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Espace, emploi et environnement
Le cas de
l’Algérie
Dans un contexte de timide relance de
l’activité économique, les actions des industries fortement
polluantes en Algérie restent limitées. La prévention de
l’environnement dépendra des actions à mener à l’avenir et qui
doivent être prévues et décidées aujourd’hui.
Par Nouara Kaïd
Tlilane
De nos jours, il
est universellement admis qu’aucun développement social n’est
possible sans une gestion rationnelle de l’environnement. Depuis la
conférence de Stockholm sur «l’environnement humain» réunie en 1972,
le concept de développement durable ou «viable” s’est peu à peu
dégagé, affiné, puis imposé sur le plan international. Sur le plan
international, les questions liées à l’environnement constituent
déjà les enjeux du 21e siècle. Beaucoup de pays du sud ont compris
que «les délocalisations» et les transferts par certaines nations
développées de leurs industries étaient motivés non seulement par
des questions de coût de la main-d’œuvre, mais aussi par la
nécessité de préserver leur environnement dont l’importance
n’apparaît que lentement dans le tiers monde où le concept de
développement durable a mis près de deux décennies à s’imposer.
Chez nous, le
discours prononcé parle de désertification, de pollution
industrielle, de couche d’ozone, était trop général et trop
superficiel pour avoir un impact réel sur le citoyen, premier
concerné par la gestion rationnelle de son environnement. Nos
voisins de l’Est (Tunisie) ont compris depuis longtemps,
l’importance des enjeux liés à l’environnement, et définitivement
admis que leur capital le plus précieux reste leur territoire.
En outre, la santé
humaine est tributaire d’une multitude de facteurs environnementaux.
La prévention des risques pour la santé est indispensable et ceci
doit se faire par le biais de la protection de l’environnement sain.
Le droit à la
santé tel que défini par les textes algériens et le droit à un
environnement sain, favorable à la santé, ne sont pas bien définis
dans leurs incidences pratiques. De ce fait, aucun secteur n’a
l’obligation absolue de les assurer seul. En conséquence, l’Etat
continue de supporter la facture qui revient cher d’une part et le
citoyen continue à en souffrir en subissant toutes les conséquences
d’autre part. Alors qu’une attitude préventive est beaucoup plus
rentable à l’un et évite bien des souffrances à l’autre.
Notre objectif à
travers cette communication est de montrer la nécessité d’élaborer
une «bio-économie» dans le but d’intégrer à la fois et dans une même
logique les phénomènes de la sphère socioéconomique, de
l’utilisation rationnelle de l’espace et de la protection de
l’environnement.
I. Espace,
emploi et dynamiques territoriales
Les politiques
urbaines tendent toujours davantage à atteindre des objectifs de
type économique : accroître l’efficience du tissu de production
local, attirer de nouveaux secteurs et de nouvelles fonctions,
élargir le marché des entreprises locales et par conséquent, une
logique de comportement spatial des activités économiques
apparaissent.
1- Les
statistiques régionales : un instrument de connaissance des
territoires
En Europe, la
conception d’un espace sans dimension, du moins sans disparités
caractéristiques entre ses différents points, a pu être conservée
pendant les trois décennies de croissance soutenue malgré les écarts
importants observés entre certaines régions que les Etats se sont
efforcés de réduire pour maintenir l’hypothèse de diffusion du
développement. Les limites du développement «par le haut» ont amené
à considérer avec attention le développement «par le bas».
C’est au cours des
années 80 que la création de nouvelles entreprises est apparue comme
le principal levier de redressement des économies régionales. Il
devient alors indispensable d’analyser en profondeur les
caractéristiques territoriales notamment en matière d’évolution du
marché du travail et du chômage. La perte d’efficacité relative des
politiques nationales et le recours aux initiatives locales pour
lutter contre le chômage ont motivé une attention particulière aux
micromarchés du travail et principalement au comportement des PME
qui se sont révélées aptes à générer des emplois. Puis, ceux qui ont
mis en œuvre la décentralisation ont ressenti un immense besoin de
connaissance des économies régionales et de leurs situations
relatives.
Pour rendre les
territoires attractifs, deux sortes d’acteurs sont identifiées, à
savoir :
- l’Etat qui
recherche des critères pour attribuer des moyens,
- les
collectivités territoriales qui souhaitent établir des plans à
partir de leurs propres potentialités.
Aujourd’hui, la
complexité du système économique permet difficilement d’envisager
une régulation macroéconomique. L’impératif de déglobaliser pour
agir conduit à établir des comptabilités régionales et multiplier
les observations pour construire les indicateurs normes de
répartition des investissements publics ou de moyens financiers
destinés à promouvoir des opérations de développement.
Pour bâtir une
stratégie fondée sur une mise en valeur de leurs propres ressources,
les collectivités territoriales doivent développer des diagnostics
suffisamment fondés et se positionner pour développer des stratégies
de développement. Pour cela, la production de statistiques
régionales est indispensable.
En outre, la
régionalisation favorise la désagrégation des connaissances. La
déglobalisation des agrégats de l’espace national débouche sur
l’établissement de nouvelles grandeurs régionales supposées
qualifier les régions et permettre de les classer les unes par
rapport aux autres. Les critères ainsi obtenus permettent de guider
les implantations des entreprises. Les coûts comparatifs en main
d’œuvre ont souvent motivé le choix de localisation d’établissements
décentralisés, mais certains critères qualitatifs ont également été
intégrés au calcul d’une localisation souhaitée optimale tels que la
présence d’université, de laboratoires, etc. Aussi, les taux
d’équipement des régions qui facilitent les comparaisons ne révèlent
en rien leur structure interne. Il s’agit, en effet, d’une
connaissance quantitative de la situation de la région mais, ne peut
renseigner sur son fonctionnement interne qui dépend largement des
relations entretenues entre les acteurs localisés à l’intérieur de
ses frontières et le reste du monde. C’est ainsi que le système
d’information doit s’enrichir et il importe de passer d’une notion
d’espace à la notion de réseau.
