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L’humanité
regorge de ces histoires qui mettent aux prises un père généreux à
des fils dissipateurs et insouciants. Le père consent à fournir
l’argent le plus à même de permettre à son enfant de faire l’achat
de l’objet qu’il convoite ou de réaliser le projet qui lui tient à
cœur. Mais celui-ci, comme dans les romans de Dostoïevski, s’avise
plutôt à se détourner du projet dont il a conclu les termes avec son
géniteur.
Une fois l’argent
encaissé, le bénéficiaire éprouve le désir d’en posséder encore plus
et au plus vite c’est alors qu’il va, à ses risques et périls, au
casino pour tout jeter dans la roulette russe. Eternel
recommencement, n’est-ce pas ? L’histoire dont il s’agit est
celle-là même qui raconte l’apparition de la culture du pavot en
Algérie. L’Etat algérien, dans le cadre de sa politique de
développement agricole, octroie des crédits à des fellahs qui
décident en fin de compte d’investir à son insu dans l’opium et le
cannabis au détriment des tomates, carottes et autres patates. Cela
se passe dans la wilaya d’Adrar, précisément dans la région du
Gourara. Pour autant, dans son communiqué daté du 20 février 2007,
le Conseil du gouvernement, réuni sous la présidence de Abdelaziz
Belkhadem, après avoir souligné à propos de la wilaya d’Adrar que
«le secteur de l’agriculture (est), en plein essor», note que cette
wilaya a «bénéficié d’une enveloppe de plus de 9,9 milliards de
dinars pour développer les activités agro-pastorales et lutter
contre le phénomène du vieillissement des palmeraies, de la
dégradation des foggaras et de la remontée des eaux usées».
Le film des
événements
Ainsi, subitement
ce dont était accusé longtemps l’encombrant voisin marocain, à
savoir la permissivité à l’égard du trafic de drogue à grande
échelle pourrait, dans un proche avenir, si les dispositions
nécessaires pour enrayer ce fléau ne venaient pas à être prises à
temps, s’avérer parfaitement applicable à l’Algérie.
Voici le rappel
des faits. Le 7 avril 2007, la Gendarmerie nationale met la main sur
plus de deux mille plants de cannabis indien dans une
micro-palmeraie de 5 hectares située au Ksar Sidi Abdellah, à 10 km
à l’est d’Aougrout. Cette prise et celles qui vont suivre auront
toutes lieu dans la région de Timimoun, ville considérée comme la
capitale du Gourara, une des régions qui avec le Touat, le
Tanezrouft, et le Tidikelt forment le territoire de la wilaya
d’Adrar. Un territoire très peu peuplé, environ un demi million
d’âmes mais qui s’étend sur 427 968 km2 soit environ la surperficie
de la France, partageant des frontières avec deux voisins de
l’Algérie : le Mali et la Mauritanie. Le Gourara occupe la partie
nord de la wilaya, pour autant, la compagnie de gendarmerie de
Timimoun, qui s’occupe de son contrôle, opère sur une étendue aussi
vaste que la Tunisie.
Le 20 avril 2007,
la brigade de Tinerkouk met à son tour la main sur une plantation de
drogue s’étendant sur 2 hectares. 53 kg de cannabis traité et quatre
mille plants de cannabis ayant pour certains atteint plus de 3
mètres et demi de hauteur ont été saisis. Suite à cette affaire, 19
personnes ont été arrêtées et déférées devant le procureur de la
République. Le 23 avril 2007 la brigade de Charouine et la brigade
de Ouled Mahmoud, appuyées par la SI (section d’intervention d’Adrar
de la Gendarmerie nationale), du GIR (Groupement intervention et
réserve) et de l’ESR (Escadron de la sécurité routière) passent au
peigne fin le Ksar Yahya Oudriss dans la commune de Talmine. Une
plantation répartie en 10 jardins d’une superficie globale de 15
hectares est découverte. Plus de six mille plants de cannabis et
huit mille plants d’opium sont détruits. Les gendarmes saisissent
aussi 180 kg de graines d’opium et 20 g de résine de la même
substance. A l’issue de cette opération, 11 personnes sont arrêtées,
3 d’entre elles seront écrouées alors que les 8 autres seront mises
sous contrôle judiciaire. Mais l’opération la plus spectaculaire se
déroule le 27 avril, au moment où il sera procédé à la saisie au
niveau du ksar de Bahammou, dans le grand erg occidental, de
soixante six mille plants d’opium et 540 plants de cannabis plantés
dans 3 jardins ayant une surface globale de 7 hectares. La grande
quantité de plants qui s’y trouvait incite les autorités à
constituer une commission qui décide de brûler sur place les
plantations.
