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Tadjeddine Bachir, manager de Leadersoft

Une technologie pleine de jeunesse

 

Reportage réalisé

Par

Sonia Dahbi

 

 07/05/07

 

Leadersoft, une boîte très branchée spécialisée dans le développement de logiciels, recèle un potentiel technologique inestimable. Elle est animée par une équipe jeune et dynamique dirigée par Tadjeddine Bachir, son manager.

 

Située à Blida, Leadersoft prend son essence dans le mot leader qui veut dire «premier», et soft qui vient du mot software, qui signifie «logiciel».

Elle a été crée, officiellement, en 1999. «Nous étions uniquement trois ingénieurs en informatique à lancer cette entreprise. Moi-même et deux de mes collègues pour tout personnel», raconte Tadjeddine, comme l’aime à l’appeler ses collaborateurs. L’idée de création de l’entreprise lui est venue en observant l’état du marché algérien des années 90. «Le marché du logiciel n’existait pratiquement pas en Algérie. On comptait à tout casser 2 à 3 sociétés qui ne pouvaient, à elles seules, satisfaire le marché algérien», explique-t-il. «La demande était alors importante. Tous les métiers maintenant, utilisent l’informatique et utilisent un logiciel. Je ne pense pas qu’il existe une entreprise qui pourrait créer tous les logiciels pour tous les métiers possibles en Algérie», continue-t-il.

Un début modeste, une suite inattendue

La création de Leadersoft n’est pas venue toute seule, c’est plutôt un concours de circonstances. Pour la petite histoire, Tadjeddine, tout de suite après sa sortie de l’Université, a travaillé à l’APC de Blida. Il découvre alors que l’APC avait des problèmes que nul ne pouvait résoudre manuellement. C’était le problème des rappels comptables. «J’ai été recruté en 1992. L’APC accusait, déjà, un retard considérable. Elle cumulait des rappels de 1989 à 1992», confie-t-il.

Connaissant son cursus universitaire et ses connaissances, l’APC de Blida sollicite les compétences du jeune Tadjeddine Bachir pour créer un logiciel qui puisse traiter les rappels par le biais de l’informatique. Il ne se fait pas prier et s’y attelle immédiatement. «Initialement, ma spécialité en informatique ne portait pas sur les logiciels de gestion. Elle n’avait d’ailleurs rien à voir. C’était surtout les systèmes informatiques. C’est totalement différent», tient-il à faire remarquer. «C’était ma première expérience en la matière. J’ai réalisé rapidement ce logiciel qu’on me demandait. Et tout le monde était content», poursuit ce jeune entrepreneur.

Tadjeddine entre alors dans la légende est devient le héros de l’APC de Blida. L’établissement régularise sa situation et touche tous les arriérés. Depuis 1989, le personnel de l’APC n’avait pu traiter les rappels. «C’est une somme importante qui est rentrée dans les caisses. C’est pour cela que je suis devenu un héros», renchérit-il.

C’est à ce moment précis, que Tadjeddine Bachir découvre que créer des logiciels de gestion était plus intéressant que les systèmes informatiques. «Par la suite, je conçois, au niveau de l’APC de Blida, un nouveau logiciel, le logiciel de paye. Il s’est avéré d’une grande utilité. Au lieu de faire taper les fiches de paye et les avis de virement par dactylographie, ils étaient imprimés en une journée», développe notre interlocuteur. «Par exemple, une paye de 1 200 employés prenait 20 jours avant le logiciel. Avec l’application du logiciel, cela prenait une journée», soutient-il.

L’aventure ne s’arrête pas là. Un jour, il reçoit un ami médecin exerçant au niveau du secteur sanitaire de Blida, venu lui rendre visite, justement, à son bureau, à l’APC de Blida. Il voit les avis de virement sortir par imprimante. Lui, qui au niveau de son service, voyait les employés qui dactylographiaient les avis de virement. Il lui demande alors : «Comment tu fais ça, toi ?». Tadjeddine lui explique qu’il s’agissait d’un logiciel qu’il avait conçu tout spécialement pour réaliser ce travail.

