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Hamid Skif, romancier, nouvelliste et critique littéraire
«Nos auteurs ne
sont pas honorés chez eux»
Né à Oran en 1951,
Hamid Skif, de son vrai nom Mohamed Benmebkhout, vit à Hambourg
(Allemagne) depuis 1997. Reconnu par la critique mondiale comme une
des grandes voix de la littérature maghrébine, ses livres sont
traduits en plusieurs langues. Il a un répertoire plein. Il passe
des romans, aux nouvelles, aux contes pour enfants et aux pièces de
théâtre pour s’adonner à l’écriture de la poésie. Son dernier livre,
un recueil de poèmes «les Exilés du matin».
Qu’est-ce qui
incite à écrire ?
C’est très
difficile de vous répondre mais pour être simple, je pourrai dire
que tout ce qui touche l’homme m’inspire. J’ai longtemps été
journaliste et cela a beaucoup influé sur ma façon d’écrire, ainsi,
j’essai de m’éloigner le plus possible de ma vie privée même si mes
écrits en portent la trace, je ne raconte pas mes histoires dans mes
livres mais j’invente des situations, des personnages, … .
Pourquoi un tel
choix ?
Je veux prendre
une certaine distance avec mes écrits parce que, en général, mes
histoires sont des romans à thèmes, c’est-à-dire, ils traitent un
certain nombre de problèmes sociaux ou politiques, donc, j’évite de
faire ce que j’appelle la littérature du petit déjeuner, je ne suis
pas de ceux qui racontent des détails sur leur vie personnelle dans
leurs livres, ce qui est à la mode actuellement, dans certaines
littératures en Europe. J’essai de me garder loin de tout cela,
d’être vrai, ce n’est pas facile, parfois c’est maladroit mais l’on
sent que c’est authentique et que ce ne sont pas des histoires
fabriquées.
Pourquoi tenez-
vous à la création d’une maison de la poésie ?
C’est un rêve que
je caresse depuis fort longtemps. J’espère profondément qu’on puisse
ouvrir en Algérie une maison de la poésie, c’est important. Une
maison de la poésie encouragera nos poètes, leur donnera les moyens
d’écrire, nous pourrons y rassembler nos poètes, quelle que soit
leur langue, et leur offrir un public et inviter des collègues
étrangers. Nous pouvons également recevoir des poètes étrangers et
leur faire découvrir l’Algérie et la littérature algérienne et
organiser des spectacles et des festivités culturelles.
Ce n’est pas aussi
difficile car ce petit projet n’exige rien et nous avons largement
les moyens de le réaliser. Il suffit d’aménager une villa, nous en
avons tellement, un peu d’argent et une bibliothèque et le tour est
joué, cela apportera beaucoup à notre pays et contribuera à changer
son image.
Vous vivez
depuis 1997 à l’étranger, pensez-vous que la littérature algérienne
«de l’exil» peut jouer un rôle ?
Je ne pense pas
que nous ayons une littérature de l’exil, peu d’écrivains sont à
l’étranger mais la littérature algérienne dans son ensemble, joue un
rôle essentiel puisque c’est le meilleur ambassadeur de l’Algérie
dans le domaine des arts en Europe ou ailleurs.
Lors de la
dernière Foire du livre de Francfort, en Allemagne, j’étais en train
de dîner avec des amis écrivains, l’un des responsables allemands
m’avait avoué que la lecture de Nedjema de Kateb Yacine l’avait
bouleversé et changé sa vie, j’en étais fier, il ne m’a pas dit que
c’est un scientifique algérien mais plutôt un auteur algérien.
C’est pour cela
qu’il faut être généreux avec nos écrivains, ils sont courageux, ils
exercent dans des conditions précaires et apportent à l’Algérie ce
que beaucoup de nos politiciens ne donnent pas.
Malheureusement,
ils ne sont pas reconnus et honorés, c’est grave car, nous sommes le
seul pays africain et arabe qui ait autant d’auteurs réputés
mondialement !
