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La
communication vecteur
Du nécessaire consensus
Par A. BENZELIKHA*
Auteur de
«Presse algérienne. Editoriaux et Démocratie», Essai, 2005.
Le nouveau siècle
que nous entamons est incontestablement celui de la communication,
une communication fondée sur de nouvelles technologies constituées
par de vastes concentrations industrielles et commerciales obéissant
à des stratégies nées dans le sillage de la mondialisation ainsi que
le note pertinemment le rapport mondial sur la communication et
l’information rendu public par l’Unesco au cours de son biennal
1999 – 2000.
L’Algérie, qui a
réservé à ce secteur une place prépondérante aussi bien durant la
révolution au cours de laquelle des médias tels que «La Voix
de l’Algérie combattante» «El Moudjahid» et l’APS, ont joué
un rôle inestimable de sensibilisation et de mobilisation de la
population jusqu’à l’indépendance. De même qu’à partir de cette
période, la presse a constitué le support fondamental de
communication autour des tâches dites d’édification nationale et n’
a pas été en reste du processus de transformation et de mutation
induit à partir d’octobre 1988.
La loi d’avril 90
et les textes subséquents, ont ouvert aux journalistes la faculté de
«constituer des collectifs professionnels pour la création et
l’édition d’un titre indépendant, de revues ou de périodiques» (circulaire
gouvernementale du 19 mars 1990), en prévoyant d’accompagner ces
projets par des facilités diverses portant sur " l’accès au
crédit, locaux, impression et facteurs de production». Elle
a servi de levier à la diversification de la presse écrite qui a
marqué, à jamais, le paysage médiatique national.
L’avènement du
pluralisme, rendu possible par
l’ adoption de la Constitution de 1989, a, en effet, ouvert à la
communication en Algérie des perspectives nouvelles, qui ont permis
de prendre en charge les aspirations exprimées par la société pour
la liberté d’expression et d’opinion.
C’est dans le
prolongement de ces grands changements sociopolitiques que la presse
algérienne connut un essor sans précédent et fut appelée à jouer un
rôle inédit, non seulement dans la consécration des grands idéaux de
liberté mais aussi, subséquemment, dans la défense de l’ idéal
républicain.
Elle en paya d’
ailleurs le lourd tribut puisque plus d’une centaine de journalistes
furent assassinés, tandis que plusieurs dizaines d’autres furent
contraints à l’exil.
Au moment où notre
pays célèbre la 16e édition de la Journée internationale
de la liberté de la presse, en ce 3 mai 2006, il est important de
rendre un hommage appuyé à cette profession, qui se doit d’être
celle de la liberté, de la droiture et du débat.
I.
A LA LUMIERE DES MUTATIONS
L’évaluation de
l’ensemble de ces développements permet d’affirmer que le secteur a
accompli de l’indépendance à nos jours, de grands progrès, aussi
bien au plan de l’organisation, du fonctionnement que de
l’adaptation aux exigences liées à l’extension des libertés.
Il est également
important de relever les conditions de transformation radicales du
paysage international de la communication et c’est précisément face
à la dynamique de la société mondiale de l’information (SMI), que
l’Algérie a eu besoin d’une doctrine qui fixe la philosophie de
l’Etat en matière de communication et qui détermine les priorités en
matière d’actions de développement.
C’est ainsi que
si l’on devrait en établir un bilan, on noterait que l’Algérie a
très tôt doté la communication d’un dispositif juridique, en
l’occurrence la loi sur l’information de 1982 suivie de celle
d’avril 1990 qui a fondé le pluralisme médiatique.
Le secteur
national de la communication, tout en étant, à l’heure actuelle,
régi par des textes législatifs et réglementaires, dont l’origine
remonte à l’avènement du pluralisme dans notre pays, demeure le
reflet d’une volonté claire d’adaptation de notre législation aux
textes internationaux sur lesquels elle s’adosse.
A/
La législation
internationale comme cadre de référence
Pour rappel,
l’Algérie est signataire de conventions internationales qui,
ratifiées, prennent force obligatoire.
