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Le paysage féerique d’El Kala et autres localités aussi séduisantes
les unes que les autres vous fait oublier le soleil de plomb sous
lequel vous circulez sur cette route menant vers Oum T’boul où se
trouve le poste frontalier algérien, l’un des dix donnant accès sur
la Tunisie, distant de quelque 240 km de la wilaya de Annaba.
«Vous vous rendez
en Tunisie ? Il vaut mieux prendre la route de Tabarka au lieu de
Laâyoune, une fois dans ce pays», nous disent trois personnes à El
Kala.
«La route de
Laâyoune est une piste. Celle de Tabarka est goudronnée»,
expliquent-ils. L’un de ces ressortissants algériens nous remet le
seul dinar tunisien qu’il avait sur lui. «Il vous servira pour le
péage de l’autoroute au cas où vous n’aurez pas encore fait le
change», nous dit-il. On ne savait pas à ce moment-là que ce dinar
allait nous être d’une grande utilité une fois en territoire
tunisien.
La densité de la
circulation enregistrée tout au long de la route menant vers ce
poste frontalier était paradoxalement loin d’illustrer le rush déjà
enregistré en ce
1er juillet 2007,
au niveau de ces frontières. A quelques kilomètres du poste
frontalier d’Oum T’boul, des voitures immatriculées dans plusieurs
wilayas d’Algérie se dirigeaient. D’autres venaient en sens inverse
alors que celles immatriculées en Tunisie entraient en territoire
algérien. Le rush, au niveau de ces frontières, commençait à être
visible. Comme presque une surprise, par rapport au «calme» que
cette route présentait, des dizaines de femmes, hommes et enfants se
trouvaient déjà dans ce poste à notre arrivée vers 11 h, en ce 1er
juillet 2007.
A l’entrée du
poste frontalier algérien d’Oum T’boul, des policiers chargés
d’orienter les personnes qui s’y présentaient remettaient aux
voyageurs les fiches de police à remplir, leur indiquant le guichet
où ils doivent se présenter.
Une manière de
faire qui facilite grandement la tâche aux voyageurs qui se dirigent
vers la Tunisie ou en provenance de ce pays. La salle réservée aux
personnes se préparant à entrer en territoire tunisien est déjà
prise d’assaut. Le rush est perceptible, «même si la saison estivale
est encore longue», nous dit le responsable du poste frontalier,
organisé en deux compartiments : celui réservé à la police et celui
réservé aux douanes algériennes. «Le plus grand nombre de voyageurs
algériens se rendant en vacances en Tunisie est enregistré dès le 15
juillet et surtout durant le mois d’août. Mais comme vous le voyez,
le rush a déjà commencé», nous lance le commissaire de
police. Il
n’arrête pas d’orienter ses éléments chargés des formalités des
voyageurs. «Ici c’est sensible. Je prends une décision toutes les
trois ou quatre minutes», ajoute-t-il. Une sensibilité due au fait
qu’il s’agit de frontières et là, le travail du policier, comme
celui du douanier, est quelque fois particulier. «C’est le poste
frontalier algérien donnant accès à la Tunisie qui enregistre le
nombre le plus élevé de voyageurs», selon le responsable de ce
poste. «Nous enregistrons dans ce poste jusqu’à 800 voyageurs
algériens par jour, se rendant en Tunisie»,
explique-t-il. Un
chiffre enregistré à partir du 15 juillet, ajoute-t-il. Cependant,
le rush semble connaître une plus grande importance, cette année.
«Déjà, nous enregistrons entre 900 et 1 700 voyageurs, par jour».
En famille, entre
amis et même individuellement, le nombre d’Algériens qui choisissent
la Tunisie pour y passer leurs vacances est en nette augmentation.
«En une année,
plus de 600 000 Algériens transitent par ce poste frontalier pour
se rendre en Tunisie», ajoute le commissaire de police. Il est à
noter que ces chiffres concernent un seul des dix postes frontaliers
algériens accueillant des voyageurs algériens se rendant en Tunisie.
Le responsable du
poste de police d’Oum T’boul nous fait visiter les locaux dans
lesquels toutes les dispositions nécessaires ont été prises pour
l’accueil des des voyageurs.
Dans un souci
d’organisation, ce poste frontalier est divisé en deux parties :
celle réservée à l’entrée en Tunisie et celle réservée à en sortir.
Parmi ceux revenant d’un séjour dans ce pays, et que nous avons
rencontrés, on compte un grand nombre d’immigrés algériens. Un
responsable des Douanes algériennes nous fait visiter le scanner
servant au controle de tous les bagages qui y transitent.
Pas de photos,
s’il vous plaît !
A quelques mètres
de ce poste, en territoire tunisien, on peut apercevoir la bâtisse
du nouveau poste frontalier tunisien, nouvellement construit mais
pas encore fonctionnel. Celui par où les voyageurs doivent transiter
est situé à environ une dizaine de kilomètres.
Il s’agit du poste
frontalier de Melloula, situé dans la ville Tabarka. Comme nous
voulions prendre des photos de ce nouveau siège, des agents de la
Police de l’air et des frontières s’interposent.
«S’il vous plaît !
Pas de photos ! C’est interdit». Sans mot dire, nous avons poursuivi
notre chemin en direction du poste frontalier tunisien.
