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Réforme du
président Bouteflika
Le deuxième
mandat : quel bilan ?
Le premier mandat
a été celui de la concorde civile, où il fallait mettre de l’ordre
en déblayant le terrain pour pouvoir appliquer le programme adopté
après avoir fait revenir la paix dans le cœur des Algériens, en
mettant fin à un désastre des plus meurtriers ayant causé la ruine
du pays.
Par Terfous
Mohammed
L’année 2000 a été
celle du début de l’impulsion donnée à la relance économique dont le
développement s’est accentué par l’embellie des cours du pétrole et
une pluviométrie des plus clémentes pendant plusieurs années
consécutives. A cela s’ajoute la décision politique de doubler le
budget d’équipement par rapport à celui du fonctionnement. Ce qui, à
juste titre, est à l’origine d’un léger déclic économique qui s’est
traduit par des objectifs atteints ayant redonné confiance après une
décennie de déception et d’amertumes. De ce fait, ce qu’il ne
faudrait pas perdre de vue, c’est comment ont pu être édifiées avec
détermination la paix et les lois à appliquer pour sortir d’une
période de troubles et de désarroi.
Quant au deuxième
mandat, il convient d’admettre que la réélection avec une majorité
écrasante n’est que l’effet produit par le sentiment retrouvé de
sécurité que ressentait chaque Algérien, ainsi que le beau bilan du
premier mandat dépassant tous les résultats escomptés. Ce
renouvellement de confiance du peuple à son Président l’a doté de
pouvoirs plus étendus en réconfortant davantage sa position pour
décider librement du choix des cadres gestionnaires, disposant de
solides références en la matière, tout en étant entièrement engagés
pour le programme adopté par la majorité du peuple. Cependant, comme
le changement de ces cadres n’a pas eu lieu, il est évident à ce
qu’il y ait maintien d’un système révolu empêchant toute forme de
réforme.
Or, il se trouve
que beaucoup de ces cadres connus pour leur soutien au groupe
d’opposants dit 10 + I lors des dernières élections présidentielles
sont encore opérationnels. Là, il ne s’agit pas de purge à faire, ce
qui est contraire à la morale et aux libertés individuelles.
Cependant, ce qui est navrant, c’est de les garder encore dans des
postes de confiance. Ainsi on se demande de quel appui jouissent ces
indéracinables ? D’autant qu’un journaliste les avait traité ces
derniers temps «de responsables flamboyés et flamboyant qui brisent
le miroir des institutions de l’Etat pour faire sombrer des
populations pauvres dans le désordre et la violence de l’émeute».
D’ailleurs, ces ingrats qui savent s’agripper comme des sangsues ne
s’étaient pas gênés pour se comporter en fossoyeurs du groupe
Khalifa, après l’avoir poussé à enfreindre la réglementation en
vigueur concernant le dépôt chaque semestre de la situation
financière afin de définir le montant devant être fixé pour le ratio
de solvabilité.
Donc, à qui la
faute ? C’est malheureusement à ceux qui n’ont pas fait leur devoir
d’appliquer les lois en vigueur pour endosser moralement et
pénalement la responsabilité de tant de centaines de milliards de
dinars qui sont partis en fumée. Dans cet exemple, il est évident
qu’ils se sentent largement stigmatisés par la phobie de la
dénationalisation dont l’effet immédiat se traduirait par la
réduction du nombre des fonctionnaires déjà préconisée par la Banque
mondiale et des prérogatives dont ils ne peuvent pas facilement se
défaire.
C’est parce qu’ils
sont aussi à l’origine du parasitage et de la confusion ayant
engendré une gestion menée dans l’improvisation avec amateurisme,
causant ainsi l’effondrement du groupe économique Khalifa dont nous
subissons avec stupeur des retombées perverses jusqu’à présent. Cela
provient aussi du critère adopté avec le choix des cadres imposés
par la légitimité dite révolutionnaire, qui est celui de
l’allégeance, s’étant substituée à la compétence pour certains avec
l’engagement d’appliquer à la lettre les notes et directives qui
leur parviennent.
