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Leadersoft, une boîte très branchée spécialisée
dans le développement de logiciels, recèle un potentiel
technologique inestimable. Elle est animée par une équipe jeune et
dynamique dirigée par Tadjeddine Bachir, son manager.
Située à Blida,
Leadersoft prend son essence dans le mot leader qui veut dire
«premier», et soft qui vient du mot software, qui signifie
«logiciel».
Elle a été crée,
officiellement, en 1999. «Nous étions uniquement trois ingénieurs en
informatique à lancer cette entreprise. Moi-même et deux de mes
collègues pour tout personnel», raconte Tadjeddine, comme l’aime à
l’appeler ses collaborateurs. L’idée de création de l’entreprise lui
est venue en observant l’état du marché algérien des années 90. «Le
marché du logiciel n’existait pratiquement pas en Algérie. On
comptait à tout casser 2 à 3 sociétés qui ne pouvaient, à elles
seules, satisfaire le marché algérien», explique-t-il. «La demande
était alors importante. Tous les métiers maintenant, utilisent
l’informatique et utilisent un logiciel. Je ne pense pas qu’il
existe une entreprise qui pourrait créer tous les logiciels pour
tous les métiers possibles en Algérie», continue-t-il.
Un début
modeste, une suite inattendue
La création de
Leadersoft n’est pas venue toute seule, c’est plutôt un concours de
circonstances. Pour la petite histoire, Tadjeddine, tout de suite
après sa sortie de l’Université, a travaillé à l’APC de Blida. Il
découvre alors que l’APC avait des problèmes que nul ne pouvait
résoudre manuellement. C’était le problème des rappels comptables.
«J’ai été recruté en 1992. L’APC accusait, déjà, un retard
considérable. Elle cumulait des rappels de 1989 à 1992»,
confie-t-il.
Connaissant son
cursus universitaire et ses connaissances, l’APC de Blida sollicite
les compétences du jeune Tadjeddine Bachir pour créer un logiciel
qui puisse traiter les rappels par le biais de l’informatique. Il ne
se fait pas prier et s’y attelle immédiatement. «Initialement, ma
spécialité en informatique ne portait pas sur les logiciels de
gestion. Elle n’avait d’ailleurs rien à voir. C’était surtout les
systèmes informatiques. C’est totalement différent», tient-il à
faire remarquer. «C’était ma première expérience en la matière. J’ai
réalisé rapidement ce logiciel qu’on me demandait. Et tout le monde
était content», poursuit ce jeune entrepreneur.
Tadjeddine entre
alors dans la légende est devient le héros de l’APC de Blida.
L’établissement régularise sa situation et touche tous les arriérés.
Depuis 1989, le personnel de l’APC n’avait pu traiter les rappels.
«C’est une somme importante qui est rentrée dans les caisses. C’est
pour cela que je suis devenu un héros», renchérit-il.
C’est à ce moment
précis, que Tadjeddine Bachir découvre que créer des logiciels de
gestion était plus intéressant que les systèmes informatiques. «Par
la suite, je conçois, au niveau de l’APC de Blida, un nouveau
logiciel, le logiciel de paye. Il s’est avéré d’une grande utilité.
Au lieu de faire taper les fiches de paye et les avis de virement
par dactylographie, ils étaient imprimés en une journée», développe
notre interlocuteur. «Par exemple, une paye de 1 200 employés
prenait 20 jours avant le logiciel. Avec l’application du logiciel,
cela prenait une journée», soutient-il.
L’aventure ne
s’arrête pas là. Un jour, il reçoit un ami médecin exerçant au
niveau du secteur sanitaire de Blida, venu lui rendre visite,
justement, à son bureau, à l’APC de Blida. Il voit les avis de
virement sortir par imprimante. Lui, qui au niveau de son service,
voyait les employés qui dactylographiaient les avis de virement. Il
lui demande alors : «Comment tu fais ça, toi ?». Tadjeddine lui
explique qu’il s’agissait d’un logiciel qu’il avait conçu tout
spécialement pour réaliser ce travail.
Le médecin
interloqué lui demande encore : «Est-ce que tu peux le vendre au
secteur sanitaire ?». Notre jeune ingénieur répond par la positive.
