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Parcours surprenant que celui de Ammar Hadj Messaoud, chercheur en
biomécanique au Canada et qui, aujourd’hui, dirige SCIQUOM, un
organisme travaillant avec des partenaires canadiens, développant et
proposant des concepts managériaux inédits en direction des
entreprises et institutions soucieuses de s’installer dans des
positions compétitives.
Chercheur
dans une technologie de pointe : la bio mécanique appelée, aussi,
robotique humaine, il raconte comment, en avance de dix années sur
des travaux de recherche entrepris dans ce domaine par des
biologistes au Canada, il a été amené à embrasser une nouvelle
activité. «Je n’aime pas être tenu en laisse comme j’ai toujours
aimé relever les défis». Ce sont là quelques-uns des traits
saillants de sa personnalité qu’il met en avant pour expliquer son
choix de travailler en Algérie au lieu de rester au Canada «où,
dit-il, j’avais mille fois plus de possibilités de me réaliser, sans
stress et tout en étant près de mes enfants». Il tient également à
préciser que son désir de venir mettre ses connaissances au service
de son pays relève davantage d’un acte citoyen que d’une recherche
de profit.
Aujourd’hui âgé de
49 ans,
M. Hadj Messaoud
déclare avoir décidé de partir vivre au Canada, en 1989, parce qu’il
avait vu venir la situation d’insécurité qui allait commencer à
s’installer dans le pays peu de temps après. «Quelque temps après
mon installation, indique-t-il, j’ai occupé un poste d’assistant de
recherche tout en faisant un master en robotique. L’obtention de ce
diplôme a été suivie de cinq publications dans lesquelles sont
traités divers aspects de planification de robots. A la suite de
cela, on est venu me proposer un sujet de recherche sur la bio
mécanique, c’est-à-dire les principes mécaniques appliqués à
l’ossature et aux tissus humains ainsi que l’optimisation des
paramètres mécaniques d’un équivalent vasculaire cultivé in vitro.
J’avais besoin de ce background biologique pour me reverser dans la
robotique humaine. En 1994 je me suis aperçu que je ne pouvais ni
suivre ni devancer les travaux des biologistes qui tentaient de
mettre au point les paramètres mécaniques que j’étais chargé
d’optimiser. S’ils mettaient 10 années à réaliser un tel travail je
devais donc attendre pendant tout ce laps de temps. J’ai, en quelque
sorte, été recruté en avance. En attendant, et pour assurer mon
avenir, j’ai demandé à enseigner la bio mécanique à l’université. Il
m’a été répondu qu’il n’y avait pas de budget pour ce poste».
Du respect des
valeurs et de l’individu
C’est parce que
par la suite il avait été contacté par des personnes souhaitant
développer un organisme conseil en intégration de systèmes, qu’au
fil des années, M. Hadj Messaoud a été amené à s’orienter vers une
autre activité et à créer sa propre entreprise. Installé en Algérie,
dans la commune de Rouiba, il dirige une entreprise conseil en
management, avec des associés canadiens, qui est fournisseuse de
solutions novatrices, à des institutions à but non lucratif et
entreprises économiques, pour les aider à améliorer leurs capacités
compétitives. «Les actions de SCIQUOM Conseil, tient-il à préciser,
sont basées sur des éléments de valeur centrés sur le respect de
l’individu en tant que leader et la recherche de l’excellence dans
tout ce que nous entreprenons». Explicitant la philosophie
d’approche de cette dernière, il indique qu’elle est basée sur la
théorie des contraintes, lesquelles intègrent l’homme,
l’organisation et l’outil. «Ce sont là, explique-t-il, les matrices
fondamentales de tout système d’organisation». De l’entreprise en
général, il explique que c’est d’abord une culture, un système de
valeur et des gens qui la dirigent.
Définissant
SCIQUOM comme une entreprise citoyenne, M. Hadj Messaoud indique
qu’à la différence d’autres institutions, celle-ci travaille sur le
fond de la problématique des organisations algériennes et non sur la
forme. «Nous faisons de la recherche et développement pour apporter
des solutions viables et durables aux enjeux posés aux entreprises
et institutions en termes de gestion des opérations et de
développement humain, aux plans stratégique, de déploiement ou
d’exécution». Il déclare travailler plus avec des entreprises
publiques «parce que, précise-t-il, elles ont des traditions de
gestion et d’organisation à même de leur faire comprendre la
pertinence des services que nous leur offrons. Le plus récent
contrat est en train d’être réalisé avec le Groupe Ferphos dont nous
sommes chargés de revoir et de consolider les systèmes de
management, de la qualité et de l’environnement de sa filiale
Somiphos».
M. Hadj Messaoud
tient, une nouvelle fois, à souligner l’aspect citoyen de SCIQUOM en
rappelant qu’il a, à de multiples reprises, eu l’occasion de publier
des contributions dans les médias, en particulier, pour sensibiliser
l’environnement économique et social autour de sa problématique
centrale. Il observe, à cet effet, avoir constaté de grandes
faiblesses en Algérie où il dit avoir noté une absence totale de
gestion des changements. Selon lui, l’encadrement stratégique censé
piloter ces changements reste encore ancré dans une vision
instrumentale et des techniques dépassées. «Un stratège doit
toujours se projeter dans le futur, en matière de savoir et de
stratégie, pour pouvoir amener les gens à le suivre». Concernant la
gestion des projets, il note qu’il existe des faiblesses dans les
phases préliminaires de faisabilité. Prenant en exemple la Ligne
bleue instituée sur les voies rapides de l’algérois, il considère
qu’il est préférable, au préalable, d’examiner les conditions pour
la réussite d’un projet. «Il vaut mieux dépenser un peu d’argent
pour savoir si un projet est, ou non, viable que de dépenser des
sommes considérables pour s’apercevoir, finalement, que c’est un
échec».