De ce fait, on
comprend mal pourquoi l’ancien ministre des Finances s’était rendu
en France pour demander de l’aide à réformer le système financier
algérien. Et qu’en Algérie, il y a bien des cadres venant de
l’étranger aptes à pouvoir faire quelque chose de valable, si
seulement ils n’ont pas été marginalisés par ceux dont le profil
prête à caution pour être hostiles à tout changement.
Pour y parvenir,
cela suppose ne point leur offrir l’occasion de transformer leur
opposition en idéologie risquant de mobiliser facilement les
nostalgiques de la période d’assistanat et du soutien des prix de
produits de consommation conventionnés. Par ailleurs, ce qui devrait
être impérativement écarté, c’est le maintien de la continuité d’un
système où il y a confusion des rôles de l’Etat puissance publique
et celui de l’Etat propriétaire et gestionnaire qui sert par voie de
conséquence de tiroir-caisse pour supporter des dépenses effrénées
et couvrir en même temps des déficits à éponger ayant laissé trace
de grandes fissures sociales. D’autre part, le fait marquant pour le
moment, c’est celui du deuxième mandat, placé sous le signe de trois
grands axes, à savoir l’achèvement de la concorde civile qui ne
cesse d’étonner tout le monde par son succès, y compris ceux qui ont
eu du mal d’y croire, la réforme en profondeur du système économique
de gestion, conformément aux choix effectué pour l’ouverture sur une
économique libérale et moderne, et la modernisation du pays afin que
les services publics puissent se désengager de la gestion des
affaires économiques en laissant la place au secteur privé. C’est
une œuvre de longue haleine qui nécessite de gros moyens ne pouvant
être pilotés que par une bonne gouvernance. Dans ce cas de figure,
ce qui est inquiétant, ce sont les signes apparents de rupture entre
les partis de la coalition parlementaire. Cela laisse supposer que
la persistance des querelles internes risque de rendre le pays
ingouvernable. Néanmoins, l’alliance de la mi-octobre 2005 établie
entre les trois partis de la majorité parlementaire, semble être
pour une durée incertaine. Parce que la course au fauteuil, c’est
quelque chose d’inné chez la plupart des Algériens, avec la
surenchère qu’il y a pour les portefeuilles ministériels, notamment
pour les ministères de souveraineté. De ce point de vue, sans union,
comment peut-on imaginer un seul instant la réussite de l’économie
de marché tant que la privatisation n’a pas eu encore l’unanimité,
et sans homogénéité au sein de la majorité parlementaire? A cela
s’ajoute le fait marquant qui est celui de la gestion de l’ancien
ministre des Finances, dont l’une des fausses notes de son bilan est
celle de l’augmentation des prix des produits de consommation qui
est politiquement la mesure la plus impopulaire. Et qui, depuis un
certain temps, elle a fait le haut de l’actualité, ce qui fatalement
a débouché déjà sur la hausse des salaires qui était prévue par la
loi des finances de 2006. C’est ainsi que le citoyen se rebiffe en
pensant qu’on le traite avec indifférence, par le fait de lui
imposer un surcoût sur les produits dont il a besoin au quotidien. A
savoir que c’est là où le terrain devient favorable au ver qui
pénètre dans le fruit pour qu’après on se demande pourquoi il y a
pourrissement. D’autant plus qu’en matière de gestion budgétaire,
quand on n’arrive pas à éviter de toucher au pouvoir d’achat, qui
constitue le dernier recours, il est exclu de croire à une bonne
gestion. En Europe, s’il y a eu hausse des prix, c’est parce qu’elle
est provoquée par l’augmentation du cours du baril du pétrole. De ce
fait, cette hausse du baril de pétrole devrait en Algérie faire
tempérer la virulence des symptômes inflationnistes qui s’exercent
sur le dinar. Ainsi les prix de produits de consommation n’auraient
pas à être augmentés pour être par précaution seulement gelés afin
d’éviter un mécontentement généralisé des masses laborieuses les
plus touchées. Par ailleurs, pourquoi a-t-on classé Sonatrach,