La Constitution
algérienne de février 1989 ou celle de 1996, dispose en son article
28 que l’Algérie «souscrit
aux principes et objectifs de la Charte des Nations unies»
Les textes de
référence les plus importants sont :
1/
Le Pacte international de l’ONU relatif aux droits civils et
politiques, est adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en
1966. L’Algérie a adhéré à ce pacte en 1989. Il comporte, entre
autres, les dispositions suivantes :
-
article 19, alinéas 1 et 2 que
«Tout individu a droit à la liberté
d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être
inquiété et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans
considération de frontières les informations et les idées par
quelque moyen d’expression que ce soit.»
-
alinéa 3
«L’exercice des libertés prévues
comporte des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales. Il
peut en conséquence être soumis à certaines restrictions, qui
doivent être toutefois fixées expressément par la loi et qui sont
nécessaires :
a/ au
respect des droits ou de la réputation d’autrui;
b/ à la
sauvegarde de la sécurité nationale, de l’ordre public, de la santé
et de la moralité.»
2 /
La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Signataire
de cette Charte, l’Algérie occupe, par ailleurs, un siège à la
Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.
-Elle
stipule, en son article 9, que
«Toute personne a droit à
l’information. Toute personne a le droit d’exprimer et de diffuser
ses opinions dans le cadre des lois et règlements en vigueur.»
B / Le
dispositif législatif et réglementaire national
1 / Le
précédent de la loi de 1982
S’inscrivant dans
le cadre de la Constitution de 1976, qui consacrait des choix de
société conformes aux orientations socialistes de l’Algérie, cette
loi a régi le secteur de l’information jusqu’à 1990, selon les
options systémiques de l’époque, prenant en charge les exigences de
l’environnement sociopolitique national et international.
2 /
La loi du 3 avril 1990
2.1. Les
principales dispositions de la loi :
Toujours en
vigueur, la loi 90-07 du 3 avril 1990, relative à l’information, a
été promulguée dans la foulée de l’adoption de la Constitution de
février 1989, qui a consacré le pluralisme politique et la liberté
d’expression.
Cette loi : /
consacre la liberté d’expression ;/ réglemente l’exercice de la
profession ; / attribue au journaliste le statut de travailleur
intellectuel relevant à la fois de la profession libérale et du
salariat ;/ définit les règles déontologiques propres à la
profession en énumérant un certain nombre de devoirs qui s’imposent
aux professionnels dans l’exercice de leur métier. / fait notamment
obligation au journaliste de :
-
respecter les libertés et droits des citoyens,
- avoir
le souci de vérité, d’objectivité et d’honnêteté,
-
s’interdire : l’apologie de l’intolérance, la violence, le plagiat
et la calomnie ; / supprime le monopole de l’Etat en matière
d’information ; / introduit le système déclaratif pour
la création de journaux ; / sépare les activités
d’impression, d’édition et de diffusion ; / ouvre aux
opérateurs de droit privé la possibilité, après autorisation du CSI
de créer des radios et des télévisions (article 56). Cette
disposition n’a pas connu, à ce jour, de début d’application.
II. UNE
EVOLUTION DU CHAMP MEDIATIQUE
Depuis la
promulgation de la loi du 3 avril 1990, le secteur a
considérablement évolué quantitativement et qualitativement.
Les pratiques
journalistiques, quant à elles, faites souvent des réalités de cette
relation particulière entre la presse et le pouvoir politique ou
financier, évolueront au fur et à mesure des décantations
intrinsèques et extrinsèques.
La presse écrite,
tant privée que publique, est nombreuse et diversifiée. De 50
titres, tirés à quelque 150 000 exemplaires avec un maximum de 750
000 exemplaires par jour avant 1990 (selon une étude réalisée par le
Pr. Ahcène Belkacem Djaballah), nous sommes passés à fin mars 2005 à
105 titres, dont 45 quotidiens, 49 hebdomadaires et 11 magazines,
tirés à plus de 1 000 000 et demi d’exemplaires.
La presse écrite
demande, à terme, un ensemble de réflexions particulières
rattachées à la formation, à la publicité, à la diffusion et à la
commercialité.
En matière de
radiodiffusion, et plus particulièrement ce vecteur de la modernité
communicationnelle, que sont les radios de proximité, la trentaine
de stations fonctionnelles sont une fierté du secteur de la
communication et constituent la charpente du service public de la
Radio nationale, que chacun veut de plus en plus proche des citoyens
et de leurs préoccupations et aspirations.
Ce réseau qui est
un puissant moyen de soutien et d’accompagnement du développement
local, sous tous ses aspects, économiques, culturels et
institutionnels, a conquis un auditoire important entre 2002 et
2005, grâce à la qualité de sa grille des programmes et à
l’augmentation de son volume horaire.
