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Notre saga des chefs d'entreprise s'est intéressée cette fois au
personnage de Bouabdellah Hadidi, un urbaniste de formation qui,
après une solide carrière dans le domaine du bâtiment et des travaux
publics à Tiaret, a renoué avec la vocation de ses ancêtres et leur
amour pour la terre. Il s'est transformé en investisseur dans le
domaine de la production laitière et la reproduction bovine. Un
secteur assez contraignant qu'il est arrivé à maîtriser en moins de
deux ans. Il a su démontrer que rien n'est vraiment impossible, pour
peu qu'on s'y mette avec amour et passion.
Bouabdellah Hadidi
est né en 1956 dans la ville de Tiaret. Issu d’une famille
d’agriculteurs, de père en fils, Bouabdellah, qui a perdu son père à
l’âge de 7 ans, a été élevé par son frère aîné. Très brillant dans
ses études et doté d’une grande intelligence, il se consacrera à
l’urbanisme et décrochera en 1979 un BTS en bâtiment et travaux
publics. Il forge sa carrière d’urbaniste en occupant divers postes
jusqu’à accéder à celui de directeur général au sein d’une
entreprise étatique. En 1990, il crée l’entreprise de bâtiment,
Hadidi, avec la collaboration et l’aide de ses trois frères.
Spécialisée en bâtiment et travaux publics, cette dernière, dont il
est le PDG, compte aujourd’hui à son palmarès, plus de 150 projets,
réalisés dans la seule wilaya de Tiaret. On peut citer, entre
autres, le siège de l’APW, l’institut de travaux publics… et bien
d’autres encore
En janvier 2005,
il décide de retourner vers la terre, et se convertit en
agriculteur, producteur de lait et de bovins. «Mon père et mon
grand-père étaient tous deux agriculteurs et exploitaient 320
hectares de terres. Je me suis lancé dans la production laitière en
suivant les conseils d’un de mes proches. Je croyais au début qu’il
maîtrisait bien l’idée, mais à mon grand regret, je me suis retrouvé
seul devant un investissement de taille. Il me fallait tout
apprendre et vite». L’exploitation agricole qui a vu l’injection, en
moins d’une année, de 27 millions de dinars, sans compter le prix
élevé qu’à coûté l’achat du terrain, repose entièrement sur le
propre financement du propriétaire. Elle emploie actuellement six
personnes en attendant le démarrage de la fromagerie, qui offrira la
possibilité aux épouses des ouvriers d’occuper un emploi. Une
quarantaine de vaches assure une production conséquente de 16 litres
de lait/jour et par vache. Il a même été enregistré un record de 38
litres/jour par l’une d’elles. Chose qui lui a valu d’être primé,
cette année, lors d’une rencontre nationale sur la production
laitière. Première en son genre à l’échelle de la wilaya,
l’exploitation Hadidi a tenté avec brio, la reproduction bovine.
«Nous avons eu l’an dernier 22 vêles, dont 8 ont été gardées pour la
reproduction. Cette année nous en avons quinze parmi les nouvelles
naissances.
Les veaux et vêles
nés à la ferme jouissent d’une attention particulière. Durant les
six premiers mois de sa vie, chaque veau coûte à l’exploitant 6 000
DA par mois qu’il dépense en lait pour le nourrir».
La
production laitière, un défi
«Ne reculer devant
aucun défi, apprendre et appliquer les technologies de pointe en la
matière» est la règle-maîtresse au niveau de l’exploitation. Après
avoir tenté la reproduction bovine, Hadidi Bouabdellah s’investit
actuellement dans la création d’une fromagerie, laquelle sera reliée
directement à la salle de traite des vaches, avec des équipements de
2X8, qui permettront la traite de 16 vaches à la fois. Une cuve
d’une capacité de 1 000 litres a été acquise. Les premières vaches
de l’exploitation ont été importées d’Allemagne. L’équipement
provient d’Espagne. Une fois installée, la fromagerie sera
entièrement gérée par les femmes des trois familles d’ouvriers de
l’exploitation et par celle de la famille du patron. «Je vais faire
bénéficier toutes ces femmes des connaissances que j’ai acquises en
formation en Hollande et en Allemagne concernant la fabrication de
fromage et le fonctionnement des équipements que je vais installer.
Elles seront encore plus productives et plus indépendantes
financièrement», a expliqué
M Hadidi. Trois
familles occupent actuellement l’exploitation ; d’eux d’entre elles
s’occupent du cheptel, la troisième famille a pour tâche de
s’occuper du verger, les champs de sorgo et de la sécurité de
l’entrée. Les familles résidant dans l’exploitation même, ont
bénéficié chacune d’une habitation rurale construite par
B. Hadidi ayant
coûté 400 000 DA. Les maisons sont dotées de toutes les commodités.
