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Mohamed Safarzitoune, P-DG de Safar Motors Services

Un industriel au marché des services

 

Reportage réalisé

Par

Habiba Ghrib

 

 01/10/07

 

 

Notre saga des chefs d’entreprises continue avec, pour cette édition, un personnage qui milite pour le développement des PME-PMI, et qui n’a pas hésité au gré des changements économiques à changer de créneau et même carrément d’activité : il s’est converti de l’industrie de la chaussure au secteur des services. Il s’agit de Mohamed Safarzitoune, P-DG de Safar Motors Services.

 

Mohamed Safarzitoune a vu le jour à Blida dans une famille spécialisée depuis 1925 dans l’industrie de la chaussure. Enfant, ses parents l’inscrivent à l’école Bonnier. Après le moyen, il est inscrit au lycée Ibn Rochd d’où il décroche son bac.

Après une année à l’université, il met fin à son parcours estudiantin pour reprendre à son tour en charge l’activité familiale. «La première entreprise de fabrication de chaussures a été créée par mon grand-père en 1925, et reprise par mon paternel en 1952. J’ai pris le relais quant à moi en 1968, mais j’avais alors décidé d’un léger changement dans l’activité» nous explique M Safarzitoune.

Au lieu de la fabrication de chaussures, l’entreprise versait dans tout ce qui est production d’accessoires et donc intervenait de par sa production en amont dans l’industrie de la chaussure. «Nous travaillions, continue notre industriel, avec l’entreprise étatique Emac, qui connaissant à cette époque ses années de gloire, produisait de la belle chaussure et assurait une distribution assez régulière».

C’est à cette même époque, se souvient M. Safarzitoune «où le secteur privé était moins structuré que l’Etat. C’était de l’artisanat et des petites entreprises familiales qui ne fonctionnaient pas aussi bien. Nous évoluions dans une économie planifiée où tout allait bien, jusqu’à la libération du marché. Tout commence alors à basculer à partir des années 90. Nous qui évoluions jusque-là en vase clos, nous  nous sommes retrouvés, avec l’ouverture du marché, en tant que PME en face des nouvelles donnes sans bénéficier d’une période de transition pour notre mise à niveau», a-t-il avancé en ajoutant que «la commission ad hoc créée par Belaïd Abdesselam et qui octroyait une autorisation d’importation avec un payement à terme, exigeait des achats groupés; nous étions vraiment pénalisés par l’achat chez un seul fournisseur, des matières premières avaient été vendues par ce fait sept fois leur prix». Cela ajouté à la dévaluation du dinar ainsi que le terrorisme ont été, selon lui, autant de facteurs qui ont mis à genoux la petite et moyenne entreprise. Enfin la concurrence déloyale et l’apparition des Chinois ont été le coup de grâce pour son activité.

 

Création de Technoplast

Nous sommes en 1985. Safarzitoune Mohamed décide, mais tout en restant dans le domaine de la chaussure, de changer de cap et créer Téchnoplast. Il s’agit d’un atelier de fabrication de chaussures qui produisait par la même occasion ses propres moules. «Nous avions même commencé à faire de l’intégration», précise M Safarzitoune, qui ajoute : «La particularité pour la nouvelle entreprise résidait dans le fait que les moules avaient une durée de vie limitée et qu’il fallait toujours faire preuve de créativité et d’innovation». Pour réussir cette nouvelle activité, il a envoyé les jeunes techniciens et mécaniciens de son entreprise se former à l’étranger, chose qui a permis plus tard à beaucoup d’entre eux de s’installer à leur propre compte en tant que petits artisans spécialisés dans les sacs et ceintures. Il faut préciser, dit-il «que nous avons été les premiers à fabriquer l’accessoire qui est la petite boucle pour la chaussure et ceintures». L’entreprise qui employait 120 ouvriers à temps plein tournait avec 180 à 200 employés lors des campagnes. Elle a participé à plusieurs foires à l’étranger et en Afrique subsaharienne. Là-dessus, notre homme d’affaires précise : «Nous étions revenus avec des commandes très importantes, mais qu’on n’a pas pu malheureusement satisfaire à cause du manque de moyens de transport et de la législation de notre pays encore trop rigide».

 

Sans trop de nostalgie

Notre fabriquant a réussi à tenir toutefois le coup et ce, malgré toutes les contraintes et les problèmes rencontrés, cela jusqu’en 2005, où il décide de jeter l’éponge et de changer de nouveau de cap. Mais cette fois-ci, c’est le divorce définitif avec le secteur de la chaussure, mais non sans une grande peine, qui se fait sentir dans l’air nostalgique qu’il adopte en déclarant : «Nous avons entamé plusieurs tentatives de partenariat avec l’étranger. Nous étions même très avancés dans nos pourparlers avec les étrangers, mais à la dernière minute, ils sont partis en Tunisie. J’avais même négocié une école d’étude de la chaussure, c’est ce qui manque en Algérie. Je pense sérieusement que si la fabrication de la chaussure est prise réellement en charge, le secteur pourrait se redynamiser». Et c’est sur le même ton de nostalgie qu’il ajoutera : «Aujourd’hui, cela fait beaucoup de peine de s’arrêter en plein parcours, au moment où on pouvait évoluer, d’autant plus qu’il était question d’une affaire de famille ; c’est vraiment frustrant» a-t-il déploré en faisant remarquer à l’occasion que «cela fait longtemps qu’on parle de l’après-pétrole ; que le gouvernement ait assez de courage pour mettre sur pied la PEM-PMI, car à la vitesse où nous allons, et si on ne met pas les bouchées doubles, nous allons à la dérive face à la mondialisation» tient-il à souligner.

