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Beaucoup de femmes ont dû, un jour où l’autre, admirer les fins
motifs de broderie mécanique, sur un jupon, un bustier, une nappe ou
sur la bande décorative d’un rideau. D’autres ont dû apprécier la
qualité des couettes, des draps et d’autres linges de maison
fabriqués par la Société Rendja Z. et Cie de Blida. Une activité
vieille de presque 40 ans déjà, lancée par un des fils de la région
blidéenne, Zerrouk Rendja, à l’honneur de notre saga des chefs
d’entreprise.
Zerrouk
Rendja est né en 1944 à Blida, au sein d’une famille très aisée.
Son père était industriel depuis 1948 et s’était spécialisé dans la
fabrication de l’huile d’olive. Une huilerie, aujourd’hui encore en
activité que gère le frère Mustapha.
En âge d’aller à
l’école, Zerrouk est inscrit au primaire, à l’école française, il
poursuit son instruction jusqu’au secondaire. Et à 16 ans, il met
fin à ses études pour remplacer son frère, M’hamed, plus âgé que lui
d’un an, dans la gestion des biens familiaux. Mon frère qui a
rejoint le maquis à 17 ans, et qui est tombé au champ d’honneur
quelques mois après, gérait les commerces multiples que possédait
notre père. «J’ai dû prendre sa place et entrer par conséquent dans
le monde du travail», nous confie el Hadj Zerrouk, avec un brin de
tristesse dans la voix. On sent à travers son récit que la mort de
son frère l’a beaucoup affecté.
Cependant il en
parle avec grande fierté de ce martyr, «qui a sacrifié sa jeunesse,
une vie des plus aisées, des études brillantes pour l’amour et
l’indépendance de son pays». Se retrouver dans la gestion des biens
familiaux et au contact direct avec le monde du commerce a forgé le
jeune Zerrouk. Cet apprentissage à l’école de la vie, va donner
naissance à un homme d’affaires et à un industriel des plus
ambitieux. Aujourd’hui et à 63 ans, M. Zerrouk Rendja, père de cinq
enfants est 9 fois grand-père. Ses enfants travaillent avec lui dans
l’entreprise familiale. Membre fondateur du Ceimi, il nourrit une
grande passion pour le travail, la mer et la montage, et répond
toujours présent à toute action humanitaire, à commencerpar ses
propres employés.
Investir dans la
broderie mécanique
A 24 ans, notre
commerçant décide de s’installer seul, mais en tant qu’industriel.
Une idée soufflée par un architecte français de renom allait changer
le cours de
sa vie. Il nous
parle de ses débuts : «En 1968, l’idée d’investir dans la broderie
mécanique m’a été soufflée par l’architecte Pouillon, qui était
aussi un grand ami de la famille. J’avoue que l’idée m’a séduit, et
je me suis donc lancé, avec au départ une seule machine, et un
petit local. J’ai commencé mon activité en faisant dans la robe
oranaise», se souvient-il. Un pionnier dans la broderie mécanique
était né en Algérie. Ses modèles et produits faisaient déjà fureur.
Il y a eu par la suite une unité à Tlemcen qui fonctionne toujours.
L’ambition de M. Rendja n’avait d’égal que son besoin de parfaire
encore et toujours son produit. Pour cela, il multiplie ses départs
à l’étranger et effectue plusieurs visites dans les usines
spécialisées en broderie en France et en Suisse. Des visites qui lui
ont permis de beaucoup apprendre dans ce domaine. «Je visitais ces
sites en faisant semblant de ne point maîtriser la technique, mais
il me suffisait d’un seul coup d’œil pour calquer leurs techniques
et méthodes. Chose que je me dépêchais d’appliquer dans mon usine.
J’ai maitrisé ainsi la technique de la broderie anglaise et autres
méthodes.» Mais comme toute belle chose à une fin, les portes du
savoir lui ont été fermées dès que les fabricants étrangers ont
découvert le pot aux roses.
«Les immigrés qui
avaient l’habitude d’acheter des valises pleines de broderie
anglaise en France et en Suisse pour les ramener en Algérie, ne le
faisaient plus car, ces produits étaient largement disponibles à
l’échelle nationale.
Les étrangers qui
ont perdu de la sorte beaucoup de clients, se sont enquis sur la
question et ont fini par comprendre que je leur faisais de la
concurrence et ils m’ont fermé leurs portes», nous confie M. Rendja.
Notre industriel
se souvient encore des contraintes qu’il avait rencontrées après
cette histoire, lorsqu’il avait tenté d’acheter des équipements pour
son usine d’Autriche et de Suisse.
«Ils ont refusé
de me laisser voir fonctionner le matériel qu’il voulait me vendre,
j’ai refusé, et je l’ai acquis de France grâce à l’aide d’un ami.»