Chaque maisonnette est équipée de projecteurs et d’un système
d’alarme pour la sécurité. Sa devise est d’assurer toute la
stabilité possible aux employés, leur apprendre toutes les
techniques et les impliquer totalement dans l’exploitation. «Les
deux familles qui se partagent la tâche de la traite et de
l’entretien des vaches, s’occupent chacune du même nombre de bovins.
Cela les responsabilise plus et crée une concurrence bénéfique à
tous».
Ici s’applique
sans équivoque le principe de Lavoisier qui a dit : «Rien ne se
crée, rien ne se perd, mais tout se transforme».
Notre agriculteur
converti utilise l’urine de ses vaches – qu’il récolte dans une cuve
spéciale dans laquelle il la laisse reposer 70 jours –, comme
engrais pour le sorgo qu’il plante et qui lui réussit
considérablement pour la deuxième année consécutive.
Une ambition
sans limite
En plus de son
exploitation agricole et l’élevage de bovins, Bouabdellah Haddidi,
s’est essayé à l’arboriculture. Son verger a donné cette année
d’excellentes poires alors les coings mûrissent doucement sous le
soleil. L’expérience de l’apiculture et l’élevage de lapins, de
poules, d’oies et de pintades, a donné aussi de très bons résultats.
Il se consacre, aux côtés de ses frères, au bâtiment et travaux
publics et au transport public. Les frères se lancent actuellement
dans un important projet d’investissement sur un terrain leur
appartenant et s’étalant sur une superficie de
20 000 m². Il est
envisagé d’y bâtir diverses infrastructures. Toutes ces activités
assurent des postes d’emploi à une quarantaine de personnes, en
attendant le lancement d’autres projets. «Il est fort possible que
soit bientôt finalisé un partenariat avec la maison Peugeot, dans le
cadre de l’installation à Tiaret d’un point de distribution et de
maintenance des vécules de tourisme et de produits de cette grande
marque automobile. Ce projet sera géré par mes deux frères qui sont
des mécaniciens de formation», annonce
M. Haddidi avant
d’ajouter qu’il est actuellement en pourparlers avec les Chinois
pour un partenariat. Mais il se trouve que toute cette ambition et
ces bons résultats se heurtent aux rouages administratifs. «J’ai
besoin d’un forage et d’une ligne de basse-tension grâce auxquels je
serais capable de produire toute l’alimentation de mon bétail. Et
d’avoir des vaches pour 60 000 DA au lieu de 140 000 DA. J’ai eu des
promesses d’aide de la part des premiers responsables de la ville,
mais il se trouve que l’administration ne suit jamais les directives
et fait tout pour nous bloquer en demandant un nombre considérable
de documents administratifs. Je n’ai même pas assuré mes vaches, et
les banques n’accordent pas de crédit dans le cadre du PNDRA. Alors
vous voyez le triste tableau qui s’offre à l’investisseur chez
nous», a déploré B. Hadidi.
Une vie sociale
remplie
Avec son emploi du
temps très chargé, partagé entre l’entreprise de travaux publics et
ses projets, l’exploitation agricole et ses vaches, Bouabdellah
trouve le temps de se consacrer à ses quatre enfants (deux filles et
deux garçons). Il les encourage à avoir de bon résultats scolaires
et à faire du sport. Ce conseil vaut spécialement pour son fils aîné
encouragé à suivre son sport favori : les arts martiaux. Grand
sportif lui-même, il s’est toujours passionné pour le football.
«J’ai fait partie du club de la JSM Tiaret dans la catégorie des
cadets de 1972 à 1973, j’ai joué de 1974 à 1975 en juniors, en 1976,
j’ai participé aux Jeux universitaires d’Oran lorsque je poursuivais
mes études supérieures et de 1980 à 1984, j’occupais le poste de
cadre technique à la DNC, à Ouargla». Ses grands loisirs vont
aujourd’hui aux voyages à l’étranger, quand le temps le lui permet.
Il nous confesse qu’il a traversé plus de 20 000 km en Chine où il a
essayé tous leurs moyens de transport. «Ce fut pour moi une
expérience très enrichissante», dira-t-il. M Hadidi se consacre
aussi à la vie associative. Il est membre du bureau national de l’UNEP
(l’Union nationale des entrepreneurs). Il fait aussi partie de la
CNPA, (Confédération nationale du patronat algérien), et est membre
de la Chambre nationale de commerce. Il est également adhérent à la
Chambre nationale d’agriculture. De multiples actions et
manifestations à caractère caritatif, sportif ou culturel trouvent
en Hadidi Bouabdellah un sponsor généreux. «C’est une façon à moi de
payer ma dette envers la ville qui m’a vu naître et grandir et
envers tous ceux qui m’ont aidé à arriver à la position que j’occupe
aujourd’hui», a déclaré M. Hadidi.
H. G.
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