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Notre saga des chefs d’entreprise converge cette fois-ci vers le
monde de l’artisanat et vous propose de découvrir un artisan
algérien qui s’est spécialisé, par amour pour la sculpture du bois
et pour la musique, dans la fabrication des instruments de musique
traditionnels. Une vocation qui le conduit, après un parcours de
plus de 25 ans, à décrocher le prix national authenticité et
création. Notre artisan-artiste est Mohamed Belmecheri, gérant et
propriétaire de Dar Zeriab, un atelier de fabrication et réparation
d’instruments de musique à Laghouat.
Voir
enfin aboutir tous les efforts consentis dans un métier assez
difficile, qu’il a adopté un jour plus par amour et vocation que
par nécessité, est la plus belle occasion d’encouragement et de
réussite pour tout artiste et créateur. C’est aussi le cas pour
Mohamed Belmechri, cet artiste-créateur qui a été, en novembre 2007,
à la tête des six lauréats du prix de l’authenticité et création,
suite à sa participation au premier concours national de création et
de préservation du patrimoine de l’artisanat traditionnel et
artistique. Cet artisan, de la wilaya de Laghouat, s’est distingué
lors de ce concours auquel ont participé plus de 400 artisans à
l’échelle nationale, par la qualité, la beauté et la finesse de la
cithare (qanün) qu’il a fabriquée de bout en bout. Natif de la ville
de Laghouat en juillet 1964, Mohamed Belmechri s’est, depuis sa plus
tendre enfance, distingué de ses frères et sœurs par son amour pour
le dessin et le bois. «Enfant, j’étais toujours fasciné par les
couleurs du bois et j’ai entrepris alors mes premières sculptures à
partir de mes premiers dessins qui trouvaient une place sur mes
cahiers d’écolier», nous confie Mohamed en ajoutant qu’il avait à
l’époque la chance d’être encouragé par ses enseignants qui, au lieu
de le réprimander, fermaient l’œil sur ses petits écarts à la
discipline à cause, nous dit-il, «de ses résultats brillants dans
ses études».
C’est à l’âge de
18 ans qu’il fabrique et seul son premier instrument de musique, un
luth qui ne répondait certes pas aux normes usuelles, mais qui
était le résultat de tant d’efforts et de motivation, se
souvient-il aujourd’hui encore. Cet exploit a été à l’origine de sa
grande aventure avec une activité qui répond plus de l’art, de
l’imagination et de la création que de la fabrication. Poursuivant
ses études jusqu’au baccalauréat, il s’inscrit par la suite dans une
branche qui le rapproche le plus de sa passion. Un choix qui va lui
permettre de décrocher son diplôme d’enseignant d’éducation
artistique. Il est recruté au CEM El Zahraâ où il enseigna la
musique à ses élèves et tente à travers chaque cours d’encourager
leurs dons artistiques.
Au contact des
grands
En 1982, Mohamed
Belmechri fait la connaissance de Hadj Mabrouk El Adjouadi, un
pionnier dans l’artisanat et la fabrication des instruments de
musique auprès de qui il apprendra les véritables bases du métier. A
Telemcen, d’où il tire déjà une partie de ses origines et comme il
le précise sa passion de la musique, qu’il a héritée de ses oncles
maternels, Mohamed entre en contact avec un autre maître de renom :
El Hadj Abdel Djalil Hessaïn. Lequel contribue, grâce aux
instructions qu’il lui inculque, à renflouer ses connaissances. Les
enseignements fournis par ces deux grands maîtres et spécialistes
en la matière ont contribué à forger en lui l’artisan qu’il est
devenu à force de persévérer.
Déjà une grande
ambition
En 1992, il
entreprend de se consacrer entièrement à sa vocation. Il adhère
alors à la chambre de l’artisanat de Laghouat et fonde, une fois
son registre du commerce et son agrément en main, son atelier qu’il
baptise «Dar Zeriab» en hommage au grand maître et fondateur de la
musique andalouse. Dès lors, il s’atèle à la fabrication des luths,
cithares et mandolines ainsi qu’à la réparation de tous les autres
types d’instruments musicaux.
Et dès lors c’est
un véritable parcours du combattant que celui entrepris par notre
artisan qui déclare que le premier handicap qu’il avait rencontré
était l’indisponibilité sur le marché de la matière première. Un
handicap qu’il contourne de façon ingénieuse en puisant cette
matière sur de vieux meubles. Ensuite il se met à la recherche de
vieux meubles et tisse un solide réseau avec les brocanteurs de
Laghouat et ses environs. En plus pour sa passion pour le bois,
Mohamed Belmechi qui est aujourd’hui marié et père de deux garçons,
nourrit un intérêt particulier pour la musique, le dessin et la
poésie. Il a déclaré qu’il a descellé les mêmes passions chez son
jeune fils qu’il encourage de son mieux à développer ce merveilleux
don de Dieu.
«Assurer la
relève»
Ce n’est qu’en
2006-2007 que notre artisan commence à glaner les fruits de son
labeur, il participe à un premier salon à l’échelle de wilaya dans
le cadre de l’Algérie capitale de la culture arabe et se fait
honorer par le ministre de la Culture du royaume d’Oman, qui lui
remet à l’occasion un précieux livre sur la fabrication des
instruments de musique dans le monde arabe. Aujourd’hui, Mohamed
Belmechri ambitionne d’assurer la relèv, en formant en premier lieu
les deux apprentis qu’il a pris en charge dans son atelier.
«Je suis en train
d’écrire un livre sur les fondements et les techniques de la
fabrication du luth. Et j’ai pu avoir les promesses du directeur de
la culture de Laghouat de m’aider à créer une école pour la
fabrication des instruments de musique». Un tel projet va permettre
à Mohamed de transmettre son métier à d’autres générations pour
préserver un patrimoine auquel il consacre toute sa vie et à y
assurer la relève.
Soucieux par
ailleurs de donner un autre essor au métier d’artisan de manière
générale, Mohamed Belmecheri demande à tous les artisans à l’échelle
nationale de se réunir dans le cadre d’une coopérative ou d’une
association, pour faire valoir leurs droits et promouvoir leurs
produits.
H. G.
Le prix
«Authenticité et créativité»
Instaure pour la
première fois en Algérie par le ministère de la PME et l’Artisanat,
et sous le haut patronage du président de la République, le prix
«Authenticité et créativité» a été décerné le 9 novembre dernier à
six lauréats, qui ont eu en plus de leurs attestations, à se
partager la somme de 2,7 millions de dinars. 400 artisans à
l’échelle nationale et tous métiers confondus avaient pris part à ce
concours. Ce prix constitue, selon le ministre de la PME et
l’Artisanat «une reconnaissance à l’égard des artisans qui ont
contribué à la promotion de l’artisanat algérien et à la sauvegarde
du patrimoine». il a été instauré dans le but d’«améliorer la
qualité des produits de l’artisanat, d’encourager les artisans et de
démontrer l’intérêt accordé par les pouvoirs publics à ce patrimoine
authentique».
H. G.
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