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Mohamed Lamari /Phénix de la Révolution

Messager de la paix

XIe Salon international d’Alger

La littérature comme valeur émancipatrice

 

 31/10/06

 

 Mohamed Lamari /Phénix de la Révolution

Messager de la paix

 «Les tortures ? Il faudrait d’abord les avoir senties sur sa propre chair pour pouvoir en parler et donner son avis pour ceux qui ont flanché après la gégène, l’électricité, l’arrachage des ongles…

Inimaginable, insupportable, inqualifiable, on devient une bête…. On crie, on se tortille, on souhaite la mort qui ne vient pas, on dit n’importe quoi pourvu que cela s’arrête…. Comme tant d’adolescents, je suis passé à la moulinette. Douze jours de tortures sans répit, de jour comme de nuit. Nous étions onze patriotes, c’était en août 1957, les militaires français nous ont conduits de l’école Bab Djedid vers la ville de l’ex-boulevard Gallieni à El Biar, aujourd’hui rasée… La délivrance est venue lorsque les parachutistes avaient ramené les militants du réseau sanitaire, nous étions en quelque sorte libérés puisque les nouveaux venus allaient subir les tortures à notre place. Là, nous avons vu Le Pen… Personne ne peut imaginer les effets des tortures, il faut les avoir subies… J’ai vu un militant devenir fou, les parachutistes lui ont enlevé un morceau de chair de son pied… Une page d’histoire, c’est le moins que l’on puisse dire de Mohamed Lamari, dans la lutte de Libération nationale. Il en parle peu, estimant «avoir fait modestement mon devoir. C’était en 1956-1957, j’étais âgé de 16 ans. J’ai milité comme tant d’autres jeunes de

La Casbah. Après ma libération, j’ai milité à Oran où j’ai connu celle qui allait devenir mon épouse, puis à Blida». L’écouter, c’est comme lire une page d’histoire. De La Casbah durant les années de feu, de Che Guevara, de sa carrière internationale qu’il a abandonnée, de ses concerts à Cuba, Beyrouth, en Afrique, Lamari en parle avec nous.

Le Jour d’Algérie :Quelles étaient les circonstances de votre adhésion à la lutte armée ?

Je ne suis pas un héros. C’était inné, je suis né en 1940 à

La Casbah où j’ai grandi. En 1954; j’avais 14 ans et déjà je flirtais avec la vie artistique, les chansons, j’avais déjà remporté plusieurs prix. Cela me permettait d’aider mon père; la vie était dure, le mépris, l’oppression, les enfants de mon âge étaient déjà adultes et mûrs. Nous vivions la montée de la Révolution, les militants, les fidayine constituaient pour nous des symboles, des exemples à suivre. Des personnalités révolutionnaires, telles que Larbi Amari, dit Petarès, Moune Tiah, Sid Ali Bouziri étaient des idoles pour les jeunes parce qu’ils avaient osé défier l’ordre colonial. Nous

observions leur détermination face aux militaires français notamment à La Casbah en 1957, j’ai intégré une cellule de soutien en apportant ma contribution… J’ai été arrêté début août 1957 à la suite de la dénonciation d’un compagnon qui avait été atrocement torturé. Je ne lui en ai jamais voulu, je l’ai vu à l’école Bab Djedid où l’on m’a conduit; il avait un poignard enfoncé dans sa jambe. Il était gêné en me voyant. Pour avoir moi-même subi les tortures, je sais que le corps, la résistance a des limites. Aujourd’hui, certains accablent leurs compagnons de traîtrise alors qu’ils n’ont pas vécu une gifle. Le traître est celui qui a collaboré de sa propre volonté, avec le système colonial, c’est celui qui était adepte de l’Algérie française. Après quelques jours, j’ai été emmené avec dix autres patriotes à la fameuse villa du boulevard Gallieni à El Biar. Elle était située plus bas que la maison Renault, elle a été rasée. C’était horrible,  incroyable, insupportable. A toute heure, les tortures étaient appliquées. Jusqu’à souhaiter la mort.