Son extension sur
la base, une wilaya / une radio et même plus, vœu des populations et
des pouvoirs publics locaux pourrait être rendue possible par les
Ntic, notamment par le Vsat. Avec les chaînes nationales, elles
contribuent davantage encore à l’intégration citoyenne et la
symbiose entre diverses cultures régionales, ce qui ne peut que
renforcer l'unité nationale.
Par ailleurs, la
communication dans notre pays est doublement interpellée par des
défis, nés du développement de la société qui a induit de nombreux
besoins en communication ainsi que des révolutions technologiques
successives, notamment au niveau de l’audiovisuel.
Il s’agit, en
fait, de s’adapter à ces multiples enjeux, à travers des actions
concrètes, dont la presse s’est déjà fait l’écho, dont :
-le
lancement de nouvelles chaînes TV thématiques ;
-la
planification des fréquences reconsidérées à la lumière des
développements technologiques de la généralisation du
numérique.
-la Télévision
numérique terrestre (TNT) avec ses nombreuses implications de
stratégie, de technique et de finance ;
-la mise
en œuvre de plans de développement de l’audiovisuel pour l’extension
et l’amélioration de la qualité de service et afin d’assurer une
meilleure couverture radiophonique et télévisuelle.
Ces actions
ambitieuses, aux cotés d’autres, s’inscrivent dans le Programme de
soutien à la relance économique de 2001 et dans celui de 2005-2009,
soit le Programme complémentaire de soutien à la croissance,
consolidé par les Programmes complémentaires de développement des
wilaya du Sud et des Hauts Plateaux, initiés par Son Excellence
Monsieur le Président de la République.
Ces actions sont
venues faciliter l’exercice de la profession journalistique et
apporter au secteur les solutions technologiques tant attendues,
lesquelles, de plus est, ont défini ipso facto, une stratégie
sur le plan national et international.
III. LA
NECESSAIRE ENTENTE MEDIATIQUE
Au moment où
l’Algérie s’est exprimée massivement pour la charte pour la paix et
la réconciliation nationale, la communication nationale consciente
des enjeux internes et externes liés à la stabilité du pays, œuvre à
l’épanouissement des vertus et valeurs induites par celle-ci.
C’est du reste
dans cet esprit qu’elle est appelée à recadrer le débat sur la
démocratie et la liberté d’expression, tout en portant davantage
l’attention aux questions d’éthique et de déontologie. Dans ce
cadre, notons qu’un Conseil supérieur d’éthique et de déontologie
d’émanation professionnelle, a été pertinemment mis en place, tout
en suscitant beaucoup d’attente à ce jour.
Cette même
question d’éthique et de déontologie, avec la mise en place de
mécanismes opératoires, mérite d’être débattue aujourd’hui, avec une
volonté consensuelle, en vue d’une prise en charge réelle et cela
dans l’intérêt de la liberté de la presse, de son exercice par les
journalistes et des droits de la société et de tout un chacun.
En parallèle, il
serait nécessaire que puissent être favorisées et encouragées toutes
les démarches tendant à la mise en place d’un statut garantissant
aux journalistes l’ensemble de leurs droits sociaux et
professionnels, en particulier ceux liés à la formation et à la
protection sociale.
L’exercice dans la
dignité, selon des procédures avérées et adaptées aux normes et
contextes, devrait aussi faire l’objet d’une attention
particulière.
Toutes ces
préoccupations pourraient trouver leur place dans une vision globale
et prospective de l’ensemble du dispositif juridique national, à
différents niveaux.
Il s’agit de
prendre en charge la nécessité de créer un nouveau cadre qui
concilie à la fois les attentes du citoyen en matière d’information
et d’ouverture du champ médiatique, les nécessités de toute
organisation et les besoins inhérents aux missions de service
public.
L’objectif visé
serait de promouvoir la presse algérienne au plan des contenus et
des formes et de l’inscrire dans les valeurs universelles induites
par l’émergence de la société mondiale de l’information (SMI); une
tâche facilitée par la place de premier plan que cette presse occupe
déjà au niveau régional et international.
L’Algérie
réconciliée est forte des valeurs qui ont inspiré son combat pour
l’indépendance et de son attachement indéfectible à la défense des
droits de l’homme et du citoyen. Faut-il rappeler que la presse fut
aussi de ce combat ?
