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Zerrouk Rendja,  DG de Rendja Z et Cie

L’industrie du raffiné

 

Reportage réalisé

Par

Habiba Ghrib

 

 08/10/07

 

 

Beaucoup de femmes ont dû, un jour où l’autre, admirer les fins motifs de broderie mécanique, sur un jupon, un bustier, une nappe ou sur la bande décorative d’un rideau. D’autres ont dû apprécier la qualité des couettes, des draps et d’autres linges de maison fabriqués par la Société Rendja Z. et Cie de Blida. Une activité vieille de presque 40 ans déjà, lancée par un des fils de la région blidéenne, Zerrouk Rendja, à l’honneur de notre saga des chefs d’entreprise.

 

 

Zerrouk Rendja est né en 1944 à Blida,  au sein d’une famille très aisée. Son père était industriel depuis 1948 et s’était spécialisé dans la fabrication de l’huile d’olive. Une huilerie, aujourd’hui encore en activité que gère le frère Mustapha.

En âge d’aller à l’école, Zerrouk est inscrit au primaire, à l’école française, il poursuit son instruction jusqu’au secondaire. Et à 16 ans, il met fin à ses études pour remplacer son frère, M’hamed, plus âgé que lui d’un an, dans la gestion des biens familiaux. Mon frère qui a rejoint le maquis à 17 ans, et qui est tombé au champ d’honneur quelques mois après, gérait les commerces multiples que possédait notre père. «J’ai dû prendre sa place et entrer par conséquent dans le monde du travail», nous confie el Hadj Zerrouk, avec un brin de tristesse dans la voix. On sent à travers son récit que la mort de son frère l’a beaucoup affecté. 

Cependant il en parle avec grande fierté de ce martyr, «qui a sacrifié sa jeunesse, une vie des plus aisées, des études brillantes  pour l’amour et l’indépendance de son pays».  Se retrouver dans la gestion des biens familiaux et au contact direct avec le monde du commerce a forgé le jeune Zerrouk. Cet apprentissage à l’école de la vie, va donner naissance à un homme d’affaires et à un industriel des plus ambitieux.  Aujourd’hui et à 63 ans, M. Zerrouk Rendja, père de cinq enfants est 9 fois grand-père. Ses enfants travaillent avec lui dans l’entreprise familiale. Membre fondateur du Ceimi, il nourrit une grande passion pour le travail, la mer et la montage, et répond toujours présent à toute action humanitaire, à commencerpar ses propres employés.

Investir dans la broderie mécanique

A 24 ans, notre commerçant décide de s’installer seul, mais en tant qu’industriel. Une idée soufflée par un architecte français de renom allait changer le cours de

sa vie. Il nous parle de ses débuts : «En 1968, l’idée d’investir dans la broderie mécanique m’a été soufflée par l’architecte Pouillon, qui était aussi un grand ami de la famille. J’avoue que l’idée m’a séduit, et je me suis donc lancé, avec au départ une seule machine,  et un petit local. J’ai commencé mon activité en faisant dans la robe oranaise», se souvient-il. Un pionnier dans la broderie mécanique était né en Algérie. Ses modèles et produits faisaient déjà fureur. Il y a eu par la suite une unité à Tlemcen qui fonctionne toujours. L’ambition de M. Rendja n’avait d’égal que son besoin de parfaire encore et toujours son produit. Pour cela, il multiplie ses départs à l’étranger et effectue plusieurs visites dans les usines spécialisées en broderie en France et en Suisse. Des visites qui lui ont permis de beaucoup apprendre  dans ce domaine. «Je visitais ces sites en faisant semblant de ne point maîtriser la technique, mais il me suffisait d’un seul coup d’œil  pour  calquer leurs techniques et méthodes. Chose que je me dépêchais d’appliquer dans mon usine. J’ai maitrisé ainsi la technique de la broderie anglaise et autres méthodes.» Mais comme toute belle chose à une fin, les portes du savoir lui ont été fermées dès que les fabricants  étrangers ont découvert le pot aux roses. 

«Les immigrés qui avaient l’habitude d’acheter des valises pleines de broderie anglaise en France et en Suisse  pour les ramener en Algérie, ne le faisaient plus car, ces produits étaient largement disponibles à l’échelle nationale.

Les étrangers qui ont perdu de la sorte beaucoup de clients, se sont enquis sur la question et ont fini par comprendre que je leur faisais de la concurrence et ils m’ont fermé leurs portes», nous confie M. Rendja.   

Notre industriel se souvient encore des contraintes qu’il avait rencontrées après cette histoire, lorsqu’il avait tenté d’acheter des équipements pour son usine d’Autriche et de Suisse.