Douze jours de supplices…  Nous avons «respiré» lorsque les parachutistes ont ramené 35 militants du réseau sanitaire. Alors les tortionnaires se sont intéressés à eux. C’était comme une délivrance. Ensuite j’ai été transféré aux camps de détention de Ben Aknoun et Beni Messous. A ma libération, j’ai poursuivi mes activités à Oran, puis Blida. La chanson était pour moi une excellente couverture qui a duré quelque temps.

Comment avez-vous débuté votre carrière artistique ?

Très jeune. A huit ans, dans les Scouts, au groupe Echihab. C’était mon conservatoire, où je m’initiais aux chants patriotiques. J’ai gagné mon premier prix, un gigot à l’époque, à un concours au Champ de manœuvres. Joie et youyous, c’était la fête chez nous ce jour-là. Un gigot. Puis je participais chaque semaine aux concours organisés au cinéma

El Djamel. Je chantais les succès de Ali Riahi, Abderrahmane Aziz. A neuf ans, je m’étais initié au genre classique avant de participer  en 1954 à un programme hebdomadaire de Skandrani. J’avais à l’époque intégré le groupe dirigé par Abderrahmane Aziz. Aux côtés de Bachtarzi je me suis perfectionné. Cela m’a permis de décrocher de nombreux prix et d’enregistrer des disques sous la houlette de Haddad Djillali. En août 1957, j’ai été arrêté. A l’Independance, j’ai repris à Paris où j’ai enregistré plusieurs disques. C’était l’époque de «Djazaïria» une chanson écrite par Hachelaf et composée par Hadad Djillali. J’étais promis à une belle carrière, j’avais reçu des propositions mirobolantes de Pathé Marconi mais j’avais opté pour mon pays. Il  m’était difficile d’avaler mes principes. Je ne regrette rien parce que  ma vie a été très riche. Mon premier concert officiel c’était au lendemain de l’Indépendance face aux Président Chou En Lai et Ben Bella… Depuis, je me suis produit devant 22 chefs d’Etat dont le dernier fut Mandela à la Coupole. J’ai participé à presque toutes les manifestations officielles algériennes ici et à l’étranger dans les cinq continents. Peut-être 2000 spectacles, je ne sais plus. Cependant, je dois dire que je n’ai plus le même rythme après la disparition de Mohamed Bouzidi, un poète qui connaissait bien mes dispositions, mes capacités. Avec Mustapha Toumi, je me suis pleinement retrouvé… Tantôt je suis obligé d’écrire mes chansons, tantôt de composer la musique. C’est le mariage d’un chanteur, d’un compositeur et d’un poète qui est à l’origine de mes succès «Africa», «Viet-Nam» inconnue du public algérien, ou «Che Guevara» écrite et composée en une nuit. Le «Che» était devenu un ami, un confident… Il était exceptionnel. Devant moi, à Cuba, plus de 500 000 personnes l’acclamaient… Il a préféré mourir pour ses idées dans un pays qui n’était pas le sien… Ma vie artistique a été intense, pleine de grands moments. Grâce à Dieu, je n’ai pas à me plaindre car je vis à l’abri du besoin avec mes enfants. Je poursuis mon chemin en me consacrant à être utile. Je vis au rythme de mon pays. Mes dernières chansons ont concerné la concorde, la réconciliation, la paix. C’est le plus beau qui reste à faire.    

A. A.

 

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XIe Salon international d’Alger

La littérature comme valeur émancipatrice

Ecriture et émancipation» est le thème choisi lors de ce XIe Sila, ouvert hier à la Safex, qui accueille jusqu’au 10 novembre 860 exposants nationaux et étrangers pour présenter quelque

80 000 titres. En marge du Salon du livre, le comité d’organisation a mis en place un programme d’animation autour des thèmes consacrés aux figures historiques de la guerre de Libération nationale, auteurs écrivains disparus et patrimoine immatériel.