Des souvenirs en
or
En 1986-1987, la
société Rendja Z et Cie se lance dans la production de la guipure.
Elle tournait alors avec 70 employés, c’était l’âge d’or de la
broderie en Algérie et même du textile. «A cette époque, nous
n’avions guère besoin de l’importation dans le domaine du textile.
Nous avions la
meilleure qualité et à meilleur prix. Nous avions aussi une forte
concentration dans le domaine de la filature, le tissage, la
bonneterie, la confection et les accessoires qui vont avec.
Beaucoup de gens
avaient créé des ateliers de confection et offraient des postes de
travail à beaucoup de jeunes femmes et d’hommes. Assise sur une
superficie de 4 500 m² avec 2 200 m² couverts, la société arrivait à
couvrir le marché national et tournait à plein régime avec une
centaine de personnes.
M Rendja
fournissait du linge de maison pour Les collectivités locales,
l’hôtellerie et la restauration. Sa broderie anglaise et sa guipure
avaient trouvé largement leur place sur le marché algérien.
Il avait réussi
le pari de bien se positionner sur le marché, au milieu des
entreprises étatiques qui détenaient totalement le monopole.
C’était l’âge d’or d’une activité que Zerrouk Rendja dirigeait d’une
main de maître sans penser qu’un jour tout allait basculer. Et ce ne
sont guère les difficultés qui allaient manquer dans la vie de notre
industriel pour qui le vent commençait à souffler dans la mauvaise
direction dès l’ouverture des frontières en 1990 devant
l’importation.
L’importation tue
tout ou presque
«En ouvrant le
marché du textile devant l’importation, le pays est devenu un
véritable dépotoir de produits de mauvaise qualité, importés par des
gens peu scrupuleux», se plaint M. Rendja. Lequel impute la
dégradation du secteur du textile principalement plus à ce facteur,
plus qu’au marché informel et à la concurrence chinoise.
«Nos
importateurs, accuse-t-il, ne voient pas l’intérêt du pays. Ils vont
en Chine, à Dubaï, au Pakistan, achètent à un prix et en rentrant
au pays, ils fraudent et sur le prix et sur la qualité. S’ils
venaient à déclarer leurs marchandises à leur juste valeur, il n’y
aurait plus de concurrence. Aujourd’hui, nos usines à Batna, Oran,
Khenchla, des filatures sont toujours à l’arrêt à cause de
l’importation.»
La douane,
poursuit-il sur sa lancée «a sa part de responsabilité dans ce
fiasco. Nous savons que des charters de tissus arrivent jusqu’à
domicile sans être déclarés». C’est aujourd’hui aux pouvoirs publics
d’intervenir pour sauver le secteur du textile et permettre le
retour d’une activité qui assurait des milliers d’emplois, surtout à
des jeunes femmes, a tenu à préciser le manager de la société Rendja
Z et Cie, faute de quoi le secteur du textile est voué à une mort
certaine.
L’Etat doit,
selon lui, «procéder à un contrôle rigoureux des produits importés,
surtout en termes de qualité, mais également en infléchissant celui
destiné aux produits à exporter».
Un industriel qui
résiste
Lors de la
décennie noire, la société Rendja Z et Cie a continué à tourner
contre vents et marées. «Malgré toutes les contraintes, la peur et
le danger de mort, nous sommes restés et avons continué à fabriquer
la parure du drap, la nappe et la couette. Car la vie et les
mariages continuaient malgré cette décennie, et la demande était
parfois difficile à satisfaire», se rappelle- t-il aujourd’hui, en
ajoutant, «nous n’avons jamais cessé de travailler et nous avons
même investi».
Mais malgré le
retour au calme, le secteur du textile avait déjà prix un sacré
coup. Notre manager qui a misé sur un grand investissement pour le
développement de son entreprise s’est heurté comme tout investisseur
aux lenteurs administratives. Il décide alors d’arrêter certaines
spécialités pour ne se consacrer qu’aux linges de maison et au plan
Orsec.
Il déplore même
la triste situation et l’impasse où se trouvent actuellement
beaucoup d’entreprises privées, victimes de l’importation déloyale
et autres facteurs. «Aujourd’hui, beaucoup de producteurs, dont
l’activité est à l’arrêt à cause de la concurrence déloyale de
l’importation et du marché informel, ne savent pas quoi faire de
leur équipement.
Un équipement
toujours productif, mais qui doit être désossé pour être vendu à la
ferraille, car il ne peut trouver d’acquéreur.»
De son côté, il
pense sérieusement à jeter l’éponge et changer carrément de créneau.
«Je n’ai jamais
pensé à être un importateur, mais l’idée commence à me tirailler
l’esprit, et je commence même à m’y intéresser de très près», nous
confie Zerrouk Rendja avec tristesse.
H. G.
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