 

Au Safar Motor services

Comme il fallait que la vie suive son cours, M. Safarzitoune qui se retrouve contraint d’abandonner son entreprise familiale et le secteur maitrisé de père en fils, a décidé d’investir dans le domaine des services. On mettant alors le paquet dans sa nouvelle entreprise Safar Motor Services, son choix de partenaire est porté sur la maison Hyundai. Un choix qu’il explique par le fait que ce constructeur de voiture de renommée mondiale est classé N°1 en Algérie côté vente, et à la 6e place de par le monde. «Le service en Algérie est un produit nouveau, le problème de l’automobile, il faut un temps où il était vraiment difficile d’avoir un véhicule. Aujourd’hui, c’est un produit qui est devenu nécessaire à la famille. On enregistre même une demande croissance sur les véhicules avec l’ouverture du marché», avance M. le P-DG de Safar Motors

 Composée d’un show-room, d’un atelier de mécanique qui fait dans la révision, la réparation et même le lavage des voitures, l’entreprise Safar Motor est installée dans la zone industrielle de Ouled Yaich à Blida,  sur une superficie de 2000 m² et emploie actuellement 23 personnes.

 Le P-DG de la nouvelle entreprise qui a vu le jour en 2006 déclare s’inscrire dans sa gestion et ses objectifs dans le cadre de la politique que suit la maison mère Hyundai, celle d’assurer à sa clientèle le service après-vente et la disponibilité de la pièce de rechange.

 

Des projets d’extension

«L’extension de l’entreprise de sorte à introduire la vente du véhicule lourd, et de l’engin, qui est très demandé avec tous les grands projets de développement que connaît le pays, reste un de nos principaux objectifs. La concrétisation de ce projet qui demande beaucoup de moyens financiers et d’espace, nous permettra alors de représenter l’ensemble de la gamme Hyundai. Nous ne faisons actuellement que dans le véhicule utilitaire.

 Mais en attendant, l’entreprise assure un encadrement continu à son personnel. C’est une question très importante pour nous. Nous envoyons nos mécaniciens pour des stages de formation à la maison mère car ils doivent être à jour avec les nouvelles technologies, dans un secteur qui est en mutation constante. Notre personnel profite aussi des stages de formation et des ateliers (en management, marketing, vente) qu’organise le Ceimi en collaboration avec la banque mondiale. Ainsi que le CFI. Après juste une année d’installation sur le marché algérien, le P-DG de Safar motor services pense qu’il n’y a pas lieu d’avoir peur de la concurrence, vu qu’il «présente un produit clair et une gestion en toute transparence». Pour lui, la concurrence permet à la clientèle de choisir, et que le meilleur gagne. Cependant, il tient à tirer la sonnette d’alarme sur le problème de la contrefaçon que connaît le secteur de la pièce détachée à l’échelle nationale et en Algérie entre autres : «L’utilisateur doit savoir que le moins disant dans l’achat d’une pièce est un gros risque pour sa vie».

 

Un grand sportif

Marié et père de trois filles dont deux d’entres elles le secondent dans ses affaires dans l’entreprise, M. Safarzitoune est aussi créateur et vice-président du Club des entrepreneurs et des industriels de la Mitidja (CEIMI). Il déclare «militer pour la sauvegarde et le développement de la PME-PMI qui sont le poumon de l’industrie et l’avenir de nos jeunes, qui, faute de postes d’emploi disponibles, versent dans la délinquance, la drogue ou optent pour El hedda». Grand sportif de nature, notre homme d’affaires commence ses journées de travail à 5 h du matin.

On apprendra qu’il a fait partie de l’équipe internationale de gymnastique, qu’il adore et pratique l’équitation, le ski nautique, la boxe et le tennis. Mais il tient à préciser que la plus importante affaire dans sa vie reste sa famille, ses trois filles et sa famille qu’il salue à l’occasion pour tous les efforts, l’aide, l’encouragement et l’affection dont elle l’a entouré pour qu’il aille aussi loin dans le monde des affaires. Son amour pour le sport l’a poussé à encourager les sportifs de sa ville natale. Son entreprise sponsorise une équipe de football féminin, cela en plus de sa contribution dans diverses actions charitables.

H. G.

 

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