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La baisse des différentes charges fiscales a fait l'objet de
plusieurs textes dans le cadre des lois de finances depuis des
années.
Cependant, les
résultats de ces baisses ne sont guère perceptibles sur le terrain.
Malgré ces mesures, beaucoup d’entreprises continuent à fuir les
impôts, alors qu’il était attendu plus d’investissement et davantage
d’emplois. Dans l’une de ses déclarations, Mourad Medelci, ministre
des Finances avait révélé que 33% des entreprises algériennes ne
déclarent pas leurs revenus. De son temps, en 2004, Abdelatif
Benachenhou a lancé une étude au ministère qui révèlera que 50% des
personnes physiques et morales de déclaraient pas leurs impôts,
appelant à lutter contre l’incivisme fiscal. Quant à l’objectif
d’inciter les entreprises à travailler dans la transparence, le
résultat est encore dérisoire puisque «seules 10 % des entreprises
déclarent leurs bilans de comptes sociaux au Centre national de
registre de commerce (CNRC). Du coté des entreprises, les baisses
restent encore faibles. Du coté des patrons, il y a une explication,
du momet que, de leur point de vue, les charges fiscales figure dans
la liste des obstacles, qui persistent encore et sont en grande
partie à l’origine de la situation de blocage qui caractérise
aujourd’hui l’investissement en Algérie. Selon le Forum des Chefs
d’entreprise (FCE), qui n’a jamais cessé d’appeler les pouvoirs
publics pour la mise en oeuvre d’une politique de nature à adapter
la fiscalité à l’investissement, de faciliter le financement des
investissements et de lever définitivement le verrou du foncier
industriel, «la fiscalité exerce une influence importante sur les
comportements d’investissement des entreprises, et mérite, de ce
fait, un traitement approprié». Des taux d’imposition adaptés,
explique le FCE, et la stabilité des règles fiscales revêtent une
grande importance. Des marges de manoeuvre budgétaires doivent être
employées pour financer des mesures durables, et générales,
d’allégement de l’impôt sur les sociétés et des taxes diverses, en
complément des mesures de régulation conjoncturelle de
l’investissement, pour que celles-ci puissent être pleinement
efficaces. Une fiscalité douce est de nature à contribuer à réduire
sensiblement les pratiques informelles. Le Forum des Chefs
d’entreprise propose de réduire graduellement le taux de l’impôt sur
les bénéfices des sociétés (I.B.S) pour le ramener à 10%, un niveau
attractif pour l’entreprise, ainsi que la suppression totale de ce
taux pour les régions à promouvoir. Il est à rappeler que le taux de
l’IBS a été ramené de 30% à 25% par la loi de finances
complémentaire pour 2006. Selon le FCE, «cela reste, insuffisant
pour promouvoir un environnement macroéconomique favorable à un
développement massif de l’investissement. Une baisse de l’IBS
jusqu’au niveau de 10% coûterait au budget de l’Etat moins de 50
milliards de dinars». A moyen terme, le développement des activités
économiques que cette mesure pourrait induire pourra amplement
résorber ce manque à gagner pour le Trésor public. Il est, aussi,
proposé de réduire le taux de prélèvement de l’IRG. «Le taux actuel
de 40% est réellement prohibitif, il n’encourage pas le
développement d’entreprises transparentes fiscalement, et pousse
davantage vers l’informel», prévient le FCE qui propose de fixer le
taux à 20%. Certes, «cette réduction coûterait au Trésor 37
milliards de dinars, mais ce montant pourra être largement compensé
par l’élargissement de l’assiette fiscale que ne manquera pas
d’induire une telle mesure en terme d’assainissement de l’exercice
des activités». Le Forum propose, également, de supprimer la double
imposition des entrepreneurs à l’IBS et à l’IRG sur les dividendes
des sociétés. La suppression du cumul de l’IBS et de l’IRG est une
mesure qui est de nature à atténuer la pression fiscale sur les
entrepreneurs. Elle peut contribuer, par ailleurs à moraliser
davantage l’exercice des activités économiques et commerciales.
Concernant la TVA, le Forum suggère d’unifier le taux au taux unique
de 10% ou à un taux représentant la moyenne des taux en vigueur.
