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Crédits aux entreprises

Loi de l’omerta sur les banques ?

Le gouverneur de la Banque d’Algérie a parlé d’une concentration de crédits aux mains de certains groupes. Dans ce contexte, et à l’en croire, il s’agit alors d’un pacte établi depuis un certain temps entre les opérateurs économiques qui se sont substitués au monopole de l’Etat pour bénéficier de beaucoup plus d’avantages que d’autres.

 

Par Mohamed Terfous

 

Ces derniers se trouvent donc dans une position de passe-droit, avec la complicité de cadres, qui par reconnaissance à des services rendus, fournissent en compensation leur aide qui est monnayée, par des promotions pour gravir des échelles dans la hiérarchie administrative. Aussi quand on assiste à ce genre de procédés qui pervertissent les nobles vertus de certains gestionnaires financiers, comment voulez-vous mettre un terme à la crise de confiance manifestée par des opérateurs économiques ou de faire tempérer le pessimisme qu’alimentent les détracteurs ou envieux du système économique en Algérie ?

Cette question demeure importante, d’autant que les investisseurs étrangers commencent par s’intéresser aux voyants économiques qui augurent une nette amélioration de la situation, sachant même que les retombées d’une récession mondiale n’auraient aucune incidence fâcheuse sur l’économie algérienne après avoir été soumise à rude épreuve pendant des décennies. C’est qu’après la traversée de plusieurs zones de turbulences ayant causé de graves dégâts, il est évident que cela constitue pour l’Algérie une certaine armature lui permettant de résister à toutes sortes de bourrasques. De ce point de vue, on n’a pas à s’étonner de la nature des résultats obtenus en tolérant dans les recrutements le népotisme et le despotisme qui gangrènent notre société où le passe-droit n’ébranle plus les consciences ou la classe politique. Dans ce contexte, il appartient d’évoquer le cas des Européens qui avaient prédit, qu’en cas d’augmentation du prix du baril de pétrole à 100 $, ce serait l’apocalypse. Et qu’avec les derniers cours qui avoisinent les 100 $, ils s’aperçoivent qu’ils résistent de mieux en mieux à ce choc pétrolier, sans trop de dégâts. Cependant, ce qu’ils ne veulent pas admettre, c’est que l’augmentation des hydrocarbures comme énergies non renouvelables est automatiquement répercutée sur les prix des produits manufacturés qu’ils livrent aux pays producteurs de pétrole. Ce qui revient à dire qu’il y a une sorte de clearing connu déjà du temps des accords passés avec les pays de l’Est. Ce que le FMI avait rejeté avec le retour à l’étalon-or pour les monnaies.

Revenons à la question du crédit. Il serait utile de se référer à la décision prise en l’an 2000 par le président de la République, en doublant le crédit à l’équipement par rapport à celui du fonctionnement dans le but de favoriser l’appareil productif devant permettre de produire davantage et à moin-dre coût, en augmentant le nombre de créations d’emplois. C’est aussi afin de faire réduire la facture d’importations qui était de 9,5 milliards de $ en l’an 2000. Et qu’aujourd’hui, d’après la déclaration faite par le gouverneur de la Banque centrale, cette facture est de 30 milliards de $, par rapport à celle de 2006 qui était de 21,42 milliards de $. Ainsi, il convient de se demander comment cette différence de plusieurs milliards de $ qui, pendant des années, a pu être tolérée par les gestionnaires de la Banque d’Algérie, sans se conformer à la décision prise par le président de la République.

D’autant plus, pendant sept ans, la majeure partie de cette masse monétaire a transité dans le marché informel. Ce qui justifie aujourd’hui l’ampleur du dossier de blanchiment d’argent, de corruption, ainsi que celui des liquidités flottantes à l’origine de symptômes inflationnistes qui s’exercent sur un dinar, dont le redressement n’est pas pour demain. Dans cette même déclaration, ce haut commis de l’Etat reconnaît que la majeure partie des crédits alloués est pour le secteur privé. Autrement dit, pour les gros bonnets du business, en ayant le courage de laisser sous-entendre qu’il doute du sort de ces créances. Ce qui revient à dire que c’est toujours les mêmes erreurs qui se ressemblent et se répètent, sans tenir compte de la décision présidentielle afin d’être en garde pour les créances douteuses qui pèsent lourdement sur les avoirs des banques algériennes. Surtout qu’il y a deux ans, l’ancien ministre des Finances avait tiré la sonnette d’alarme devant le Parlement, en révélant l’existence de cinq milliards de $ comme créances douteuses, dont le recouvrement par les banques «menace la sécurité de l’Etat». D’autre part, il y a la surprise qui vient d’être faite par l’autorité de la Banque centrale ayant décidé de ne pas avoir de marché interbancaire réel, dont la cotation devant se faire par le biais de l’offre et de la demande en renonçant à la procédure du fixing, qui a toujours arrangé les monétaristes algériens.  D’autant plus, cette autorité monétaire avait déjà manifesté son refus de recourir à la loi universelle qui est celle de l’offre et de la demande en maintenant le cap de la continuité de la gestion administrée.

