Saga

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Hadidi Bouabdellah

Un entrepreneur à la campagne

 

Reportage réalisé

Par

Habiba Ghrib

 

 14/09/06

 

Notre saga des chefs d'entreprise s'est intéressée cette fois au personnage de Bouabdellah Hadidi, un urbaniste de formation qui, après une solide carrière dans le domaine du bâtiment et des travaux publics à Tiaret, a renoué avec la vocation de ses ancêtres et leur amour pour la terre. Il s'est transformé en investisseur dans le domaine de la production laitière et la reproduction bovine. Un secteur assez contraignant qu'il est arrivé à maîtriser en moins de deux ans. Il a su démontrer que rien n'est vraiment impossible, pour peu qu'on s'y mette avec amour et passion.     

 

Bouabdellah Hadidi est né en 1956 dans la ville de Tiaret. Issu d’une famille d’agriculteurs, de père en fils, Bouabdellah, qui a perdu son père à l’âge de 7 ans, a été élevé par son frère aîné. Très brillant dans ses études et doté d’une grande intelligence, il se consacrera à l’urbanisme et décrochera en 1979 un BTS en bâtiment et travaux publics. Il forge sa carrière d’urbaniste en occupant divers postes jusqu’à accéder à celui de directeur général au sein d’une entreprise étatique. En 1990, il crée l’entreprise de bâtiment, Hadidi, avec la collaboration et l’aide de ses trois frères. Spécialisée en bâtiment et travaux publics, cette dernière, dont il est le PDG, compte aujourd’hui à son palmarès, plus de 150 projets, réalisés dans la seule wilaya de Tiaret. On peut citer, entre autres, le siège de l’APW, l’institut de travaux publics… et bien d’autres encore

En janvier 2005, il décide de retourner vers la terre, et se convertit en agriculteur, producteur de lait et de bovins. «Mon père et mon grand-père étaient tous deux agriculteurs et exploitaient 320 hectares de terres. Je me suis lancé dans la production laitière en suivant les conseils d’un de mes proches. Je croyais au début qu’il maîtrisait bien l’idée, mais à mon grand regret, je me suis retrouvé seul devant un investissement de taille. Il me fallait tout apprendre et vite». L’exploitation agricole qui a vu l’injection, en moins d’une année, de 27 millions de dinars, sans compter le prix élevé qu’à coûté l’achat du terrain, repose entièrement sur le propre financement du propriétaire. Elle emploie actuellement six personnes en attendant le démarrage de la fromagerie, qui offrira la possibilité aux épouses  des ouvriers d’occuper un emploi. Une quarantaine de vaches assure une production conséquente de 16 litres de lait/jour et par vache. Il a même été enregistré un record de 38 litres/jour par l’une d’elles. Chose qui lui a valu d’être primé, cette année, lors d’une rencontre nationale sur la production laitière. Première en son genre à l’échelle de la wilaya, l’exploitation Hadidi a tenté avec brio, la reproduction bovine. «Nous avons eu l’an dernier 22 vêles, dont 8 ont été gardées pour la reproduction. Cette année nous en avons quinze parmi les nouvelles naissances.

Les veaux et vêles nés à la ferme jouissent d’une attention particulière. Durant les six premiers mois de sa vie, chaque veau coûte à l’exploitant 6 000 DA par mois qu’il dépense en lait pour le nourrir».

 La production laitière, un défi

«Ne reculer devant aucun défi, apprendre et appliquer les technologies de pointe en la matière» est la règle-maîtresse au niveau de l’exploitation. Après avoir tenté la reproduction bovine, Hadidi Bouabdellah s’investit actuellement dans la création d’une fromagerie, laquelle sera reliée directement à la salle de traite des vaches, avec des équipements de 2X8, qui permettront la traite de 16 vaches à la fois. Une cuve d’une capacité de 1 000 litres a été acquise. Les premières vaches de l’exploitation ont été importées d’Allemagne. L’équipement provient d’Espagne. Une fois installée, la fromagerie sera entièrement gérée par les femmes des trois familles d’ouvriers de l’exploitation et par celle de la famille du patron. «Je vais faire bénéficier toutes ces femmes des connaissances que j’ai acquises en formation en Hollande et en Allemagne concernant la fabrication de fromage et le fonctionnement des équipements que je vais installer. Elles seront encore plus productives et plus indépendantes financièrement», a expliqué

M Hadidi. Trois familles occupent actuellement l’exploitation ; d’eux d’entre elles s’occupent du cheptel, la troisième famille a pour tâche de s’occuper du verger, les champs de sorgo et de la sécurité de l’entrée. Les familles résidant dans l’exploitation même,  ont bénéficié chacune d’une habitation rurale construite par

B. Hadidi ayant coûté 400 000 DA. Les maisons sont dotées de toutes les commodités. Chaque maisonnette est équipée de projecteurs et d’un système d’alarme pour la sécurité. Sa devise est d’assurer toute la stabilité possible aux employés, leur apprendre toutes les techniques et les impliquer totalement dans l’exploitation. «Les deux familles qui se partagent la tâche de la traite et de l’entretien des vaches, s’occupent chacune du même nombre de bovins. Cela les responsabilise plus et crée une concurrence bénéfique à tous».