«Ils ont refusé de me laisser voir fonctionner le matériel qu’il voulait me vendre, j’ai refusé, et je l’ai acquis de France grâce à l’aide d’un ami.» 

Des souvenirs en or

En 1986-1987, la société Rendja Z et Cie se lance dans la production de la guipure. Elle tournait alors avec 70 employés, c’était l’âge d’or de la broderie en Algérie et même du textile. «A cette époque, nous n’avions guère besoin de l’importation dans le domaine du textile.

Nous avions la meilleure qualité et à meilleur prix. Nous avions aussi une forte concentration dans le domaine de la filature, le tissage, la bonneterie, la confection et les accessoires qui vont avec.

Beaucoup de gens avaient créé des ateliers de confection et offraient des postes de travail à beaucoup de jeunes femmes et d’hommes.  Assise sur une superficie de 4 500 m² avec 2 200 m² couverts, la société arrivait à couvrir le marché national et tournait à plein régime avec une centaine de personnes.

M Rendja fournissait du linge de maison pour Les collectivités locales, l’hôtellerie et la restauration. Sa broderie anglaise et sa guipure avaient trouvé largement leur place sur le marché algérien.

Il avait réussi le pari de bien se positionner sur le marché, au milieu des entreprises étatiques qui détenaient totalement le monopole.   C’était l’âge d’or d’une activité que Zerrouk Rendja dirigeait d’une main de maître sans penser qu’un jour tout allait basculer. Et ce ne sont guère les difficultés qui allaient manquer dans la vie de notre industriel pour qui le vent commençait à souffler dans la mauvaise direction dès l’ouverture des frontières en 1990 devant l’importation.  

L’importation tue tout ou presque

«En ouvrant le marché du textile devant l’importation, le pays est devenu un véritable dépotoir de produits de mauvaise qualité, importés par des gens peu scrupuleux», se plaint  M. Rendja. Lequel impute la dégradation du secteur du textile principalement plus à ce facteur, plus qu’au marché informel et à la concurrence chinoise.

«Nos importateurs, accuse-t-il, ne voient pas l’intérêt du pays. Ils vont en  Chine, à Dubaï, au Pakistan, achètent à un prix et en rentrant au pays, ils fraudent et sur le prix et sur la qualité. S’ils venaient à déclarer leurs marchandises à leur juste valeur, il n’y aurait plus de concurrence. Aujourd’hui, nos usines  à Batna, Oran, Khenchla, des filatures sont toujours à l’arrêt à cause de l’importation.»

La douane,  poursuit-il sur sa lancée «a sa  part de responsabilité dans ce fiasco. Nous savons que des charters de tissus arrivent jusqu’à domicile sans être déclarés». C’est aujourd’hui aux pouvoirs publics d’intervenir pour sauver le secteur du textile et permettre le retour d’une activité qui assurait des milliers d’emplois, surtout à des jeunes femmes, a tenu à préciser le manager de la société Rendja Z et Cie, faute de quoi le secteur du textile est voué à une mort certaine.

L’Etat doit, selon lui, «procéder à un contrôle rigoureux des produits importés, surtout en termes de qualité, mais également en infléchissant celui destiné aux produits à exporter».

Un industriel qui résiste

Lors de la décennie noire, la société Rendja Z et Cie a continué à tourner contre vents et marées. «Malgré toutes les contraintes, la peur et le danger de mort, nous sommes restés et avons continué à fabriquer la parure du drap, la nappe et la couette. Car la vie et les mariages continuaient malgré cette décennie, et la demande était parfois difficile à satisfaire», se rappelle- t-il aujourd’hui, en ajoutant, «nous n’avons jamais cessé de travailler et nous avons même investi».

Mais malgré le retour au calme, le secteur du textile avait déjà prix un sacré coup. Notre manager qui a misé sur un grand investissement pour le développement de son entreprise s’est heurté comme tout investisseur aux  lenteurs administratives. Il décide alors d’arrêter certaines spécialités pour ne se consacrer qu’aux linges de maison et au plan Orsec.

Il déplore même la triste situation et l’impasse où  se trouvent  actuellement beaucoup d’entreprises  privées, victimes de l’importation déloyale et autres facteurs. «Aujourd’hui, beaucoup de producteurs, dont l’activité est à l’arrêt à cause de la concurrence déloyale de l’importation et du marché informel, ne savent pas quoi faire de leur équipement.

Un équipement  toujours productif, mais qui doit être désossé pour être vendu à la ferraille, car il ne peut trouver d’acquéreur.»

De son côté, il pense sérieusement à jeter l’éponge et changer carrément de créneau.

«Je n’ai jamais pensé à être un importateur, mais l’idée commence à me tirailler l’esprit, et je commence même à m’y intéresser de très près», nous confie Zerrouk Rendja  avec tristesse.  

H. G.

 

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