Selon le FCE, cette mesure serait de nature à agir sur le pouvoir
d’achat et à contribuer à développer davantage la consommation. En
réduisant la pression fiscale sur les activités déclarées, elle doit
permettre à encourager la déclaration des chiffres d’affaires réels,
à simplifier les procédures liées à cette taxe et à faciliter la
gestion de sa perception par les services de l’administration
fiscale. Le Forum rappelle encore la nécessité de la suppression de
la taxe sur les activités professionnelles (TAP) qui est considérée
comme une taxe prohibitive, notamment pour les secteurs où la marge
bénéficiaire d’intervention est très réduite. Face à la demande des
opérateurs pour baisser les charges fiscales, le ministère des
Finances travaille dans le sens du renforcement des moyens de
contrôle de l’administration fiscale en vue de mettre un terme à
l’évasion et la fraude fiscale, qui serait d’un niveau alarmant.
Pour une meilleure gestion de l’impôt dans les prochaines années, le
ministère des Finances projette de créer 60 centres des Impôts
(CDI), d’ici 2009, qui auront pour principale mission la gestion des
dossiers inhérents au PME/PMI et celui des professions libérales.
Quant au suivi des affaires des particuliers, 250 centres de
proximité seront créer.
K.S.
Brahim
Bendjaber, président de la CACI
«Le problème,
c’est l’informel»
Les charges
fiscales restent élevées. De nouvelles baisses des impôts notamment
pour l’IBS sont revendiquées par les opérateurs économiques. Certes
les baisses successives des impôts tels la réduction de la TAP de
2,5% à 2%, l’annulation du VF et la réduction de l’IBS de 30% à 25%
permettrait à l’entreprise de respirer un peu, mais il faut faire
plus, estime Brahim Bendjaber, président de la Chambre algérienne de
Commerce et d’Industrie (CACI). «Ça va, peut etre, permettre de
combattre le fléau de l’économie parallèle, mais à quel niveau»,
s’est-il demandé en pensant que «ces mesures sont insuffisantes pour
la simple raison que la part de l’économie informelle dans notre
pays est trop importante et représente 40 et 60 %, pour que ces
baisses de taxes et d’impôts soient significatives». Il estime qu’à
travers une réduction de l’IBS de 5 %, les entreprises de l’informel
n’intégreront pas le circuit légal. Cela veut dire que l’entreprise
qui a innové est la seule qui supporte les charges fiscales et
parafiscales. «Si ces baisses avaient été plus significatives, peut
être les entreprises qui sont dans l’informel seraient tentés
d’intégrer le secteur régulier, mais c’est à quel niveau va-t-on
pouvoir dire que c’est le niveau nécessaire et suffisant pour que
les entreprises du secteur informel puissent rejoindre le secteur
formel», insiste Brahim Bendjaber qui plaide pour des mesures
courageuses en vue d’atteindre cet objectif. La direction générale
des impôts a publié un état des impôts et taxes qui sont recouvris
par le fisc. Les recettes fiscales sont de 800 milliards de dinars
dont l’IRG et l’IBS ne représentent que 125 milliards de dinars.
Donc, estime le président de la CACI, «il faut donc se poser la
question : quel est le prix à payer pour que l’ensemble des
entreprises soient au même niveau». Car du fait que les entreprises
du secteur informel sont un concurrent déloyal des entreprises du
secteur formel, ceci «pourra conduire à leur disparition». Donc
l’Etat pourrait-il envisager de s’en passer d’un montant de 125
milliards de dinars. Selon Bendjaber, «dans l’absolu, un taux de 25
% pour l’IBS n’est pas exorbitant. Dans une économie normale, c’est
un très bon taux, mais dans une économie déstructurée comme celle de
l’Algérie, ce taux pénalise les entreprises qui ont financé des
investissements». Un taux d’IRG à 40% pénalise aussi. Il s’agirait
peut être de revoir ces taux, car la bisse des impôts permettrait au
pays d’avoir une attractivité importante des investissements
étrangers. «Il ne faut pas oublier que l’entreprise ne paye pas
uniquement les charges fiscales mais aussi des charges sociales
importantes», a-t-il relevé. En Algérie, elles sont de niveau de
l’Europe occidentale, avec un système économique qui ne l’est pas.
Ce qui expose encore les entreprises algériennes à d’autres
difficultés.
K.S.
Rédha Hamiani,
vice président du FCE
«Ce n’est pas
suffisant»
Les entreprises
ont bénéficié, sur une période de plusieurs années, d'une baisse des
impôts. Or, cette baisse reste insuffisante, selon l'avis d'un bon
nombre d'opérateurs. Comme l'explique Rédha Hamiani, vice président
du Forum des chefs d'entreprises, la baisse des impôts doit être
accompagnée par l'amélioration de l'environnement économique dans
ses différents volets. C'est ce qu'il explique dans cet entretien.
