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Mohamed Lamari /Phénix de la Révolution
Messager de la
paix
«Les tortures ?
Il faudrait d’abord les avoir senties sur sa propre chair pour
pouvoir en parler et donner son avis pour ceux qui ont flanché après
la gégène, l’électricité, l’arrachage des ongles…
Inimaginable,
insupportable, inqualifiable, on devient une bête…. On crie, on se
tortille, on souhaite la mort qui ne vient pas, on dit n’importe
quoi pourvu que cela s’arrête…. Comme tant d’adolescents, je suis
passé à la moulinette. Douze jours de tortures sans répit, de jour
comme de nuit. Nous étions onze patriotes, c’était en août 1957, les
militaires français nous ont conduits de l’école Bab Djedid vers la
ville de l’ex-boulevard Gallieni à El Biar, aujourd’hui rasée… La
délivrance est venue lorsque les parachutistes avaient ramené les
militants du réseau sanitaire, nous étions en quelque sorte libérés
puisque les nouveaux venus allaient subir les tortures à notre
place. Là, nous avons vu Le Pen… Personne ne peut imaginer les
effets des tortures, il faut les avoir subies… J’ai vu un militant
devenir fou, les parachutistes lui ont enlevé un morceau de chair de
son pied… Une page d’histoire, c’est le moins que l’on puisse dire
de Mohamed Lamari, dans la lutte de Libération nationale. Il en
parle peu, estimant «avoir fait modestement mon devoir. C’était en
1956-1957, j’étais âgé de 16 ans. J’ai milité comme tant d’autres
jeunes de
La Casbah. Après
ma libération, j’ai milité à Oran où j’ai connu celle qui allait
devenir mon épouse, puis à Blida». L’écouter, c’est comme lire une
page d’histoire. De La Casbah durant les années de feu, de Che
Guevara, de sa carrière internationale qu’il a abandonnée, de ses
concerts à Cuba, Beyrouth, en Afrique, Lamari en parle avec nous.
Le Jour d’Algérie
:Quelles étaient les circonstances de votre adhésion à la lutte
armée ?
Je ne suis pas un
héros. C’était inné, je suis né en 1940 à
La Casbah où j’ai
grandi. En 1954; j’avais 14 ans et déjà je flirtais avec la vie
artistique, les chansons, j’avais déjà remporté plusieurs prix. Cela
me permettait d’aider mon père; la vie était dure, le mépris,
l’oppression, les enfants de mon âge étaient déjà adultes et mûrs.
Nous vivions la montée de la Révolution, les militants, les fidayine
constituaient pour nous des symboles, des exemples à suivre. Des
personnalités révolutionnaires, telles que Larbi Amari, dit Petarès,
Moune Tiah, Sid Ali Bouziri étaient des idoles pour les jeunes parce
qu’ils avaient osé défier l’ordre colonial. Nous
observions leur
détermination face aux militaires français notamment à La Casbah en
1957, j’ai intégré une cellule de soutien en apportant ma
contribution… J’ai été arrêté début août 1957 à la suite de la
dénonciation d’un compagnon qui avait été atrocement torturé. Je ne
lui en ai jamais voulu, je l’ai vu à l’école Bab Djedid où l’on m’a
conduit; il avait un poignard enfoncé dans sa jambe. Il était gêné
en me voyant. Pour avoir moi-même subi les tortures, je sais que le
corps, la résistance a des limites. Aujourd’hui, certains accablent
leurs compagnons de traîtrise alors qu’ils n’ont pas vécu une gifle.
Le traître est celui qui a collaboré de sa propre volonté, avec le
système colonial, c’est celui qui était adepte de l’Algérie
française. Après quelques jours, j’ai été emmené avec dix autres
patriotes à la fameuse villa du boulevard Gallieni à El Biar. Elle
était située plus bas que la maison Renault, elle a été rasée.
C’était horrible, incroyable, insupportable. A toute heure, les
tortures étaient appliquées. Jusqu’à souhaiter la mort.
Douze jours de
supplices… Nous avons «respiré» lorsque les parachutistes ont
ramené 35 militants du réseau sanitaire. Alors les tortionnaires se
sont intéressés à eux. C’était comme une délivrance. Ensuite j’ai
été transféré aux camps de détention de Ben Aknoun et Beni Messous.
