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Bilan de la loi
de finances 2007
Evitons les
faux débats !
Par Mohamed
Terfous (*)
A
cela s’ajoute le fait marquant, qui est celui du ministre des
Finances qui a pris l’engagement d’autofinancer le programme
complémentaire avec les programmes régionaux sans recourir à
l’endettement extérieur. Aussi avec un taux de change à 74 DA pour
un dollar, le volume des exportations hors hydrocarbures doit
augmenter de 2,1 % par rapport à celui des importations qui devaient
progresser de 8 %.
Ainsi, il convient
d’admettre que dans cette vision des faits, la progression des
importations devant faire augmenter les recettes de 7,1 % par
rapport à 2006 est une option qui aurait une incidence fâcheuse sur
le sort du dinar et de l’emploi. Mais il n’en demeure pas moins que
l’Institut de statistiques, malgré sa récente création, ne saurait
fournir d’indices fiables en étant handicapé par le manque de
transparence des chiffres.
Par ailleurs, ce
qui rend incertain le taux des voyants qui sont au vert sont les
problèmes posés que le gouvernement, qui ne semble pas maîtriser
encore la fraude fiscale, les détournements de fonds publics et les
fausses déclarations au niveau des douanes.
Dans cette
optique, il appartient de se référer à l’article de M. Benziane dans
le Quotidien d’Oran, intitulé «Vaut mieux en rire» où il donne sa
version des faits: «on ne sait plus où se situe le pouvoir en
Algérie, comment il fonctionne, d’où il tire sa force et vers où il
mène le pays».
C’est un point de
vue, certes, quant aux nominations à des postes de confiance, c’est
ce qui est à l’origine de l’hospitalisation à Paris du président de
la République après déception de certains de son entourage, qui
l’ont induit en erreur en faisant passer des candidats parmi les
proches, n’ayant nullement le profil du poste occupé ?
Toujours est-il
que ce qui entre en ligne de compte, c’est la gestion budgétaire qui
est celle d’une gestion administrée, et ne saurait être conforme à
la nouvelle donne économique pour atteindre les objectifs tracés
dans l’application de tout ce qui est programmé.
C’est de là que
provient le retard du financement des projets et celui de la
mobilisation des fonds dans les délais prévus, ainsi que le fait de
voir certains s’opposer à une répartition où le budget de
fonctionnement faisait les 2/3 pendant des décennies, et passe à un
tiers par rapport à celui de l’équipement.
D’autre part,
l’ancien ministre des Finances qui est un des artisans de ce projet
de loi n’étant pas d’accord sur le fait d’être remercié, ne s’est
pas gêné pour faire irruption sans être invité dans les salons du
patronat du secteur privé, pour prononcer contre ce secteur un
véritable réquisitoire.
Et depuis qu’il a
été invité à se retirer, il est devenu soudainement l’avocat de ce
secteur, oubliant qu’il a toujours soutenu la Banque centrale, pour
dire, qu’il ne voulait pas que le secteur privé ait la main mise sur
les activités de la Banque centrale.
Ce qui laisse
supposer que pendant toute la durée de son mandat de ministre des
Finances, il en voulait à un secteur qui, pour lui, n’est pas
étranger à son échec.
A cet égard, quand
il était en poste, c’était à lui de savoir comment cultiver ses
relations avec ce secteur, sachant qu’en économie de marché, c’est
le secteur privé qui est appelé à assurer la relève de l’Etat dans
la gestion des affaires économiques par le biais de la
privatisation.
Et comme il n’a
jamais été d’accord avec ce concept depuis sa nomination à la tête
de la commission des affaires économiques du temps du Parti unique,
il est évident qu’il mette ce secteur à l’écart par le fait de ne
l’avoir jamais admis comme concurrent coriace du secteur public.
Des cadres pour
l’encadrement des jeunes
Par ailleurs,
cette loi de finances qui est pour le financement d’un programme
déjà élaboré pour la formation ou le recyclage d’un certain nombre
de cadres est une initiative des plus encourageantes qui ne portera
ses fruits que d’ici cinq ans au moins.
L’idéal serait de
gagner le temps perdu en mobilisant dans l’immédiat des cadres de
haut niveau, disposant de solides références en la matière, pour
l’encadrement des jeunes devant subir un stage, quitte à faire venir
discrètement ces experts de l’étranger, comme l’ont fait
discrètement nos voisins.