Entretien
réalisé par :
Karima Sebaï
Comment
évaluez-vous la baisse des impôts appliquée depuis quelques années
déjà ?
La baisse de la
fiscalité ordinaire va dans la bonne direction. Ça était, depuis
longtemps, une préoccupation du Forum des chefs d’entreprises. Nous
avons souvent alerté les autorités sur l’impact fiscal qui doit
participer comme incitation à la vie des affaires et à
l’investissement. Nous saluons avec plaisir la baisse de l’impôt sur
le bénéfice des sociétés (IBS) et du versement forfaitaire (VF).
Mais, nous attendons la suite, car nous estimons inopportun que la
TAP soit de 2%. La défiscalisation est une tendance mondiale et
beaucoup de pays pratiquent de la sorte y compris l’Algérie. A ce
propos, il faut rappeler que la compétition internationale exige la
baisse des impôts pour attirer les capitaux étrangers. Elle est mise
en œuvre par pratiquement, tous les pays émergents et même certains
européens comme l’Irlande qui a fixé l’impôt sur les revenus des
sociétés à 12%. Par rapport au reste du monde, on est dans la
moyenne. Cela étant, l’impact que nous souhaitons avoir le plus
rapidement possible c’est la suppression de la double imposition. En
plus clair, cela veut dire que lorsqu’une entreprise dégage des
revenus à la fin de l’année, elle paye l’IBS à 25% et quand on veut
retirer l’argent de la société, on doit encore payer l’IRG sur ces
revenus. Quand on fait le cumul de la fiscalité qui s’applique à
cette somme dégagée en terme de revenus des sociétés on approche les
70%. C’est excessif ! C’est un point qui mériterait d’être revu dans
le sens de l’allégement. Ce n’est pas un handicap de taille. Hormis
la double imposition, un IBS à 25 % est un fait supportable. Quand
on fait la moyenne de ce qui existe dans le monde, on est dans le
peloton moyen.
Est-il souhaité
de réviser encore l’IBS à la baisse ?
Le plus urgent
c’est que tous le monde le paye de façon uniforme. Car ceux qui
payent la fiscalité sont en quelque sorte exclus du marché. Et pour
parler plus clair, ils se retrouvent plus cher dans la fixation des
prix de leurs produits. Quand on voit la différence avec les prix
proposés par ceux qui exercent dans le secteur informel, c’est
exactement la fiscalité qui est prise en charge par les entreprises
du secteur formel et qui ne l’est pas par les autres intervenants
sur le marché. Ceux qui jouent le jeu se retrouvent pénalisés parce
que dans leur prestation ou cession de marchandise ils se retrouvent
avec 30 % en plus, qui représente à la fois la TVA, la TAP et l’IBS.
Il faudrait que les autorités mettent en action une politique active
pour essayer que cet impôt, de plus en plus réduit, soit appliqué à
l’ensemble de la communauté des affaires.
Quel impact à
cette baisse sur le monde du travail ?
Du point de vu
social, l’impact n’est pas extrêmement important par rapport au
chômage, parce qu’on reconnaît qu’un effort louable a été fait pour
la fiscalité ordinaire. Pour la parafiscalité, c’est-à-dire
l’ensemble des charges sociales appliquées au monde du travail, elle
est trop importante. On est actuellement à 40 %. Ce n’est pas normal
dans un pays qui souffre du chômage d’avoir une fiscalité aussi
élevée. On pourrait envisager des recrutements qui se seraient
assorties d’une fiscalité proche du zéro. Il existe, certes, le
dispositif du contrat pré emploi, qui permet à l’entreprise de
recruter des cadres pendant une période d’une année et qui sont
payés par l’Etat. Cette période peut être prorogée jusqu’à deux ans.
Il faut aller dans cette direction si on veut réellement que le
chômage baisse. Je reviens à l’impact de la fiscalité par rapport à
une considération algéro-algérienne. Oui, la fiscalité était en
réalité un problème dans notre pays, mais il y a aussi le problème
lié au fait que certains la payent pendant que d’autres ne le font
pas. Même si on baisse le taux d’imposition, théoriquement ça
devrait inciter ceux qui ne la payent pas à régulariser leur
situation. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Quand on voit la
multiplication des marchés informels qui sont des zones de non
droit, qui travaillent sans payer la fiscalité. C’est là où le
problème est important car ça introduit un élément de concurrence
déloyale qui est lourde de conséquences. Ça décourage les nationaux
d’aller vers plus de transparence et plus d’acquittement de l’impôt.
