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Edito                                    Par  Nadjib Stambouli 04/02/2016


«Takachouf» pour sauver notre culture

 Jamais autant que ces dernières années le secteur de la culture n'a été autant dépensier et n'a englouti autant de sommes colossales, et jamais la culture n'a été aussi pauvre, rachitique, vide de contenu et de talent en matière de production. La conclusion semble tomber d'elle-même et couler de source : la quantité et la qualité d'œuvres artistiques et intellectuelles sont inversement proportionnelles aux sommes déboursées. Cela semble paradoxal, mais le triste constat est indéniable. Le budget de la culture, notamment celui faramineux donné, sans rien demander en retour, à telle et telle ville de ceci ou cela, a induit des réflexes d'assistanat chez les rares artistes encore en activité. Ce sont des manifestations qui n'ont eu pour mérite, notamment pour Constantine, que de mettre à nu l'incompétence des autorités à respecter les programmes et délais de réalisation des infrastructures. Les autorités concernées sont celles locales qui n'ont pas su dire non, au préalable, à des plans irréalisables en si peu de temps, et celles nationales qui ont vu plus grandiose que leur propre vision, et surtout la vision du raisonnable. La boucle est bouclée lorsqu'on ajoute à cette gabegie manifeste, le gaspillage et la dilapidation (qui ne dit pas son nom, bien sûr) des deniers publics déversés à grands flots stériles dans les festivals.

Ainsi l'Algérie est très certainement détentrice du record bizarre de compter le plus grand nombre de festivals au mètre carré. En principe, l'esprit d'un festival est d'être le révélateur des œuvres créées dans l'année, leur catalyseur, et la consécration de la production dans tel volet artistique. Et les invités étrangers ne seraient que la cerise sur le gâteau, et non pas l'inverse, comme c'est ancré dans les mœurs d'ici. Les invités étrangers, notamment des vedettes arabes, par on ne sait quel miracle animé par des courtisans obséquieux autochtones, sont devenus la raison même de ces festivals. Lors de ces messes d'apparat, on ne se suffit pas de les prendre en charge dans des palaces qu'ils ne voient même pas en rêve dans leur pays, mais on les comble de prix, de médailles et de cadeaux. Aux frais du contribuable, auquel par ailleurs on double presque le prix de l'essence. Ces festivals sont aussi de véritables gouffres financiers, budgétivores et sans une once de rentabilité culturelle, encore moins financière, parce qu'ils sont gérés à l'année pour une semaine ou dix jours d'activité réelle, par une équipe chapeautée par un «président», tous grassement rémunérés à se tourner les pouces le reste de l'année. Ceci est d'autant plus révoltant que les sommes déboursées dans ces festivals et dans les autres grandes manifestations, ainsi que dans les conseils de pacotille et les directions de la culture de wilaya, ces coquilles vides, que ce parasitisme a semé dans le cœur des artistes la terrible mentalité d'assisté. A la veille de ces grandes manifestations, tout le monde, à commencer par les moins talentueux, se met à produire, étant pratiquement sûr que son produit sera accepté. C'est la course non pas à l'inspiration et à l'œuvre qui fera date, mais au tiroir-caisse ou à l'affiche de tel festival à l'étranger. A ce propos, il est même constaté un phénomène de mode, avec ce fait nouveau de l'usage de l'arabe classique au théâtre, à l'inverse des choix passés de nos plus grands dramaturges et ce, juste pour être compris par les jurys des festivals arabes, donc programmé dans ces souks ôkadh ! Dans ce cloaque, heureusement, des artistes peintres, photographes et quelques hommes de lettres sauvent la mise, et ce n'est pas un hasard si ces volets des arts élaborés n'exigent aucun financement et ne sont pas mus par l'appât du gain. C'est depuis peu l'ère de l'austérité. «Takachouf» devrait commencer par le secteur de la culture. Pour le plus grand bien de la culture et des artistes algériens….


 


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