Grâce à une
panoplie d’indicateurs, la connaissance des territoires et
l’établissement de relations entre variables économiques à un
échelon territorial très limité sont, sans aucun doute, les avancées
les plus marquantes de la dernière décennie en Europe. En outre,
l’amélioration du système d’information Européen, notamment
Français, s’est attaché à connaître non seulement les stocks
permettant la comparaison des espaces entre eux, mais aussi qu’elle
a consisté à mesurer les flux porteurs de changement de structures :
l’analyse des flux de créations d’entreprises illustre cette volonté
de révéler l’effet des forces en mouvement sur un territoire.
2- La division
spatiale du travail
Si l’organisation
scientifique du travail inventée par Taylor et complétée par le
travail à la chaîne de Ford s’est répandue au sein des usines
généralement avant 1945, l’organisation globale de l’entreprise et
ses conséquences en sont tirées après la Seconde guerre mondiale. De
la décomposition du travail de l’ouvrier en tâches élémentaires, on
passe à la décomposition de l’entreprise en fonctions élémentaires
(production, stockage, vente, finances, traitement de l’information,
recherche et développement).
Décomposé en
gestes élémentaires, le travail ne requiert aucune qualification, ce
qui incite les grandes firmes américaines d’abord puis les
entreprises européennes à décomposer leur processus productif en une
chaîne d’usines spécialisées dans les zones de bas salaires. Les
lieux privilégiés sont évidemment les pays du tiers monde, notamment
l’Asie du Sud-Est, l’Afrique du Nord, le Mexique et les Antilles
dont les salaires sont 10 fois inférieurs au salaire ouvrier
américain.
La géographie des
implantations dont le niveau de qualification du personnel est
caractéristique des fonctions exercées par les établissements. En
France, par exemple, les usines de la division spatiale du travail
ont été installées dans des zones avec lesquelles elles
n’entretenaient pas (ou peu) d’échanges industriels, mais dont les
habitants pouvaient se contenter de salaires peu élevés du fait d’un
mode de vie encore semi rural (auto consommation, habitat rural).
Les flux de décentralisation ont été importants au cours des années
1955-1975 et ceci d’autant plus que les entreprises ont été aidées
dans leurs investissements par l’Etat (primes d’aménagement du
territoire).
Les coûts
différentiels dominants au cours de cette phase sont ceux du
travail. Les déplacements des entreprises sont orientés vers les
bassins de main-d’œuvre appropriés. Cependant, pour accueillir les
usines, loger les nouvelles populations ouvrières venues des
campagnes, les villes doivent engager avec l’aide de l’Etat
d’importants programmes d’équipements (zone industrielle, logements
sociaux, équipements sociaux, éducatifs, sanitaires, sportifs,
culturels, etc.). Puis, progressivement, de nouveaux modes de vie se
mettent en place et les modes de vie ruraux se transforment en ceux
urbains.
Aujourd’hui, les
milieux des grandes métropoles sont propices aux échanges
scientifiques, techniques, commerciaux, financiers des entreprises
en réseaux qui élaborent des produits de plus en plus sophistiqués,
associant fréquemment un objet physique à une prestation de service.
Ces changements provoquent la complexification des organisations et
une extraordinaire montée des activités tertiaires. Un nouveau cycle
de concentration des activités autour des entreprises «leaders» de
branches ou du moins de leurs départements de haute technologie est
en cours.
Ainsi, la
disponibilité d’un personnel scientifique et technique, l’existence
d’un milieu riche en société de services, des instituts de recherche
et le raccordement prioritaire aux infrastructures de transports
rapides et de télécommunications sont les éléments déterminants des
choix de localisation de «l’entreprise innovante». C’est donc sur le
développement de facteurs nouveaux de localisation que vont porter
les efforts de villes : universités, centres ou instituts de
recherche, de nombreux services permettant la satisfaction des
besoins aussi bien des entreprises que des populations (qualité de
vie, équipements et animation culturels, protection de
l’environnement). La lutte se porte parfois autant sur l’image que
sur la réalité. Elle est d’autant plus vive que de nombreuses
entreprises anciennes finissent par disparaître.
3- Economie,
emploi et environnement
Dans son ouvrage,
Jean-Paul Maréchal donne une nouvelle réflexion sur le sens de
l’activité économique. Ce faisant, l’auteur délaisse une conception
trop exclusivement rationnelle de l’économie au profit d’une
approche raisonnable de cette dernière, autrement dit d’une économie
qui, sans renoncer à la recherche du résultat maximum avec le
minimum de moyens, réserve toute sa place à la nature des fins
poursuivies et se mettre au service de l’homme.
Ainsi, l’auteur
met tout d’abord en évidence comment s’est édifiée à partir du 18ème
siècle la pensée économique libérale. Celle-ci inaugurée par A.
Smith, transpose dans le champ des affaires humaines par la logique
mécaniste élaborée par la révolution scientifique du 17 ème siècle
incarnée par les figures de Galilée, Newton, Descartes ou Leibniz et
reprise et approfondie par une lignée d’économistes allant de
Cournot à Walras en passant par Taylor. Cette transposition a donné
naissance à ce que nomme J-P. Maréchal «La techno-économie»,
c’est-à-dire la mise en synergie de la technique et du marché. Cette
approche, aujourd’hui dominante, voit dans l’application de la
logique de l’offre et de la demande le moyen de résoudre l’ensemble
des problèmes qui se posent à la société. Or malgré cette
incontestable réussite, cette techno-économie connaît aujourd’hui
des «limites” tant dans le domaine de l’emploi que dans celui de
l’environnement, avec tout un ensemble d’atteinte qui vont de
l’amiante au réchauffement climatique en passant par les déchets
nucléaires sans parler de l’épuisement des ressources.