Ce ksar doit son
nom au souverain zianide Abu Hammou Moussa II qui était venu en 1372
s’ y réfugier et ce, après avoir été chassé de sa capitale Tlemcen
par les Mérinides. Aussi, les gendarmes trouvent-ils 5 jardins
totalisant 5 hectares, plantés d’opium visiblement abandonnés et 4
autres jardins de 10 hectares dont les plants ont été brûlés par
ceux qui assuraient leur entretien. Cela dit, le décompte des
surfaces cultivées de cannabis jusqu’au 10 mai 2007 s’élève à 69
hectares.
Le Gourara, une
région aux traditions plus que centenaires
Avant que la
région ne commence à intéresser tous les policiers du pays, elle
n’avait jusque-là attiré sur elle que l’attention des hommes de
science ou de culture. On sait que dans leur majorité les ksouriens
sont des gens très pieux. Mouloud Mammeri a pu révéler un pan de
cette forte religiosité en écrivant L’Ahellil du Gourara, un ouvrage
consacré au chant religieux si caractéristique du parler zénète,
connu pour être un rameau du tamazight. De Rachid Bellil, on peut
citer l’ouvrage Ksours et saints du Gourara, dans la tradition
orale, l’hagiographie et les chroniques locales. Retenons du côté
des romanciers, Rachid Boudjedra, dont la veine poétique sera
stimulée par la beauté
féerique de
l’oasis rouge. Les zénètes qui sont restés berbérophones vouent une
grande vénération à la langue arabe et s’offusquent à mort de ce que
leur dialecte soit transcrit avec les caractères de l’alphabet
latin. L’identité de ce pays séculaire se fonde sur une combinaison
faite d’attachement viscéral aux saints du terroir, un lien quasi
fusionnel avec la terre nourricière où l’eau tient une place
centrale.
En effet, le
contrôle et la maîtrise de l’eau au milieu d’un climat des plus
arides impliquent une forte discipline collective d’où ce trait du
génie humain qui a mis au point les foggaras. Ce système de puits
reliés les uns aux autres par des canaux souterrains. On oublie que
la culture zénète a donné lieu à l’une des premières formes de
colonisation au monde. C’est grâce à elle qu’une partie du Sahara a
pu être peuplée et la population sédentarisée au sein de ces
ensembles enchanteurs connus sous le nom d’oasis. L’appellation de
Gourara, terme arabisé du mot berbère (au pluriel) Tigourarin
signifie «campements», signification à rapprocher de l’arabe El
Awtan qui renvoie à la sédentarité.
Des trafiquants
de tout acabit pointent du nez
Question :
pourquoi ce trafic a-t-il trouvé un terrain fertile précisément dans
cette région. La situation géographique y est certes pour quelque
chose. Dans l’échange entre le nord du Maghreb et les pays du Sahel,
région qui s’appelait autrefois Bilad al-soudan, le Gourara a
toujours souffert de l’isolement. Au nord on sait qu’il est séparé
de l’Atlas saharien par l’Erg occidental, vaste immensité désertique
faite de dunes sablonneuses. Du côté de l’est, se trouve le Tadmaït,
vaste plateau de pierres qui n’a pas eu uniquement que des retombées
négatives en ce qu’il a permis d’assurer pendant des siècles la
sécurité de notre région.
