’éclipser» derrière l’auteur et non se «mettre en évidence à son détriment». La directrice de l’Institut arabe supérieur de traduction a précisé que son établissement qui relève de la Ligue arabe, œuvre à dépasser «le dilemme que représentent, d’une part, la grande quantité d’ouvrages en attente d’être traduits, et d’autre part, le faible niveau de la formation dispensée aux traducteurs, dominés surtout par l’aspect théorique» de la traduction. Elle rappellera les nombreuses conventions de coopération dont certaines étant déjà signées par l’institut, alors que d’autres le seront à l’avenir, dans le but «de permettre aux étudiants de tester leur niveau et d’être compétitifs». Mme  Bayoudh a enfin affirmé que «la promotion de la traduction n’est pas chose impossible, pour peu qu’il y ait une conjugaison des efforts, une volonté politique et une prise de conscience sociale quant à l’importance de la traduction», soulignant que son institut est chargé, dans le cadre de la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe, de superviser la traduction de près de 100 ouvrages».

R. C.

 

Tunis

Le legs linguistique africain en débat

«L’héritage des langues nationales africaines en tant qu’espace de rapprochement culturel afro-arabe» a été le thème d’un séminaire organisé mardi à Tunis par l’Institut culturel afro-arabe de Bamako et l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (Alesco). La rencontre vise à mettre en valeur l’authenticité des cultures des espaces arabo-africains, les interactions linguistiques entre les langues arabe et africaine et les opportunités qu’ils offrent en tant que vecteurs de rapprochement entre les peuples, mais aussi à corriger certaines pesanteurs héritées de l’ère coloniale. Il appartient aux deux parties, arabe et africaine, «d’œuvrer sérieusement» à «corriger certains concepts» que le colonialisme a mis en avant pour entretenir des «différends régionaux», nés de «frictions culturelles», et qui «sous-tendraient» et «justifieraient» un «retour de sa présence», à l’exemple du conflit opposant au Darfour des parties d’une même nation, affirme le Dr Abdallah Al-Dossary, directeur général de l’Institut culturel afro-arabe. Relançant le débat sur l’authenticité culturelle, le patrimoine oral et écrit dans l’affirmation de l’identité, en tant que facteur d’épanouissement et de développement, mais aussi de rapprochement entre les civilisations et les peuples, notamment dans le contexte de mondialisation, les participants ont souligné l’apport du patrimoine culturel africain, à travers ses modes d’expression oral et écrit, entre autres les manuscrits Ajami (recours à la transcription arabe des langues africaines). Un patrimoine dont les origines séculaires remontent bien plus loin dans le passé que la période coloniale que les études anthropologiques occidentales veulent faire admettre comme point de départ de l’écriture des langues nationales africaines (support linguistique latin).      

Synthèse H. K.

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