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Le phénomène mis à nu par les législatives

A l’heure de la contrefaçon politique

La vie politique nationale est aujourd’hui menacée à l’image de ce qui se passe en économie par le fléau de la contrefaçon. Le marché politique est inondé de produits politiques contrefaits, autant il y a de fausses pièces BCR, de faux frigos estampillés ENIEM, de fausses cigarettes Marlboro autant il y a de faux républicains, de faux réconciliateurs, de faux islamistes etc. La situation est d’autant plus grave qu’à l’opposé de l’économie, les pouvoirs publics semblent négliger le fléau sans qu’on sache trop pourquoi. En effet les contrefacteurs de la politique sont à la tête d’entreprises d’un autre genre. Le moins que l’on puisse dire est qu’elles brillent par leur débâcle. Alors que le seul terrain des luttes devait les condamner à la disparition, du fait de leur inefficience, elles semblent à contrario trouver matière à pavoiser chaque fois qu’elles reçoivent une tannée.

Par Larbi Graïne

RPR, MNND, MNE, PNSD, PST, RA, FND, FNIC, la liste est encore longue de ces sigles aussi sauvages qu’intempestifs de partis politiques sans ancrage social qui font leur apparition lors des campagnes électorales précédant les élections avant de disparaître ensuite aussi vite qu’ils étaient apparus. On ne leur reconnaît aucun programme, aucune activité militante durant l’intervalle qui sépare la proclamation des résultats et la campagne électorale suivante. Certains mêmes arrivent à décrocher quelques strapontins en réussissant à dénicher des réseaux clientélistes surtout dans les zones rurales où la tribu a encore son mot à dire.

Qu’est-ce qui a pu permettre à ces partis aussi évanescents qu’inconsistants de rebondir cycliquement sans montrer le moindre signe d’essoufflement ? Surtout lorsqu’on sait que d’une apparition à l’autre, des mois s’écoulent quand ce n’est pas des années.

Pour comprendre ce phénomène qui participe de la pollution du climat politique en Algérie, il est intéressant d’établir l’homologie entre la sphère du politique prise comme système global régissant les interactions et les activités politiques d’une part et l’économique, sphère régissant l’ensemble des activités et échanges économiques, de l’autre.

Transposé dans le champ économique, le parti politique peut se définir comme une « entreprise politique » activant au sein d’un « marché politique dominé par la concurrence ». L’activité des partis vise une «plus-value politique », pour ce faire, l’entreprise politique fabrique dans sa « manufacture » le « produit », ici son programme en vue de le vendre sur le marché. La vente a lieu sur la voie publique, les meetings, les manifestations de rue mais elle est à terme couronnée par une grandiose vente promotionnelle lors des grandes foires, ici les élections. Autrement dit, les résultats des élections renvoient aux résultats de la vente programmatique. Les résultats officiellement proclamés étant une sorte de bourse indiquant la côte respective des acteurs en présence.

L’indice probant de la bonne santé de l’entreprise politique est le chiffre d’Affaires, ici le nombre de voix récoltées. Mais la bonne santé se mesure aussi à l’aune de la stratégie de fonctionnement qui a été mise au point par l’entreprise sur le court, moyen et long terme en vue d’assurer et de préserver sa part de marché à côté d’autres entreprises fiables. Bref, ce qui détermine la survie de l’entreprise n’est autre que la loi de l’offre et de la demande. Notion importante, si l’en fut, qui, à vrai dire, est celle-là même qui préside à la régulation du marché politique. Un parti politique ne peut exister que si les conditions de son existence sont réunies, ce qui est la vérité même de Lapalisse. Le besoin de créer un parti se fait d’autant plus sentir qu’un nouveau courant d’opinion a émergé dans la société. Le parti disparaît naturellement avec l’extinction de l’idéologie qui l’avait jusque-là porté pour céder la place au nouveau mouvement devant prendre la relève. Le partage des voix s’impose par exemple quand il y a un surplus de partis autrement dit quand il y a une offre supérieure à la demande. Que cela soit dit en passant, le chiffre avoisinant le un million de bulletins nuls mis à la décharge de l’ensemble des « entreprises politiques » en lice lors des législatives du 17 mai, constitue le stock des invendus.

De l’économie à la politique

Mais sur le terrain, on s’est appliqué à formater le paysage politique sur le modèle économique. L’avènement de l’économie dite de marché, ne signifie pas la fin de l’étatisme et des tares qu’il avait charriées. Des entreprises complètement en banqueroute ont été mises sous perfusion, maintenues en vie artificiellement sans qu’elles soient capables de réaliser le moindre bénéfice. Or, comme nous venons de l’exposer, l’entreprise économique/politique est vouée à la faillite si elle ne parvient pas à tenir tête à ses concurrents, améliorer son produit/programme et séduire ses clients/citoyens. Quantité de pays émergents ont connu cet « archaïsme économique» qui consiste à transposer des schèmes de gestion propres à l’économie dirigée vers l’économie de marché. On a ainsi injecté de l’argent frais dans des associations aussi moribondes que budgétivores, issues de l’ère socialiste et monopartisane.

On comprend mieux pourquoi les partis qui ont fait le pari d’activer par intermittence ont pu aisément tordre le cou à la loi de l’offre et de la demande.