Au nord ouest, le
Gourara est délimité par la région du Meguiden, une vaste aire de
pâturage autrefois parcourue par les nomades. Côté sud, le Gourara a
pour voisin le Touat et le Tidikelt. Un tel degré d’isolement fait
du Gourara le site idéal par excellence pour les trafiquants de tout
acabit, la sûreté des lieux offre à ceux-ci des garanties presque
analogues à celles qu’assurent les laboratoires clandestins activant
en milieu souterrain. Mais malgré les vicissitudes endurées depuis
des siècles, la civilisation des ksours est restée profondément
paysanne. En fait, l’objectif de ceux qui s’adonnent au trafic de la
drogue n’est autre que de mettre à profit l’abondance de l’eau dans
les nappes phréatiques, du reste bien gérée par le système des
foggaras et de détourner pour leur propre compte le savoir-faire
local en matière agricole en vue de faire fructifier leur commerce
illicite. La conjoncture s’y prête fort bien, puisque dans le
contexte qui est celui de la mondialisation où le frigidaire a
remplacé l’outre d’eau, la cuisinière le four traditionnel et la
télévision les contes de la grand-mère, les revenus agricoles ne
permettent plus désormais de faire face aux nouveaux besoins induits
par la vie moderne. Aussi ne doit-on pas oublier une réalité qui est
aussi celle de tout le Maghreb. La consommation de cannabis est une
donnée attestée depuis des siècles en Afrique du Nord en général et
dans le Gourara en particulier. Seulement, la consommation n’avait
pas de but lucratif et son usage était codifié notamment dans la vie
mystique relevant de l’ordre soufi.
Premières
dénonciations
La Gendarmerie est
sur le pied de guerre, il ne se passe pas un jour sans qu’une
information vraie ou fausse ne vienne atterrir dans l’une des
brigades déployées à travers le territoire du Gourara. Par le biais
de lettres anonymes ou simplement des numéros de téléphone mis à la
disposition du public, parviennent régulièrement des messages de
dénonciation ciblant d’une manière précise telle ou telle autre
personne. La bleuite s’est installée ainsi parmi les cultivateurs
qui ont quelque chose à se reprocher. Quelques uns se sont hâtés de
brûler leur récolte avant de prendre la fuite. Selon le chef de la
compagnie de Timimoun, le cultivateur arrêté lors de l’opération d’Aougrout
a bénéficié d’un crédit de 180 millions de centimes dans le cadre du
Fonds national de développement rural (FNDRA). Son compatriote de
Talmine, quant à lui, a touché dans le même cadre 42 millions de
centimes. C’est la prise opérée en début de l’année, le 6 janvier
2007 qui aurait éveillé les soupçons des gens à l’uniforme. Ce
jour-là, 2 individus ont été arrêtés à bord d’une moto transportant
40 kg de résine d’opium et 20 kg d’opium en grain et de 20 kg de
kif. Ils transportaient aussi des instruments rudimentaires servant
au traitement des substances narcotiques. Mais les dénonciations,
semble-t-il, n’ont commencé à fuser que dès le moment où des signes
de richesse commençaient à apparaître sur des voisins dont on
connaissait parfaitement la situation sociale. Pour éloigner les
regards indiscrets, des femmes sont employées au niveau de ces
plantations. On croit savoir que la drogue est plantée dès février
pour y être récoltée au plus tard à la fin du mois de mai. C’est
donc à dessein que la Gendarmerie a attendu la fin avril pour sévir.
En patrouille
avec les gendarmes
A bord des fameux
Nissan, nous accompagnons les gendarmes de la compagnie de Timimoun
dans leur sortie. Munis d’un mandat de perquisition, ces derniers
s’apprêtent à faire leur tournée du côté de Talmine pour procéder à
la fouille d’un domaine appartenant à M. D. un fellah suspecté de
s’adonner à la culture du pavot. Un véhicule Hilux, année 2003, est
stationné devant la maison en toub. M.D. laisse transparaître des
traits marqués par une nervosité extrême lorsqu’on lui fait lecture
du mandat de perquisition. L’homme souhaite tout de même la
bienvenue aux gendarmes. L’intérieur est d’une affligeante pauvreté.