Cette réflexion
qui fait défaut
Indiquant que le
cycle de vie d’un projet est constitué de trois phases distinctes :
développement, réalisation et phase opérationnelle, il note qu’en
Algérie on occulte la phase développement «parce qu’en général, on
n’est pas outillé pour mener les réflexions préliminaires pour
déterminer la faisabilité ou non d’un projet quelconque».
Développant plus
en avant sa réflexion, le P-DG de SCIQUOM estime que si l’on observe
le passage d’un système de parti unique au multipartisme ou bien
d’une économie planifiée à une économie de marché, on s’aperçoit que
ce sont là autant de projets qui, dès le départ, ont été ratés parce
qu’on n’a pas pris la précaution de gérer le changement qu’ils
pouvaient induire. «Le passage à l’économie de marché a aussi
entraîné beaucoup de gaspillage parce que l’on n’a pas pris soin
d’accompagner ce changement. La raison en est que l’on est resté
ancré dans un vieux paradigme où le politique prime sur l’économique
et le technologique. Cette situation est néfaste pour notre
intégration dans l’économie mondiale où il faut se placer en tant
que donneur d’ordre et de fournisseur et pas seulement en pétrole.
Aujourd’hui, un médecin, un chercheur, un enseignant sont, tous,
payés par l’Etat. Si l’on observe le salaire de chacun d’entre eux
par rapport à la valeur ajoutée apportée à la société, on découvre
les implications néfastes de ce paradigme où le politique prime sur
toute chose alors qu’il doit dériver de l’intelligence économique
qui, elle, dérive de l’intelligence technologique». «L’économie
mondiale, ajoute, par ailleurs, M. Hadj Messaoud, est basée sur
celle du savoir». A partir de là, il s’interroge sur les réelles
possibilités de s’intégrer dans cette dernière quand il observe que
le savoir et l’intelligence, en tant qu’éléments de créativité et
non de consommation, ne bénéficient pas de toute la considération et
de la valeur qui leur sont dus.
Constatant,
d’autre part, que le leadership est une valeur que chacun s’applique
à lui-même et que la grandeur d’un individu a tendance à se mesurer
à travers l’intensité du mépris affiché vis-à-vis des autres ainsi
que des règles et règlement, M. Hadj Messaoud, comme pour revenir au
sens du travail développé par SCIQUOM, signale que les gens
n’apportent pas des solutions aux problèmes parce qu’ils ne les
appréhendent pas à leur juste dimension mais par rapport à
eux-mêmes. «Au lieu de s’interroger sur la meilleure façon de
solutionner un problème, de savoir si l’on est capable d’y faire
face ou de faire appel à une tierce personne, on persiste dans ses
erreurs».
De la fusée en
bois
Pour illustrer ses
propos, il tient à développer de concept de la fusée en bois :
«L’objectif, dit-il, est d’aller sur la lune. Ce que je sais c’est
réaliser des formes : une fusée en bois mais sans m’interroger sur
les moyens de mener à bien mon projet afin de faire en sorte d’aller
sur la lune. Un vrai leader est celui qui fait beaucoup avec peu et
non peu avec beaucoup. Au niveau de notre organisme nous nous
attachons de sorte à faire prendre conscience, à ceux qui font appel
à nos services, qu’ils doivent développer des solutions viables et
durables qui puissent leur permettre de s’insérer à la compétitivité
mondiale. J’insiste sur le fait que nous les accompagnons dans le
développement de leurs capacités managériales à tous les niveaux, du
stratège à celui qui exécute, en prenant en compte la dimension
humaine, le savoir-être, le savoir- faire et le savoir-apprendre qui
sont autant de concepts intégrés les uns aux autres».
Revenant sur son
parcours, professionnel en particulier, il déclare que lorsqu’il
était allé poursuivre ses études au Canada, il a tenu à mettre en
pratique le savoir acquis en Algérie. «Ce que savais, je l’ai
enrichi et mis en valeur. J’ai, dit-il, une double responsabilité
morale vis-à-vis de mon pays de naissance et de mon pays d’adoption.
Je me dois de donner la bonne image de deux systèmes dont je n’ai,
fondamentalement et humainement parlant, pas découvert de grande
différence. Soulignant qu’il est un homme d’affaires, Ammar Hadj
Messaoud déclare qu’il veut construire quelque chose et faire en
sorte qu’il y ait une continuité. «Le second point qui me préoccupe
c’est de créer un lien économique entre l’Algérie et le Canada qui
puisse me permettre de rapprocher mes enfants de leur pays d’origine
à condition, bien sûr, qu’ils soient eux-mêmes compétitifs. J’ai
découvert que mon pays avait besoin d’aide. Mon troisième objectif
est, à ce propos, de faire en sorte de lui apporter ma contribution,
dans mon domaine, sans tambour ni trompette».
A. M.
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