«Je prends contact avec un ami pour la facturation. Je vends, ainsi,
mon premier logiciel de gestion de paye. C’était mon premier
client», relate-t-il. Après quoi, un responsable du CHU de Blida
voit ce système fonctionné au secteur sanitaire de Blida. Le
directeur du personnel du CHU de Blida décide, alors, de rendre
visite à Tadjeddine à son bureau à l’APC de Blida. Procédant de la
même manière que son ami médecin, il lui demande s’il peut lui
vendre un logiciel. C’était là son deuxième client. «Et, c’est là
que j’ai eu le déclic. J’ai compris alors que j’étais tombé sur
quelque chose de très important», constate le P-DG.
Prenant conscience
de cet état de fait, il ouvre une société avec une personne plus
âgée que lui. «Très compétente, mais la différence d’âge a eu raison
de nous et on a dû se séparer. On a compris très vite que l’on ne
pouvait pas travailler longtemps ensemble. Notre association n’a
duré d’ailleurs que de 1997 à 1999. Soit 2 ans seulement. Mais ces
deux années m’ont permis de comprendre que mes ambitions et les
siennes étaient complètement à l’opposé. Ma façon de voir les choses
ne coïncidait pas avec la sienne», dévoile-t-il.
Un concentré de
matière grise
L’entreprise,
elle, a très vite pris de l’ampleur. Le logiciel de gestion de stock
se vendait bien. Mais même si elle existait, elle n’était pas
vraiment connue. Il décide, donc, de prendre attache avec deux de
ses amis qui ont fait l’INI, Institut National d’Informatique de
Oued Smar, comme lui. Il leur suggère de reprendre en main,
ensemble, son entreprise. «Je leur explique bien que l’on ne va pas
commencer de zéro, qu’elle existe déjà. Elle est en pleine activité,
elle a des clients, un plan de charge. Et qu’à trois, nous ferons
autre chose», avoue-t-il. «Je les ai sollicités pour que nous
créions, à partir de celle déjà existante, une nouvelle société.
L’important pour nous était de concevoir de nouveaux logiciels pour
d’autres secteurs d’activité. Et c’est ce qui a été fait. Nous avons
lancé notre activité, et nous avons commencé notre parcours. Voici
toute l’histoire de la création de Leadersoft», souligne-t-il.
De 1999 à
aujourd’hui, Leadersoft a pris de l’ampleur. Du personnel a été
recruté. De nouveaux logiciels ont été créés pour d’autres secteurs
d’activité.
L’investissement
initial, pour ce type d’entreprise, n’est pas important. Avec
quelques ordinateurs, c’est bon, l’activité est lancée. «Le plus
important, c’est la matière grise. Tout le travail se fait à partir
de là», lance ce premier responsable.
La partie n’a
toutefois pas toujours été facile pour nos jeunes entrepreneurs. Les
deux premières années, les dépenses étaient diverses et se
chiffraient sans compter. Il fallait faire face aux dépenses des
associés, à celles de la société, aux charges fiscales,
parafiscales, et bien d’autres encore. C’était loin d’être facile.
Aujourd’hui, les
trois amis sont toujours associés. Tous trois ingénieurs en
informatique. Tadjeddine s’explique : «Moi, je suis ingénieur en
informatique, option systèmes informatiques, et mes deux associés
sont ingénieurs en informatique, option systèmes d’information. En
deux mots, contrairement à moi, leur spécialité, c’est le
développement de réseaux».
Depuis,
l’entreprise s’est déployée. «Nous avons mis en place de nouveaux
départements parce qu’en vendant des logiciels à un client, nous
nous sommes rendu compte que le client nous faisait confiance. Il
nous demandait toujours si on pouvait leur vendre un micro, ou
encore si on pouvait leur installer un réseau», révèle-t-il. Dans
cette optique, le département vente de matériels informatiques a été
mis en place, suivi du département maintenance et installation de
réseaux. Et très récemment, la mise en place du département
conception et hébergement de site web. C’est une activité nouvelle
en Algérie.
Actuellement,
Leadersoft compte une quinzaine de personnes qui activent en son
sein. La grande majorité d’entre eux sont qualifiés : des ingénieurs
spécialisés en informatique et en électronique ainsi que des
techniciens spécialisés dans les mêmes domaines. Tous issus de
l’université algérienne. «Mais, vous savez, d’un point de vue plus
général, l’informatique, c’est plutôt pratique. Par moments, vous
rencontrez une personne qui n’est pas de formation en informatique,
mais qui est très douée. C’est le cas actuellement chez nous d’une
jeune femme ingénieur en chimie» énonce-t-il.