L’enseignement que
nous ont laissé nos aînés et au moment où l’on va commémorer le 50e
anniversaire de la création d’El Moudjahid, demeure que
les journalistes et les médias ont pour mission essentielle de
participer et d’aider leur société et leurs compatriotes à donner du
sens à leur action, à leur combat, à l’expression de leurs
aspirations, à leur vécu et aux évènements.
Ceci restera
toujours valable quelle que soit la portée des innovations
technologiques, de la «galaxie Gutenberg» à la «galaxie
Microsoft», en passant par la «galaxie
Marconi».
La paix consacrée
et la sérénité retrouvée, notre peuple revient, fidèle à ses
principes, à sa cohésion première. C’est à cette cohésion
originelle qu’appelle la réconciliation nationale.
C’est à cette
cohésion aussi qu’aspire la presse algérienne, tant elle est
pénétrée, depuis le Mouvement national, des idéaux de paix, de
justice et de liberté.
Le monde de la
communication pourrait-il aujourd’hui tourner le dos à cet héritage,
à ces traditions et à cette sensibilité particulière vis-à-vis de
tout ce qui touche au devenir de l’Etat-Nation ?
La presse
algérienne, pétrie de ces idéaux, saura encore s’en réclamer, comme
elle l’a déjà fait auparavant. Comment peut il en être autrement ?
Alors que la presse s’est voulue, depuis son apparition, un vecteur
essentiel de la prise en charge des idées de progrès, un espace
privilégié de leur expression et de leur propagation et le reflet
fidèle, par l’information et l’analyse objective, de la réalité
sociale
C’est sans doute
dans les moments les plus difficiles que la communication aura fait
montre de ses plus grandes capacités. A l’heure des défis, elle aura
toujours su les relever. C’est encore un défi, qui, aujourd’hui, se
pose à nous. Celui de la paix. D’une paix fructueuse que nous avons
tous à bâtir, pour le grand bien de notre pays, pour l’avenir des
nouvelles générations et pour notre adaptation permanente aux
profondes mutations internationales.
Car c’est un monde
métamorphosé par la mondialisation et la globalisation, qui
aujourd’hui, se dévoile à nous. Un monde, où la communication obéit
désormais à des protocoles de plus en plus complexes, rattachés aux
nouvelles technologies et aux enjeux de domination idéologique et
socioculturelle.
La communication
dépasse aujourd’hui les concepts hérités de la bipolarité et du
contrôle de l’accès à l’information. C’est un monde réduit, selon
l’expression fameuse de Mac Luhan, à un village planétaire.
Mais un village
où, plus que jamais, chacun se doit de faire valoir sa spécificité
et son point de vue. L’uniformité n’est plus ce que cherche à
instaurer un pouvoir central à l’échelle d’un pays. Mais bien celle
transnationale et complexe que peut laisser voir le processus actuel
de mondialisation. Beaucoup de schémas revendicatifs sont dépassés,
sont à cet égard dépassés, même s’ils n’ont pas été satisfaits.
La communication
transnationale et instantanée est là, dont la sélection et la
diffusion relèvent de centres plus ou moins identifiés. Place alors
à une somme incommensurable de connaissances multiformes inondant
le monde dans un processus en boucle sans fin, mais à l’influence
certaine sur les idées et les comportements.
Les enjeux sont
ainsi autres et les stratégies appropriées se doivent d’être
développées pour y faire face. Leur concrétisation exige une
démarche pragmatique d’adaptation et de projection, de réflexion et
de créativité, de responsabilité et de liberté. D’entente
médiatique.
L’Algérie se doit
d'être au rendez-vous de ces réalités, tant idéologiques que
technologiques pour les maîtriser et faire en sorte qu’elles soient
au service des idéaux de paix, de justice et de progrès, qu’elle a
toujours eu à servir et du dialogue fécond des identités culturelles
dans leur diversité qu’elle a toujours prôné.
N’est-il pas
meilleur auspice pour parler de la relation entre le politique et le
médiatique que «le nécessaire consensus national». Il ne
signifie pas, et cela s’entend, ni unanimisme médiatique ni
obligatoirement, consensus politique.
* A. BENZELIKHA
Auteur de «Presse algérienne. Editoriaux et Démocratie.»
Essai. 2005
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