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Notre
saga des chefs d’entreprises continue avec, pour cette édition, un
personnage qui milite pour le développement des PME-PMI, et qui n’a
pas hésité au gré des changements économiques à changer de créneau
et même carrément d’activité : il s’est converti de l’industrie de
la chaussure au secteur des services. Il s’agit de Mohamed
Safarzitoune, P-DG de Safar Motors Services.
Mohamed
Safarzitoune a vu le jour à Blida dans une famille spécialisée
depuis 1925 dans l’industrie de la chaussure. Enfant, ses parents
l’inscrivent à l’école Bonnier. Après le moyen, il est inscrit au
lycée Ibn Rochd d’où il décroche son bac.
Après une année à
l’université, il met fin à son parcours estudiantin pour reprendre à
son tour en charge l’activité familiale. «La première entreprise de
fabrication de chaussures a été créée par mon grand-père en 1925, et
reprise par mon paternel en 1952. J’ai pris le relais quant à moi en
1968, mais j’avais alors décidé d’un léger changement dans
l’activité» nous explique M Safarzitoune.
Au lieu de la
fabrication de chaussures, l’entreprise versait dans tout ce qui est
production d’accessoires et donc intervenait de par sa production en
amont dans l’industrie de la chaussure. «Nous travaillions, continue
notre industriel, avec l’entreprise étatique Emac, qui connaissant à
cette époque ses années de gloire, produisait de la belle chaussure
et assurait une distribution assez régulière».
C’est à cette même
époque, se souvient M. Safarzitoune «où le secteur privé était moins
structuré que l’Etat. C’était de l’artisanat et des petites
entreprises familiales qui ne fonctionnaient pas aussi bien. Nous
évoluions dans une économie planifiée où tout allait bien, jusqu’à
la libération du marché. Tout commence alors à basculer à partir des
années 90. Nous qui évoluions jusque-là en vase clos, nous nous
sommes retrouvés, avec l’ouverture du marché, en tant que PME en
face des nouvelles donnes sans bénéficier d’une période de
transition pour notre mise à niveau», a-t-il avancé en ajoutant que
«la commission ad hoc créée par Belaïd Abdesselam et qui octroyait
une autorisation d’importation avec un payement à terme, exigeait
des achats groupés; nous étions vraiment pénalisés par l’achat chez
un seul fournisseur, des matières premières avaient été vendues par
ce fait sept fois leur prix». Cela ajouté à la dévaluation du dinar
ainsi que le terrorisme ont été, selon lui, autant de facteurs qui
ont mis à genoux la petite et moyenne entreprise. Enfin la
concurrence déloyale et l’apparition des Chinois ont été le coup de
grâce pour son activité.
Création de
Technoplast
Nous sommes en
1985. Safarzitoune Mohamed décide, mais tout en restant dans le
domaine de la chaussure, de changer de cap et créer Téchnoplast. Il
s’agit d’un atelier de fabrication de chaussures qui produisait par
la même occasion ses propres moules. «Nous avions même commencé à
faire de l’intégration», précise M Safarzitoune, qui ajoute : «La
particularité pour la nouvelle entreprise résidait dans le fait que
les moules avaient une durée de vie limitée et qu’il fallait
toujours faire preuve de créativité et d’innovation». Pour réussir
cette nouvelle activité, il a envoyé les jeunes techniciens et
mécaniciens de son entreprise se former à l’étranger, chose qui a
permis plus tard à beaucoup d’entre eux de s’installer à leur propre
compte en tant que petits artisans spécialisés dans les sacs et
ceintures. Il faut préciser, dit-il «que nous avons été les premiers
à fabriquer l’accessoire qui est la petite boucle pour la chaussure
et ceintures». L’entreprise qui employait 120 ouvriers à temps plein
tournait avec 180 à 200 employés lors des campagnes. Elle a
participé à plusieurs foires à l’étranger et en Afrique
subsaharienne. Là-dessus, notre homme d’affaires précise : «Nous
étions revenus avec des commandes très importantes, mais qu’on n’a
pas pu malheureusement satisfaire à cause du manque de moyens de
transport et de la législation de notre pays encore trop rigide».
Sans trop de
nostalgie
Notre fabriquant a
réussi à tenir toutefois le coup et ce, malgré toutes les
contraintes et les problèmes rencontrés, cela jusqu’en 2005, où il
décide de jeter l’éponge et de changer de nouveau de cap. Mais cette
fois-ci, c’est le divorce définitif avec le secteur de la chaussure,
mais non sans une grande peine, qui se fait sentir dans l’air
nostalgique qu’il adopte en déclarant : «Nous avons entamé plusieurs
tentatives de partenariat avec l’étranger. Nous étions même très
avancés dans nos pourparlers avec les étrangers, mais à la dernière
minute, ils sont partis en Tunisie. J’avais même négocié une école
d’étude de la chaussure, c’est ce qui manque en Algérie. Je pense
sérieusement que si la fabrication de la chaussure est prise
réellement en charge, le secteur pourrait se redynamiser». Et c’est
sur le même ton de nostalgie qu’il ajoutera : «Aujourd’hui, cela
fait beaucoup de peine de s’arrêter en plein parcours, au moment où
on pouvait évoluer, d’autant plus qu’il était question d’une affaire
de famille ; c’est vraiment frustrant» a-t-il déploré en faisant
remarquer à l’occasion que «cela fait longtemps qu’on parle de l’après-pétrole
; que le gouvernement ait assez de courage pour mettre sur pied la
PEM-PMI, car à la vitesse où nous allons, et si on ne met pas les
bouchées doubles, nous allons à la dérive face à la mondialisation»
tient-il à souligner.