Au sein de
Leadersoft, la formation, c’est sacrée. Le personnel est souvent
envoyé en formation. Chaque occasion est bonne pour parfaire ses
connaissances. D’ailleurs, actuellement, deux techniciens de
l’entreprise suivent une formation au niveau de la société
internationale Symantec, spécialisée dans les systèmes de sécurité.
Pour le P-DG, cela
s’avère nécessaire : «Les sciences et les technologies avancent
tellement rapidement qu’il ne faut surtout pas rester à la traîne.
En 3 ans, les connaissances d’une personne deviennent obsolètes. En
informatique, chaque seconde, une nouveauté apparaît sur le marché»,
explique-t-il
Ces formations
sont diverses, elles peuvent être payantes, comme elles peuvent être
offertes par le patronat. «En tant que membre du CEIMI, moi-même
j’assure des formations gracieusement à leurs membres», nous assure
notre interlocuteur.
Pour les
installations réseaux, les cadres de Leadersoft sont envoyés pour
certification Cisco.
«Le logiciel est
une véritable industrie. On n’est pas obligé d’aller étudier de
l’autre côté de la Méditerranée pour ramener la technologie. Ce
n’est pas comme construire un avion, il suffit d’avoir de la matière
grise», s’indigne le P-DG. «Plusieurs révolutions ont été faites
avant. D’abord, la révolution du charbon, ensuite la révolution de
la mécanique, et maintenant c’est la révolution du numérique.
Certains pays tels que l’Iran, l’Inde, le Pakistan ont compris ça.
Vous savez, les Indiens font des trucs extraordinaires, et c’est ça
qui leur a permis de se classer, aujourd’hui, parmi les plus grandes
nations. Ils l’ont bien compris et ils se sont mis au travail. C’est
aussi simple que ça», continue-t-il.
«Clients ? Nous
préférons parler de partenaires»
Au niveau de la
clientèle, Leadersoft continue à faire son petit bonhomme de chemin.
Toutes les entreprises à caractère commercial et industriel
s’avèrent intéressées par ses produits. Pourquoi ? «Parce que nous
faisons des logiciels de gestion commerciale, des logiciels de
gestion de stock, des logiciels de gestion de la production, des
logiciels de paye, de comptabilité, du personnel. En deux mots,
c’est toute l’activité de l’entreprise qui peut être traitée par nos
logiciels. Quel que soit son secteur d’activité, l’entreprise, si
elle veut réussir, doit informatiser sa gestion», répond Tadjeddine.
Leurs logiciels sont sollicités par tous. C’est aussi bien les
entreprises du secteur public que celles du privé qui comptent parmi
leur clientèle. A l’exemple des APC et des hôpitaux, pour qui ils
réalisent aussi bien des logiciels de paye, de gestion du personnel,
que des logiciels de gestion de stock quelquefois. SKMK, une filiale
de Sonelgaz, aussi, pour le logiciel de gestion. «Nous avons aussi
la CAMEMD, le centre national des moyens didactiques responsable des
moyens didactiques à travers toute l’Algérie qui dépend du ministère
de l’Education nationale pour qui nous fournissons le logiciel de
gestion de stock», note le P-DG.
Dans le privé, on
peut citer Guedila, qui fait dans l’eau minérale, et Ieco qui fait
dans l’emballage. «Nous fournissons également, du matériel
informatique au centre d’appel de Worktel. C’est l’un des premiers
centres d’appel off shore algérien pour lequel nous avons fourni le
matériel informatique dans son intégralité. Par exemple, pour gérer
la paye de plus de 160 employés, nous leur avons créé leur propre
logiciel», signale-t-il.
En matière de
recouvrement de créances, Leadersoft reconnaît ne pas avoir de
problèmes particuliers. «En général, lorsqu’un nouveau client se
présente, il paie tout de suite. Sinon, aussi bien dans le secteur
public que le secteur privé, on peut trouver de bons payeurs comme
de mauvais. Les entreprises du secteur public mettent beaucoup de
temps à régler leur facture», rappelle-t-il.