Toujours est-il,
cette loi des finances n’envisage point de solution au bouillon que
vient de subir la Compagnie algérienne d’assurance et de réassurance
dont la presse a communiqué le chiffre ces derniers temps et qui est
de l’ordre de 32 milliards de DA seulement en 2005.
Evidemment, ce
montant semble être trop élevé pour couvrir des sinistres dont la
plupart proviennent d’accident ou d’un manque d’entretien ainsi
qu’un manque de vérification des consignes de sécurité.
D’autant plus que
la seule solution envisagée jusqu’à présent, c’est la loi 06/04 qui
modifie et complète celle de 95/07 relative aux assurances, qui
n’apporte rien de concret, surtout par le fait de penser à une
rationalisation du réseau des assurances comme étant la panacée, que
de se prononcer sur la dénationalisation des assurances devant
stimuler les activités des assureurs, ainsi que l’amélioration des
services.
Etant donné que
tant qu’il y aura le maintien de la formule de l’Etat propriétaire
et gestionnaire à la fois, la caisse qui indemnise sera la même que
celle qui perçoit des cotisations pour n’aboutir qu’à un simple jeu
d’écriture comptable pour le règlement de chaque sinistre.
Donc ce dont il
s’agit, c’est une question de privatisation des assurances pour
pouvoir s’adapter aux exigences de l’heure, en étant en conformité
avec les règles édictées par l’économie de marché, ce qui consiste
en clair à se doter de nouveaux instruments et produits boursiers
qui partout ailleurs sont utilisés à amortir le choc des sinistres
pour que l’Etat ne serve plus de tiroir-caisse, ou de couvrir les
erreurs de ses loyaux serviteurs dont la plupart ont «grands yeux
que grand pense».
Dans cette
optique, notons aussi que dans cette loi, il y a absence de
dispositifs réglementaires devant régir ce dont la presse a fait
écho ces derniers temps en le qualifiant de «capital risque en
mouvement».
Là aussi, il ne
s’agit nullement d’un additif de protection de risque à ajouter à la
loi du 24/6/06 relative à la société de capital investissement, et
qu’en réalité, ce dont il s’agit, c’est de professionnels disposant
d’une maîtrise totale de la gestion du risque en matière
financement, et qui s’intéressent au marché algérien pour présenter
leur produit financier après avoir découvert qu’il y a une faille
dans ce domaine qui constitue le point névralgique dans la gestion
algérienne qui est fragilisée par son système de gestion
administrée.
Cependant, ce qui
est regrettable, c’est que dans cette loi, la recherche et ses
programmes à financier semblent ne pas avoir la place qui leur
revient dans un pays où l’option faite est pour le développement et
la modernité.
Ainsi il
appartient de se référer à la lettre ouverte adressée au président
de la République par un des chercheurs qui lance un véritable SOS
sur la situation actuelle de la recherche en Algérie dont les enjeux
sont de taille pour l’avenir du développement du pays.
A cette instar, il
a fait son diagnostic en termes clairs où il brosse le tableau de
l’infrastructure d’une recherche comme étant «effritée, chaotique et
continue hélas à sombrer dans la médiocrité ; la recherche en
Algérie continue de souffrir de diverses carences appelées
diversion, immobilisme, fuite des cerveaux, double emploi, baisse de
qualité, gaspillage de ressources, gestion douteuses, manque de
coopération, esprit tribal, absence de transparence».
Il a ajouté que
«les enjeux sont considérables, et notre devoir est de vous alerter,
M. le président de la République». Ce qui est une façon de capter
l’attention des décideurs afin de financer la recherche d’une
manière rationnelle en accordant la priorité à ce qui est d’une
nécessité absolue devant hisser le pays dans le concert des nations
les plus développées.
Par ailleurs, il
convient de souligner que le sérieux handicap qui serait causé à
cette loi, c’est l’annonce faite par le ministre de la Privatisation
qui vient de décider tardivement de l’exclusion d’une centaine
d’entreprises publiques et pas des moindres, du programme de la
privatisation. Toujours est-il, s’agit-il d’un recul devant les
pressions qu’exercent les partenaires sociaux ou tout simplement
d’une nouvelle stratégie industrielle élaborée par le ministre ?