Selon l’auteur, si
la techno-économie ne parvient pas à apporter de solutions à ces
grippages c’est parce que le paradigme mécaniste sur lequel elle se
fonde lui interdit précisément de prendre en compte la logique qui
gouverne l’existence des facteurs vivants : homme et biosphère mis
en jeu par le fonctionnement de l’économie. D’où la nécessité
d’élaborer une «bio-économie» dans le but «d’intégrer dans une même
logique les phénomènes de la sphère économique et ceux de la
biosphère». Cette nouvelle approche permet de décrypter les rapports
qui existent entre les sphères économique et sociale et la biosphère
: la sphère économique apparaît comme une partie de l’activité
humaine dont l’existence est conditionnée par le double respect de
la cohésion sociale et des mécanismes régulateurs de la nature. Il
s’avère donc nécessaire d’encadrer le libre jeu du marché par un
ensemble de limites assurant la reproduction des domaines qui
l’incluent.
Dans un contexte
de timide relance de l’activité économique, les actions des
industries fortement polluantes en Algérie restent limitées. La
prévention de l’environnement dépendra des actions à mener à
l’avenir et qui doivent être prévues et décidées aujourd’hui.
En ce qui concerne
la sphère sociale, l’auteur appelle la mise en place d’une triple
mesure : réduction -réorganisation du travail, développement de
l’économie solidaire, attribution d’un revenu d’existence.
Pour ce qui est de
l’environnement, il demande que soient respectées les limites tant
quantitatives que qualitatives dont il fournit un mode de
détermination.
4-
L’institutionnalisation de l’environnement.
L’instauration
d’un ordre négocié avec les acteurs de l’environnement passe par
l’institutionnalisation de l’environnement. Au-delà du fait qu’elle
est un «pré requis pour la stabilité», elle va affecter la stratégie
de l’organisation, la contraindre à «sélectionner des moyens
d’atteindre les objectifs qui offrent le maximum de convergence avec
les intérêts des autres parties».
«L’institutionnalisation» de l’environnement peut instaurer un
territoire au sein duquel les acteurs vont développer des relations
particulières. Marshall A. avait déjà proposé la notion de «district
industriel» pour caractériser certains tissus industriels localisés
au sein desquels les agents économiques entretiennent des relations
privilégiées, source d’efficience économique. Pour lui, ces tissus
industriels spécifiques permettaient des économies externes par
opposition aux déséconomies internes caractérisant les grandes
entreprises, dès lors que leur taille dépasse un certain seuil.
Vaesken P. (1996) apporte un nouveau concept de structuration de
l’environnement dans la stratégie de l’entreprise «l’environnement
territorialisé». Cette notion s’est peu à peu imposée comme cadre
d’analyse de la stratégie de l’entreprise afin de rendre compte du
double mode comportemental des acteurs, individualiste et
communautaire.
II.
DEVELOPPEMENT ET ENVIRONNEMENT DANS LE MONDE
1-
Développement, environnement et pauvreté
La protection de
l’environnement et la préservation des ressources naturelles sont
une composante essentielle du développement durable. Sans un capital
«environnement adéquat», tout progrès économique, social et culturel
est irrémédiablement compromis. Les pauvres de par le monde sont à
la fois les victimes et les auteurs de la dégradation de
l’environnement. De ce fait, la lutte contre la pauvreté ne
constitue pas seulement un impératif moral et politique, mais aussi
une condition nécessaire pour la préservation d’un environnement
durable. La pauvreté n’est pas uniquement un état de l’être humain.
Elle est la résultante d’une spirale entraînant, génération après
génération, un nombre d’individus sans cesse croissant. Toute tâche
de développement durable requiert donc, au préalable, l’élimination
de la pauvreté.
La relation entre
pauvreté et environnement qui a été mise en exergue dès 1972 puis
développée en 1992 met l’accent sur le lien entre la pauvreté et la
dégradation de l’environnement dans les pays en voie de
développement et la «non-viabilité» des modes de production et de
consommation dans les pays riches.
Dans les pays du
Sud, le nombre d’habitants vivant en dessous du seuil de pauvreté
est appelé à croître sensiblement du fait de l’explosion
démographique. Cette relation entre pauvreté et dégradation de
l’environnement est évidente dans les pays sous développés parce que
leurs économies sont basées essentiellement sur l’exploitation
anarchique et irrationnelle du milieu. Les pauvres ont des
perspectives limitées parce qu’ils ont peu ou pas de contrôle sur
leurs ressources et sont exclus de toute participation réelle au jeu
de l’économie de marché, dont ils ne retirent aucun profit. La
pression démographique contraignant les pauvres à exploiter de
manière de plus en plus intensive le milieu pour survivre à cours
terme, a pour conséquence l’amenuisement des ressources et pour
corollaire l’accroissement de la pauvreté, hypothéquant ainsi,
irrémédiablement tout espoir de survie à long terme. De plus, le
milieu dans lequel ils vivent est souvent écologiquement fragile.
Les zones rurales sont plus vulnérables et pour la plupart,
constituées de terres arides ou semi-arides, de collines érodées ou
de forêts tropicales en plus des terres marginales des aires
urbaines.
En Afrique, la
corrélation entre pauvreté et dégradation de l’environnement est
particulièrement frappante où la carte des zones de pauvreté
coïncide avec les aires de destruction du couvert végétal. Par
ailleurs, les pays les moins avancés sont situés dans des régions du
globe où l’eau est une ressource rare et où la sécheresse est
endémique. La déforestation et la destruction du couvert végétal
sont censées augmenter les surfaces cultivables et la production de
nourriture. L’effet obtenu est exactement inverse. A titre
d’exemple, Haïti ne possède plus que 2% de ses forêts d’origine
alors que sa production agricole a chuté de 15% au cours de cette
dernière décade. Au Brésil, vingt ans de destruction de la forêt
amazonienne, véritable poumon de la planète, n’ont pas amélioré les
conditions de vie des populations mais ont abouti, au contraire, à :
• L’accroissement
exponentiel de la malaria et des autres maladies tropicales,
• L’augmentation
du taux de mortalité infantile,
• La malnutrition.