Au Safar Motor
services
Comme il fallait
que la vie suive son cours, M. Safarzitoune qui se retrouve
contraint d’abandonner son entreprise familiale et le secteur
maitrisé de père en fils, a décidé d’investir dans le domaine des
services. On mettant alors le paquet dans sa nouvelle entreprise
Safar Motor Services, son choix de partenaire est porté sur la
maison Hyundai. Un choix qu’il explique par le fait que ce
constructeur de voiture de renommée mondiale est classé N°1 en
Algérie côté vente, et à la 6e place de par le monde. «Le service en
Algérie est un produit nouveau, le problème de l’automobile, il faut
un temps où il était vraiment difficile d’avoir un véhicule.
Aujourd’hui, c’est un produit qui est devenu nécessaire à la
famille. On enregistre même une demande croissance sur les véhicules
avec l’ouverture du marché», avance M. le P-DG de Safar Motors
Composée d’un
show-room, d’un atelier de mécanique qui fait dans la révision, la
réparation et même le lavage des voitures, l’entreprise Safar Motor
est installée dans la zone industrielle de Ouled Yaich à Blida, sur
une superficie de 2000 m² et emploie actuellement 23 personnes.
Le P-DG de la
nouvelle entreprise qui a vu le jour en 2006 déclare s’inscrire dans
sa gestion et ses objectifs dans le cadre de la politique que suit
la maison mère Hyundai, celle d’assurer à sa clientèle le service
après-vente et la disponibilité de la pièce de rechange.
Des projets
d’extension
«L’extension de
l’entreprise de sorte à introduire la vente du véhicule lourd, et de
l’engin, qui est très demandé avec tous les grands projets de
développement que connaît le pays, reste un de nos principaux
objectifs. La concrétisation de ce projet qui demande beaucoup de
moyens financiers et d’espace, nous permettra alors de représenter
l’ensemble de la gamme Hyundai. Nous ne faisons actuellement que
dans le véhicule utilitaire.
Mais en
attendant, l’entreprise assure un encadrement continu à son
personnel. C’est une question très importante pour nous. Nous
envoyons nos mécaniciens pour des stages de formation à la maison
mère car ils doivent être à jour avec les nouvelles technologies,
dans un secteur qui est en mutation constante. Notre personnel
profite aussi des stages de formation et des ateliers (en
management, marketing, vente) qu’organise le Ceimi en collaboration
avec la banque mondiale. Ainsi que le CFI. Après juste une année
d’installation sur le marché algérien, le P-DG de Safar motor
services pense qu’il n’y a pas lieu d’avoir peur de la concurrence,
vu qu’il «présente un produit clair et une gestion en toute
transparence». Pour lui, la concurrence permet à la clientèle de
choisir, et que le meilleur gagne. Cependant, il tient à tirer la
sonnette d’alarme sur le problème de la contrefaçon que connaît le
secteur de la pièce détachée à l’échelle nationale et en Algérie
entre autres : «L’utilisateur doit savoir que le moins disant dans
l’achat d’une pièce est un gros risque pour sa vie».
Un grand
sportif
Marié et père de
trois filles dont deux d’entres elles le secondent dans ses affaires
dans l’entreprise, M. Safarzitoune est aussi créateur et
vice-président du Club des entrepreneurs et des industriels de la
Mitidja (CEIMI). Il déclare «militer pour la sauvegarde et le
développement de la PME-PMI qui sont le poumon de l’industrie et
l’avenir de nos jeunes, qui, faute de postes d’emploi disponibles,
versent dans la délinquance, la drogue ou optent pour El hedda».
Grand sportif de nature, notre homme d’affaires commence ses
journées de travail à 5 h du matin.
On apprendra qu’il
a fait partie de l’équipe internationale de gymnastique, qu’il adore
et pratique l’équitation, le ski nautique, la boxe et le tennis.
Mais il tient à préciser que la plus importante affaire dans sa vie
reste sa famille, ses trois filles et sa famille qu’il salue à
l’occasion pour tous les efforts, l’aide, l’encouragement et
l’affection dont elle l’a entouré pour qu’il aille aussi loin dans
le monde des affaires. Son amour pour le sport l’a poussé à
encourager les sportifs de sa ville natale. Son entreprise
sponsorise une équipe de football féminin, cela en plus de sa
contribution dans diverses actions charitables.
H. G.
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