N’empêche
qu’arrêter à mi-chemin une opération d’une telle envergure, c’est
faire de la privatisation un canard boiteux, dont les retombées
seront ressenties par la manifestation d’un retour à la case départ
où la gestion demeurera toujours la même avec un Etat patron et
gestionnaire, bon pour éponger les déficits sans incitation à faire
augmenter le rendement.
Une
économie de marché à l’européenne
Evidemment, M. le
ministre semble être convaincu de l’exemple suédois qui diffère
totalement de celui de l’Algérie.
Car il s’agit
avant tout d’une question de culture de plusieurs générations pour
que la Suède devienne le modèle le plus socialement développé, dont
le vaillant défenseur était Olf Palm, qui a été sauvagement
assassiné. Ainsi, il serait inconvenant de changer en cours de route
de direction après avoir opté pour une économie de marché à
l’européenne, pour décider soudainement de la transformer en modèle
scandinave.
Néanmoins, M. le
ministre avec son dossier sur la stratégie de développement
industriel a pu faire décider le gouvernement sur le choix de
créneaux prioritaires, dont celui de la transformation de la matière
première, telle que l’augmentation du nombre des raffineries pour
l’exportation du pétrole raffiné qu’à l’état brut.
Par contre, pour
ce qui est du secteur automobile avec des chaînes de montage, c’est
à exclure. A cet instar il appartient de se référer à la dernière
crise qui avait secoué l’Europe après mévente de la voiture dont la
totalité de la main-d’œuvre, quasi étrangère, était à l’origine de
nombreux problèmes sociaux à résoudre.
Et le seul pays
qui a été épargné par cette récession, c’est la Suisse qui est un
des rares pays de l’Europe qui ne fabrique pas de voitures à
l’exception du camion Saurer fabriqué en petite quantité.
A cela, il
convient d’ajouter que d’autres créneaux ont été retenus parmi ceux
qui génèrent des activités accompagnées de pôles de compétitivité
devant permettre un développement basé sur les rendements et la
qualité. De ce fait il y a lieu d’espérer que ce projet après son
adoption par le gouvernement pourrait à la rigueur faire récupérer
le manque de recettes des entreprises dont on a renoncé à la
privatisation.
Mais il n’en
demeure pas moins que la stratégie nouvellement élaborée pour un
éventuel soutien au programme de développement de 2005/09 dont le
début des résultats fait l’objet de sévères critiques, il est
évident que la suite devant être donnée pour l’achèvement de ce
programme, c’est celle de promouvoir une équipe d’intervention
dynamique et sans faille.
Autrement dit,
c’est de faire appel à des jeunes compétents disposant de beaucoup
de ressources et d’énergie tout en étant convaincus du changement à
partir des richesses que recèle le pays et surtout de sa jeunesse
pleine d’ardeur pour le développement de son pays.
Quant à la loi de
finances, elle peut être modifiée ou remodelée au gré des besoins
manifestés pendant toute la durée de son application.
L’important c’est
d’être en avant-garde sur tout ce qui se pratique de meilleur à
l’étranger afin de le faire adapter à la nouvelle option en se
conformant à l’éthique et aux traditions sociales.
C’est ce qui
rejoint ce qu’avait annoncé le Président dans son discours du
9.12.2006 : «...dans le cadre d’un transfert des compétences et de
la responsabilité des crédits, selon une conception de
décentralisation et de déconcentration en s’appesantissant sur la
formation de l’encadrement fait de qualification des ressources
humaines, une exigence primordiale d’un développement réel et rapide
du pays».
A cela, il
convient d’ajouter ce qu’a affirmé le ministre des Finances le
13.12.06 sur le plateau du Forum de l’ENTV, que l’année 2007 serait
celle de la privatisation du Crédit populaire et des agréments
accordés à plusieurs banques étrangères, en soulignant qu’ainsi on
s’acheminera graduellement vers un rééquilibrage entre le secteur
bancaire public et privé.
Dans ce contexte,
il convient de souligner que de la façon dont sont engagés les
pourparlers sur la privatisation du Crédit populaire, c’est une
opération dont le dénouement n’est pas pour demain.
Par ailleurs, il a
expliqué qu’à la faveur de la réforme financière, il y aurait
d’autres sources de financement de l’économie.
A vrai dire, ceci
ne saurait convaincre les banquiers privés qui viennent de fermer
les portes de leurs établissements après changement brusque des
textes par le conseil de la monnaie et de crédit.