Sonelgaz, Air Algérie et d’autres comme entreprises stratégiques, ce
qui est une façon que celui de l’EDF France serait d’un grand succès
si on parvenait à sensibiliser les millions d’abonnés de notre
entreprise pour qu’ils souscrivent en masse à l’ouverture du capital
de leur fournisseur en électricité et gaz ? A condition que le
nominal de l’action au porteur soit à la portée de chaque
souscripteur, c’est-à-dire entre 500 et 800 DA. Aussi, à titre de
test, il ne faudrait plus recourir pour une fois à l’épargne
institutionnelle afin de pouvoir mieux sonder celle du grand public
devant être explorée en profondeur. D’autant qu’il y a le 20 % du
capital comme partout ailleurs devant être réservé à l’épargne du
grand public et le 40 % pour le capital étranger à qui serait
confiée la gestion qui est le point faible des sociétés nationales
afin de lui permettre de faire fructifier son placement en mettant
fin au gaspillage et au suremploi qui pèse lourdement sur les
charges. A ce stade, la participation du secteur privé ferait
incontestablement modifier le mode de gestion qui serait libéralisé
pour mettre fin au gaspillage en générant des bénéfices, et surtout
le fait de mettre de l’ordre pour qu’il n’y ait plus ces coupures de
courant devenues de plus en plus fréquentes. Dans ce cas de figure,
il est temps de mettre aussi fin à tant d’années d’hésitations et de
tâtonnements pour élaborer une stratégie dont l’approche serait de
prendre les mesures d’urgence qui s’imposent ayant pour finalité
majeure l’assainissement radical de la situation. Surtout qu’il y a
l’exemple français après le NON à l’Europe : la classe politique
française commence à se mobiliser pour une sixième République afin
de mettre au placard la cinquième qui a vieilli et ne répond plus
aux exigences des temps modernes.Concernant le pays, le changement
souhaité pour un assainissement total de la situation actuelle,
c’est de commencer par doter l’Algérie d’une nouvelle constitution
avec la proclamation d’une deuxième République. Ainsi, les pages
sombres de l’histoire du pays seront tournées pour de bon. Ce qui
est une façon de dire : on efface tout et on recommence pour une
meilleure constitution fondée sur de nouvelles bases. Quoique l’idée
d’une deuxième République ait déjà été préconisée déjà pendant les
événements d’octobre 1988 après option pour le pluralisme politique
et l’économie de marché.
Donc si l’idée
n’avait pas germé depuis, il est temps de la reprendre. Dans cette
vision des faits, ce qui est primordial, c’est le terrain à déblayer
en mettant les pendules à l’heure par l’utilisation du droit de
légiférer par ordonnance, ce que confère la Constitution au
Président de la République pour dissoudre les deux chambres afin de
ne laisser aucune trace du passé. Et de modifier en même temps le
code électoral en remplaçant le suffrage de liste par celui du
suffrage uninominal. Ainsi la représentativité des parlementaires
serait beaucoup plus démocratisée avec beaucoup plus de compétents
disposés à œuvrer pour le bien-être du pays. Ce qui de toute
évidence élèverait le niveau des débats en faisant sortir la classe
politique de ses pratiques routinières. Dans cette opération, les
premiers résultats à enregistrer seront sans nul doute l’argent de
l’Etat qui serait dépensé à bon escient pour pouvoir élever
davantage le niveau de vie du citoyen. L’assistance publique ne
serait accordée qu’aux démunis et aux plus âgés sans ressources avec
un plafonnement des revenus modestes. Cependant, le discours du
1.12.2004 prononcé par le Président lors du congrès des moudjahidine
mettant fin à cinquante années de légitimité révolutionnaire a fait
très bonne impression au sein des masses populaires, pendant une
période où l’heure de vérité a sonné après avoir perdu trop de temps
et d’argent. Faut-il encore venir à bout des tentacules placées par
cette légitimité pendant des décennies avec son influence pour des
nominations à des postes de responsabilité dans différents secteurs
de l’administration et devant être éradiqués pour de bon ?