2- Système
économique et environnement dans le monde
Tout système
économique reflète l’action humaine sur l’environnement et les
valeurs de la société qui la sous-tendent. Il paraît que l’économie
de marché a aujourd’hui montré ses limites en matière
d’environnement puisqu’elle n’a pas été en mesure de cerner la
perversité d’un système qui ne tient pas compte des apports
écologiques et sociaux au développement. Il en a résulté des
contradictions flagrantes entre l’intérêt individuel (la quête du
bien-être) et l’intérêt général (le progrès général). Donner la
priorité à l’intérêt individuel aux dépens de la communauté et de
l’environnement ne peut qu’engendrer une société fragilisée et une
pauvreté humaine et environnementale.
- Cette pauvreté
humaine est une condition sociale découlant de l’insécurité
chronique générée par les dysfonctionnements du système économique
sur les plans démographique, écologique, social et culturel. Il en
résulte la perte de toute capacité d’adaptation et donc de survie
par de larges couches de la société.
- La pauvreté
écologique issue de la dégradation de l’environnement pourrait être
définie comme, la perte de toute capacité d’auto-regénération des
écosystèmes dont les êtres humains font partie intégrante.
La situation qui
prévaut dans les pays à économie de transition issus de l’ex-bloc de
l’Est n’est guère plus brillante. Ces nations continueront, sur le
long terme, à payer l’exploitation à outrance du capital naturel
dans leurs plans de développement. Désormais, toute approche
intégrée du «développement durable» implique la prise en compte des
apports écologiques et sociaux. Cette démarche va au-delà de
l’équilibre économique qu’elle considère comme un système dynamique
de l’écosystème dont il dépend. Elle met en relief les besoins
humains, dans la mesure où ils sous-tendent les interactions entre
les hommes et leur environnement dont le respect est fondamental
pour tout développement durable. Il s’agit là d’une véritable
économie écologique qui met à contribution d’autres disciplines
liées aux questions de durabilité telles que la sociologie,
l’anthropologie, la gestion des ressources humaines et les sciences
de la nature, ce qui permettra de mieux comprendre le fonctionnement
des écosystèmes.
Du point de vue de
«l’économie - écologique», la pauvreté et la dégradation de
l’environnement sont les symptômes de l’inadéquation de tout système
économique. La croissance économique ne peut donc générer de
«développement viable» que dans le respect bien compris de
l’environnement naturel. Les forces du marché, seules, ne peuvent
pas engendrer de progrès réels. Toute stratégie de développement
implique la mise en œuvre d’une politique claire en matière
d’environnement basée essentiellement sur la participation des
collectivités locales et de la société civile (groupe sociaux, ONG,
etc.).
3- La santé dans
ses rapports avec l’environnement
Aujourd’hui,
l’environnement devrait être géré comme une ressource pour protéger
et promouvoir la santé de l’homme et son bien-être dans une
perspective de développement durable. La protection et la survie des
Hommes doivent être dotées d’une stratégie à savoir :
- promouvoir les
méthodes préventives.
- Encourager les
technologies les moins polluantes pour réduire les risques auxquels
la santé se trouve exposée.
- Mettre en place
des systèmes d’information pour faciliter les contrôles de
l’efficacité des mesures et la prise de décision.
- Le secteur de la
santé doit assumer la responsabilité de la surveillance
épidémiologique en collectant et en analysant les données et en
évaluant les risques pour la santé du fait des facteurs
environnementaux. De ce fait, il informera les autres secteurs et
les citoyens des tendances et des besoins prioritaires.
En matière
d’environnement une politique de santé doit exprimer, tout d’abord,
et clairement le principe que l’environnement affecte la santé de
l’Homme de manière négative ou positive. Dans la perspective de la
santé publique, il est donc rentable de bien gérer l’environnement.
Aujourd’hui, le
monde a compris que le problème de santé est un problème
intersectoriel et que les problèmes issus de l’ensemble des secteurs
concernés et portant atteinte à la santé des populations doivent
être traités de façon concertée et non isolément les uns les autres.
Par conséquent, il est impossible d’assurer au citoyen une «bonne
santé, le bien être physique, mental et social» si les sources de
contamination et de pollution détruisent tous les efforts de
prévention. Il en résulte :
- un gaspillage,
car il y a surcoûts,
- une inefficacité
des services de santé. Les problèmes quotidiens de l’environnement,
et notamment la mauvaise qualité de l’air et de l’eau, continuent
d’influencer l’état de santé de la population
Réaliser un
développement durable, améliorer la santé et utiliser
rationnellement les ressources du milieu sont trois tâches
essentiellement inséparables. La dégradation de l’environnement peut
compromettre le développement et met en péril la santé humaine. La
mauvaise santé prive à son tour les travailleurs de toute énergie,
ce qui ralentit le développement, aggrave les pertes subies par le
milieu et conduit une extension de la maladie.
Pourtant ce cercle
vicieux peut être rompu. Bien évidement, de graves erreurs ont été
commises par le passé au non du développement, mais aujourd’hui nous
nous apercevons que le développement n’est possible que s’il est
pleinement tenu compte des considérations écologiques de façon à ce
que le citoyen puisse vivre dans un environnement meilleur.
III. LA
SITUATION DE L’ENVIRONNEMENT EN ALGERIE
La situation de
l’environnement dans notre pays est alarmante. En effet, la
dégradation des ressources naturelles se traduit par la régression
du couvert végétal et la progression des paysages désertiques. La
situation environnementale de l’Algérie se caractérise donc par :
• une forêt
fragile en voie de disparition,
• une
désertification rampante,
• des ressources
en eaux (souterraines ou de surface) en voie d’épuisement rapide car
fortement surexploitées particulièrement ces dernières années suite
à une longue sécheresse,
• un espace côtier
et un milieu marin dégradés,
• une pollution
industrielle préoccupante,
• des déchets
dangereux et toxiques stockés à l’air libre, auxquels s’ajoutent les
incendies et l’érosion hydrique.