Le comité d’organisation du XIe Sila a porté son choix sur le thème central «Ecriture et émancipation», une relation binaire qui illustre le combat pour la liberté de l’homme à travers la revisitation des figures célèbres qui ont donné à leur combat une dimension universelle. Parmi ces figures, il y a Ibn Khaldoun dont le 600e anniversaire de sa mort est célébré cette année à travers nombre de pays méditerranéens. Le colloque qu’abritera le XIe Sila sera un moment fort pour rendre hommage ce jeudi  à l’apport émancipateur du penseur et sociologue maghrébin. D’autres personnalités aussi illustres seront également célébrées lors de cet événement : Saint-Augustin, fondateur de la philosophie chrétienne ou encore, le père du roman moderne libéré des formes castratrices de la littérature antique, en l’occurrence, Apulée de Madaure dont le parcours sera revisité le 8 novembre lors d’un café littéraire par Mgr Teissier et Abdelmadjid Chikhi. Dès aujourd’hui, jusqu’au 2 novembre, une pléiade de chercheurs et d’historiens animeront des conférences- débat autour de thèmes ayant trait à la période coloniale, aux massacres du 8-Mai 1945, ainsi qu’à des figures historiques de la lutte pour la libération nationale. Ahmed Zabana, Jean-Paul Sartre, Messali El Hadj, Rédha Houhou, des figures emblématiques seront au cœur des débats qui seront animés par des intervenants comme Abdelhamid Mehri, Jacques Vergès, Henri Alleg, Mohamed Lakhdar Maougal, Saïd Ould Khelifa, Abderrezak Bouhara, Rédha Malek, et autres Annie Steiner et Charles Henri Favrod.  L’auteur de «l’Attentat», Yasmina Khadra présentera ses dernières œuvres dans le cadre des Mercredis du verbe organisé par l’Etablissement Arts et culture. L’islamologue, anthropologue et psychanalyste algérien installé en France, Malek Chebel et le Libanais Bassem Barake animeront une rencontre intitulée «Individu et monde arabe : le temps de la citoyenneté» autour des figures historiques du monde arabe qui ont marqué l’histoire de la région au XIXe siècle. Le débat portera sur la Nahdha du monde arabe qui s’est vite engluée dans les méandres des colonialismes britannique et français. Le mardi 7 novembre, une conférence consacrée au rôle émancipateur du roman arabe dans la littérature, sera animé par  notamment Waciny Laredj, Amine Zaoui, Jolanda Guardi et Younis Tewfik, Henryette Walter. De Djabran Khalil Djabran à Mohamed Choukri en passant par le Nobel Naguib Mahfouz et Abdelhamid Benhadouga, les critiques plancheront sur leurs œuvres ainsi que l’état de lieux du roman arabe comme l’aventure de la langue arabe en Occident ou les questions tabous comme «le triangle interdit» qui se résume dans le triptyque  «politique, sexe, religion», selon l’expression du Syrien Sadek Djalel al Aâdhm. Dans la foulée, le jeudi 9 novem-bre, des hommages seront rendus aux «plumes» disparues comme Rachid Mimouni, Tahar Djaout, Malek Haddad,  Amar Belahcène ou encore le chrétien de gauche, engagé contre le colonialisme français en Algérie, André Mandouze. Un autre hommage sera dédié, à travers des lectures, à Isabelle Eberhadt, l’écrivaine passionnée du désert, le pein-tre orientaliste Nasr eddine Dinet et  le poète et musicien targui, Othmane Bali les 9 et 10 novembre. Le patrimoine amazigh et son enseignement  seront le thème qui sera abordé ce samedi par Houria Abdelnebi, Mohamed Akli Hadadou et Kamel Stiti. «Ecrits féminins et guerre d’Indépendance», sera le thème récurrent d’une rencontre qui sera animée le

7 novembre par Mme Zhor Ounissi, Maïssa Bey et Jolanda Guardi. Les intervenantes plancheront sur  la littérature féminine, qui a marqué l’évolution de la société, la liberté et l’émancipation de la femme entre tradition et modernité avec en filigrane la guerre de Libération nationale. A souligner, enfin, que le programme pour enfants, n’a pas retenu un intérêt particulier dans ce XIe Sila dans la mesure où la seconde édition du Salon international  du livre pour jeunesse (Silja) aura lieu au mois de décembre prochain, apprend-on.

Hacène K.

 

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