A savoir qu’en
voulant faciliter l’accès au secteur privé pour l’ouverture de
nouvelles banques, on a cru bien faire en faisant diminuer la
souscription au capital déclaré. A savoir que le capital minimum est
resté le même à 500 millions de DA et la souscription de 375
millions de DA est passée à 100 millions de DA.
Eviter les
erreurs du passé
Ainsi les
nouvelles banques se sont trouvées piégées par cette facilité
d’accès où avec 100 millions de DA, aucun banquier n’a pu démarrer
pour être acculé quelque temps après à déposer le bilan. D’autant
plus même pour les 80 % soit 400 millions à libérer au bout de cinq
ans au lieu de deux ans, ça été aussi un piège vis-à-vis des
correspondants étrangers qui refusent la confirmation d’une mise en
place de lettre de crédit d’une banque qui n’a pas libéré
entièrement son capital.
Dans le même ordre
d’idées, disons que le gouvernement s’apprête à développer le crédit
à la consommation par l’intermédiaire du crédit-bail qui est utilisé
partout ailleurs. Cette approche devrait avoir pour effet immédiat
de stimuler la productivité qui semble avoir enregistré ces derniers
temps un sérieux recul.
Pourtant,
l’objectif visé par le gouvernement dans cette vision des faits est
celui de la protection des consommateurs à partir d’un encadrement
juridique adéquat.
Et qu’en réalité,
la véritable protection du consommateur, c’est d’être couvert par
sa propre ligne qui est celle des consommateurs comme partout
ailleurs. D’autre part pour ce qui est du crédit-bail, il ne devrait
être réservé qu’à la production locale devant stimuler la
consommation et la création de nouveaux postes d’emploi.
Quant à
l’évaluation et à l’amélioration du contrôle des finances publiques,
le gouvernement étudie l’aspect de leur mise en place devant
permettre d’éviter les erreurs d’un passé récent qui a coûté trop
cher aux finances publiques. Là aussi il serait judicieux de faire
appel aux nouvelles techniques adaptées par des logiciels aptes à
déceler n’importe quelle erreur ou détournement.
Début du quatrième
trimestre de mise en application de la loi de finances 2007,
certaines réactions manifestées par de hauts responsables de la
gestion des finances du pays méritent d’être mises en évidence. Il
s’agit du ministre de l’Energie et des Mines, qui lors de
l’interview accordée à la Radio de la Chaîne III, aurait dit que les
retombées de l’euro sur l’économie algérienne ne seront d’aucune
incidence fâcheuse.
Ainsi, il
appartient de souligner qu’il y a sept ans, le dollar cotait 0,85
euro, et en 2007, l’euro a atteint la barre de plus de 1$ 40. Et que
dans ce contexte, nos recettes pétrolières sont depuis des décennies
en dollars. Si bien qu’on a doté le dinar pour sa cotation du
paramètre pivot qui est le dollar, comme ceinture de sécurité,
contre tout risque de décote brutale.
A cet égard, que
pense M. le ministre qui doit admettre que seul le cours du baril
qui a dépassé le 16 octobre 2007 la barre de 88$, met le pays à
l’abri.
De ce fait, il
devrait être tenu compte de l’écart qu’il y a entre le dollar et
l’euro, qui pèse lourdement sur un dinar dont le sort est resté lié,
pendant des décennies, à celui du dollar qui a perdu la première
place de monnaie de compte et de placement.
De ce fait, ce
n’est pas le dollar actuel qui va servir de support à un dinar dont
on n’a rien fait pour la répartition des risques en constituant ses
réserves avec les deux devises en question.
La deuxième
réaction est celle du gouverneur de la Banque centrale qui, après
son communiqué à la presse, s’est félicité des réserves de change
qui ont atteint fin juin 2007 plus de 90,96 milliards de $. Dans ce
cas précis, l’article du 16/10/2007 de M. Mehdaoui, paru dans Le
Quotidien d’Oran, s’est posé la question : pourquoi le gouverneur
a-t-il procédé à une concentration de crédits au profit du secteur
privé ?
Autrement dit, les
bénéficiaires sont toujours les mêmes, les gros bonnets, tout en
reconnaissant la situation de ces créances non performante, ce qui
veut dire que le recouvrement est sujet à discussion.
Dans ce cas de
figure, il y a lieu de croire que les mêmes erreurs se répètent pour
des crédits alloués, sans exiger à l’appui des dossiers bancables.
M. T.
* Consultant en
finances
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