Il est tout seul, sa famille étant partie au bled. Aucun meuble,
tout est rudimentaire, les murs suintent la
misère. Les
gendarmes fouillent mais ne trouvent rien. Aux dires de M.D., il ne
coule pas des jours heureux dans cette ferme qu’il vient d’acquérir
auprès d’un particulier. Il s’attendait à cette visite, phrase qu’il
répète trois ou quatre fois. «Je vis au milieu de gens infâmes»,
s’écrie-t-il. Il devine que des gens l’ont signalé aux gendarmes
comme étant cultivateur de drogue. Il ne peut se retenir de fulminer
: «Vous savez pourquoi je suis désigné du doigt, eh bien c’est parce
que je ne parle pas ‘gh gh gh’, je suis chaâmbi». Le «gh gh gh» est
une allusion au zenatiya, le parler berbère local. La fouille du
jardin est tout aussi infructueuse. Visiblement inquiet qu’on le
mette en quarantaine, M.D. demande au chef de la compagnie de
simuler des visites chez les voisins pour qu’on ne puisse pas
connaître les véritables raisons qui ont ramené les gendarmes chez
lui. Ces derniers promettent de remédier à la situation et en effet
avant de quitter les lieux ils marquent des arrêts devant les
voisins avec lesquels ils échangent quelques propos.
Ballade dans le
grand erg occidental
Direction Ksar
Yahya Oudriss près de Talmine, où deux semaines auparavant 15
hectares cultivés d’opium et de cannabis avaient été découverts.
Pour atteindre les plantations, place à la marche à pied car les
chemins qui y mènent ne sont guère carrossables. Les chefs se
tiennent en retrait sur un promontoire sablonneux qui est en fait le
bombement d’une gigantesque dune. Jumelles au point, ils suivent de
près notre progression. Les gendarmes qui m’escortent sont devant
moi. L’horizon est une succession de dunes interminables d’un jaune
éblouissant, nous sommes à la lisière du grand erg occidental. On a
de la peine à croire que trois cours d’oueds (Namous, Gharbi et
Segger) s’infiltrent sous ces immenses dunes. Aucune route, aucun
chemin, aucune piste, aucun sentier n’a pu y étendre son tracé. Nous
nous dirigeons vers l’île au trésor, l’insularité des lieux, du
reste le suggère. Il faut escalader la colline friable en accélérant
le pas car traîner la pâte revient à freiner la propulsion vers
l’avant, mouvement nécessaire pour quiconque veut amorcer son envol.
On échoue sur le sommet tout essoufflés, heureusement que la
température en ce début du mois de mai reste encore assez clémente.
On croit être arrivés aux champs de cannabis. Mais voilà qu’il faut
redescendre le lit vallonné à grand pas car, outre le fait, qu’il
est plus aisé de descendre que de monter, on a hâte d’arriver à bon
port. L’horizon est toujours aussi imperturbable, la mer de sable
court dans tous les sens. Pas âme qui vive. Pourtant, depuis la
route carrossable nous n’avons marché qu’un demi kilomètre. Soudain,
une scène insolite s’offre à nos yeux : deux paysannes habillées de
robes zénètes chatoyantes surgissent, qui la tête surmontée d’un
récipient contenant des tomates, qui un sac contenant des dattes
sèches. Elles ont aussi les bras chargés d’épis de blé. Les deux
silhouettes se tiennent tout à fait droit sans aucun balancement du
corps comme si on avait déroulé un tapis sous leurs pieds. Il n’y a
pas plus beau que la femme qui marche dans le désert. En somme une
image sortie tout droit du temps médiéval. Bien qu’elles nous aient
offert des dattes sèches les deux paysannes sont systématiquement
fouillées par les gendarmes.