A ma libération, j’ai poursuivi mes activités à Oran, puis Blida. La
chanson était pour moi une excellente couverture qui a duré quelque
temps.
Comment avez-vous
débuté votre carrière artistique ?
Très jeune. A huit
ans, dans les Scouts, au groupe Echihab. C’était mon conservatoire,
où je m’initiais aux chants patriotiques. J’ai gagné mon premier
prix, un gigot à l’époque, à un concours au Champ de manœuvres. Joie
et youyous, c’était la fête chez nous ce jour-là. Un gigot. Puis je
participais chaque semaine aux concours organisés au cinéma
El Djamel. Je
chantais les succès de Ali Riahi, Abderrahmane Aziz. A neuf ans, je
m’étais initié au genre classique avant de participer en 1954 à un
programme hebdomadaire de Skandrani. J’avais à l’époque intégré le
groupe dirigé par Abderrahmane Aziz. Aux côtés de Bachtarzi je me
suis perfectionné. Cela m’a permis de décrocher de nombreux prix et
d’enregistrer des disques sous la houlette de Haddad Djillali. En
août 1957, j’ai été arrêté. A l’Independance, j’ai repris à Paris où
j’ai enregistré plusieurs disques. C’était l’époque de «Djazaïria»
une chanson écrite par Hachelaf et composée par Hadad Djillali.
J’étais promis à une belle carrière, j’avais reçu des propositions
mirobolantes de Pathé Marconi mais j’avais opté pour mon pays. Il
m’était difficile d’avaler mes principes. Je ne regrette rien parce
que ma vie a été très riche. Mon premier concert officiel c’était
au lendemain de l’Indépendance face aux Président Chou En Lai et Ben
Bella… Depuis, je me suis produit devant 22 chefs d’Etat dont le
dernier fut Mandela à la Coupole. J’ai participé à presque toutes
les manifestations officielles algériennes ici et à l’étranger dans
les cinq continents. Peut-être 2000 spectacles, je ne sais plus.
Cependant, je dois dire que je n’ai plus le même rythme après la
disparition de Mohamed Bouzidi, un poète qui connaissait bien mes
dispositions, mes capacités. Avec Mustapha Toumi, je me suis
pleinement retrouvé… Tantôt je suis obligé d’écrire mes chansons,
tantôt de composer la musique. C’est le mariage d’un chanteur, d’un
compositeur et d’un poète qui est à l’origine de mes succès «Africa»,
«Viet-Nam» inconnue du public algérien, ou «Che Guevara» écrite et
composée en une nuit. Le «Che» était devenu un ami, un confident… Il
était exceptionnel. Devant moi, à Cuba, plus de 500 000 personnes
l’acclamaient… Il a préféré mourir pour ses idées dans un pays qui
n’était pas le sien… Ma vie artistique a été intense, pleine de
grands moments. Grâce à Dieu, je n’ai pas à me plaindre car je vis à
l’abri du besoin avec mes enfants. Je poursuis mon chemin en me
consacrant à être utile. Je vis au rythme de mon pays. Mes dernières
chansons ont concerné la concorde, la réconciliation, la paix. C’est
le plus beau qui reste à faire.
A. A.
Haut
XIe Salon international d’Alger
La littérature
comme valeur émancipatrice
Ecriture et
émancipation» est le thème choisi lors de ce XIe Sila, ouvert hier à
la Safex, qui accueille jusqu’au 10 novembre 860 exposants nationaux
et étrangers pour présenter quelque
80 000 titres. En
marge du Salon du livre, le comité d’organisation a mis en place un
programme d’animation autour des thèmes consacrés aux figures
historiques de la guerre de Libération nationale, auteurs écrivains
disparus et patrimoine immatériel.