Propos
recueillis
par Irane
Belkhedim
Selon Mme Inaâm Bayoudh
«La traduction dans le monde arabe souffre d’un manque de
professionnalisme»
La directrice de
l’Institut arabe supérieur de traduction, Mme Inaâm Bayoudh, a
appelé à «intégrer la traduction dans un plan de développement bien
défini pour assurer sa professionnalisation». Invitée du Forum «El
hassad Ethakafi» (panorama culturel) de la radio culturelle en
compagnie de l’enseignant universitaire et traducteur Abdelaziz
Boubakir pour débattre de «la traduction dans le monde arabe», Mme
Bayoudh a estimé que le «manque de professionnalisme a entravé le
développement de la traduction dans les pays arabes en général et en
Algérie en particulier» devenant ainsi, a-t-elle dit, «une vocation
pour les amoureux des belles lettres». Déplorant l’absence de
critique en matière de traduction, Mme Bayoudh a précisé que ce
souci a été pris en compte par l’institut qui a introduit le module
de la critique dans la formation des traducteurs, ce qui est une
«première dans
tous les établissements supérieurs de formation dans le monde
arabe». Concernant les travaux traduits, l’intervenante a indiqué
que «40% des connaissances acquises doivent être revues car
souffrant d’un manque de précisions et nous renvoyant une
terminologie et des concepts faux», s’interrogeant sur le nom-bre
d’erreurs que pourrait commettre le traducteur des travaux
scientifiques exactes. Tout en estimant «mauvaise» toute traduction
jugée meilleure que l’original, Mme Bayoudh a soutenu que le
traducteur doit «s’éclipser» derrière l’auteur et non se «mettre en
évidence à son détriment». La directrice de l’Institut arabe
supérieur de traduction a précisé que son établissement qui relève
de la Ligue arabe, œuvre à dépasser «le dilemme que représentent,
d’une part, la grande quantité d’ouvrages en attente d’être
traduits, et d’autre part, le faible niveau de la formation
dispensée aux traducteurs, dominés surtout par l’aspect théorique»
de la traduction. Elle rappellera les nombreuses conventions de
coopération dont certaines étant déjà signées par l’institut, alors
que d’autres le seront à l’avenir, dans le but «de permettre aux
étudiants de tester leur niveau et d’être compétitifs». Mme Bayoudh
a enfin affirmé que «la promotion de la traduction n’est pas chose
impossible, pour peu qu’il y ait une conjugaison des efforts, une
volonté politique et une prise de conscience sociale quant à
l’importance de la traduction», soulignant que son institut est
chargé, dans le cadre de la manifestation «Alger, capitale de la
culture arabe, de superviser la traduction de près de 100 ouvrages».
R. C.
Tunis
Le legs
linguistique africain en débat
«L’héritage des
langues nationales africaines en tant qu’espace de rapprochement
culturel afro-arabe» a été le thème d’un séminaire organisé mardi à
Tunis par l’Institut culturel afro-arabe de Bamako et l’Organisation
arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (Alesco). La
rencontre vise à mettre en valeur l’authenticité des cultures des
espaces arabo-africains, les interactions linguistiques entre les
langues arabe et africaine et les opportunités qu’ils offrent en
tant que vecteurs de rapprochement entre les peuples, mais aussi à
corriger certaines pesanteurs héritées de l’ère coloniale. Il
appartient aux deux parties, arabe et africaine, «d’œuvrer
sérieusement» à «corriger certains concepts» que le colonialisme a
mis en avant pour entretenir des «différends régionaux», nés de
«frictions culturelles», et qui «sous-tendraient» et
«justifieraient» un «retour de sa présence», à l’exemple du conflit
opposant au Darfour des parties d’une même nation, affirme le Dr
Abdallah Al-Dossary, directeur général de l’Institut culturel
afro-arabe. Relançant le débat sur l’authenticité culturelle, le
patrimoine oral et écrit dans l’affirmation de l’identité, en tant
que facteur d’épanouissement et de développement, mais aussi de
rapprochement entre les civilisations et les peuples, notamment dans
le contexte de mondialisation, les participants ont souligné
l’apport du patrimoine culturel africain, à travers ses modes
d’expression oral et écrit, entre autres les manuscrits Ajami
(recours à la transcription arabe des langues africaines). Un
patrimoine dont les origines séculaires remontent bien plus loin
dans le passé que la période coloniale que les études
anthropologiques occidentales veulent faire admettre comme point de
départ de l’écriture des langues nationales africaines (support
linguistique latin).
Synthèse H. K.
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