Sur un tout autre
registre, le premier souci de Leadersoft au-delà de la vente est le
partenariat à part entière avec sa clientèle. «Le fort de notre
produit n’est pas la vente en elle-même, mais davantage la
maintenance et le service après-vente que l’on offre au sein de
notre établissement», annonce-t-il. «Celui qui achète notre produit,
c’est qu’il nous fait confiance. A l’extérieur, les logiciels
contrefaits de gestion, de comptabilité sont cédés à 100 DA. Notre
logiciel de comptabilité, par exemple, coûte 20 000 DA. Si
l’entreprise l’achète à ce prix, c’est qu’elle sait qu’en cas de
problèmes, on peut intervenir. Elle est tranquille», soutient
Tadjeddine. Selon lui, l’entreprise algérienne sait aujourd’hui que
la qualité des produits est primordiale. «Elle sait qu’on travaille
dans les normes. Nous avons les moyens d’assurer l’assistance, la
télé assistance ainsi que la télé intervention. C’est pour cela que
pour l’entreprise algérienne, le logiciel n’est pas une affaire
d’acquisition, mais bien plus une affaire de prestation de services
et de service après-vente», se défend-il. L’important pour
l’entreprise est d’assurer le suivi. «Pour la télé intervention par
exemple, nous avons mis au point un système à partir duquel nos
clients peuvent télécharger les mises à jour. Ils nous envoient par
E-maïl leurs problèmes auxquels nous répondons par la même voie»,
précise-t-il. Même le slogan de l’entreprise est significatif : «On
vous vend un produit et on ne vous laisse pas tomber». C’est ça le
plus important.
Des logiciels
moins chers à l’international
Sur le plan de la
concurrence, Tadjeddine fera remarquer qu’elle existe mais qu’elle
n’est pas gênante. «Nous avons des concurrents pour certains marchés
uniquement. Tout le monde trouve sa place. La concurrence, ce n’est
pas un problème, le marché est vaste», enchaîne-t-il. La contrefaçon
du logiciel, quant à elle, est très répandue dans le monde. Et
surtout dans le tiers monde. «Il faut savoir qu’une entreprise de
communication internationale perd des milliards de dollars pour son
système d’exploitation parachuté d’un pays à un autre»,
observe-t-il. «C’est quoi, un logiciel contrefait ? C’est que vous
n’achetez pas la licence de celui qui a conçu le logiciel. Vous
faites une copie illégale et vous l’utilisez comme vous voulez. A
Leadersoft, nous vendons nos logiciels avec un système de
protection, pour éviter au maximum les copies illégales»,
avance-t-il, comme garantie.
Concernant
l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, le premier responsable de
Leadersoft nous confiera que cela n’influe aucunement sur leur
activité dans la mesure où «leurs produits sont cédés à des prix
très compétitifs sur le marché international».
Père de famille
et échéphile incurable
Du haut de ses 37
printemps, Tadjeddine Bachir est un papa heureux et un mari comblé.
Pour lui, la famille, c’est sacrée. «Généralement, un chef
d’entreprise se consacre entièrement à son affaire. Il finit par
avoir du succès, par être connu. Mais au bout de quelques années, il
découvre qu’il a fait des victoires, et en même temps, il est passé
complètement à côté de l’essentiel de la vie. Il ne connaît pas son
conjoint. Il n’a pas vu grandir ses enfants. N’est ce pas triste
tout ça ?», fait remarquer ce père de famille très consciencieux. A
son sens, sa famille, ses deux filles et son petit garçon
représentent l’essence même de son existence. Il ne peut pas
l’imaginer un instant sans. Toute sa vie est axée autour. Il fait de
son mieux pour gérer son stress au quotidien, et allier vie de
famille et réussite professionnelle. «Tout ça doit partir en
parallèle. On ne peut pas réussir professionnellement si votre vie
de famille est un échec. Si vos enfants ne vous connaissent pas, la
vie perd toute sa saveur», continue-t-il. «Moi, chaque jour, quand
je rentre à 17 h 30, je consacre le reste de ma journée à mes
enfants. C’est primordial», soutient Tadjeddine. Tous les week-ends,
ce papa heureux les emmène en balade en forêt, en montagne, ou
encore à la mer. Il met tout en œuvre pour arriver à constituer un
équilibre. En fervent joueur d’échecs, il fait de l’équilibre un
choix de vie. «Pour moi, le jeu d’échecs n’est pas simplement un
sport, c’est un art de vivre», renchérit-il. Il en a fait une
véritable passion. «J’ai bouffé une quantité impressionnante de
livres. Je suis arrivé à un niveau professionnel. Par la force de
mon travail, d’ailleurs un travail à plein temps ; je suis arrivé à
être classé internationalement. Ce qui m’a permis de parcourir tout
le pays», note notre interlocuteur. «J’ai terminé ma carrière en
étant vice-président de la Fédération algérienne de jeux d’échecs.
Aujourd’hui, je fais de temps à autre des parties sur l’Internet,
mais je ne participe plus à des compétitions».
S. D.
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