Le médecin interloqué lui demande encore : «Est-ce que tu peux le vendre au secteur sanitaire ?». Notre jeune ingénieur répond par la positive. «Je prends contact avec un ami pour la facturation. Je vends, ainsi, mon premier logiciel de gestion de paye. C’était mon premier client», relate-t-il. Après quoi, un responsable du CHU de Blida voit ce système fonctionné au secteur sanitaire de Blida. Le directeur du personnel du CHU de Blida décide, alors, de rendre visite à Tadjeddine à son bureau à l’APC de Blida. Procédant de la même manière que son ami médecin, il lui demande s’il peut lui vendre un logiciel. C’était là son deuxième client. «Et, c’est là que j’ai eu le déclic. J’ai compris alors que j’étais tombé sur quelque chose de très important», constate le P-DG.

Prenant conscience de cet état de fait, il ouvre une société avec une personne plus âgée que lui. «Très compétente, mais la différence d’âge a eu raison de nous et on a dû se séparer. On a compris très vite que l’on ne pouvait pas travailler longtemps ensemble. Notre association n’a duré d’ailleurs que de 1997 à 1999. Soit 2 ans seulement. Mais ces deux années m’ont permis de comprendre que mes ambitions et les siennes étaient complètement à l’opposé. Ma façon de voir les choses ne coïncidait pas avec la sienne», dévoile-t-il.

Un concentré de matière grise

L’entreprise, elle, a très vite pris de l’ampleur. Le logiciel de gestion de stock se vendait bien. Mais même si elle existait, elle n’était pas vraiment connue. Il décide, donc, de prendre attache avec deux de ses amis qui ont fait l’INI, Institut National d’Informatique de Oued Smar, comme lui. Il leur suggère de reprendre en main, ensemble, son entreprise. «Je leur explique bien que l’on ne va pas commencer de zéro, qu’elle existe déjà. Elle est en pleine activité, elle a des clients, un plan de charge. Et qu’à trois, nous ferons autre chose», avoue-t-il. «Je les ai sollicités pour que nous créions, à partir de celle déjà existante, une nouvelle société. L’important pour nous était de concevoir de nouveaux logiciels pour d’autres secteurs d’activité. Et c’est ce qui a été fait. Nous avons lancé notre activité, et nous avons commencé notre parcours. Voici toute l’histoire de la création de Leadersoft», souligne-t-il.

De 1999 à aujourd’hui, Leadersoft a pris de l’ampleur. Du personnel a été recruté. De nouveaux logiciels ont été créés pour d’autres secteurs d’activité.

L’investissement initial, pour ce type d’entreprise, n’est pas important. Avec quelques ordinateurs, c’est bon, l’activité est lancée. «Le plus important, c’est la matière grise. Tout le travail se fait à partir de là», lance ce premier responsable.

La partie n’a toutefois pas toujours été facile pour nos jeunes entrepreneurs. Les deux premières années, les dépenses étaient diverses et se chiffraient sans compter. Il fallait faire face aux dépenses des associés, à celles de la société, aux charges fiscales, parafiscales, et bien d’autres encore. C’était loin d’être facile.

Aujourd’hui, les trois amis sont toujours associés. Tous trois ingénieurs en informatique. Tadjeddine s’explique : «Moi, je suis ingénieur en informatique, option systèmes informatiques, et mes deux associés sont ingénieurs en informatique, option systèmes d’information. En deux mots, contrairement à moi, leur spécialité, c’est le développement de réseaux».

Depuis, l’entreprise s’est déployée. «Nous avons mis en place de nouveaux départements parce qu’en vendant des logiciels à un client, nous nous sommes rendu compte que le client nous faisait confiance. Il nous demandait toujours si on pouvait leur vendre un micro, ou encore si on pouvait leur installer un réseau», révèle-t-il. Dans cette optique, le département vente de matériels informatiques a été mis en place, suivi du département maintenance et installation de réseaux. Et très récemment, la mise en place du département conception et hébergement de site web. C’est une activité nouvelle en Algérie.

Actuellement, Leadersoft compte une quinzaine de personnes qui activent en son sein. La grande majorité d’entre eux sont qualifiés : des ingénieurs spécialisés en informatique et en électronique ainsi que des techniciens spécialisés dans les mêmes domaines. Tous issus de l’université algérienne. «Mais, vous savez, d’un point de vue plus général, l’informatique, c’est plutôt pratique. Par moments, vous rencontrez une personne qui n’est pas de formation en informatique, mais qui est très douée. C’est le cas actuellement chez nous d’une jeune femme ingénieur en chimie» énonce-t-il.