D’autre part, le
retour aux urnes pour un suffrage uninominal serait la solution
idéale. D’autant que la cote de popularité des élus locaux ne cesse
de baisser à une allure vertigineuse, tant qu’existe encore le
suffrage de liste qui est à l’origine de la confusion entre
l’intérêt général et personnel.
Par ailleurs, la
rumeur publique qu’affectionnent les opposants pousse souvent au
dénigrement pour les nombreux voyages du Président à l’étranger,
dont la plupart sont effectués sur invitation, sans pour autant
mesurer l’importance de ces déplacements qui élèvent le prestige du
pays en renforçant davantage sa position et sa crédibilité dans le
concert des nations. A cet effet, il serait judicieux d’être secondé
par un nouveau poste de vice-président de la République qui serait
choisi parmi les personnalités politiques les plus en vue, ayant
déjà fait preuve d’un combat politique acharné, de soutien et de
fidélité au programme présidentiel. Autrement dit, le profil d’un
dauphin connu pour son soutien pendant les deux mandats au programme
du Président et ayant aussi acquisz la maîtrise de bien communiquer
avec le peuple pour mieux convaincre.
Quant aux
entreprises publiques, dites stratégiques pour ne pas être
privatisées, leur gestion administrée et le comportement de leur
personnel sont des sujets à débattre afin de stimuler le travail qui
est la cause principale du ralenti de l’appareil productif et de la
chute du dinar. Quant aux ayant droits ou autres qui ont abusé de
leur position et de leur influence ainsi que de leurs interventions,
ils finiront par s’estomper d’eux-mêmes, comme les critères
d’allégeance et de passe-droit n’auront plus court. Les
renseignements fournis pour la constitution du dossier de chaque
candidat aux élections seront mieux distillés.
Et ce n’est qu’à
partir de nouveaux critères qu’il y aura émergence d’une
représentativité d’élus qui seront crédibles pour être mieux écoutés
et suivis. A cela, il appartient d’ajouter le fait d’avoir gardé le
même programme d’études en sciences économiques pour la génération
actuelle d’étudiants, que les professeurs enseignent sans changement
de matières pendant plusieurs décennies. C’est une façon de
perpétuer un système censé être révolu, malgré l’option faite pour
l’économie de marché. Dans ces conditions, comment voulez-vous qu’il
y ait des réformes économiques ou d’adaptation aux pratiques
modernes conformément à l’option faite ?
En ce qui concerne
le tiers présidentiel, il convient d’admettre que c’est une
innovation de l’ancien Président Zerroual qui, n’étant pas rassuré
sur l’homogénéité de la majorité parlementaire, s’est vu contraint
de la renforcer par le choix d’une quarantaine de personnalités de
confiance parmi les plus proches. Ce qui n’est pas le cas pour
l’actuel président de la République qui n’a nullement de problème de
confiance pour recourir à ce genre de procédé. Et ce qui justifie ce
fait rare, c’est l’accueil réservé par tout un peuple avec tant de
joie et d’allégresse à son Président lors du retour au pays après
son hospitalisation à Paris. D’autant que la majorité parlementaire
actuelle semble s’effriter depuis l’absence du Président de la scène
politique causée par sa maladie. A ce stade, il est évident que,
sans le rôle d’arbitre, les dissensions entre partis politiques
finissent par s’accentuer. Par ailleurs, à maintes reprises, le
Président dans ses nombreux discours avait fait part de ses
impressions sur l’existence et l’utilité du Sénat, pour faire
comprendre qu’il y a de nombreuses priorités qui passent avant le
bicaméralisme. Surtout que le Sénat est devenu, depuis, une
institution budgétivore dont le rôle jusqu’à présent a été celui de
confirmer les décisions de l’Assemblée nationale en les faisant
passer comme une lettre à la poste.
T. M.
Consultant en
Finances
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