Ceci entraîne :
• Une réduction de
la base naturelle de production, du facteur de production support de
l’activité économique qui se trouve être rare en Algérie,
• La réduction
sans cesse continue de la superficie agricole utile (SAU) par
habitant.
• Des baisses de
production et de productivité de la terre engendrant ainsi des
problèmes de nutrition de la population qui, avec la récession des
années 90 se sont considérablement accentués.
Implantées dans le
cadre de l’action sur l’environnement, les industries, quant à
elles, utilisent le plus souvent le processus de production le moins
coûteux, à savoir le non- recyclage des eaux et le rejet des
effluents liquides et gazeux directement dans le milieu. Il s’ensuit
une pollution chimique des eaux et de l’atmosphère en plus du fait
qu’elles sont de grosses consommatrices d’eau, facteur le plus rare
et le plus gaspillé suite à une gestion technique et économique
désastreuses.
Par ailleurs, la
pression démographique et les problèmes urbains aigus contribuent à
une situation sanitaire catastrophique, aggravés par les rejets
toxiques liquides, solides et gazeux de certains complexes
industriels tels que : Asmidal et Sider à Annaba, complexe
pharmaceutique de Médéa, la zone industrielle d’ARZEW, ENOF
Ghazaouet, qui ne sont que des exemples d’écoles parmi tant
d’autres.
A ce jour,
l’Algérie n’a pas encore réussi à concilier développement et
préservation du milieu. Les problèmes d’environnement auxquels est
confronté notre pays sont liés à son niveau de développement
économique et social.
L’industrialisation rapide qui a caractérisé les deux premières
décennies de l’indépendance est à l’origine de graves déséquilibres
écologiques compromettant ainsi la qualité de la vie. En outre,
l’absence de croissance économique réelle et durable est la cause de
la dégradation accélérée des écosystèmes, fragilisés par une
exploitation et une gestion irrationnelle. Ainsi, le lien de cause à
effet paraît évident. Depuis 1983, date de la publication de la loi
relative à la protection de l’environnement, le pays a cependant
enregistré plusieurs déceptions. Les exemples suivants illustrent
nos propos :
-Le premier
exemple concerne l’agriculture saharienne. La cause principale
d’abandon des projets entrant dans cette catégorie était une étude
insuffisante de la nature des sols, dont la richesse en «nutriments»
est insuffisante pour assurer une récolte sur plusieurs années de
suite.
-Le deuxième
exemple concerne le barrage vert entamé en 1971 puis abandonné.
L’objectif était de boiser l’ensemble de l’Atlas Saharien sur une
superficie globale de 3 millions d’hectares. L’ambition était non
seulement d’arrêter la progression du désert vers le Nord, mais
aussi d’influer sur la climatologie.
1- Urbanisation et Environnement
L’Algérie demeure
un pays à urbanisation rapide. Accentué par une forte intensité des
migrations internes notamment de l’exode rural, résultat de
l’industrialisation, ce phénomène a atteint les proportions les plus
élevées pendant les années 1960 et 1970 et a conduit à l’étouffement
des villes. Un habitat précaire est né et s’est développé, ce qui a
entraîné un besoin pressant de l’extension des centres urbains.
Ainsi, les facteurs ayant fortement concouru à la dégradation de
l’environnement en Algérie durant ces trois dernières décennies sont
: la forte croissance démographique, l’urbanisation rapide de la
population et enfin le processus d’industrialisation. L’urbanisation
croissante de la population accentue la pression sur les
infrastructures, et en l’absence suffisante de l’offre, la qualité
ou le développement de la couverture des besoins des populations
tend à se dégrader (alimentation en eau potable, réseaux
d’assainissement, évacuation des ordures ménagères, le taux
d’occupation des logements excessif, etc.). La population urbaine,
résultat de l’exode rural, ajouté à la croissance naturelle des
villes, a engendré les problèmes suivants:
• un parc logement
surchargé,
• des terres
agricoles fertiles cédées au détriment de l’urbanisation avec
environ 7 000 ha dans la région algéroise et 10 000 ha sur la
Mitidja et le Sahel,
• Les réseaux de
voiries, d’eau, d’assainissement et d’énergie sont saturés du fait
d’un dimensionnement pour une population moins dense,
• De nombreuses
unités polluantes implantées dans le tissu urbain.
Tous ces
phénomènes ont contribué à la dégradation de l’environnement
affectant l’eau, l’air et le sol par les rejets polluants. Des
tentatives de gestion rationnelle urbaine n’ont pas eu l’effet
escompté. Des instruments de planification économique et spatiale
ont été mis en place (plans de modernisation urbaine, plans
d’urbanisme directeur (PUD), plans d’urbanisme provisoire (PUP),
plans de rénovation et de restructuration urbaine (PRRU), plans
d’aménagement de zones d’habitat, de zones industrielles et de zones
d’activité. Aujourd’hui, les conséquences de cette urbanisation ne
sont que trop évidentes. Cette attitude qui a engendré des problèmes
complexes de gestion des eaux usées, des déchets solides et de
l’insalubrité de nos villes est le meilleur indicateur d’une telle
situation.
La conjugaison des
facteurs de croissance de la population urbaine et de
l’industrialisation a provoqué une détérioration continue de
l’écosystème. Celle-ci se manifeste par :
~ Une altération
des paysages à travers notamment une perte des sols par l’érosion de
l’ordre de
40 000 ha par an.
~ Une dégradation
du plateau continental.
~ Une diminution
corrélative des réserves halieutiques.
~ Une déperdition
de 20 000 à 30 000 ha par an de forêts par suite d’incendies.
~ La réduction
très forte de la superficie agricole disponible par habitant,
conséquence la plus néfaste pour les équilibres écologiques. En près
de 40 ans, la superficie agricole utile a régressé de près de 70%
passant de 0,82 ha par habitant à 0,25% ha par habitant
actuellement.