Dans ce cas de figure, il appartient de souligner le rôle de M. le gouverneur et de ce que lui confère comme prérogatives la loi d’avril 1990, pour être juge et partie, dans ses décisions qui font force de loi, en étant majoritaire au sein du Conseil de la monnaie et du crédit. D’autant que dans cette réglementation, en cas de contestation d’une décision prise par le gouverneur, le ministre des Finances étant minoritaire avec trois sièges sur sept au sein du Conseil de la monnaie et crédit, un seul recours, c’est de s’adresser à la chambre administrative de la Cour suprême. Par ailleurs, quand M. le gouverneur a été cité comme témoin au procès Khalifa qui s’est déroulé à Blida, il s’est abstenu de répondre à de nombreuses questions posées par la juge. C’est parce qu’il se sent couvert par la réglementation qui régit la Banque centrale en lui accordant la possibilité de ne pas répondre à des questions relevant du droit de réserve, même devant la justice.

De ce point de vue, il appartient aux magistrats de prendre leurs responsabilités pour faire apparaître la vérité, quitte à créer un précédent en faisant jurisprudence. Pour que la première fois, il y ait l’ouverture d’un débat sur la question de l’existence de textes qui sont en nette contradiction avec la nouvelle donne économique. Ce qui justifie à cet instar l’étendue des attributions du gouverneur, devant se décharger d’une telle accumulation de prérogatives, le rendant ainsi entièrement responsable de tout ce qui se décide dans le pays en matière financière et monétaire. Dans cette optique, le paradoxe, c’est que l’ancien ministre des Finances avait toujours soutenu la Banque centrale afin de la mettre à l’abri de toute influence du secteur privé, dont il est devenu par hasard l’avocat depuis qu’il a quitté son portefeuille ministériel.

Ce schéma de majorité absolue que détient le gouverneur est l’œuvre de l’ancien ministre des Finances, malgré l’avis contraire de la Banque mondiale qui voulait que la star des banques se limite à son rôle d’antan, qui consiste en  celui d’être une banque d’émission et réescompte. Ainsi, on s’aperçoit que la règle du jeu est claire en matière de crédit, où tout est centralisé à partir de la tutelle des banques, dont le rôle se limite à celui d’exécuter les ordres qui leur parviennent en se conformant à la gestion administrée. Dans cette contrainte d’exécuter à la lettre les notes et directives, il y a souvent des maladresses donnant lieu à de fausses interprétations sur des sujets parfois de rénovation ou de changements, risquant de porter atteinte à certains privilèges. Telle que l’autorité que confère la fonction publique à un commis de l’Etat, qu’il exerce parfois avec dépassement dans ses relations concernant le secteur privé.

Ainsi, il est évident qu’il y ait opposition au concept d’économie de marché où les rôles doivent être renversés après désengagement de l’Etat en faveur du secteur privé devant assurer la relève de celui-ci dans la gestion des affaires purement économiques. A cet égard, l’origine du dysfonctionnement au niveau de la gestion des affaires économiques, est bien situé pour agir en conséquence.

A ce stade, il y a lieu de fier à l’évidence que dans une société libérale, on produit plus pour élever le taux de rendement qui est le support de l’appareil productif. Ce qui devrait inciter à un changement de comportement du patronat pour s’adapter aux nouvelles exigences dont l’objectif est le profit devant impérativement s’accommoder avec certains acquis sociaux. De quoi concilier l’économie et le social devant être préservés de l’affairisme impitoyable qui a pris en Algérie des proportions inquiétantes.

M. T.

 

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