Ici s’applique sans équivoque le principe de Lavoisier qui a dit : «Rien ne se crée, rien ne se perd, mais tout se transforme».

Notre agriculteur converti utilise l’urine de ses vaches – qu’il récolte dans une cuve spéciale dans laquelle il la laisse reposer 70 jours –, comme engrais pour le sorgo qu’il plante et qui lui réussit considérablement pour la deuxième année consécutive.

Une ambition sans limite

En plus de son exploitation agricole et l’élevage de bovins, Bouabdellah Haddidi, s’est essayé à l’arboriculture. Son verger a donné cette année d’excellentes poires alors les coings mûrissent doucement sous le soleil. L’expérience de l’apiculture et l’élevage de lapins, de poules, d’oies et de pintades, a donné aussi de très bons résultats. Il se consacre, aux côtés de ses frères, au bâtiment et travaux publics et au transport public. Les frères se lancent actuellement dans un important projet d’investissement sur un terrain leur appartenant et s’étalant sur une superficie de

20 000 m². Il est envisagé d’y bâtir diverses infrastructures. Toutes ces activités assurent des postes d’emploi à une quarantaine de personnes, en attendant le lancement d’autres projets. «Il est fort possible que soit bientôt finalisé un partenariat avec la maison Peugeot, dans le cadre de l’installation à Tiaret d’un point de distribution et de maintenance des vécules de tourisme et de produits de cette grande marque automobile. Ce projet sera géré par mes deux frères qui sont des mécaniciens de formation», annonce

M. Haddidi avant d’ajouter qu’il est actuellement en pourparlers avec les Chinois pour un partenariat. Mais il se trouve que toute cette ambition et ces bons résultats se heurtent aux rouages administratifs. «J’ai besoin d’un forage et d’une ligne de basse-tension grâce auxquels je serais capable de produire toute l’alimentation de mon bétail. Et d’avoir des vaches pour 60 000 DA au lieu de 140 000 DA. J’ai eu des promesses d’aide de la part des premiers responsables de la ville, mais il se trouve que l’administration ne suit jamais les directives et fait tout pour nous bloquer en demandant un nombre considérable de documents administratifs. Je n’ai même pas assuré mes vaches, et les banques n’accordent pas de crédit dans le cadre du PNDRA. Alors vous voyez le triste tableau qui s’offre à l’investisseur chez nous», a déploré B. Hadidi.

Une vie sociale remplie

Avec son emploi du temps très chargé, partagé entre l’entreprise de travaux publics et ses projets, l’exploitation agricole et ses vaches, Bouabdellah trouve le temps de se consacrer à ses quatre enfants (deux filles et deux garçons). Il les encourage à avoir de bon résultats scolaires et à faire du sport. Ce conseil vaut spécialement pour son fils aîné encouragé à suivre son sport favori : les arts martiaux. Grand sportif lui-même, il s’est toujours passionné pour le football. «J’ai fait partie du club de la JSM Tiaret dans la catégorie des cadets de 1972 à 1973, j’ai joué de 1974 à 1975 en juniors, en 1976, j’ai participé aux Jeux universitaires d’Oran lorsque je poursuivais mes études supérieures et de 1980 à 1984, j’occupais le poste de cadre technique à la DNC, à Ouargla». Ses grands loisirs vont aujourd’hui aux voyages à l’étranger, quand le temps le lui permet. Il nous confesse qu’il a traversé plus de 20 000 km en Chine où il a essayé tous leurs moyens de transport. «Ce fut pour moi une expérience très enrichissante», dira-t-il. M Hadidi se consacre aussi à la vie associative. Il est membre du bureau national de l’UNEP (l’Union nationale des entrepreneurs). Il fait aussi partie de la CNPA, (Confédération nationale du patronat algérien), et est membre de la Chambre nationale de commerce. Il est également adhérent à la Chambre nationale d’agriculture. De multiples actions et manifestations à caractère caritatif, sportif ou culturel trouvent en Hadidi Bouabdellah un sponsor généreux. «C’est une façon à moi de payer ma dette envers la ville qui m’a vu naître et grandir et envers tous ceux qui m’ont aidé à arriver à la position que j’occupe aujourd’hui», a déclaré M. Hadidi.

H. G.

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