~ Une régression
et une raréfaction du patrimoine faunistique et floristique. Dans le
cas de la flore, par exemple, sur les 3 139 espèces floristiques
répertoriées, dont 1 611 sont considérées comme rarissimes, 640
espèces sont menacées d’extinction.
~ Enfin, des
problèmes qui ont des effets sur la santé des populations. Il s’agit
bien évidemment
de :
-
l’approvisionnent des habitants en eau potable, le raccordement des
logements au réseau d’assainissement, l’évacuation des déchets
domestiques, les pollutions multiples liées au développement de
l’industrie, à l’entretien et à la gestion des réseaux publics.
1.1- Les eaux
usées
Malgré les sommes
importantes dépensées par l’Etat et consacrées à l’assainissement
qui est de l’ordre de 34 milliards de dinars de 1970 à 1993,
l’impact social attendu n’est malheureusement pas à la hauteur en
raison de la résurgence des épidémies de maladies à transmission
hydrique.
L’accroissement de
la population urbaine, le développement rapide de l’activité
économique, une forte augmentation de la consommation d’eau ont
entraîné une importante pollution du milieu naturel d’où 600
millions de m3
d’ eaux usées non
traitées sont évacuées annuellement dans les cours d’eau. Ce qui
correspond à 12 barrages de 50 millions de m3 de volume qui pourrait
irriguer près de
80 000 ha.
Les eaux usées
sont déversées à l’état brut, soit directement à la mer, ce qui
entraîne des problèmes de pollution biologique et chimique des côtes
et des plages, soit évacuées vers les oueds. Ces derniers qui
traversent ou passent à proximité des agglomérations urbaines et des
zones industrielles (oued El-Harrach à Alger, oued Soummam à Béjaïa)
courent de grands problèmes d’incommodités et d’insalubrité aux
riverains. Les oueds véhiculent des rejets très pollués, et leur
capacité auto-épuratrice ne suffit plus à résorber la charge de
pollution. Ils se sont transformés en égouts à ciel ouvert.
Affecter la
qualité des eaux superficielles, c’est aussi affecter les eaux
souterraines. Durant les années 1990, nous avons assisté à la
recrudescence des maladies transmissibles, contrôlables par
l’hygiène du milieu. Les principales sont étroitement liées aux
insuffisances constatées en matière d’approvisionnement en eau
potable et de gestion des eaux usées.
1.2- Les déchets
solides
Les déchets
solides urbains constituent une des principales sources de
dégradation de l’environnement et de détérioration de l’hygiène du
milieu. Seuls 60% des déchets urbains sont collectés. La quantité
des déchets solides urbaine générée est de 5,3 millions de tonnes
par an. La quantité d’ordures par habitant par jour est estimée à
0,5 kg. Il n’existe aucune usine de traitement des déchets dans le
pays. L’incinération des déchets domestiques sur des sites proches
des centres urbains constitue une source additionnelle de pollution
et un foyer de maladies. La composition des déchets municipaux
reflète principalement les modes de consommation des ménages
fortement liés au niveau des revenus et à l’urbanisation. Elle
influence fortement les stratégies nationales de gestion de déchets.
1.3- Les
ressources hydriques
Actuellement,
l’Algérie accuse un déficit important dans la mobilisation du
stockage de ces ressources hydriques. Près de deux milliards de m3
uniquement peuvent être régularisés chaque année :
- 72,6% sont dans
les forages,
- 21,4% sont
stockés au niveau de 105 barrages,
- 6% stagnent en
forme de sources naturelles. Ce qui est insuffisant.
- 650 millions de
m3 parviennent aux abonnés et 440 millions de m3 se perdent lors de
l’acheminement (le taux de fuite est de 40% vu la vétusté des
réseaux d’AEP). De plus, les ressources en eaux souterraines sont
surexploitées en milieu rural. Les analyses et perspectives montrent
qu’entre 2010 et 2025, l’Algérie connaîtra une situation difficile
de pénuries d’eau. Au cours des années 1980 notamment, une politique
active de raccordement des ménages a permis d’accroître très
sensiblement le taux de branchement des logements au réseau de
distribution d’eau. Ce taux de raccordement est ainsi passé de 58%
en 1987 à 70,78% en 1998. Cependant, des disparités importantes
persistent entre les milieux urbain et rural. L’ONS indique qu’en
1998 (RGPH), les agglomérations chefs-lieux sont raccordées à un
taux de 85,07%, les agglomérations secondaires à 63,75% et les zones
éparses seulement à 20,79%
Dès 2010, la
demande nationale en eau atteindra le plafond du potentiel
conventionnel mobilisable. Il y aura pénurie quelle que soit,
semble-t il, la perfection dans la mobilisation effective des
ressources disponibles. Il s’ensuit un problème écologique très
préoccupant qui aura des répercussions dramatiques sur la santé de
la population.
Le développement
économique et social exigera une gestion rationnelle de cette
ressource. Actuellement, la dotation en eau est de 75 litres par
personne et par jour, ce qui est inférieur à la norme internationale
évaluée à 135 litres par personne et par jour. La dotation
insuffisante d’eau par habitant se répercute sur les conditions
d’hygiène des populations et donc sur la morbidité en général.
En plus de cela,
s’ajoute la qualité de l’eau distribuée qui ne répond pas également
aux normes, ce qui explique la résurgence des maladies à
transmission hydrique ou la récurrence des intoxications
alimentaires. Selon le ministère de la Santé, de la Population et de
la Réforme hospitalière, sur 72 stations de pompages contrôlées, 35%
contenaient des quantités en nitrates supérieures aux normes de
l’OMS.