Et ça fait peur aux étrangers car ils considèrent que les lois et
règlements ne s’appliquent pas de façon uniforme dans notre pays.
Donc, il faudrait, en même temps, faire un effort comme c’est le cas
actuellement, pour défiscaliser les activités et en plus pour qu’on
puisse mieux encadrer et prendre en charge l’informel afin que cette
fiscalité soit appliquée de façon beaucoup plus correcte qu’elle ne
l’est.
Donc, à votre
avis la réduction des taxes n’incitera pas les intervenants du
marché informel à intégrer le marché légal ?
Le marché informel
est notamment le résultat d’une administration très tatillonne, qui
complique le parcours de quelqu’un qui veut s’installer dans une
activité. Elle lui demande beaucoup de papiers. Ça c’est un problème
essentiel. Il faut simplifier les procédures de telle façon qu’on
encourage celui qui commence dans les affaires à se déclarer
normalement. Le marché informel est le résultat des problèmes du
foncier, des difficultés de bail, de la spéculation immobilière qui
a fait que les loyers soient extrêmement importants. Tous ces
résultats alimentent le marché informel. Et dernier point, la
concurrence est tellement dure avec l’importation des produits
asiatiques et notamment de Chine que si on paye les impôts on se
retrouve hors marché. Donc, quelque part il y a une contrainte de
concurrence qui incite les chefs d’entreprises à fixer des prix hors
fiscalité. Comme démarche de facilité, les producteurs éludent la
fiscalité au lieu de réduire les autres charges. Il faudrait avoir
une aptitude citoyenne on payant les impôts et revoir les frais pour
mieux se placer sur le marché. Car la concurrence a comprimé les
marges. Donc, si on a pas le souci de la bonne gestion on a tendance
à ne pas payer les impôts.
Donc, à votre
avis, il ne suffit pas de baisser les impôts ?
Dans un rapport
publié dernièrement, où on a comparé entre les pays en terme de
nombre de procédures et de temps nécessaire pour créer une société,
il a été mentionné qu’en Hong-Kong ou en Singapour, une affaire peut
être crée en 24 heures. L’Algérie est à la queue. Pour créer une
affaire, il faut plus d’un mois et 14 papiers à fournir, en plus
d’une vingtaine de procédures à accomplir. C’est trop ! Il faut
qu’on puisse créer une affaire plus rapidement. Si on réussit ça, on
aura moins d’opérateurs dans le secteur informel.
K. S.
L’incivisme
fiscal trop répandu
Malgré les
multiples actions de vulgarisation et de sensibilisation par tous
les moyens engagés annuellement pour combattre l’incivisme, le
système fiscal continue de connaître des dysfonctionnement sur
différents plans. Au plan du contrôle, du fait qu’il repose sur un
mode déclaratif non maîtrisé, l’une des actions à mener en priorité,
avait préconisé la loi de Finances pour 2005, est de maîtriser ce
système pour une amélioration de l’efficacité et de la qualité du
contrôle fiscal. Même au plan du civisme fiscal des contribuables,
des actions devraient être lancées. Les indicateurs de gestion ont
permis à l’administration fiscale de mesurer son degré, à partir
notamment des déclarations des revenus. Selon les résultats
éloquents obtenus en 2003, «seuls 50% des commerçants et ceux qui
exercent une profession libérale déposent leurs déclarations alors
qu’un tiers des déclarations ne sont pas suivies de paiement». Seuls
56% des sociétés déposent leurs bilans annuels, dont 17% de
déclarations de déficit, ce qui contraint l’administration fiscale à
engager de nombreux rappels de droit, ajoute la même source. Outre
la modernisation des services à travers le développement du système
d’information en adéquation avec les besoins d’une gestion moderne
des services fiscaux, les autres actions à mener permettront de
mieux répondre aux attentes des contribuables par l’amélioration des
services rendus, de recenser et de maîtriser les gisements fiscaux,
d’assurer la collecte et la centralisation de l’information
provenant des différentes bases de données et d’alléger les tâches
matérielles des agents en vue de leur permettre de se consacrer à
des tâches plus nobles et à haut rendement.
R. E.
Haut
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Le Jour d'Algérie. Conception
M.Merkouche
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