Au sein de Leadersoft, la formation, c’est sacrée. Le personnel est souvent envoyé en formation. Chaque occasion est bonne pour parfaire ses connaissances. D’ailleurs, actuellement, deux techniciens de l’entreprise suivent une formation au niveau de la société internationale Symantec, spécialisée dans les systèmes de sécurité.

Pour le P-DG, cela s’avère nécessaire : «Les sciences et les technologies avancent tellement rapidement qu’il ne faut surtout pas rester à la traîne. En 3 ans, les connaissances d’une personne deviennent obsolètes. En informatique, chaque seconde, une nouveauté apparaît sur le marché», explique-t-il

Ces formations sont diverses, elles peuvent être payantes, comme elles peuvent être offertes par le patronat. «En tant que membre du CEIMI, moi-même j’assure des formations gracieusement à leurs membres», nous assure notre interlocuteur.

Pour les installations réseaux, les cadres de Leadersoft sont envoyés pour certification Cisco.

«Le logiciel est une véritable industrie. On n’est pas obligé d’aller étudier de l’autre côté de la Méditerranée pour ramener la technologie. Ce n’est pas comme construire un avion, il suffit d’avoir de la matière grise», s’indigne le P-DG. «Plusieurs révolutions ont été faites avant. D’abord, la révolution du charbon, ensuite la révolution de la mécanique, et maintenant c’est la révolution du numérique. Certains pays tels que l’Iran, l’Inde, le Pakistan ont compris ça. Vous savez, les Indiens font des trucs extraordinaires, et c’est ça qui leur a permis de se classer, aujourd’hui, parmi les plus grandes nations. Ils l’ont bien compris et ils se sont mis au travail. C’est aussi simple que ça», continue-t-il.

«Clients ? Nous préférons parler de partenaires»

Au niveau de la clientèle, Leadersoft continue à faire son petit bonhomme de chemin. Toutes les entreprises à caractère commercial et industriel s’avèrent intéressées par ses produits. Pourquoi ? «Parce que nous faisons des logiciels de gestion commerciale, des logiciels de gestion de stock, des logiciels de gestion de la production, des logiciels de paye, de comptabilité, du personnel. En deux mots, c’est toute l’activité de l’entreprise qui peut être traitée par nos logiciels. Quel que soit son secteur d’activité, l’entreprise, si elle veut réussir, doit informatiser sa gestion», répond Tadjeddine. Leurs logiciels sont sollicités par tous. C’est aussi bien les entreprises du secteur public que celles du privé qui comptent parmi leur clientèle. A l’exemple des APC et des hôpitaux, pour qui ils réalisent aussi bien des logiciels de paye, de gestion du personnel, que des logiciels de gestion de stock quelquefois. SKMK, une filiale de Sonelgaz, aussi, pour le logiciel de gestion. «Nous avons aussi la CAMEMD, le centre national des moyens didactiques responsable des moyens didactiques à travers toute l’Algérie qui dépend du ministère de l’Education nationale pour qui nous fournissons le logiciel de gestion de stock», note le P-DG.

Dans le privé, on peut citer Guedila, qui fait dans l’eau minérale, et Ieco qui fait dans l’emballage. «Nous fournissons également, du matériel informatique au centre d’appel de Worktel. C’est l’un des premiers centres d’appel off shore algérien pour lequel nous avons fourni le matériel informatique dans son intégralité. Par exemple, pour gérer la paye de plus de 160 employés, nous leur avons créé leur propre logiciel», signale-t-il.

En matière de recouvrement de créances, Leadersoft reconnaît ne pas avoir de problèmes particuliers. «En général, lorsqu’un nouveau client se présente, il paie tout de suite. Sinon, aussi bien dans le secteur public que le secteur privé, on peut trouver de bons payeurs comme de mauvais. Les entreprises du secteur public mettent beaucoup de temps à régler leur facture», rappelle-t-il.