L’étendue de la
pollution des eaux souterraines en Algérie n’est pas connue avec
exactitude. Cependant, des indications selon lesquelles de nombreux
aquifères ont déjà atteint des niveaux de pollution avancés,
d’autres des niveaux de pollution qui les rendent inutilisables
pendant plus d’une année. Leur régénération nécessitera des
traitements très coûteux. En matière de politique de l’eau, des
actions peuvent être envisagées, telles que :
- la
réhabilitation des canalisations défectueuses et des stations
d’épuration à l’arrêt,
- traitement et
recyclage des eaux industrielles pour réaliser des économies d’eau
et protéger l’environnement,
- amélioration de
la tarification des eaux d’irrigation et interdiction de techniques
d’irrigation utilisant rationnellement les ressources disponibles en
eau,
- Préservation des
terres et des bassins versants contre le phénomène d’évasion pour
protéger les barrages contre l’envasement.
2- Développement,
environnement et santé en Algérie
Le développement a
été perçu pendant longtemps comme un processus d’accumulation des
richesses. Cette conception qui ne prend pas en considération le
caractère non renouvelable de certaines matières premières, dans
cette volonté de produire des marchandises à n’importe quel «prix»,
constitue une cause majeure de la dégradation et la destruction de
l’environnement. Ce dernier étant soumis à l’action prédatrice de
l’individu aussi bien par les prélèvements qu’il opère que par les
évacuations et les déchets qu’il rejette dans le milieu.
Cette attitude est
généralisée au niveau mondial puisque le Nord procède par la
pollution atmosphérique, marine et industrielle, le Sud par
l’exploitation exagérée des ressources non renouvelables. C’est
ainsi que certaines actions dites de «développement» se traduisent
par des régressions sensibles du point de vue de la santé de la
population car elles contribuent d’abord à la dégradation du milieu
puis du cadre de vie.
En Algérie, la
gestion de l’intégration de l’environnement dans le développement
est très récente. L’environnement a longtemps été considéré comme
une donnée exogène au développement et les ressources naturelles
comme facteurs renouvelables. Cependant, les effets destructeurs du
développement sur la nature ont contribué à l’accroissement des
coûts et de ce fait, à la remise en cause de la pérennité du
processus de développement. Aujourd’hui, la préservation de
l’environnement est intégrée dans le processus même du
développement, ce qui nous permet alors de parler d’un développement
durable. En effet, la détérioration de l’environnement risque de
compromettre le développement par les dégradations irréversibles
qu’il engendre dans le milieu naturel, d’une part, et mettre en
danger la santé des populations, d’autre part.
Des facteurs ayant
fortement concouru à la dégradation de l’environnement en Algérie
durant ces trois dernières décennies sont étroitement imbriqués. Il
s’agit des épidémies qui sont la résultante de la contamination des
eaux de boisson par les eaux usées et la première cause d’apparition
de la fièvre typhoïde. Ces pics épidémiques surviennent sur un fond
d’endémicité permanente de ces affections. 61 stations d’épuration
des eaux usées domestiques ont été réalisées en Algérie. Seulement,
elles sont souvent en panne (parfois même abandonnées) ou
fonctionnent de manière irrégulière avec un rendement épuratoire
presque nul. Sur les 61 stations, 28 seront réhabilitées et 16 sont
dans un état défectueux.
L’Algérie connaît
aujourd’hui de sérieux problèmes d’environnement résultant en grande
partie d’actions qui se greffent sur des conditions écologiques et
climatiques difficiles, particulièrement l’irrégularité et la
violence des précipitations (eaux solides ou liquides contenues dans
l’atmosphère) alternées d’épisodes de sécheresse intense favorisant
le déséquilibre d’écosystèmes fragiles. Les problèmes
d’environnement qui en résultent, ont tous un grand retentissement
sur la santé des populations, notamment des pays en développement en
régions semi-arides avec pression sur les ressources naturelles,
spécialement l’eau. Il s’ensuit des pathologies spécifiques à ce
contexte. Et des pays développés avec la pollution des villes, des
plages et des côtes et par conséquent des pathologies qui résultent
de ces nouvelles formes de dégradation.
Notre pays est
actuellement touché par les deux types de maladies et le facteur
environnement semble être le premier déterminant de la santé des
populations et a des répercussions manifestes sur les problèmes de
santé : multiplication des maladies respiratoires,
cardiovasculaires, accidents du travail et de la circulation qui se
superposent aux problèmes anciens de santé non parfaitement
maîtrisés. Par ailleurs, le problème de santé n’est pas un problème
uniquement technique qui relèverait de façon neutre des
professionnels de la santé. Le domaine de la santé comprend tous les
aspects de la vie sociale, économique et politique qui déterminent
le potentiel de vie des populations et influencent leur bien-être.
Ainsi, les déterminants de la santé sont les facteurs qui
influencent l’état de santé des populations. Schématiquement, ils
peuvent être regroupés en quatre catégories que nous classons dans
cet ordre : l’environnement, le comportement, la biologie et les
services de santé. La santé d’un individu et/ou d’une population est
donc la résultante des effets combinés de ces quatre catégories. Le
problème de la santé est aussi de nature politique dans la mesure où
il implique des décisions d’affectation de ressources collectives et
de choix de priorités. Aussi, il nous semble que toute politique de
promotion véritable de la santé passe par une politique de promotion
de la prévention. En effet, une politique de soins n’est pas une
politique de promotion de la santé. L’expérience l’a montré dans
notre pays et ce, malgré la gratuité des soins. Les unités de soins
lourds (hôpitaux) ont été les détenteurs de l’essentiel des crédits
représentant 70% des crédits alloués à la santé et qui ont ignoré
une vraie promotion de la santé. Le combat mené contre les maladies
doit se faire à l’extérieur des services de soins, si l’on veut
réduire les coûts à l’intérieur de ces derniers. De ce fait, la
promotion d’une politique préventive demeurera, semble-t-il, la
meilleure piste d’une politique de promotion de la santé.
3- Les pollutions
atmosphérique,
terrestre et marine en Algérie
Les problèmes
environnementaux créés par l’homme se développent plus vite que les
solutions apportées. Il est observé que l’espace disponible pour
chaque individu se rétrécit du fait de l’accroissement
démographique, de l’urbanisation accélérée, du changement du mode de
consommation, de l’accroissement du parc automobile et de la
production de déchets sans cesse croissant, ont causé une
dégradation progressive de l’environnement à cause des pollutions
atmosphérique, marine et terrestre.