On reprend notre
marche, il est clair qu’il est quasiment impossible que les services
de sécurité puissent savoir ce qui se passe dans cette contrée s’ils
n’agissaient pas sur renseignements. Y aurait-il des endroits où la
drogue est cultivée mais sur la localisation de laquelle on ne
disposerait d’aucune information. Personne ne peut répondre à notre
questionnement. Décidément, le désert est insondable. Encore un demi
kilomètre. Des dunes immenses apparaissent au loin hérissées de
lignes verdâtres. A mesure qu’on avance les lignes se précisent,
elles renvoient de plus en plus la forme de haies ou d’enclos qu’on
devine être la délimitation de nos fameuses écuries d’Augias que
l’œil nu ne distingue pas encore. Le jardin d’Eden soudain apparaît
flamboyant sous la clarté limpide d’un ciel lumineux. Il est blotti
au creux des collines de sable. Tous ces coins de verdure que nous
aurons le loisir de découvrir, occupent cet endroit situé au bas des
chutes sablonneuses. Des palmiers splendides s’élèvent dans le ciel,
à l’ombre desquels devaient sommeiller les plantes du diable. Quand
bien même, comme nous l’avons dit plus haut, le jardin a été
nettoyé, il subsiste encore quelques plants d’opium et de cannabis.
Les carrés d’où ont été arrachées les fleurs du mal côtoient les
carrés de tabac (à priser), d’oignon et quelques arbres fruitiers.
Etant à l’abandon, avec le début des grosses chaleurs, les plantes
devraient sécher sous peu. Les jardins sont raccordés à
l’alimentation électrique par des câbles serpentant sous le sable
sur des milliers de mètres. Chaque jardin a son puits et sa pompe à
eau électrique.
Indices de
l’existence d’une filière algérienne
L’ampleur des
prises amène à poser la question de savoir si la production de la
drogue obéissait à un réseau local. «Les quantités saisies sont
susceptibles d’être exportées, les personnes impliquées ignorent
l’identité du ponte pour lequel elles sont employées, nombre de gens
par ici sont analphabètes et ignorants», nous précise une source
sécuritaire. On ne peut ne pas dresser le parallèle avec
l’organisation de la grande criminalité à structure pyramidale où
aucun des membres ne connaît son chef.
Le réseau est-il
un prolongement d’une filière marocaine ou marque-t-il la naissance
d’un réseau algérien calqué sur le modèle du voisin de l’ouest ?
Toujours est-il que la culture de l’opium remonte au milieu des
années 1980 mais elle n’a jamais dépassé le cadre d’une consommation
domestique et limitée. L’hypothèse d’une provenance des plants du
Maroc reste tout de même fragile au regard de l’ancienneté des
pratiques locales. N’empêche, les services de sécurité ne semblent
pas avoir tiré des conclusions tranchées. L’enquête poursuit
toujours son cours, nous dit-on.
Cela dit, notre
source soutient que «la piste locale demeure une option à prendre
très au sérieux». En effet, le renforcement de la surveillance au
niveau des frontières a resserré
l’étau sur
l’activité des réseaux chargés
d’exporter la
drogue marocaine vers l’Algérie, ceci a eu pour effet d’inciter les
réseaux locaux à envisager la solution d’une production et d’une
culture qui aboutirait à terme à la création de laboratoires
clandestins plus à même de permettre le traitement des drogues
dures.
Ce qui vient de se
produire au Gourara «pourrait en fait être un ballon sonde, histoire
de voir comment allaient réagir les autorités étatiques
algériennes», ajoute la source sécuritaire.
Le Maroc, premier
producteur mondial de cannabis, est l’exemple même du
scénario-catastrophe. Dans le royaume chérifien, des contrebandiers
ont pu bénéficier de protection au niveau local voire à l’échelon du
pouvoir central, alors que des industriels confrontés à de sérieux
manques de liquidités n’ont pas hésité à manger dans le râtelier des
stupéfiants.
Même si avec ses
69 hectares, l’Algérie est loin d’atteindre les 70 000 hectares de
culture de cannabis recensés officiellement au Maroc durant l’année
1997, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est pas à l’abri d’un
développement néfaste qui verrait, au mieux, de nouvelles tentatives
de culture du pavot expérimentées, et au pire, la naissance d’une
mafia politico-financière de la drogue. L’Algérie, de par son
capital humain, ses ressources énormes aiguisent décidément beaucoup
d’appétit. Pour les narcotrafiquants, la drogue n’est qu’un produit
qui mérite de prendre sa part de marché parmi d’autres produits…
L. G.
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