Sur un tout autre registre, le premier souci de Leadersoft au-delà de la vente est le partenariat à part entière avec sa clientèle. «Le fort de notre produit n’est pas la vente en elle-même, mais davantage la maintenance et le service après-vente que l’on offre au sein de notre établissement», annonce-t-il. «Celui qui achète notre produit, c’est qu’il nous fait confiance. A l’extérieur, les logiciels contrefaits de gestion, de comptabilité sont cédés à 100 DA. Notre logiciel de comptabilité, par exemple, coûte 20 000 DA. Si l’entreprise l’achète à ce prix, c’est qu’elle sait qu’en cas de problèmes, on peut intervenir. Elle est tranquille», soutient Tadjeddine. Selon lui, l’entreprise algérienne sait aujourd’hui que la qualité des produits est primordiale. «Elle sait qu’on travaille dans les normes. Nous avons les moyens d’assurer l’assistance, la télé assistance ainsi que la télé intervention. C’est pour cela que pour l’entreprise algérienne, le logiciel n’est pas une affaire d’acquisition, mais bien plus une affaire de prestation de services et de service après-vente», se défend-il. L’important pour l’entreprise est d’assurer le suivi. «Pour la télé intervention par exemple, nous avons mis au point un système à partir duquel nos clients peuvent télécharger les mises à jour. Ils nous envoient par E-maïl leurs problèmes auxquels nous répondons par la même voie», précise-t-il. Même le slogan de l’entreprise est significatif : «On vous vend un produit et on ne vous laisse pas tomber». C’est ça le plus important.

Des logiciels moins chers à l’international

Sur le plan de la concurrence, Tadjeddine fera remarquer qu’elle existe mais qu’elle n’est pas gênante. «Nous avons des concurrents pour certains marchés uniquement. Tout le monde trouve sa place. La concurrence, ce n’est pas un problème, le marché est vaste», enchaîne-t-il. La contrefaçon du logiciel, quant à elle, est très répandue dans le monde. Et surtout dans le tiers monde. «Il faut savoir qu’une entreprise de communication internationale perd des milliards de dollars pour son système d’exploitation parachuté d’un pays à un autre», observe-t-il. «C’est quoi, un logiciel contrefait ? C’est que vous n’achetez pas la licence de celui qui a conçu le logiciel. Vous faites une copie illégale et vous l’utilisez comme vous voulez. A Leadersoft, nous vendons nos logiciels avec un système de protection, pour éviter au maximum les copies illégales», avance-t-il, comme garantie.

Concernant l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, le premier responsable de Leadersoft nous confiera que cela n’influe aucunement sur leur activité dans la mesure où «leurs produits sont cédés à des prix très compétitifs sur le marché international».

 

Père de famille et échéphile incurable

Du haut de ses 37 printemps, Tadjeddine Bachir est un papa heureux et un mari comblé. Pour lui, la famille, c’est sacrée. «Généralement, un chef d’entreprise se consacre entièrement à son affaire. Il finit par avoir du succès, par être connu. Mais au bout de quelques années, il découvre qu’il a fait des victoires, et en même temps, il est passé complètement à côté de l’essentiel de la vie. Il ne connaît pas son conjoint. Il n’a pas vu grandir ses enfants. N’est ce pas triste tout ça ?», fait remarquer ce père de famille très consciencieux. A son sens, sa famille, ses deux filles et son petit garçon représentent l’essence même de son existence. Il ne peut pas l’imaginer un instant sans. Toute sa vie est axée autour. Il fait de son mieux pour gérer son stress au quotidien, et allier vie de famille et réussite professionnelle. «Tout ça doit partir en parallèle. On ne peut pas réussir professionnellement si votre vie de famille est un échec. Si vos enfants ne vous connaissent pas, la vie perd toute sa saveur», continue-t-il. «Moi, chaque jour, quand je rentre à 17 h 30, je consacre le reste de ma journée à mes enfants. C’est primordial», soutient Tadjeddine. Tous les week-ends, ce papa heureux les emmène en balade en forêt, en montagne, ou encore à la mer. Il met tout en œuvre pour arriver à constituer un équilibre. En fervent joueur d’échecs, il fait de l’équilibre un choix de vie. «Pour moi, le jeu d’échecs n’est pas simplement un sport, c’est un art de vivre», renchérit-il. Il en a fait une véritable passion. «J’ai bouffé une quantité impressionnante de livres. Je suis arrivé à un niveau professionnel. Par la force de mon travail, d’ailleurs un travail à plein temps ; je suis arrivé à être classé internationalement. Ce qui m’a permis de parcourir tout le pays», note notre interlocuteur. «J’ai terminé ma carrière en étant vice-président de la Fédération algérienne de jeux d’échecs. Aujourd’hui, je fais de temps à autre des parties sur l’Internet, mais je ne participe plus à des compétitions».

S. D.

 

 

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