3.1- Pollution
atmosphérique
La pollution
atmosphérique est due essentiellement aux émanations de gaz toxiques
des véhicules et aux polluants industriels qui altèrent la qualité
de l’air et provoque des
maladies
respiratoires. De plus, la pollution industrielle devient de plus en
plus préoccupante dans les gros centres urbains où la qualité de
l’air se dégrade quotidiennement et contribue, ainsi, à l’émergence
et au développement des maladies cardio-
vasculaires et à
la multiplication des maladies respiratoires. A Annaba par exemple,
le taux de prévalence de l’asthme en 2000 (environ 9 000
asthmatiques) est supérieur au taux national. 55% des asthmatiques
ont plus d’une crise par mois et 42% ont été hospitalisés.
L’augmentation des polluants toxiques dans l’atmosphère qui, déjà,
dépassent les seuils de tolérance dans certaines zones industrielles
et urbaines conduirait, à long terme, à la formation d’un brouillard
photochimique oxydant très dangereux pour la santé de la population
des villes, telles qu’Alger et Annaba, où les phénomènes d’inversion
de température sont fréquents. L’enquête nationale de santé publique
(1990) révèle que les
maladies
respiratoires occupent la première place des causes de morbidité
ressentie (35,7%) et des motifs de consultation (27,2%) et que parmi
les maladies chroniques identifiées, elles occupent le deuxième
rang. L’asthme étant l’affection de choix la plus fréquemment
observée. Le nombre total de cas en 1993 est de 459 566, dont 5 000
sont décédés. Aujourd’hui, le nombre d’asthmatiques en Algérie
semble atteindre le nombre de 2 millions. La répartition des cas,
selon les régions, se présente comme suit : 38% en région Centre,
31% en région Est, 22% en région Ouest et 9% en région Sud. La
prévalence de cette maladie en augmentation est prévisible en raison
de l’accroissement de l’urbanisation et de l’industrialisation.
3.1.1- Pollution
due au trafic automobile
A l’exception de
quelques cas où le secteur industriel est considéré comme
contributeur majeur à la pollution urbaine tel que les villes
d’Annaba, Arzew et Skikda, la pollution dans les principales villes
du pays est due essentiellement au trafic automobile, provoqué par
les émanations de gaz toxiques des véhicules qui altèrent la qualité
de l’air. La combustion de l’essence est responsable de l’émission
de gaz nocifs comme le monoxyde de carbone, les oxydes d’azote et
surtout le plomb. Tous ces gaz sont très mal supportés par les
citoyens et en particulier les malades chroniques (bronchites
chroniques, asthmatiques, etc.).
Cette situation
est due :
- au degré de
vétusté du parc automobile algérien,
- à la qualité du
carburant (forte teneur en plomb),
- à l’utilisation
presque exclusive du GPL. Les émissions de pollution dues au trafic
automobile sont estimées comme l’indique le tableau 1.
3.1.2- Pollution
due
à la combustion
des déchets
L’activité humaine
est génératrice de déchets solides dont notamment les déchets
ménagers. Ces derniers sont stockés sur des décharges incontrôlées
et ensuite brûlées à l’air libre. Ces combustions contribuent
considérablement à la dégradation de la qualité de l’air. Elles
représentent des sources de pollution et de nuisances importantes
pour l’environnement.
CONCLUSION ET
RECOMMANDATIONS
Dans des actions
dites de développement, la non-prise en considération de la
protection de la nature, de l’environnement et du cadre de vie
s’avère très coûteux pour la collectivité. Mais ce coût n’est pas
relié à l’action, ni supporté par ceux qui le produisent.
A la lumière de ce
qui précède, il est évident que les atteintes à l’environnement que
connaît notre pays sont nombreuses et complexes. La gravité de leurs
effets commence déjà à se faire ressentir car les moyens mis en
place pour y faire face sont dérisoires. En outre, la dégradation de
l’environnement entraîne l’accroissement des dépenses de santé pris
en charge par la collectivité tout en détruisant des ressources dont
le renouvellement, lorsqu’il est possible, implique des dépenses en
général disproportionnées relativement aux gains obtenus par leur
consommation.
Pour pallier aux
erreurs du passé, une politique de la protection de l’environnement
s’impose :
~ D’abord, la
mince bande côtière est saturée et ne saurait être sollicitée
davantage. Nos efforts de développement en ce XXIe siècle doivent
être orientés vers le Sud, axés sur la conquête de nos espaces, sur
les Hauts Plateaux et sur le Sahara, ce qui permettra de désenclaver
l’intérieur du pays, y introduire le progrès et le développement
afin de mettre fin définitivement à l’exorde rural et d’éviter une
urbanisation déjà catastrophique, surtout quand elle se fait au
détriment de nos meilleures terres agricoles et enfin protéger et
promouvoir la santé des populations.
~ L’implantation
d’une usine à proximité d’un ouvrage hydraulique ne peut qu’avoir
des conséquences, écologiques, économiques et sociales néfastes.
Détourner des terres agricoles pour implanter des zones dites
d’activités ou ériger de nouvelles villes constitue une aberration
impardonnable, aussi bien d’un point de vue écologique
qu’économique.
~ Introduire la
formation liée à cette question d’environnement par la création de
nouvelles filières.
~ Encourager et
développer la recherche dans le domaine de l’environnement.
~ Préserver la
santé de la population en prenant des mesures visant à améliorer la
gestion de l’environnement à court terme dans les domaines suivants,
les déchets toxiques (solides, liquides ou gazeux) et les eaux usées
urbaines et industrielles par la mise en place des systèmes
épuratoires.
N. K. T. (A
suivre)
(*) Maître de
Conférences, Université Abderrahmane MIRA de Béjaia
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M.Merkouche
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