Là, des dizaines
de voitures immatriculées en Algérie s’y trouvaient, attendant la
fin des formalités de police et douanières. L’accueil est convivial
mais «le tri» est strict. Tout ce qui paraît être un «signe de
conviction religieuse» est mal vu par les responsables du poste.
C’est ainsi que nous avons appris qu’un ressortissant algérien
portant barbe et kamis a été refoulé et interdit d’accès en
territoire tunisien deux jours avant notre arrivée.
Dans la salle
réservée aux guichets de contrôle d’identité, à l’intérieur de
laquelle de nombreux ressortissants algériens attendaient leur tour
pour effectuer les formalités, des affiches sont placardées. L’une
d’entre elles porte l’inscription suivante : «L’importation et
l’exportation de dinars tunisiens est strictement interdite». Sur
une autre est portée une inscription qui informe les voyageurs que
«l’exportation de sucre, même en petites quantités, est strictement
interdite».
De nombreux autres
ressortissants algériens attendent à l’extérieur de cette salle. En
prenant connaissance de notre fonction de journaliste portée sur le
passeport, le préposé au guichet nous demande poliment, avec le
sourire, dans quel journal nous travaillons.
Un homme est reçu
par le préposé au guichet «sans faire la chaîne». «Ne vous énervez
pas, c’est un diplomate», lance un fonctionnaire tunisien. Il s’agit
de l’ancien chef de daïra de Constantine et Djelfa qui a l’habitude,
depuis treize années, de se rendre en Tunisie, a-t-on appris du
concerné. Le préposé au guichet nous demande de nous diriger vers le
compartiment douanes. «Impossible de faire le change au niveau de
ces douanes. Nous sommes dimanche», un jour de week-end en Tunisie.
Le chef de daïra adresse un sourire à la fonctionnaire tunisienne,
qui, à son tour le reconnaît. «Vous êtes encore
là ?», lui
lance-t-il. «Cela fait treize années que je viens ici et c’est la
même femme qui est derrière ce guichet», dit-il, enthousiaste et
heureux de ces «retrouvailles». Les formalités terminées, nous
sortons de la salle de contrôle.
A l’extérieur,
deux agents tunisiens en civil guettent la moindre «anomalie». «Ce
sont des journalistes», lance l’un d’eux à son collègue.
L’«information» semble avoir rapidement fait le tour de ce poste.
L’un des policiers vérifie nos documents avant que nous quittions
les lieux. Une fois les vérifications terminées, il nous lance «marhaba
bikoum !» (Soyez les bienvenus). Un douanier nous demande quelle est
la monnaie que nous détenons. Nous avons répondu qu’il s’agissait de
l’euro. Cela nous a rappelé l’affiche placardée à l’intérieur de la
salle, informantle public de l’interdiction stricte d’importation ou
d’exportation de dinars tunisiens.
Les dernières
formalités terminées, nous quittons ce poste vers Tabarka, «la côte
de la corail».
A peine avons-nous
parcouru quelques kilomètres que des policiers, faisant face à une
caserne militaire tunisienne, nous demandent de nous arrêter, le
temps de nouvelles vérifications, avant de nous souhaiter la
bienvenue à leur tour. Nous poursuivons notre route et passons par
Bordj Sidi Messaoud. La chaleur ne semble pas avoir baissé
d’intensité.
Plus loin, nous
rencontrons une piste qui s’étend sur quelques kilomètres, jusqu’à
la ville de Béja. Une route dont de nombreux voyageurs se plaignent.
On nous informe que les autorités tunisiennes évoquent le «manque de
financement» pour bitumer ce tronçon.
Sur la route, une
pancarte publicitaire de la Banque nationale agricole (BNA) informe
que cette banque fait le change. Nous sommes cependant dimanche 1er
juillet 2007, jour de fermeture des banques en Tunisie. Environ 160
kilomètres séparent ce poste frontalier tunisien de Tunis, la
capitale. En plusieurs endroits, dont Oued Zerga, Tesrout et Medjiz,
des gares de péage existent.
Le drapeau
algérien à côté du drapeau tunisien
Disposant d’un
pécule en euros et d’un seul dinar tunisien, nous ne savons pas
comment faire le change pour notamment nous acquitter du péage.
Heureusement pour nous, le droit de passage n’est pas appliqué dans
ces gares. Cependant, une file de véhicules était visible à une gare
de péage se trouvant peu avant la ville de Hammamet, une zone
touristique située à quelque 60 kilomètres de Tunis et à plus de 200
kilomètres du poste frontalier tunisien de Melloula.
La somme à payer
est de 1,200 dinar tunisien alors que nous ne disposons que d’un
seul dinar. Des Tunisiens nous offrent les 200 millimes manquants.
Générosité et hospitalité sont des valeurs auxquelles les Tunisiens
tiennent énormément.
Dans cette zone
touristique, déjà submergée par des touristes venant de nombreux
pays européens et autres, la présence algérienne n’est pas moindre,
rien qu’à voir les véhicules de nos compatriotes sillonner cette
ville, une ville au charme irrésistible et aux paysages féériques.
Les drapeaux algérien et tunisien flottent à l’entrée d’un kiosque à
tabac. «Cela est normal, puisque nous sommes voisins et frères»,
nous dit le gérant de ce commerce. La même image a été remarquée à
l’entrée d’un fast-food. Des airs connus de Khaled et de feu Dahmane
El Harrachi passent en boucle dans les lieux publics de cette belle
ville de Hammamet.
M. A.
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