Le comité
d’organisation du XIe Sila a porté son choix sur le thème central
«Ecriture et émancipation», une relation binaire qui illustre le
combat pour la liberté de l’homme à travers la revisitation des
figures célèbres qui ont donné à leur combat une dimension
universelle. Parmi ces figures, il y a Ibn Khaldoun dont le 600e
anniversaire de sa mort est célébré cette année à travers nombre de
pays méditerranéens. Le colloque qu’abritera le XIe Sila sera un
moment fort pour rendre hommage ce jeudi à l’apport émancipateur du
penseur et sociologue maghrébin. D’autres personnalités aussi
illustres seront également célébrées lors de cet événement :
Saint-Augustin, fondateur de la philosophie chrétienne ou encore, le
père du roman moderne libéré des formes castratrices de la
littérature antique, en l’occurrence, Apulée de Madaure dont le
parcours sera revisité le 8 novembre lors d’un café littéraire par
Mgr Teissier et Abdelmadjid Chikhi. Dès aujourd’hui, jusqu’au 2
novembre, une pléiade de chercheurs et d’historiens animeront des
conférences- débat autour de thèmes ayant trait à la période
coloniale, aux massacres du 8-Mai 1945, ainsi qu’à des figures
historiques de la lutte pour la libération nationale. Ahmed Zabana,
Jean-Paul Sartre, Messali El Hadj, Rédha Houhou, des figures
emblématiques seront au cœur des débats qui seront animés par des
intervenants comme Abdelhamid Mehri, Jacques Vergès, Henri Alleg,
Mohamed Lakhdar Maougal, Saïd Ould Khelifa, Abderrezak Bouhara,
Rédha Malek, et autres Annie Steiner et Charles Henri Favrod.
L’auteur de «l’Attentat», Yasmina Khadra présentera ses dernières
œuvres dans le cadre des Mercredis du verbe organisé par
l’Etablissement Arts et culture. L’islamologue, anthropologue et
psychanalyste algérien installé en France, Malek Chebel et le
Libanais Bassem Barake animeront une rencontre intitulée «Individu
et monde arabe : le temps de la citoyenneté» autour des figures
historiques du monde arabe qui ont marqué l’histoire de la région au
XIXe siècle. Le débat portera sur la Nahdha du monde arabe qui s’est
vite engluée dans les méandres des colonialismes britannique et
français. Le mardi 7 novembre, une conférence consacrée au rôle
émancipateur du roman arabe dans la littérature, sera animé par
notamment Waciny Laredj, Amine Zaoui, Jolanda Guardi et Younis
Tewfik, Henryette Walter. De Djabran Khalil Djabran à Mohamed
Choukri en passant par le Nobel Naguib Mahfouz et Abdelhamid
Benhadouga, les critiques plancheront sur leurs œuvres ainsi que
l’état de lieux du roman arabe comme l’aventure de la langue arabe
en Occident ou les questions tabous comme «le triangle interdit» qui
se résume dans le triptyque «politique, sexe, religion», selon
l’expression du Syrien Sadek Djalel al Aâdhm. Dans la foulée, le
jeudi 9 novem-bre, des hommages seront rendus aux «plumes» disparues
comme Rachid Mimouni, Tahar Djaout, Malek Haddad, Amar Belahcène ou
encore le chrétien de gauche, engagé contre le colonialisme français
en Algérie, André Mandouze. Un autre hommage sera dédié, à travers
des lectures, à Isabelle Eberhadt, l’écrivaine passionnée du désert,
le pein-tre orientaliste Nasr eddine Dinet et le poète et musicien
targui, Othmane Bali les 9 et 10 novembre. Le patrimoine amazigh et
son enseignement seront le thème qui sera abordé ce samedi par
Houria Abdelnebi, Mohamed Akli Hadadou et Kamel Stiti. «Ecrits
féminins et guerre d’Indépendance», sera le thème récurrent d’une
rencontre qui sera animée le
7 novembre par Mme
Zhor Ounissi, Maïssa Bey et Jolanda Guardi. Les intervenantes
plancheront sur la littérature féminine, qui a marqué l’évolution
de la société, la liberté et l’émancipation de la femme entre
tradition et modernité avec en filigrane la guerre de Libération
nationale. A souligner, enfin, que le programme pour enfants, n’a
pas retenu un intérêt particulier dans ce XIe Sila dans la mesure où
la seconde édition du Salon international du livre pour jeunesse (Silja)
aura lieu au mois de décembre prochain, apprend-on.
Hacène K.
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