Toujours est-il que la sphère politique est consubstantielle à la sphère économique, à l’archaïsme économique correspond l’archaïsme politique, lequel archaïsme consiste à maintenir dans l’hibernation à coup de circulaires, d’injonctions et d’argent, des partis qui ont cessé d’être politiques à l’image des entreprises qui ont cessé d’être économiques. La décantation qu’on eût pu attendre sur le terrain ne s’opère pas. Pourtant, de par le monde, tous les partis qui ont vécu des débâcles électorales à répétition, ont fini par être laminés avant de disparaître définitivement. Nul besoin de rappeler que le dépôt d’un bilan désastreux entraîne logiquement la liquidation de l’entreprise concernée. Puisque se retrouvant sans ressources idéologiques et financières, sans potentiel intellectuel et militant, elle est contrainte à baisser rideau. Si donc ces petites formations (contrefaites devrions-nous dire) qui ne méritent pas en fait ce qualificatif qui les désigne par leur taille, n’avaient pas été maintenues en l’état, elles auraient déjà disparu depuis longtemps.

Force est donc de souligner que le maintien artificiel de ces entreprises politiques improductives et donc sans rendement politique, s’entend, avait déjà préparé le lit à la fraude électorale. Le détournement des voix au profit des grands partis (un autre qualificatif impropre) participe du pillage politique. On détourne des voix comme on détourne l’argent des hôpitaux, des banques, ou du médicament au profit d’entités privées non identifiées. A économie de pillage correspond le pillage politique. Les partis fraudeurs s’adjugent ainsi des « biens politiques » qui ne leur appartiennent pas en propre pour se présenter sous des dehors trompeurs.

La contrefaçon du politique

Chez nous des « sensibilités », entendez des courants d’opinion s’étant jadis exprimées au sein du FLN d’avant octobre 88, ont pu obtenir leur agrément pour pouvoir activer sous la forme de partis. L’agrément avait les vertus d’un registre de commerce, et on ouvrait des partis comme on ouvrait des boutiques. La rente politique aidant, s’amorçait alors à grande échelle la réduplication d’appareils fantomatiques autant dire des chapelles sans militants et sans politique. Curieusement on a plus insisté sur le caractère épisodique de leur apparition que sur la répétition de leur échec. Car c’est cela en réalité qu’ils viennent promettre sporadiquement.

Avec l’insolence qui leur est coutumière, ils resurgissent lors des rendez vous électoraux, s’adonnant à la contrefaçon politique, déballant leur logorrhée phraséologique en face de qui veut les entendre. On aura compris que le concept économique servant à décrire le trafic sur les labels et les marques de prestige, liés à l’authentification des marchandises s’applique parfaitement au trafic sur la politique. Le discours de ces partis à l’emporte-pièce est contrefait. Il n’est pas le leur, ils l’ont chipé à ceux qui s’opposent au pouvoir véritablement. Pour justifier leur absence des années durant, les chefs de ces appareils inertes vous rétorqueront arborant une mine simiesque « nous activons mais malheureusement, les médias nous boudent ». Leur argumentaire est la copie conforme de l’argumentaire développé par les partis qui souffrent réellement de la partialité du pouvoir en place. Leur programme politique est le produit de la contrefaçon. C’est un produit de laboratoire, fabriqué froidement dans les halls obscurs de la clandestinité. Les partis contrefaits peuvent être classée dans la même catégorie que les détenteurs de licences de taxi. Ils louent leur licence au plus offrant. Des bailleurs de fonds occultes comme il peut en exister dans les terrains marécageux de l’économie informelle, les poussent au grand air pour venir singer tout ce qui bouge. Il y en a qui sont passés maîtres dans l’exercice simiesque en imitant des intellectuels de haut vol, d’autres en imitant des islamistes avérés, d’autres encore en singeant jusqu’à la perfection des démocrates francophones ou des militantes féministes. D’autres usent de procédés sophistiqués pour reproduire la langue de bois du FLN, etc.…etc.… Chaque catégorie simiesque est investie par des « singeurs » professionnels. Leur faconde étant contrefaite, ils excellent finalement dans une politique de pacotille dont ils encombrent l’espace public. On ne sait, par quel miracle, certains parviennent à leurs fins. C’est ce qu’on appelle de la concurrence déloyale dans ce système politique qui s’imbrique parfaitement dans le système économique qui a enfanté l’affaire Khalifa. Il est remarquable de dresser ce parallèle entre les attitudes d’hommes que tout semble séparer. Au tribunal de Blida, lors du fameux procès, le SG de l’UGTA Abdelmadjid Sidi Saïd s’est dit assumer le placement des fonds provenant de la CNAS…A l’issue des législatives du 17 mai, les chefs des trois partis de la coalition se sont donné le mot- au-delà de la divergence de l’interprétation - pour prendre acte de la forte abstention…Les deux attitudes ont ceci de commun qu’elles disculpent leurs auteurs par la seule magie de la déclaration publique. On a avancé l’idée de changer la loi électorale afin d’assainir la scène politique nationale. Pour autant lorsqu’il s’est agi de Khalifa sur lequel on a pas hésité à lever le glaive de la justice, l’idée de faire adopter une nouvelle loi n’avait pas effleuré l’esprit de nos dirigeants. C’est pourquoi il semble aléatoire de pondre un texte juridique supplémentaire là où une médication politique s’avère la plus profitable. La contrefaçon politique n’a en définitive comme antidote rien, rien que et seulement …. la politique.

L. G.

 

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